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Rocber (jui est au nord dela commune de la Gra- ve, el qui sepaie les de- nartemcns de I'lserc, du Moni-lSlanc etdes Uaules- Alpes. 3883 Ce rocber est compose dc rocbes graniliqucs ct de rochequarlzeuscmicacee. 11 coutient I'lusicors filuns de cuivre et de pJomb sulfurcs. Hericart DE Thuht. 4 Villard d'Ar^ne. Petite commune an re- veis S-0 du col du Lau- tarei et au-dcisus dc la Grave. 1686 Le territoire du Villard d'Arcne est arj^ilo-calcaire , les moniagncs du nord soni calcaiics, celicsdumidi, qui sont couvertcs dc glaciers, sent grauitiqucs. YlLLARS. 5 G Lantaret. Hospice bSti sur le Col du Lantaret. Ce col est iin dfs plus beaux que I'on puisscvoirdansles Alpes, par la richcsse de scs prai- ries , connues si arauia- peuseraent par la Flore du Daupbincj de ViUars. 2091 ct 20t sccondaire , son plateau est rc<.ou*ert (Tune couche de lourbe dVscellcn le qualjtc:sur la pt-ntedu i\-E, on trouve dcs Mocs de gra- nite veri , et sur cclle du S-0, dcs roclies dc cor- nieams amigdaloides etdes gianiics gris ei violets. La premiere estde ViiLARs. la seconde de Hericakt de TliURT. Co! du GaJibier. Col au nord de la val- lee (le la Guisannc , qui corumuniqae dans la Slauiicnne. 2-85 Cecolestenioure de mou- t.Tgncs primitives, qui sont iccouvcrtes ^ leur base par des masses de calcaire corn- pa* tes et dcs amas de cbaux Sulf.UL'C. Estimation donncepar Jas- SOiv, Inptnicur dcs Pnnts et Cbausstes. »^ JOURNAIi'BE PHYSIQUE, HE CHIMltf ^^■^ 7 at o K -t O SITUATION" TOPOGRAPHIQUE. c «. NATURE ou CONSTITUTION PHtSIQCE. AUTEURS. Monesticr de Biian^on. Commnne dans U val- le'c dc la Cuisanqe. 137a et i38o Pays sccondaire. La rive gauche est do calcaiic com- pactc; sur les ilancs sont dcshnuillieres : la rivedroile a quelques parties secon- daires dans le has. La haute chaine est primitive. La premiere de VlLLARS , la seconde de HEniCART DE Thury, 8 Aiguille INolic (Ic Ncvachc. An-dessus de la com- muoe dc "Novaclie , dans la valltc dc la Claree. 3200 Montague de calcaire cora- pacte,qui rccouvre le terrain primitif qui se montre en quelques cndroils. F A P N A N D , Annnairc des Hautes-Alpcs , an XII. Mine (Ic cnivie JeiaRoussc. Cctte pjine est sitii^c dans le vallon dcs Actes, iiU'dessus du village dc Piampinct. 304G Ceite mine est en filon dans une i^iontagnp de cal- caire de transition , qui se irouvc melange de steatite. Hericart DE ThDBY. 10 Flampiuet. Village dc la commune dc Kcvachc , sur la rive gauche de la Claiee. 149a Les montagnes des deux rives sont de calcaire de tran- sition , ct souvent clles sont lecouvertes par des teirains houilliers. Hericart DK Thdrt. 11 L'Infernay on Monlagncau-dcssus de Biiaiicon, sur la rive gau- che de la Durance. On y a54r Cette moniagnc est de cal- caire dc transition, qui est susceptible d'tin tres-beau poli et pourroit ^tre em- ploye commc marbre. Jans ON. lufernal. est dcfendue par du ca- non en temps de guerre. 12 Le Mont Genovrc. Cctte raontagne forme un col sur lequcl est Ic Tillage du Mont Gencvrc. Cc col est lo plus facile de toutes les Afpes , pour passer dc Frauce ca Italic. 1937 et ao33 Ce col , snr Icquel la Du- rance et la Doire prennent leur source, est de caleaire de transition ; il est recon- vert d'une couchc de tourbe d'une cxcellentc qualite, et quiestnniqueincntcomposte de feuillcs de mtleze cldepin. La premiire de VlLLARS , la seconde de Hericart de Thcry. i3 BriaDcoq. Villcctsons-prt'fecture, place de guerre ceR'bre par ses reniparts ct le nombre de scs foils. i3o6 et La montasne sur laqnelle est b'ltie la ville de Ciiancon , est de calcaire sccondaire ct t\ peu de distance du terrain priiuitif. EHe a servi de digue aux eaux de la Durance , qui ontauircfois forme un lac au- dess. des rochcs de Briaucon. Hericart DE TuURT. VlLLAHS- '4 Le Col de Seivihcs. Co col C3t h Test do Briaucon ; d comniu- ni(juo'dans lo Queyraji. 3333 Cecol,?si dans les irappcs el dounc Ics variolitcs tra- peennes ap[)elces varinlites de la Durance. Les monta- gnes voiftines sont dc pctro- silex ct de rochcs dc quartz , rt dedi;.!bye. VlEtARS. No3 SITUATION TOPOGRAPHIQUE. Pics a.- Servit-rcs. Lcs pics voisins ducol, h droiie et 2i gaiiclic difierent [leu cntre eus. 3 2 =. 2932 MATURE ou CONSTITUTION PHYSIQUE. Ccs pios sont des loclie; dc lrapauiii;daloidc-variolitej la base est de t^ranite. AUTEURS. ViLLABS. Sen'i^rcs. Ce village est situe I'ouest du col ct sur le riiisseau ou toiTcnt du meme aom. 1545 Lc granite sc trouve dans (juelques endioils. II csi ic- couvert par les rocbeis de traps ct de dioHu^e , sur Icbqucls vienncnt se poser les culcdircs de Iransuion ViLLARS. Molir Commune dc Queyras sur ]e tuireut de I'Aig Blanche. iCi3 Le pays dcs Molines est priiniiif et secondaire: on y irouve des roclics intermc- diaires trcs-variccs. VlLLARS. iS ^9 CliAteau Queyras. Fortet village de la val re du Guil. i3o6 Pays secondaire , recou- vrant lcs bases d'unc longue haine de hautes montagncs primitives. Villa. Rs. Sainc Vecaa. Commune dans la val- Ic'e du Queyras. Le vil- lage de St. -Veran est peut-Oire le plus cleve dej tuutes lcs AIpcs. 2040 Col Laqnel. Ce col , qui est an S-E de St.-Viran, commu- nique d u departrmeu t dans cfclui de la Stura Roc de Niere. Moil tagncs escarpc'cs situces entrc les eels d St--Vt-ran, Blancliet elde la Niere , au siid dc Ceillac. Montagncs intermediaires qui recouvrcnt dos roclies steutiteuses , la poiiitedeCliaillol-le-Vieil; elle joint les Mum* Chi- racs , ici Boucbieres et Bcauvoisin. Cctte montagne va re- joindie la grande cbaine d'OIau , qui separe ce dcparlemeni de celui de rishe. Elle est an midi de Chaillotle- Vieil , vers Ciiampolcou. aaig aogi Cetle mont.igne est si ccanx sources du Drac de Cbanipoieori. 2097 Montagne granilique cl de roclie de corne .\ sa Iiase, avcc dca coiiti trfoi t» calcairfs. Sa pcnteau nordcstcouveite des ueiges et des glaccs. Montagne primitive , dont les bases sont couvertcs par des roches de corne. Les raontasnes Infericures »out I ■ ° icaires. Montagne granitiqne. Dans les parties intcrieuirs soot Icscorneennesamygdaluidcs. J A KS o n. J AN: Roches corneennes ct quartz raicace , reconvert par des rocbes argilo-Icnu- gincuscs. ViLLARS. JAHSOIf. 3i Puy Cliampok'on!'; Cette montagne est si- tu Orcicres. Bonvoisin. SITUATION TOPOGRAPHIQUE. Cette comiijune est snr Ic Drac meridional , dans uu pays argilo-caicaire, Soleii-Bian. Saint Guillaume. Embnin. Chorgcs. Mont-Lion. Jong dc TAigle- Montagne diri^cc du N- au S. , qui separe les vallcrs du Godeniar , du Diac de ChampoJcou. Montagne dirigc'e du N. au S. , aux iources^de la Rabionx. Cette montagne est si- tUL-e au - debsus d'F'ni- hiiin , sur la rive droitc dc la Duranrc, et diri^ec lu S-E. au N-O. Villeetsoiis-prt-fectnrc. Erabrun est siiuc sur uu rochcv coupe?! pic ducute de la Durance. BoTirgsitnc' snr la Vance, dans unc nlaine elcvee j duigce de VE. k VO. Cette villc est situe'e ^r niidi d'line moptagne calcaire , au dtssus du confluent du GuiJ et de la Duiancc. Haute clialne au-dcssus dos Rftscodon , qui sepaie Ics Hautes dcs Basses Al- pcs. I Cette montagne, situe'e ParpaiUon. j"'-'i<'ssns 44 NATURE CONSTITUTinN FHTSIQUE- I^Ioniagnc setuudaiic ai" gilcusc ct calciiirc, qui s'ap- puie contre Ics giaiuis ei lo ruches dc corue. Montagne graniliqiie dont les conlfLf (Its sent de traps aigiicuxtt *lc rocbes dccornc iccouvcites par des aigiles. AUTElJRS. VlLL JA.9IS0N. ISIontagne calcaire de tran- sition et de scbistes argileux. Montagne calcaire de schistes argileux tendres, al- teicf.; on y irome des Ijjucs d'ardoise dc boune qualite. Montagne de poudingue qui s'appuie snr dcsscbistcs argileus, posts sur le cal- caire compacte. Les plaines de Cliorges, situecs enire des montagnes calcaires et argileuscs , ren- feriucnt dos lourbiiries abon- dantcs dans les marais. Montagne de cailloux ac,- glutincs tm poudingue i ci- mcnt quaitzeiis, qui repose sur le calcaiie compacte. Cette montagne, dirigc'edu S. au N-O. , est calcaire argi- Icuse. Eilea, sur sespcutes, des amas de chaux sulfate'e. Montagne de terrain in- icrracdiaire ct de calcaire compacte, dirigee du N-E. au a-o- Terrain intermcdiaire ei de calcaire compacte , dout les bases sonl recouvertes de scbiste argileux ct de cbaux sulfatL-e. jAIffiOIf. Jansom. Hericart DE TuDIiT. VltLARS- VlLLARS. et Hericart DE ThUHT. Hericart DK Thdrt. B Hericart Di Thurt. Hericart DE ThCRT. JOUriNALDE PHYSIQUE, DE CIIIIMIE K^» Costc- Loiipct. SITUATION TOPOGRAPHIQTJE. CctU' niontagne , dont la ciiiie lit ['lus t-'levce cs dans Ics Rasacs-Alnes, li- uiito Icsdiiix dep. rile eat au nord dc Baitt-loncUe, "^ir!? 2433 NATURE oa CONSTITUTION rUTSlQTJE. La chaine de Coslc-Lou pel est diripce dc VE. Ji TO- i ccue nioniagne est de icr- laiu internitidiaire ct dc cai- caire compacie. AUTEXJRS. ARRONDISSEMENT DE GAP. Olaa Cettemonta|Tnc est sur laliiiiitcde Tist-ie et dcs Hautfs-AIpcs, au-dessus de ia (^liapflie; sa pcntc, v^i A «. au nord, est couvcric dc 4000 I Montague praniiif^ne, mi ;rande mnsse reconvcrte par ct Ides quariz micacts. El!e est rifhe en fiion* de plomb elj ■4 de cuivre. Uerigart Thdrt. Jakson et Hebigatit DE ThURT, Col Ce col , qui est au-dcs , jUS dc laChapcHccn Vul t^odmar , est an milieu de 1 urbat. ^cs glaciers, qui Ic icQ dent souvent pcriHens. 3^30 Moniagne granitiquc el roclies uiicacces. ViLLATIS. Col du Saix. Ce ct au N-E. dc la Chapdle. 3070 Ce lac est dans nnc raon- ^asne de formation intcrmt- diaiie , Jt peu de distance du terrain secondaire- VlLLARS. 53 Snrnmet du Pic du LuU2U(l. Montapneau dcssusdn lac de mcme noin , sous Ic col du Saix. .3300 Montagne primitive, dont Ics bases sunt recou\crtcs par le terrain calcaire de trau- siiion. ViLLARS. - 54 Col du Noycr. Co] situc flans la grandc clialiie qui scnare le Champsaur du T)evolny ; cc co! va dii villafje clu Noyer li SaJut-Elieune en Devoiny. iC54 Ce col st'pare la grande chaine deiSilcaiie conipuctc du Farau, decclle du Chau- dun. ViLLARS. 1 55 Le Farau. Grande chame qui sV- tend dn S. au IN., sur la riv'c {gauche du Drac , ci.Ui; Jc Dcvolny et le Champsaur. 2^5o ct ^520 Montagne de calcaire com- pacte , donl les bases sont rccouvertcs de depots argi- gilo-calcaires et de galets ou poudingucs dans quclqucs endroits. jAWSOIf Ct Hericart DE ThURT. 55 L'Obioux. C(-'tle prandc montagne separo Ic Devoiny de Trii-c, qui fait paitie dc 2S27 et 3912 Grande chaine calcaire compacie, dont la cime est coquilUcie ^ fin y trouvc des ammonites ct des oursins. ViLLARS et Reiiicart D£ ThURY. s- L^^urouze. Hiittc montagne du Devoln^-. 27y5 Cetie montagne est de cai caiie compacted sa base au midi est reconvene de pou- dingne ■ sur son somniet 01? Irouve degros blocs de gra- nite. ViLIARS et Gderiit. Ik H JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE t.'t^ MJllff 58 H St.-KticAne en Devoliiy* SITUATION TOPOGRAPHIQIiE. "^1"^ ^1!" NATURE ou COWSTITt'TION PHTSIQUE- AUTEURS. Commune situce surla live droite de la Sou- louiize , sous le col du Koyer. i38G Pays cntiiremcnt calcaire et argileux. YlLLAKS. 59 bcnc5. Pftltc villc sur IcBiiet, au pied d'une montagne culcuiie. 5a6 Pays calcaire ou argilo- caJcairc. VlLLARS. Go Monla^e (Ic CliaLiiTS. File se dirige de !'E. ^ rO , demiis Caraguc jus- qu'^i la B&tie. i5oo Montagne de calcaire in- termc'diairc , et de schislc- argilo-calcaire. Jansoh- 6! La Sciise, File se dirige de TE. h rO. i clle est couverte dc niches paturages. ao45 Montagne de calcaire com- pacte, dont les bases sont reiouvcrtes de terrain argi- lo-calcairc. VlLLARS et Gucnm. 62 Charance. Cette montagne , qui est au dt'ssus de Gap , sViend du ]\-0. au S-O- 1559 Montagne de calcaire com- pactc , dont quelqucs bancs sont tr^s-diirs et compatncs, gris-hl;mcs, et susccptibles dVtre employes comme mar- bre. GtJECII- G3 Mont Bayaid CcitL- nmnlaf^nc , qui est an dessus de Gap, doit plulot (-'Ire rcganlee comme un col qui sepaie la montagne de Charence de celle d'AndWle. 1218 et 1219 Le Mont Bayard est un plateau calcaiie qui est re- convert d'une forie coucbe de tourbe dc trts-bonue qua- lile. ViLLARS ot HEBlCAnT DE ThuRY. G4 Les Cases de FanJon. Montagne calcaire pres du village d'Ancelle, aux sources de la riviere dc la Roannc. 1676 Les Cases de Faudon son! de calcaire compactc , qui contient de nombreuses df- pouillesde corps marins. Les ammonitesjlesoursinsjlcstur- binitesy sont tres-abondans. ViLlARS. 65 L*'Aautanc. Pic au dessus de Scrre- Eyrand, entre Ancelle et Orciencs. 2933 Pic calcaire, don t les flancs sont recouverts de gres et de scbistes argdo-calcaircs. ViLLARS. GG Cbabiieres. Mniitagne qni sVtend de VE. b VO. . depuis la poinie de la Rochettejus- qu'au col de Bayard. 2954. Montagne de calcaire coin- pacte , dont la base, au mldi, est recouvertc dc terrain ar- gilo-calcaire. GtERI». G7 Gap. Ville et capilale de la prefecture dcs Hautcs- Aipcs , sui- la riviere dc la Luye^ clle est au pied d'une montagne appelte Puy-Maure, S42 et 7o5 Pays argilo- calcaire on compose d'un scbistc noir manieus. On trouve snr lis collines voisines une grandc quaniite de blocs de granite, qui y ont etc cbarics par les grands courans. ViLLARS. Ct Hericart Glerik. . ET d'hISTO IRE KATUREtLE. ~ l5 N O U V E A U DICTIONNAIRE DE PHYSIQUE, RfeDIGfe D'APRES LES DECOUVERTES LES PLfS MODERNES ; Par A. L I B E S , auteur d'un Traite de Physique , et Professeur aux Lycees de Paris. A Paris, cliez I'Auteur, rue des Pretres- Saint-Paul , n" ao; et chez Giguet et Michaud , ImprimeursLibraires , rue dea Bons-Enfans , n" 34 (i). EXTRAIT PAR J. -P. GIRAULT. Apres avoir expose la n^cessit^ de refaire k certaines epoques les ouvrages de sciences, Tauteur jette, dans son Discours pr^li- minaire , un coup d'ceil rapide sur les differens ^tats de la physique : d'abord reduite a quelques faits isoles etd'observation, elle ne formoit pas une science. EUe se perd alors dans les systemes des anciens pbilosophes , et reparoit ensuite avec plus d'^clat dans ces beaux jours , qui furent prepares par un genie , malheuseureinent trop vaste pour pouvoir s'arrdter aux bornes qu'il s'etoit prescrites. Mais il ouvrit la carriere dans laquelle Newton, lui-meme, se seroit elanc^ avec moins de vitesse, si Descartes ne I'eut pr^ced^. he nom de Kewton rappelle I'^poque la plus brillante de la physique. Ecoutant la nature au moyen de Pobservation , et I'interrcgeant par Texperience, il ^tablit rigou- reusement ses belles theories de I'attraction , des couleurs , etc. Jamais il ne separa , non plus que ses disciples , Texp^rieace et I'observation du calcul. Quand on a voulu les isoler , on n'a ^i) Ce Dictiouuaire est au nombie des livres que le directeur de I'las-" iruclion publicjue a choisis pour composer la Bjblioiheque des Lycees- is J O U R.N AL DE PHTfSlQVE, DECUIMIE obtenu que des r^sultats d^savoues par la nature, ou des fai'ts d^pouilMs de tous \es liens qui , en les utilisant , les rendent aeuls dignes de nous occuper. I N T R O D U C T I O N. « La forme dedictionnalre est-elle plus favorable que celle de traite cil'^tudeetaravancement d'une science)) ? Telle est la ques- tion que I'introduction met le lecteur en 6tat de resoudre. Des ^l^mens destines aeaseigner une science, doivent enchainer tous les flits et tous les principes, de maniere que, non-seulement on na s'appuie jamais que sur ce qui a ^t^ d(^montr6, niais encore que toutes les parties repandent par leurs liaisons un jour iiiutuel les unes sur les autres. Dans un dictionnaire , au con- traire , toutes les parties sont isol^es. Cette forme permet de plus grands details ; niais la m^thode ne s'y fait sentir que dans chaque article s^par6. La forme de traite est plus avantageuse aux el6ves ; celle de dictionnaire aux savans et aux gens da monde qui ne veulent ^tudier qu'un seul article sans revenir sur ceux dont il pent d^pendre. L'auteur place ici les principaux articles de son llvre, dans I'ordre ou devroit les 6ludier nn eleve qui se serviroit du dic- tionnaire pour s'initier aux myst^res de la science. Get ordre est conforme a celui que M. Libes a suivi dans son Traite elt^men- taire , dont on ne pent trop regretter que I'^dition soil ^puisne- Nous allons faire successivement I'analyse de quelques ariicles de cet ouvrage, et particulierement de ceux qui pr^sentent de3 id^es ou des experiences nouvelles, A 1 M A N T. Cet article a pour objet de faire connoitre les propriet^s de I'aimant. On en renvoie I'explication au mot Magnetisme. On indique successivement.les lieux ou Ton irouve I'aimant; sa vertu attractive et repulsive ; la maniere de determiner les poles ou elie se concentre ; la propriety de prendre constamment une direction dont la distance au meridien se nomme declinaison ; enlln les phenomenes de rincliuaison. On expose ensuite les moyens de coramuniquer au fer la verlu magn^tique, et les causes qui la lui font perdre. On a p!ac6 ici les experiences de Biot , de Gay-Lussac et de Humboldt sur Tintensit^ de la force magn^tique , dans les divers points de la surface de la terre. Les deux ET D'illSTOTRE NATTJRELI-eJ i7 deux premiers ont prouve qu'elle n'eprouvoit aucune variation a la plus grande hauteur a laquelle on puisse s't^lever. Humboldt dans ses vova^es a prouve qvi'elle suhissoit des cliangemens h. des latitudes dilTt^rentes ; et Biot a obtenu des resultals sembla- bles a Paris et dans les Alpes. ATTRACTION. L'attraction peut s'exercer de trois manieres : entreles grande* masses et a de grandes distances , a la surtace de la terre> et a de tr^s-petites distances entre les molecules des corps. Dans le pre- mier cat, on la nomme grat-i'tc, dans le second pesanteur, et dans \eUo\s\eme^ attraction moleculaire. On prouve au moyen d'une des loisde Kepler, que tous les corps qui coraposentnotresysterne planitaire s'attirent ; et en combinant une autre de ces lois avec le mouvement dans l&cercle, qui difi'ere peu de celui des planeles dans leurs orbites, on parvient a ce r^sultat : que Tattraction est €n raison des masses et de I'inverse du carre des distances ; du mojns lorsque la distance est tres-grande. ,^^^ ause-' ATT R A e T I O N M O L E C U I, A I R E n CP L'auteur partage cet article en deux sections, ^r 's^la pre- miere, ou il expose les ph^nomenes de l'attraction cliimique, il commence par reduire ;i trois le grand nombre des adinites qu'on n'avoit imagin^es que pour expliquer avec des mots des phdinome- nes qui n'etoientpas assezconnua. II expose ensuite les dillerentes actions des molecules dans les phenomenes chiniiques. Cette sec- tion qui pourroit devenir un trait6 de chimie g^n^rale, ne peut pas etre approfondie dans un ouvrage de la nature de celui-ci. On secontente d'indiquer'qu'aucun des phenomenes chimiques ne se fait par une attraction simple , ou meme eleciive; puisqu'il faut toujoursfaire entrer dans I'explication la temperature. Tac- tion du dissolvant sur les substances qu'on met en presence, et sur celles qui peuvent r^sulter de leur decomposition , ainti qu'un grand nombre d'autres forces qu'ou. est encore loin de pouvoir calculer. Dans la seconde section , on cherche a ramener l'attraction rooleculaire aux lois de la gravitation. Newton avoit avance que l'attraction pouvoit etre la cause de tous les ph^noiuenes chimiques ; mais la contradiction apparente des faits I'avoit empeche de pouvoir etablir une theorie sur cette partie im- portante de la physique. Les Cartesiens chercheient un refuge pour leurs tourbillons , daris les phenomenes que produit Tattrac- tion moleculaire; mais les disciples de Newton les refut^rent, Tome LXllI. JUILLET an 1806. C jS journal d£ physique, de c him IE et (lepuis long temps I'opinion de ceux-ci a pr^valu. En meme temps que les savans se r^unissoient en faveur de ('attraction molt^culaire , ils ^toient partagf^s sur la loi qu'elle doit suivre : elle leur paroissoit diQerente de celle qui regit lesgrandes masses ; queiques-uns la f'aisoient dependre de la raison inverse du cube des distances; d'autres, de I'inverse dune raison conipos^e de deux termes , dont I'un ^toit proportionnel au cube et I'autre au quarre de la distance. Bufton , accoutum^ k voir en grand la nature, est le seul qui ait pens^ que la nieme loi devoit s'ap- pliquer aux corps celestes et aux dernieres mo'^cules de la inatiere. M Libes cherche ici , non a dtiniontrer I'ldentit^ des Jois, mais a prouver qu'en supposant la raison inverse du carre des distances on peut expliquev les ph^nomenes de I'attraGtion "mol^culaire. Pour soumettre au calcul Taction exercee par les molt^cules des corps , il faudroit conroitre leur .figure. On se borne done a exj)liquer j)ourquoi I'attrciction est inflnie au contact, et nulle ^aqub"i..'Ji^^')llce finie. '16ves^|U part des prin^ipes suivans. i" A distance finie, tous les ccu^Tts itiirent en raison inverse du quarre des distances ; •2'^. ratiorr-' on sVxerce sur toutes les molecules de la matiere ; 3°. une masse fin.e peut ^ire considt^ree comme composi^f d'une infinite de parlies infiniment petites qui sont les molecules M- mentaires. Cette troisi^me supposition n'est regardee que comme tin principe de limites , puisque I'infiriiment grand et I'infini- iiient petit n'existent pas dans la nature. De ces principes , on conclut Taction exercee par deux corps qui agissent a une dis- tance finie. Si dans I'expression de cette Force on suppose les masses infiniment petites, on trouve que Taltraction de deux jnolecules est nulle a une distance linie. On pourroit opposer a cela que dans rhypothese ou les molecules seroient spheri- ques et d'un rayon infiniment petit, leurs volumes seroient des infiniment petits du troisieme ordre , et qu'il en seroit de ineme de I'nttraction des deux molecules. L'auteur pr^vient Ini-m^me cette objection : les g^ometres , partant d'un principe hypotlie- tique , en deduisent des r^sidtats qui ne sont vrais que dans l'l^ypotbe^e qu'ila ont faite. La supposition de la spli^ncit^ des molecules est du nombre de cellts qtii paroissent d^savou^es par la nature. D'ailleurs, en supposant cjue les molecules soient splieriques , comme une masse finie ne peut avoir pour element une quantite moindre que I'ii-.finiment petit du premier ordre ^ pour que la masse fui ^ , le volume etant -'3 , il f'audrnit que la densite liit 05 '. Ainsi I'expreision -3 qui reprcsente le volume E T DHISTOinE NATURELLE* rg d'one sphere d'un rayon infiniment petit ne peut exprlraer la masse d'une molecule el(5mentaire. II reste done prouT^,quela distance ^lant finie , I'attraction de -deux moMcules est un infiniment petit du premier ordre ; mais si on suppose que la distance devienne infiniment petite sans que la loi d'attractlon varie , cette attraction deviendra infinie. L'auteur passe delk, a I'action d'une masse finie, parexemple, d'un cone sur une molecule plac^e a son sommet. La molecule extreme 'du cone a une action infinie sur la molecule atliree; et chacune des tranches paralleles dans lesquelles on conceit le c6ne divise ^lant finie, et agissant k distance finie , leur action est finie. Elle est d'ailleurs constante puisque les sections du cAne sont entre elles comme les quarr^s de leurs distances au sommet. On conclut aussi bien facilemcnt de ce qui pr^c^de , que I'at- traction des corps terrestres est absorb^e par celle de la terre, qui Test a son tour par ['attraction au contact. On voit aussi que le centre d'attraction d'une sphere n'est plac6 i son centre de figure qu'autant que la molecule attir^e n'est pas plac^e sur la surface de la sphere ; sans cela Taction de la mol(5cule de la sphere qui est au contact avec la molecule attir^e, seroit infinie et absorberoit lattraction de toutes les autres parties de la sphere. AURORE BOREAL E. Cephenomene est connu depuis I'antiquit^ la plus reculee.' De Mairan et Musschembroek en ont donne des descriptions tres-detaill^es. De Mairan expllquoit les aurores boreales comme la lumi^re zodiacale , en supposant que I'atmotspliere solairese prolongeoit jusqxi'a la terre. Aujourd'hui rimpossibiiile de cette hypothese est reconnue. On a dit ensuite que I'aurore bor^ale «^toit produite par I'^lectricit^, sans expliquer de quelle ma- niere. Voici I'explication que M. Libes en a donn^e ; elle a ^le adoptee par la plupart des phjsiciens , et surtout par ceux du Nord, qui semblent appel^s par la nature a connoitre mieux les causes de ce phenomene. La production du gaz hydrog^ne est presque nulle aux pules. Done toutes les fois que I'^lectricit^ sa met en ^quilibie dans I'atmosph^re , I'etincelle, au lieu de passer, comme dans nos climats , a travers un melange de gaz hydrogine et de gaz oxigene , passe a travers un melange de gaz oxigene et de gaz azote. 11 doit alors se faire une production de gaz nitreux, d'a- C 2 3" JOURNAL BE PHYSIQUE, BE CHIMIE cide nitreux ou d'acide nitrique , q«i doune naissance a des vapours riitihintes , dont la couleur rouge varie selon la quantite et la proportion de ces diiferentes substances qui se trouvent I'orm^es.Ces vapeurs se portent vers le Midi ou I'air est plus dilat(i; desorte que I'aurore borealc s'approclie de plus en plus du spec- tateur ; peut etre encore y sont-elles porlees par un vent du !Nord. Quelquefois elles s'^levent jiisqii'au zenith du spectateuc et redescendent meme vers le Midi. Un grand nonibredo causes peut porter les vapeurs vers les diflerens points du ciel. De !;\. viennent les diflerens mouvemens que prennent i'aurore boreale ou ses diflerentes parties ; enfiii les legeres 'detonations qu'on entend quelquefois , tieanent a la petite quantity de gaz hy- drog^ue qui se trouve dans les regions sup(5rit;ures de I'atmos- ph^re, et qui se combine avec I'oxigene pour former de I'eau. Les principes prec^dens , outre qu'ils rendent compts de tous les phenomenes qui accompagnent I'aurore boreale , ex- pliquent encore pourquoi elle est si commune vers les poles, et si rare dans les regions temperdes ; tandis que le tonnerre qui est frequent dans la zone torride ne se fait presque pas entendre vers les pules. Le degageraent du gaz Iiydrog^ne est consider rable vers I'equateur, et Test fort peu vers les pules. D'ailleurs lorsqu'on excite I'etincelle electrique dans un melange d'hjr- drogene , d'oxigcjue et d'azote , elle combine de preference les Bases des deux premiers gaz, L'^tmcelle Electrique doit donq donner lieu, dans les pays chauds, seulement au tonnerre, et dan3 les pays froids , aux aurores bor^aies. Quelques physiciens regardoient I'aurore boreale comniepro- duite par la lumiere Electrique. lis se fondoient sur la lumiEro qui brille dans une bouteille vide d'air, qu'on prEsente a une jniichine electrique. lis n'avoient pas remarque que cet efl'et n'a lieu d'une raaniere un peu sensible, que dans un vide presque parfait; et qu'ainsi I'aurore borEale devroit se former hors de i'atmosphere , ou du moins a une hauteur conside- rable; ce qui est contraire aux observations de Musschem- broek, de Kraft", et de tous les physiciens qui ont etudie ce meteore. D'ailleurs , en supposant qu'il put se former hors de I'atTnosphere , on n'expliqueroit pas les detonations qui raccompagnent quelquefois, ni surtout I'apparition tr^s-fre- quente de ce meteore au pole ou I'Electricite est trEs-foible, tandis qu'on ne I'apperfoit pas h I'equaleur ou ratmosphere est continuellement Elecirisee- IT d'hiSTOIRE NATURELLE. 2T C A L O H I Q.U E. Get article contient la th^orie du caloriqiie, expos^e avec Leaucoup de m^ihode, de clart^ et de precision. On pourroic en dire autant de tons les grands articles de ce Diclionnaire; Nous nous bornerons done a rendre comple de la cinquieme section de cet article , oil I'auteur refute les consequences oppostes a la iheorie du calorique, que Rumford avoit tiroes de jes dernieres experiences sur lachaleur. La plupart s'ex- pliquent assez facileinent dans la ih^orie du calorique. Une seule senibie s'y refuser. Rumford a fait voir que plusieurs couches d'un vernis de copal, plac^es sur un cylindre me- tallique , acceleroient le relroidissenient d'un liquide contenu dana ce vase. Cependnnt cette acceleration a un maximuvi, qui a lieu lorsqu'on a mis 4 couches de vernis. Passe ce terme, de nouvelles couches retarderoient le refroidissement. Ce r^sultat ne contrarie pas la th^orie du calorique. En effet, le copal est una substance qui a beaucoup de capacity et pen de conductricit^ pour le calorique. En vertu de la premiere propriete elle augmente la deperdition du calorique et la di- niinue en vertu de la seconde. Mais comme le premier eflel; I'emporte sur le second , le refroidissement est acc^ler^. Lorsqu'ensuite on ajoute de nouvelles couches de vernis , lea deux eflets croissent en meme temps, mais le second plus que le premier. II finira done par I'emporter sur celui-ci , et parcon- s^quent il y aura un certain nombre de couches pour lequel le refroidissement se fera dans le moins de temps possible. COJfDENSATEUR. , L'auteur observe que le condensateur, form^ d'un disquo de bois, recouvert d'un taffetas r^sineux, est infidiile, parce- qu'il est lui - meme ^lectromoleur ; ensorte que le plateau ni^tallique qui le recouvre prend constamment I'electricita negative , a moins qu'on ne lui ait presente des quantites d'electricit^ assez considerables pour manifester leur existence sans avoir besoin de condensateur. iLASTICITE. Plusieurs phjsiciens ont tent^ en vain d'expliquer les ph^- nomenes de I'^lasticit^. M. Libes en presente une explication fort ing^nieuse et qui semble d'accord avec tous les faits. Les principes dont il part, sont : i". que I'^lasticite suppose une compression efFectu^e. D'ou il suit que cette proprieta 22 JOURNAI' r)E rnYSIQUE, DE CItlMIE est nuUe dans les corps mous pu liqtxides , dont les molt'- cules peuvent rouler les unes sur les autres. 2°. Que dans la compression d'un corps 61astique quelques-unes de ses mo- lecules sont rapprooh^es et d autres ^loign^es les unes des autres. 3**. Que pour una meme temperature tous les corps ont un volume d^termin^ par regalit^ qui a lieu entre la force attractive dcs molecules et la force repulsive que le calorique lenr communique. Dans la compression, la force attractive et la force repulsive augmentent pour les molecules rapproch^es. La force repulsive croit davantage que I'autre ; car, dans la formation du corps, tel qu'il etoit avant la compression , la force repulsive n'a cess6 de I'emporter que lorsque le corps a eu le volume qui le distingue. 11 suit de li que I'exc^s de la force repulsive sur la force attractive tend a faire reprendre aux molecules rap- iirocli^es leur premiore position. On prouveroit facilenient la meme chose pour les molt^cules ^cartdes. Done le corps doit tendre k reprendre sa premiere forme. L'auteur particularise ce r^sultat en I'appliquant k une sphere ^lastique qui tombe sur un plan, et a utie lame d'acier dont On rapproche les extremit^s. 11 explique ensuite les phdnom^nes d'dlasticit^ particuliers aux m^taux que font naitre la trempe, I'^crouissage , etc. Pour expiiquerl'^iasticite des fluides a^riformes, il fautcon- sid^rer une nouvelle force. Dans ce genre de corps la force repulsive I'emportant sur la force attractive, leurs molecules ne sont retenues que par la pression de I'atmosph^re. Cette force, qui est constante,ne change rien aux resultats ci-dessus. SeOlement si on supprimoitla pression, les molecules des gaz s'^carteroient jusqua un point marqu^ par I'^galite entre la force attractive de la terre et la force repulsive des molecules. Pourquoi les corps qui contiennent tous du calorique ne sont-ils pas tous sensiblement ^lastiques ? Tous les corps jouissent d'une elasticity plus ou moins forte; mais ceux qui sont mous, liquides, ou qui ont ^prouve un commencement de dissolution dans un liquids , ne sont pas sensiblement eiastiques parcequ'ils ne sont pas conjpressibles. H semble toujours dillicile d'expliquer pourquoi le calorique est eiastique. Mais est-il n^cessaire de le supposer? Non sans doute. II peut communiquer cette propri^t^ aux corps sans en jouir lui-nieme, de meme que I'eau ^carte les mole- cules dun morceau de pain qu'on y plonge , sans que les sienngs je repoussent. Toute Taction du calorique se reduit ETDHISTOIREKTATUREtLB, 25 k s'insinuer entre les molecules des corps et a les ^carter en verlu de I'attraction que ses molecules ont entre elles. L'existence du calorique n'est pas demontr^e; mais en sup- posant que ce fluide ne fut pas la cause des phenonienes de la chaleur , cela ne changeroit rien k la theorie pr(Scddente ; car il y auroit toujours deux forces oppos^es qui, par leur «5galit^ , determfneroient I'^quiiibre dans un corps , et qui f a- rieroient suivant des lois dill'^rentes lorsque les molecules se seroient ecartees ou rapproch^es. L'autear exprime ces deux forces analytiquement, et il en r^sulte une formule qui ren- ferine tous les cas qu'il a examin^a phis haut. ELECTRtCITE. Cet article est divis^ en deux sections : La premiere ren- fernie le tableau des pli^nom^nes ^lectriquesj la seconde est Gonsacree k les expliquer. On connoit quatre moyens de faire naitre I'eiecfricit^ : le frotteraent, la communication, le contact et la chaleur. De li suit la division de la premiere partie en quatre chapitres, qui traitent chacun d'une de ces Electrisations. Dans le troisieme chapitre, M. Libes a consigne un grand nonibre d'expEriences foit curieuses dont il a tir6 des consequences reniarquables. iNous allons rapporter en peu de mots les principales. - Sur un disque de bois , reconvert d'un tafl'etas resineux , il a pose un djsque de cuivre jaune isolo , de 5 pouces et demi de rayon, pesant deux livres et demie, de maniere qu'il n'y eut aucun I'rottement dans la superposition. lis Etoient a I'etat rtaturel avant le contact. Aprtis les en avoir retires, fi Ton porte le disque de cuivre a I'electrometre le moins sensible , il manifeste une forte ^leciricitE negative. De la On pouvoit inf^rer que le talTetas avoit pris r^iectricitd posi- tive. Pour sen assurer, I'auteur fait communiquer relectro- m^tre au tafletas resineux par le moyen d'un iil metallique tournE en spirale. Aussitut les paiUes s'ecartent en vertu d'une Electricity positive. Au disque de cuivre de I'experience prEcEdente on a sub- stituE successivement des disques de ditl'erens niEtaux, en fa- vorisant le contact par la pression. Le resultat a ete cons- tamment le mEme. Le niEtal a pris I'Electricite negative, et la reiine I'electricite positive. On a pris deux disques , I'un de zinc , I'autre de cuivre , enfilEs sur un mEme axe; on les a poses sur un taffetas re- sineux, de maniEre qu^une des faces du disque de cuivre fut ^4 ' O U n.N AL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE en contact avec la resine , et I'autre avec le disque de zinc.- Retires dii contact, on oblient des signes d'^lectricit^ negative, t;oir qu'on presente a relectrom^tre la Hice inf^rieure dii disque de cuivre ou le bord exce/lant du disque de zinc. II resulte de cette experience que Taction ^lectromotrice des mdtaux snr les r^sjnes est beaucoup plus forte que celle que les me- la^j: exercent entre~eux. On a place sur un taffetas r^sineux deux disques isol^s , I'un de cwlvre, I'autre de zinc , ayant lememe poids et chacun de trois pouces de dianoetre, separes Tun de I'autre. Le pre- mier, retire dii contact et porte a un ^lectroni^tre do Coulomb, a fait parcourlr au disque de papier dore 218 degres de la graduation; il s'est fix^' ensuite a 118. L'electrometre etant remis a zero, on y a porte le disque de zinc. Le petit cercle de papier dor^ a parcouru 220 degres et s'est fixe a i5o. Un disque d'argent de { pouce de rayon a acquis par son contact avec le taffetas resineux une ^lectricite qui a fait parcourir 60 degres au disque de papier dor6 ; il s'est fix^ a 48. II n'y a point d'^lectricile produile lorsqu'on met un disque de zinc entre deux disques de cuivre. Le contraire a lieu Jorsqu'on met de la resine entre deux disques de cuivre. Ces deux manieres d'agir, qui sont oppos^es, ne se contrarient point, car le taffetas resineux etant mauvais conducteur , chacune de ses faces agit isolement sur le disque qui est en contact (ftvec elle, et lui enleve son fluide electrique. Les experiences pr^cedentes qui avoient 616 faites avec du taffetas enduit d'une couche de resine elastique, ont et6 r^- p6t6es en y substituant ce qu'on nomme communement toile cir^e, du taffetas enduit d'une couche de cire blanclie , du taffetas enduit d'une couche de resine commune; enfin du tatietas enduit d'une couche de cire d'Espagne. Les m^taux bnt toujours pris I'electrjcite negative, et la substance r^si- reuse I'electricite positive. L'intensit^ eiectfique depend de J'etat de I'atmosphere et est singuli^rement favoris^e par la pression. Lordre des substances r6sineuses qui d^veloppent la plus d'eiectricite est, taifetas enduit de resine elastique, toile cir^e , taffetas enduit de cire d'Espagne , taffetas enduit de cire ordinaire. Cette difference paroit a I'auteur dependre moin^ de I'esp^ce de la resine que de la nature de son dissolvant. L'auteur a pris des disques isol^s de verre , d'agathe , da cristal de roche, de jaspe, de marbre noir et, d'albAtre ; il lea B posds sur un taffetas resineux. Apres avoir 616 retires du (jontact, iU avoient , t()U8 reiectricite negative. On a determine '"''"' " ■ ' leura ETD'niSTOIRENATtrRELLE, 2J k>ar3 facull^s ^leciromotrices au raojen de I'electromctre de Coulomb. On a done »m moyen d'dlectriser toujours positlyement les substances r^siiieuses, et toujours negativement le verre poli, Jes siibstancei sibceuses , cnloaires , vitreiises el nietalliques. L'appareil que I'autcur emploie et qu'il nomme clectromoteur resineux , est compose d'une ou plusieurs envelojrpes de taffetas rt^sinenx , sur lequel on pose un disque isole de quelques-unes des substances que nous venons de nommer. Cet instrument donne toujours une (ilectricite considerable, ineme par les temps les plus huniides , ce qui le distingue bien quant a ses effets de I'electromoteur de Volta. L'inten- site de I'electricil^ d^velopp^e augmente en meme temps que le nombre des enveloppes de taffetas resineux. Les substances animales et vegetales s'electrisent aussi par leur contact avec les substances r^sineuses. L'auteur a visse au bouton de I'electromctre iin disque de cuivre non verni ; il I'a recouvert d'un disque de tafl'etas resineux, et a ap[)liqu6 sa main sur le tafl'etas en pressant un peu. Lorsqu'il a retird sa main , les feuilles d'or se sont trouvees electrisees positive- ment. Enlevant ensuite le taffetas, elles ont manifest^ I'^Iec- tricite negative. Dans cette experience le disque de cuivfe et la main s'elec- trisent negativement , et le disque de taffetas est electrise po- sitivement sur ses deux faces. D'apres cela, quand on 6le la main , le taffetas agit sur les pailles de I'eiectronietre et les electrise positivement. Mais des qu'on a enleve le taffetas , le disque de cuivre se trouve dans un eiat eiectrique negatif qui est indique par I'electrometre. Le resultat est le meme en substituant a la main une substance animale quelconque; il est d'autant plus marque qu'elle est susceptible d'avoir un plus grand nombre de points de contact avec la resine. On repete la meme ex])erience en employant au lieu de la main un disque de bois , de liege ou d'une maliere quelconque. Le resultat est encore le meme. , L'auteur cherche a prouver que les pbenomenes precedens dependent principalenient du contact. Trois causes peuvent ia/luer sur la production de Telectricite : le frottement, la pression et le contact. II a deja dit qu'on prenoit toutes les precautions necessaires pour eviter le frottement ; mais lej deux experiences qui suivent prouvent que le frottement, loin de contribuer k la production de ces pbenomenes qu'on vient de voir , leur est entierement contraire. Tome LXIII. JUILLET an 1806. D 26 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE C HIM IE It" Experience. On pose un disque de verre sur le taffetas resineux ; retire du contact il a I'^lectricit^ negative, tandis qii'en le faisant glisser sur le meme tatletas il acquiert I'elec- tricil^ positive. 2' Experience. On visse un plateau de cuivre au bouton de lelectrometre , et Ton pose dessus un tatletas resineux. Si Ton f;)it glisser ensuite sur ce taffetas la main ou quelques- uns des corps que nous avons nomm^s plus haut, I'^lectroiii^tre indique relfectricite negative ; au lieu que si on pose simple- nient ces corps sur le taffetas, au moment oil On les e'nleve I'^lectrometre marque relectricitd positive. L'auteur a cherch^ ensuite quelle est I'influence de la pres- sion ; il a trouv6 qu'en la rendant presque niille il y avoit toujours de IVlectricit^ produite. Cependant e!!e ^toit ioujoura beaucoup moindre , probablcment parceque le nombre des points de contact ^toit diminu^. En chercliant a expliquer les fails etablis dans ce*chapitre, l'auteur J trouve de noiiveaux points de contact entre la lu- miere et le fluide eiectrique. La seconde section de I'nrt. Electricite en'contient la theorie. Les hypotheses xle Franklin , d'Jipinus et de Coulomb, y sont exposees dans les, trois premiers chapitres. Dans les deux derniers, qui traitent de la place -que le fluide ^lectriqne oc- eupe , et de sa distribution , on a rassemble les expe5riences que I\]. Coulomb a faites sur cette partie , et qui sont con- signees dans plusieurs Memoires de I'Academie des Sciences^ o P A C I T E. Newton explique le phenom^ne de I'opaeit^ en disant : que loutes les fois qu'un rayon lumineux passe d'un milieu dans un autre diflereniment refrangible, il eprouve une reflexion et une refraction qui diminuent son intensity. De la il r^sulte que si entre les molecules d'un corps il s'en trouve un autre interpose dont la force refringente soit dift'erente , un rayon lumineux tombant sur Ce corps ," eprouvera un grand nombre de reflexions et de refractions , et sera totalement absorb^ avant de sortir du corps. M. Patrin a objectc k cette theorie , que I'air qui se trouve interpose entre les molecules de I'eau devroit troubler sa transparence. L'auteur r^pond en observant que cette objec- tion seroit tres-juste si I'air etoit interpose a I'etat eiastique entre les molecules de I'eau. Mais I'attraction qui unit lair avec I'eau lui donne la densite de celle-ci , ensorte qu'elle y r, T DHISTOIRE KATURELLH. 27 est viirital)lement dissoiite. Pour s'en nssurer il .suffit de re- peter une experience que Mariotte a faite long-temps avant qu'on eut approfondi la. th^orie des gaz et celle des dissolutions. On fait bouillir de Ihuile de inaniere a la privet entiere- ment d'air; on la met dans une soucoupe ou on remplit un petit vase de verre de la#l'orme et de la grandeur dun de a coudre; on tient ce petit vase renverse et on fait bouillir I'huile de nouveaii. Le petit vase resie. constainnient filein d'huile. Mais si on introduit ensuite une goutte d'eau sous le petit vase , une chaleur foible en degagera une quantity d'air dont le volume est beaucoup plus grand que celui de la goutie d'eau. Get air se rassemble au haut de la petite cloche et on peut mesurer son volume. Patrin cherche a substituer a la theorie de Newton , une hypoihese fort ingenieuse. Les corps, dit-il, sont transpa- Vens en vertu de leur attraction pour le fluide lumineux , on de celle qui leur est comrauniquee par des corps qui ont une forte attraction pour ce ifuide. M. Libes observe qu'on ne pourroit expliquer de cette maniere plusietirs phenomenes dont Newton trouve facilement la cause. Ainsi I'eau ,. par exemple, qui est transparente, et qui consequemment devroit avoir beaucoup d'attraction pour le fluide lumineux , trouble la transparence de Tair. ' O R A G E. Les physiciens ont explique de diflerenfes manleres plus ou moins vagues la formation de la plirie d'orage. Franklin avoit . annonc^ que c'^toit un phenora^ne electrique, sans dire com- ■ ment il se passoit. M. Libes en a donne , il y a quelques ann^es, une explication gt^neralement adoptee. C'est celle qu'il rdproduit ici. La zone torride est le th&itre ordinaire des orages. A 40 ou 5o degres ils n'ont lieu que pendant I'eie ; et vers les poles on n'en eprouve que tres-rarement. La pluie d'orage est accompagn^e d'^clairs et pr^c^dee d'un temps cliaud qui facilite beaucoup la decomposition de I'eau. II doit done y avoir une grartde quantity d'hydrogene degag^e, qui s'^Ieve dans la partie superieure de I'atmosphere , puisqu'il n'y eii a point aupres de la surface de la terre. L'bydrogcne en passant a 1 etat de gaz eiuporte avec lui une grande quantity d'eieclricite. On ne peut douter, d'apres les experiences de Franklin que IfcS eclairs ne soient produits par le fluiJe ^lecirioue. D 2 28 JOUnXAT. DE rTIYSIQUK, liE c m if 1 t Mais comment expliquer la pluie qui se forme au moment oil I'eclair traverse les airs ? EUe ne pent prnvenir que de deux causes, ou de I'enu qui etoit dispersc^e dans I'afniosphere et qui se pr<5cipite suLitement, ou de la combinaison des bases du giz oxigene et du gaz hydrogerie occasionn^e par I'tUin- celle elecrrique. Isolons ces deux' effets. La pluie d'orage a lieu tr^ssouvent sans qu'ii y ait eu auparavant aucun nnage qui trouble la transparence de I'air. Or on ne peut gueie supposer quel'eau, qui est en tres-pelite quantiie et partaile- meut dissoute dans Fair, s'en precipite sur-le-cbanip pouc iormer une pluie abondanie. Au contraire, I'^lincelle electrique, passant a travers un melange de gaz oxigene et de gaz liy- drog^ne , doit former de I'eau , et produire une detonation, qui est le bruit du tonnerre. Cetle bypolbose explique fort bien pourquoi il y a des dclairs sans tonnerre , quoiqu'il se trouve dans lair bcaucoup de nuages; pourquoi il y a beau- coup d'orages dans les pays cliauds et fort peu dans les pays froids. Enfin cette explication -est parfaitement d'accord avec celle que I'auteur a donnee des aurores boreales. Si la com- binaison de I'hydrogene et de' foxig^ne n'est pas la cause de la pluie d'orage, c'est du moins une cause equivniente, et c'est tout ce qu'on peut demander dans la meteorologie, ou les phenomenes prennent naissance dans des regions trop ^loign^es pour pouvoir etre etudi^s. PILE ELECTRIQUE. Les effets de la pile Electrique sont maintenant familiers h tout le monde. Nous allons rendre compte de quekpies piles nouvelles dont I'aufeur a tentd la construction. Lorsqu'il eut • obtenu , par le contact des substances r^sineuses avec les substances m^talliques , une electricity beaucoup plus forte que celle qui nalt du contact de deux mtJtaux htt^rogenes, il essaja d'augmenter encore I'intensitti electrique par la reunion de plusieurs Electromoteurs r^sineux. La premiere pile quil a construite etoit form^e de vingt couples de zinc et de taffetas resineux. Le disque de zinc place au milieu de Ja pile avoit un diametre plus grand que celui des autres disques , et pouvoit s'enlever au moyen d'un tube de verre. Apres quelques inslans il a enleve la partie supErieure qui etoit termln^e par un disque de zinc, et en la portant a, lelectromelre il lui a trouv6 I'electricite negative ; la partie nferieure Etoit ElectrisEe positivement^ Cette pie ne donooit ias de coiumotions. ET DHISTOIRE NATURELI.E. a DE I'HYSIQUE, Dr CHIJIIK l^es aciiielles ont pour premiere cause les courans qui slUoti- noient le fond de la mar lorsqu'elle couvroit encore tons les coiitinens ; qu'ensuite elles ont ei^ continuees et achevees, tant par les pluics orat^ouses que par tous les autres nidleores. Mais d'abord, lorsqu'il n'y avoit encore aucunc ile iii aucun rivage, il ne pouvoit pas y avoir me que nous appelons cou- rans de la mer ; elle ne devoit etre agit^e que par deux niouveniens qui c^toient gen^raux et tres-reguliers, I'un qii'on peut nommer alizc , qui, etant continu sur une scule direc- tion , n'auroil pu dessiner que des paralleles ; I'autre , qu'on noninie Jlux at ic/lux , qui, etant alternatif et en sens op- poses , ne pouvoit tracer quelques sillons sans les eifacer aussii6t. Adniettons n^anmoins qu'il y avoit d'aulres courans dans ]a luer universelle; ce ne pouvoit etre, comma aujourd'hui, que certaines eaux qui ^loient forc^es d'aller changer inu- luelleuient de place , soit par les ditKrences et vicissitudes de temperature , de salure , de pesanteur , des airs de vent et de la force des vagues , soit par une rc^flexion des deux inouvemens g6n(5raux sur quelques bas-fonds; soit enfin par d'autres mouvemens intestins, tels que ceux de I'atmosphere. On peut toujours assurer que ces pretendus courans n'avoient aucune pente ni de fond ni de surface; qu'ils ^toient sans issue et sans continuity directe ; qu'ils pouvoient bien tour- nojer et former quelques cirques, mais qu'il n'en seroit jamais result(5 des vallees proprenient dites , lesquelles par ditferentes pentes courent toutes au raerae rendez-vous, le bassin actuel ties mers. D'ailleurs il y a ^videmment impossibility que plusieurs de ces courans et de ces valines fussent parties du jneme lieu, pour courir en sens contraires, et en rayonnant vers les quatre parties du monde , comme on le voit a Saint- Gothard et en mille autres points du globe. Enfin , ce qui doit paroltre (!'galement incroyable, c'est que la mer univer- selle et paisible auroit elle-meme d^truit le fond qu'elle venoit de donner a son bassin; auroit elle-meme capricieusement iirrach^ les dernieres couches de terra qu'elle venoit d'en- gendrer et d'^tablir avec tant d'ordre et de patience, car toute vallee porte les signes incontestables d'un arrachement et d'une solution de continuity. , II. C'est done avec grande raison que d'autres g^ologuea ne font pas remonter Torigine des valines plus loin que I'appa- rition des premiers continens ; mais ils ne veulent pas re- connoitre aucune autre cause de cette emersion , qu'un bais- sement ET DHlSTOinE NATURELI-E. 63 sement grnduel de niveau de la mer , qui se serolt perp^tuo juscjuesaujourd'hui, dune mnniere si lente et si imperceptible, qu'elle est meiue encore uii sujet de doute et de contestation, lis veulent que la mer, et consequemment les vnli^es , soient ai;isi descendues progressivement de la hauleur de 3 a 4 rnil's toises ; enfln , que depuis , comme avant ceite epoque , la marche de la nature n'ait jamais clang^ a cet egnrd , qu'il y ait toujours eu i'uniformite et la monotonie dont nous som- mes t^raoins. Or , il est aisd de voir que cette opinion n'est pas soute- nable , si Ton consid(ire , i°. qu'apr^s one Emersion aussi equivoqiie , aussi incertaine , les premieres terres auroient encore ^te fort long-temps un marais a fleur d'eau; qu'elles ^eroient meme restees pour toujours inhabitables et intectes, puisqu'etant dressees sur un parfait niveau, elles n'eussent jamais pu se d^barrasser des eaux soit marines, soit pluviales; 2°. que mille milliers de siecles n'anroient pas sulli pour amener ainsi la mer et les contiuens a I'^tat respectif oil nous les vojons ; 3". que n^anmoins cet ^tat change k vue d'ceil et s'altere tres-rapidement ; 4°- q"e les pluies et tous autres agens mel^oriques , loin d'avoir jamais creus^ a fond les grandes et principales valines, ne travaillent au contraire qu'a les combler, et ne peuvent que les effacer de plus en plus; 5°. que dans ce systeme il est impossible d'imaginer oil s'est refugi^e la cour.be d'eau enorme qui surmontoit la mer actuelle de plus de 3ooo toises, Kr^qi e le globe t -rreux ^toit deja tout constilu^. Dira- t-on qu'elle a disparu par une lente Evaporation ou sublimation? III. Pour lever cette derniere et grande difliculte, quelques physiciens qui, d'ailleurs, sentoient comme moi la ndcessit6 indispensable d'une debacle quelconque de I'ocean, out ima- ging, 1°. qu'il Etoit resle dans le sein du globe de grandes cavit^s ou cavernes parfaitement vides •, 2**. qu'elles se sont ^croult5es ensemble ou I'une apr^s I'autre , et qu'elles ont englouti , pr^cis^ment , cet immense volume d'eau qui se trouvoit surabondant et plus qu'inutile. Mais ces deux suppo- sitions sont tellement contraires aux lois connues de I'hydros- tatique , qu'il seroit inutile de r^p^ter ici les argumens que j'_y ai opposes. IV. MEcontens de toutes les solutions pn^c^derjtes, quel- ques savans modernes ont eu recours a d'autres phenomenes ou mouvemens intestins du globe. Les uns pensent que les montagnes sont un eilet de grandes commotions souterraines qui ont soulevE le fond de la mer universello jusqu'a de Tome LXIII. JUILLET an i8o6. E 3f JOCfRWAL EE PHTSTQUE; DE CHIMIE grandes et differentes hauteurs au-dessus de la surface g^ne* rale des eaux ; les autres crojent, au conlraire , qu'il en est resulte des affaissemens plus ou moins profonds qui ont forme- les vallees. Le premier de ces deux systemes semble au moins nous expliquer pourquoi les continens auroient acquis autant d'e- ievation au-dessus de la raer, sans que celle-ci eut disparu, sans m^me qu'elle eiit rien perdu de son volume; etle second peut donner quelque raison de certaines in^galitf^s qu'on voie sur la face du globe : mais , ni par i'un ni par I'autre, on ne pourra jamais resoudre la pr^sente questioa des vallees et des niontagnes , deux choses et deux idt^es qu'un geologue ne peut point s^parer, II est vrai qu'on en peut dire autant de ces autres mots , fosse et hutte, ou bien liaut et bas-rellej; ejue tels doivent etre les v^ritables effets soit des souleveniens, soit des affaissemens souterrains, et que tels ils ont et6 r^el- lement en plusieurs cndroits du globe , qui furent agites , boulevers^es pardes tremblemens de terre. Mais ce ne sont 14 ni des valines ni des montagnes, et ils n'en seront jamais,. a moins qu'un grand courant ne vienne les traverser et s'y frayer un canal prolong^, ainsi que ses rives, jusque dans la mer ; c'est-a-dire, qu'on ne doit donner ce nom qu'aux fosse* qui ont ^te creus^es par la mer elle-meroe lorsqu'elle se pr6- cipitoit dans un nouveau bassin. VI. Cependant, parmi les g(5ologues et observateurs mo- dernes, il y en a un (i) qui, plus clairvoyant que les autres, vient de reconnoitre et d'^tablir une vt^rit^ que j'ai toujourS' regard^e comme une des clefs principales de la theorie de la terre ; savoir , que notre planete est un corps vivant , qui s'ossitie et se desseche de plus en plus; ce qui , est suivant moi, une cliose evidente. II pense done que , comme tous les corps- organises , le globe eut des maladies , des crises et des eruptions. Cast par la surtout qu'il explique quantite de montagnes ou de gibbosit^s, comme ajant et(^ produites par d'anciens vol- cans boueux et saumarins : telle auroit ete la formation d6# masses les plus ^nigmatiques, entre autres, des mines de charbon (.1) M. Patrin , qui me semble etrf celui qui a le mieux vu , et qui a le mieux conclu tant de scs propres obseivalions que de celles faites avant lui ; celui dont les opinions se rapprochent le plus des miennes , et scroient peut-etre tout-a-fait les memes , s'il cut pu secouer , comme moi , le superstitieux prejuge des montagnes primitives , qui suffit seul pour t'asciner tous les yeux , ct jottr fermcr tout acces a, la verilable scieuce geologique. tr D'liisToinE uATTjnEtLTs." 3I!> de terre , les plus elevc5es comme les plus profoncles. C'est sans doute aller beaucoup trop loin. Au surplus, si Ion voit Ik une cause de montagnes , on ne peut pas y voir celle d'aucune valine; ce n'est done pas celle que nous cberchons ici. Mais tant de crises et d'apostunies (sous la mer univer- selle} ne sont gu^re vraisemblables , et je crois avoir donne une origine bien plus naturelle a toutes les grandes masses sans exception. J'ai dit que , par une vitality planctaire et minerale , I'eau a d'abord dt^ convertie en terre et en pierre calcaire, comme nous vojons la sang 86 convertir en chair et en 03; qu'il en est result^ une esp^ce d'organisation , conse- quemment, quelques grands traits saillans ou pbysiologiques, qui peuvent raisonnablement etre appel^s la charpente , ou I'ossature, ou les montagnes originelles du globe : qu'ensuite, et lors de son emersion , ces traits , ces aretes saillantes furent n^cessairement les points de depart pour I'ancien oc^an , et de separation pour les nouvelles mers ; que n^ces- sairement aussi ce depart et cette separation furent leftet d'une debacle g^n^rale et tr^s-subtile ; sans quoi, je le re- pete , il y auroit eu des bosses , des aretes ou montagnes , jnais non pas des valines. ARGUMENS POSITIFS. Au nombre des argumens directs en faveur d'une fuite ou •debacle de I'oc^an, il faut mettre d'abord cetix-la meme que je viens d'opposer a tous les autres phenomenes qu'on a imagines pour expliquer les valines et les montagnes. J'avoue que cette debacle n'a pu s^op^rer que par une grande catas- trophe, par un changement subit dans la forme du sph(^roide aqueux. Mais on va voir que ce prodige, qui n'est pas plus ^tcnnant que tous les autres , resout seul, et admirablement , la question presente qu'ils rendoient insoluble : ensuite on verra que lui seul encore peut expliquer grand nombre d'autres fails g^oiogiques qui soMt aussi importans que celui-ci, et qui neanmoins resteroient 6ternellement en proLleme. I. J'ai done suppose que la mer couvroit encore ses prin- cipales aretes, par exemple, la haute chalne des Alpes qui, probablement , se trouvoit dans la zone ^quinoxiale , lorsque par im choc , un froissement ou un autre prodige celeste quelconque (1), I'^quateur fut transporle jusqu'a 40 ou 5o (i) Je u'ai jai hesite a supposer la rencontre d'une comete ou I'arrjvee E a 35 JOUKNAr. r>E PHYSIQUE, TDH CHI M IE degres de distance, obliquement a la sphere actnelle , et que peiit-etre encore son mouvement diurne ou de rotation fut ralenti. Or I'une de ces causes et, parconsequent, toutes deiix r«5iinies , auront ^t^ ^sufTisantes pour augmenler considc^rable- nient la gravite locale des caux, et les f.dre bniss* r de plus dune lieue sur leSaint-Golliard, pour aller courir nilleurs noyer d'autres terres, et y former le renfiement du nouvel equaleur, sans pour cela qu'il y ait eu aucune di:ninutioii ou disparutioa dans le volume general des eaux existantes alors. II. Ainsi, la mer en tombant sur et h I'entour de ce mont, comme nn torrent g^niiral , s'y est ndcessairement partag6e en grand nombr»3 de torrens particuliers qui , arracliant et entrainant presqu'autant de terre que d'eau , suivanl les dif- lerentes resistances ou petrifications que le sol leur opposoit, et creusant cliacun son sillon, se sont enfin r6unis pour creuser les grandes vallees oii nous voyons couler^ en sens contraire, le Rhin et li Pu , le Rhone et le Danube. Mais la grande cliaine avoit plusieurs autres chaines coUatt'rales et paralleles ^ que le torrent general cessa bientot de ravalcr et de surnionler. Idles barrerent done la direction qu'il avoit dabord prise vers- I'ouest, el le forcerent de courir transversalement dans des gorges ou vallees , dont les unes sont bientot aussi resides a sec, et les autres furent creusees a fond, telles que la Valserine, la Bienne, I'Aiu , le Doubs , la Saone, etc. ; vers le midi j la Woselle , la Meuse , la Sarre , etc. vers le Nord. Ill Qaoiqu'il y ait tonjours eu des courans de mer, quoique aujourd'hui Ton voye les eaux pluviales creuser des ravines et des convulsions souterraines ou soumarines op^rer, tantot quelques soulevemens, tantot quelques alfaissemens de terres, il est done Evident qu'aucun de ces agens n'a pu etre la cause ni des grandes vallees dont nous parlous, ni des grandes montagnes cjui les cotojent ; car presqiie toujours la petite qui fnit le fond de ces valines est parallele a celle de leurs sommets ou aretes; c'est-ci-dire qu'a leur depart la vallee et la montagne ne font toutes deux que des cascades ou preci- pices, et qu'en arrivant k la mer el.'e; sont presqu'aussi plates de nolro satellile : prodigcs qui ne sont pas plus etounans pour nous , ni plus difliciles pour la nature , que n'auroient ete soil la fyrmalion , puis I'ecioulcmcnl de cavernes centrales, soit relanccment des montagnes, soil renfonccnicnt des vallees , soit lout autre phenomene capable d'aneantir ou fairc disparoitre une masse qui , surmonlant I'ocean actuel de 3ooo toises , auroii ete plus que decnpic de la masse de touies les eaux t[ui resteut sur le globe. ET d'histoire NATURELLE. 3^ I'une que I'autre. Ce n'est done pas ici, ni la, qu'on doit cherclitr la trace des faineux angles saillans et rentrans , parcequ'aux environs du point de depart, les eaux tombant presque verticaleinent , sans etre suivies par d'autrcs eaux , leiir courant et leur action furent presque insl'antan^s ; elles cesseretil d'arrnchcr et de detruire aussi brusqiiement qu'elles avoient commenced de le faire ; tandis qu'au point de I'arrive^e dans la nier actuelle, elles se succederent si long-temps et en si grand volume, qn'elles eurent la force et le temps d'arra- clier presque tout le sol natif , et meme de le remplacer, ou le recouvrir par des terres de rapport; enfin^ qu'il n'y resta ni vallee , ni montngnes , ni , consequemment , aucun des angles en question. IV. Mais a distance moyenne de ces deux points extremes , la oil chaque torrent d^ja isole, et encore resserre entre deux rives homogenes, fut entrelenu a plein bord durant quelques jours ou quelques seniaines , par I'epuration des contr^es su- p^rieures, il put s'y etablir un regime fluvial , et parconsequent line suite d'angles alternes, qui n'est pas autre cliose que la loi du parallelisme entre les deux rives d'un fleuve : loi dont ( quoi qu'on en dise) I'execution se manifeste dans touies les v^ritables valines , et suiriroit seule pour attester la debacle. L'on voit done encore ici la demonstration de cette autre v^rite qui aux yeux de toutle monde, n'a paruqu'unparadoxe; savoir : que le ravage des eaux n'a ^td nulle part moindre que sur les montagnes les plus hautes , les plus dechirdes , et dont I'aspect est reste le plus horrible ; nulle part plus grand et plus terrible que la ou, ayant achev^ de tout detruire, il n'a Iaiss6 aucune de ses traces; la ou r6gne I'image paisible du plus bel ordre , parceque le desordre y a ete consomm^. Ainsi la plupart des lacs que nous voypns au pied des plus hautes montagnes, ne sont qu'une ^bauche de vallees , une fouille plus ou moins profonde que fit brusquement le premier flot de la debacle , en lonibant d'abord sur des terres plus oa moins divisibies , puis en rebondissant et les entralnant avec lui par-dessus une barre qu'il n'eut pas le temps de renverser, et qui retinl les derni^res eaux dans le fond de cet abiuie; et cette vague immense qui fit necessairement encore plusieurs autres boi'ds successifs , fut la cause ^vide:ite de plusieurs autres barres ou aretes qu'on voit toutes paralleles a la pre- miere , et qui sans cela seroient inexplicables (i). (i) Je ce distingue poiut ici les montagnes dites primitives , Xstnl parce- 36 JOTJUNAt DE PHYSIQUE, DE OHIMIE V. Cependant , ce n'est pas cette debacle universelle q"i» seule , a r^duit les mers au bassin et au niveau oi'i elles sont aujoiird'hui. L'Oct^an s'est arrete et a s(5journe dans deux autres stations , qu'il a aussi abandonn^es soit par un pht^nomene semblable , soit par d'autres causes que j'ai indiquues, et qui tiennent i une autre question non moins importanle; car, en. tout temps comma aujourd'hui , le niveau constant et le ri- vage habituel de la nier ont ^te n^cessairement marques ou par des falaises verticales , ou par des bancs de galet , ou par des dunes de sable. Or , malgre la degradation qua tous ces vestiges ont souflerte depuis nombre de siticles , on re peut pas se d^fendre de ies reconnoitre en mille endroits, comuie dans Ies escarpemens , en forme de bastions ou de remparts , qu'on voit sur Ies Alpes du Valais et de la Ta- rentaise, sur Ies Pyrenees de la Biscaye , et sur toute la cute occidentale de I'Amerique. Je citerai entre autres exemples , 1°. la longue falaise ou le grand mur qui borde tout le Jura du CLite de I'ouest , depuis le Mont-Terrible pres du Rhin , jusqu'a celui de Ventoux, meme jusqu'a celui de Grasse et de Vence pres le Var, ainsi que ceux qu'on voit, a la meme hauteur et au meme aspect, sur une autre chaine, a Langres, a Sombernon , a Autun , a Millau , a Lodeve , etc. ; 2". et sur un autre etage bien inf^rieur, le cordon qui fait I'en- ceinte du bas Boulonnoisj Ies cutes et Ies plateaux de I'Artois, de la Picardie, de la Brie, du Galinois , de I'Angoumois, du P^rigord , etc. VI. Cette station de la mar ^tant la plus r^cente, ses t^- moins ou vestiges ^tant moins effaces, et se trouvant presque tous sous nos yeux , je vais m'y arreter un moment. Pour con- sid^rer d'abord Ies galets qu'elle a laiss^s sur Ies hauteurs de I'Artois vers Hesdin , Bapaume;... sur celles de Picardie vers Roye , Chaulnes , Mons-en-Chaussee. . . sur telles de la Brie vers Rosoy, Vaux-Villars , la foret de Sordun; ... sur ceiles de Champagne, au-dessus de la Chapelle , de Soucy , de Voisines , d'Estissac, de Joignyj ... sur celles du Gatinois pres la colonne de Moret , et en cent autres lieux jusque par-deli Courtenay , principalement sur la rive droite ou orien-. qn' elles sont I'objet parliculier d'une autre graiide question , que je crois aussi avoir resolue , que parccque la debacle a travaille sur elles comma sur toutes Ies autres, suivanl Ies differens degres de consistance ou de pe^ trification qu'elles avoient acquis des-lors et qui , generalemeut , etoieut jnfiniment moindies qu'aujourd'hui. IT d'histoire vaturelle. Sg tale de la riviere de Loing, ou nous voyons ces galets en masses ir^s-consid^rables, et conime suspendues parcequ'elles ^toient d^ji ciinent^es en pouddings avant de sortir de la raer (i). VIIF. II faut ensuite observer que dans tous ces pays k galet ou poudding, on trouve aussi le sable de mer, tantot entoui protbndement dans des terres de rapport , par gites , fosses ou veines, dont plusieurs sonl resides en sablon incoli^rent, plusieurs aussi ont ete p^trifiees en partie, et meme totalement, en moutons de gres siliceux : tant6t on le voit en pareilles roches soit isol^es , soit groupees et amoncel^es tres-pitto- resquement les nnes sur les autres , et toutes portant a nu sur le sol de calcaire vierge ou pierre a chaux. Eiles sem- blent etre les ruines d'immenses I'orteresses , tandis qu'elies ne sont qu'un reste de dunes. Mais le pays le plus remarquable en ce dernier genre , c'est celui que la vallee de Loing a laiss6 sur sa gauche , depuis Fonlainebleau jusque par-delA Malesherbes. A peine voit-on quelques galets de ce cut6 , il semble au contraire avoir ete le rendez-vous de tous les sables qui y sont encore, parlie en sablon, partie en masses enornies et innombrables de gres k bdtir et a paver , et qui , par la prodigieuse exploitation qu'on en fait , sont livr^s au caprice des vents, et vont inonder la plaine, comme font aujourd'hui toutes nos landes et nos dunes maritimes , qui sont si ra- cemes et si mobiles que la petrification n'a pas encore pu s'y etablir. Vin. Pour se rendre raison de ce singulier et different ^tat des lieux , il faut se representer celui de la mer qui couvroit encore alors toute la France occidentale , except^ peut-etre quelques lies, comme Laon , Cassel, etc. II faut suivre son rivage tel qu'il ^toit d^coupe par les grands golfes qui en- troient fort avant dans les vallees actuelles des rivieres com- prises entre celles de I'Oise et de I'Allier. On verra que la (i) Ici I'on m'opposcra sans doute I'opinion gene'rale , qui veut que tous les galets du continent soient ou aient ete I'ouvrage des torrens et rivieres. Mais je crois avoir demontre que c'est une grande erreur , et qu'elle en a cause bcaucoup d'autres ; que les vrais galets ronds , tels que ceux indi— ques n'ont jamais pu etre ainsi faconnes que par I'action et le rebrousse- ment continucl des vagues lillorales de la mer j et que tous ceux de cellc forme qu'on voit roulans dans le lit des fteuves ou enfouis dans leur vallee, y sonl descendus de quelqu'autre elage et rivage tres-eleve , oil une mer an- nne les avoit travailles , puis abandonnes tels , a tres-peu-pres qu'ils sont cienr encore aujourd'hui deplaces et chariss fort loin de la. 40 JOURNAL DB PHYSIQUE, DE CHI M IE presqu'lle dii Iiaut Gatinois faisoit alors uii cles caps les plus saillans dans la mer ; qu'elle couvroit tout le reste du Gati- nois , Orleanois , eic. ; qu'elle les init a sec des le premier instant de la debacle , mais qu'il restoit encore tout le long du cap, et depuis Gien jusqu'a Moret, line communication unique enlre les eaux de la Loire et celles de la Seine, par un courant qui dessinoit la vallee de Loing, qui charioit les sables du Forez , des Cevenes , de I'Auvergne , etc. , etj qui a dure jusqu'a ce que ces deux rivieres fussent absolument separtJes par I'^mersion du seuil que nous voyons au-dessus et par-dela Montargis ; Emersion qui fit la grande peninsula ter.uinee par la Bretaf,ne. IX. Un dernier example qui se pr^sente encore plus pres de nous, c'est ce qu'on appelle le bassiii de Paris, depuis Mongeron jusqu'a Saint - Germain , et depuis Creil jusqu'a Montlh^ry. iNos meilleurs observateurs sent forces enfin de re- connoitre , comma moi , qne c'est le calcaire compacte, que j'appelle v/'erge ou natif , qui fait tout le fond et tout le pourtour de ce grand bassin; et que les autres terres et pierres qu'il renferrae sont toutes de rapport ou d'alluvion. Mais ils croyent toujours que cette fosse est originelle , et que son vide exisloit avant tous les agens qui ont travaill^ a la remplir. K^anmoins ils avouent qua ces agens n'ont pu 6tre que des eaux courantes et torrentielles» Cela choque toutes les vrai- semblances. C'est mema una erreur qua je crois avoir d^- montree par les signes d'arrachemens qu'on trouve encore , tant sur le fond .que sur les parois du bassin , partout ou Ton pent les voir ou les mettre au jour : arrachemens qui, eux-memes , ne peuvent avoir ete que le travail des eaux courantes. En efl'et , la th^oria et I'experience nous assurent que, de tout temps comma aujourd'hui , les torrens ont toi:-" lours commence par creuser et arracher , toujours fini par rapporter , en masquant et en recomblant plus ou moins la fosse qu'its avoient faite. Or , je le demande , quel pouvoit etre ce torrent qui , apres avoir ravag^ , deblaj6 et dresse en pente uniforme les plus hauts plateaux de la Brie, de la Picardie , de la Normandie, ... apres s'etre divise en plu- sieurs branches , eut encore la force de creuser , dans tes plateaux, des ravines aussi larges , jusqu'a pr6s da lOO toises tie profondeur ? puis d'y rapporter les masses ^normes de 5o h. 60 toises de hauteur que nous y voyons l Je demande si ce torrent pouvoit n'etre pas d'abord celui de la mer fuyant toute entiere et en unclin -d'a-ilVensuite, celui des eaux qu'elle lais- soit lTDlIISTOIRENATUTli;r.LE. 4t soit derriere elle , enibarrassees tant dans les golfes que dans le sein des conlinens, et dont I'^vacuation fut plus ou moins tardive ? X. Quant aux debacles subs^quentes, un examen attentif des lieux montrera que, quoique moins puissantes , elles orit agi de la meme mani^re. Ces nouveaux torrens ont done com- mence par ravager et creuser aussi dans les nouvelles masses que j'appelle arenacees , et qui , d6ja , ^toient p^trifiees ou min^ralis^es k differens degr^s , les unes en pierre a pldtre , les autres en pierre k batir , avec beaucoup ou point de co- quilles , et de toutes qualites depuis le liais jusqu'a la 1am- bourde. Ensuite , et dans leur d^clin , ils ont recombl^ ou masqud en plus grande partie, les excavations qu'ilsy avoient faites, avec des matieres qui ne pouvoient pas etre fort dif- ferentes, puisqu'elles venoient du meme pays; savoir, celles du milieu, qui sont toutes gjpseuses, de la Champagne, qui est toute calcaire ; celles a droite de la Tliierache , et celles k gauche du Morvan , deux contr^es qui des-lors etoient quartzeuses en partie. II est Evident, par exemple , que les plaines de Vincennes , Montreuil, sont de ces nouvelles allu- vions en pierre coquillidre, deposees au-dessus ou a cote des couches anterieures de pierre gypseuse (i). Mais una remarque (i) On ne peut done pas douter que I'e'tat actual du bassin de Paris ne soit I'ouvrage de deux debacles successivcs ct tres-distincles ; 1°. de celle qui, aprfes I'avoir totalcment creuse dans le sein du calcaire vicrge , et a plus de 600 pieds au-dessous des hautes plaines de la Brie et du Yexin , a fini par le leniplir jusqu'a la hauteur de 5oo pieds , par des alluvions assez fines et assez homogenes pour deveuir gypseuses . tellcs qu'on les voit a Belleville , Montmartre , Saint-Valerien , Cliamplatrcux j ... 2°. de celle qui vint ensuite travailler dans ces nouvelles plaines de gjpse , comme la pre- cedenle avoit fait dans les antiques plaines de craie , en y creusant de meme quanlite de fosses et de ravines , puis en les recoinblant par d'autres .alluvions grossieres de sables, graviers et coquilles qui ont fait toules nos pierres de taille. Tout cela est prouve , d'abord par le gisenient de ces pierrcs qui ne s'clevent pas a plus de 100 pieds, et qu'on voit cependant superposees a des platres ; ensuite , par les divers arraclicmens que le dernier torrent a faits dans les platres plus eleves. On voit clairement , par «xemple , que ceux-ci formoient une grande masse continue depuis Belle- ville jusqu'a CLaillot; mais qu'elle a ete retrecie et rongee de plus en plus jusqua etre totalement rasee eutre Montmartre et Montlaucou ^ car, par ja correspondance parfaite tant de la troncature que de touies les assises de ces deux monts , il est evident que le vide qui les separe , est une trouee , une breche que le torrent y a faite , pour courir de Paris ii Saint-Denis par le plus court , et que sans doute il auroit achcve d'approfondir , s'il n'eut Tome LXIII. JUILLET aa 1806. F ^2 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE tr^s-Jmportante , c'est qu'au nonibre de ces derniers dep6ls , il V a des bancs consid(5rabIe3 , comme a Popincourt , d'un cnilloux siliceux , que la vague n'avoit pas ballott^ assez long- temps pour en laire un galet tout rond , qui ne se rencontre dans aucune des liantes et anciennes alluvions , et qui, de I'autre c6te de la Marne , surtout vers Cliampagny , a pris toutes les aparences calcedonieuses , s'est agrege en poud- dings , et m^me agglutin^ a des fragmens de pierre a chaux ; ce qui sembleroit prouver que la debacle anterieure avoit pr^c^d^ la formation des silex , quoiqu'elle ait cliari6 des d(^bris d'oiseaux et de quadrup^des. XI. Oe n'est pas tout : non-seulement les montagnes et valines n'ont pti etre que I'effet n^cessaire et m^canique d'une fuite precipitie de la mer ; mais la cause immediate que j'ai donniie a cette fuite, est encore la seule par laquelle on puisse r^soudre plusieurs autres problemes g^ologiques qui sont en- core plus importans. En effet , sans admettre un tres-grand changement survenu dans la position de I'axe et de I'^quateur du globe , il seroit impossible d'expliquer aucun des autres iaits naturels que j'ai d^taill^s (pages 366 , 374 des Nom>eaiioa Principes). Je me borne ici a dire qu'on ne pourroit jamais coinprendre, 1°. pourquoi I'Ocean se trouve presque confind dans un seul hemisphere. 2®. Pourquoi il est aujourd'hui sur- montd de plus de 3oo toises par telles et telles parties du con-j tinent qu'il surmontoit lui-meme. 5°. Ce quest devenu, cora- ment a pu disparoltre cet immense volume d'eau qui , aux yeux de tout le monde , paroit avoir ^te an^anti. 4''« Comment dans una montagne toujours couverle de neige et dans un pays voisin du cercle polaire, on peut trouver enfouies tant de reliques de plantes et d'animaux qui ne peuvent vivre qu'entre les tropiques. 5°. Eniln , pourquoi I'6iephant> le mam- mout , le rhinoceros, le crocodile, le palmier, etc., sont fossiles dans les pays du nord ; c'est-a-dire pourquoi ils y vivoient, comme habitans indigenes; car si toutefois ils eus- sent et^ Strangers et aussi eloign^s que toutes leurs races le sont actueilement , les moyens qu'on a imagines comme suf- iisans pour les charier jusqu'ici seroient tous incroyables, et leur efl'et eut m^me et6 impossible. pas trouve des niaticres moins petrifiees ou plus faciles a deblayer , dans le le large et trcs-long detour circulaire qu'il a dtfiniliveinent creuse jusqu'a. fond , eiitre le cap restant des Bons-HoHloies et lc» cotes dc Bellevue y Jieudon , Saint-Cloud , etc... ET D'lirSTOinE Sr ATUHE t LB. /,J XII. Or, poiir expliquer tout cela et plusipurs aufres difli- culres , tant de la geologic que de la ^^ographie physique , il suflit de supposer que ce grand ph^nouiene fit decliner le livjuvel ^quateur de 40 k 5o degr^s sur I'ancien ; ce qu'il ne put faire sans causer aussi de grands changemens dans la direction et I'aniplitude de Torbite , dans I'obliquite + 11.1 + 8,8 +i3,f, + 6,8 + '4-c + 8,3 -t-20,4 + 11,1 +146 + 130 + ]6,c + i.,6 +>9,7 +i3,o +20.2 +16,3 +21,2 +17,8 + 23,C +22,3 + ii.'4 + 18,0 + 18,8 +12,0 + 21,6 +21,4 +21,2 +11,1 +20,8 + 7-4 +14.° + 8,4 +12,9 + 9.3 + l6;7 + 11.0 +20,4 + 12,5 + 14,8 +10,0 +14.4 + 6,^ + .56 + 5,4 + )8,K + 12,4 + 22.6 + 14,8 + 18,1 + 9,3 + I4.'5 + 8,2 + '4.6 +10,0 + 18,8 a 2 Jill 28. 0,27 a 2 i s 28. 2,5,1 a 4 in 28. 2,9 a 2 m 28. 1,08 a II s 27.11,68 a 4 s 18. 0,75 a midi 28. 3,17 a midi 28. 3, So a 6 111 28. 3,25 a 5 111 28. 2,68 .'1453 28. 4,i5 k midi 28. 6,17 a 5 J 111 28. 4,72 i 3 ~ 111. . . .28. 2,40 h midi 28. 2,90 a midi 28. 3, 01 k 8 m 28. 2,60 a II I s 28. 3,77 h midi 28. 4,75 A 6 m 28. 5,40 h 4 m 28. 3,93 aym 28. 1,68 i II Y s 28. 2.70 aS^ir 28. 3o8 h I m 28. 2,55 a 3 7 in 27.li.,8o a 10 i s 27.11,65 a II \s 28. 2,So i II J .s 28.4,06 a I m 28. 4,o5 a 4|m. a 4 i 111. a 7 s . • • a«i s.. i 6 1 111. a 5 111 . . ..27 ..28 . .28, ..27. ..27 ..28 ..28 ..28 ..28 ..28 ..28 ..28 34 L,.. a 10 s.. ;i II I. » a miai.. a 6 111 . . aio i s, ill s 28. ^4is 28. a 10 J s. . .'.28. i6 111 28. k^{ f 28. k I 111 28. k3s 28. a II is 28. k IIS a8. k II s 28. a II i 111,. . .28. |» II I 28. i 9 J s 28. a lo-i s 27. a 7 in 27. h6 m 28. 31 m. .28 k audi a8< . 1 1 .40 • 1,84 1,70 10,7- 10,27 . 0,45 , 241 . 3,10 2,43 . 2,17 2,88 5,33 ■ 7.7« 1,72 2,55 2,39 1,40 2,28 2,42 4; 25 1,85 0,20 0,00 2, So o,SS io,3o 10,40 0,41 2,52 3,o5 28 28 28 27 27 28 28 28 28 28 28 28 28 28 28, 28. 28. 28. 28. 28. 28. 28. 28. 28. 28. 27. 27. 28. 28. 28. . o, 1 5 2,5 1 2,80 .11,89 . 10.75 . 0,6 . 3,17 . 3, So . 3,20 • 2.17 3,77 6,17 . 4.08, • 2,23 . 290 . 3,01 • 2,17 . 3, CO • 4.75 . 5,00 . 2.08 . 1,20 0,89 3,00 2,00 11,27 10,68 I,7.6J 3,66 3,oS RECAPITULATION. Plus grande Elevation du merciire...28.6,i7, le 12^ midi. Moiiidre elevation du niercure 27.10,27, le4 ^65 matin. Elevation iiioycnne 28. 2,22. Plus grand degre dc chaleur +2o*.6 le 10 S I h. s. Moindre degre de chaleur + 5,4 Ic 26 4 4 h. na, Chaleur moyenne + 14'5 Noinbre de jours beaux 20 Eau de pluie tombde dans le cours de ce mols , 7 dlxi^mes. o,"oio9o =0 ponces /{ligne* A L'OBSERVATOIRE IMPERIAL DE PARIS, JUIN iSoG. c Hyg. a 'fi i midi. Ve NTS. POINTS LUNAIRES. VARIATIONS DE LATMOSPHERE. 1 66,0 2 69,0 3 66,0 4 66,0 S 78,0 6 66.0 7 6fi,o 60 9 56,0 iO 56,0 1 1 63,0 12 5o,o i3 63,0 14 63,0 i6 63,0 1 6 64,0 I7 64,0 i8 66,0 19 7','5 20 6y,o 2l 6«,o 22 73,0 23 65,0 24 6.!,0 .5 65,0 ?/' 67,0 27 «4,o 7« 80,0 29 65,0 3° 68,0 N. N-E. N. S. O. S-0 f. o. so. s. N-E. N-E. N-O. E. N-E. E N-O. N-E. N-E. N-O. N lorf. NN-E. N N-E. ON O. N-O. N fort. NNO. O. S O. S. S-O. N-E. N. O-N. N-O. P. L. Apogee. r». Q. Equio. asc. N. L. Pe'rigt'e. P. Q. P. L. (Jiel Ir^s-nuagcu.\ ; cc!airc.s rar iiiterv. Id. Beau cicl. C el vaioieux ; petite pluio cnlre 8 et g li. du soir. Couvcrt; biumcux par intervalles ; ])ctite pluie. Cirl iiuageiix ; cclairtis par inlervalles. Cicl ti( s-iiuageux ct trouble tout le jour. Beau ciel par irilervalles. Ciel superbe la plus graudc partie du jour. Beau ciel le matin ; ^cl. , lonnerre et pluie, i 10 h.-j s; (]iel nuageux par intervalles. Beau cicl par iulervalks. Beau cicl. Idem. Vajeurs; que'qucs nuages trts-Iegers. Ciel vaporenx; presque enticrcment couvert sur les 8h. da loir. V'apeurs a I'liori/on ; eel Cuuv. et tris-nuageui. ('iel trouble 5 vapeurs tr^s-epaisscs. Ciel couvert par intervalles. Ciel & demi couv. par interv. ; assez beau ciel. Ciel tr^s-nuageux et ncbuleux. Pelite pluie dans la nuit ; ciel a demi couv. ;cclairc. par inf, Beau cicl , temps caUiie ; ciel trJs-nuageux. Beau ciel par uitervalles. (Jiel couvert la plus grande partie du jour. (^uelques goutles d'eau ; ciel tres-nuag. ; eclairc. ct chaleur, (,iel couvert; pluie par interv.; lonnerre. Pluie fine et abondante; ciel trouble de miageux, Ciel tr^s-nuageux. Cicl vaioreux; nuages clairs et trJs-elevcs. EtCAPITULAT de couverts .... de pluie de vent de gel^e de tonnerre. . . . debrouillard. . . de neige Jours dont le vent a souffle du N N-E E SE S S-O O N-O ION 5 6 .. 3o o 2 s. o ... 8 ... 8 . . .. a . . . . o .... 3 •::: I .... 6 48 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CllIMIE De la formation de V Acide muriatique oxig^ne aveo la pile de Kolta ,- Par BELLONI, DIT MONZA. Mai 1806. Jlxtraitpar leProfesseur Veau-de-Lxunay , Docteur-MMecin.! I En reconnoissant la formation de I'acide muriatique oxig^n^ ar la pile de Volta , M. Monza rapporte trois opinions eta- iissant la theorie de ce ph^nomene. En consid^rant le fluide galvanique comme una substance simple, et en admettant la decomposition de I'eau. La premiere , qui fait considerer I'eau comme un oxide d'hy- drog^ne, ou plutut I'eau se convertissant en acide muriatique simple ou suroxig^n^ par la soustraction dune partie de son oxig^ne : telle est I'opinion de Pacliiani. La deuxi^me , qui est en opposition avec celle-ci, considere au contraire I'eau transform^e en acide muriatique oxig^n^ , comme una eau surcharg^e d'oxigene , fourni par le p6le po- sitif : telle est I'opinion de Mascagni. son oxig^ne ou a son hydrogene una substance particuliere tenue en dissolution dans I'eau. Les deux premieres opinions paroissent etre contredites par I'irapossibilit^ d'obtenir un acide ou un alcali , en ajoutant de I'oxigene ou de I'hjdrogene dans I'eau , sans faire agir Taction galvanique. Dans la troisi^me opinion il faudrait supposer dans I'eau una substance particuliere ^chappant k tous les r^actifs connus ; mais quand on considere que I'eau la plus pure peut d^velopper des insectes et une infinite de corps que ditTerenies circons- tances peuvent rendre apparentes , qui sait si dans cette eau que nous disons pure , il ne s'y trouve pas un principe ou radical muriatique IBiiriatlque pouvant former dans la nier cJillVrens muriates , fiuivaru les combinaisoas d6terminees par certaines circons- tances. . Si Taction galvanique agit par le pole zinc on positif, il en r^sultede Tacide muriatique exigent ; si cette action agil par le pole oppose, il en r^sulte un alca'.i. On salt que I'eau distillee la plus pure , rcnfermee dans des bouteilles, et expos^e a Taction tie la lumiere solaire , peut , dans Tespace de quelques spmaines , former un prf^cipitd par les nitrates de plomb ou d'argent. 11 se nianife*Le d'sbord des traces d'ammoniaque , ensuite des caracteres d'acidil(5. M. Monza passant ensuite aux experiences , annonce qu'il s'est servi de tubes de verre de 5 lignes de diani6ire et de 5 pouces de haut , ayant Torifice sup6rieur resserr6 de manitjre a ne laisser que le passage des ills m^taliiques , et qu'il bou- choit ou lutait avec la cire d'Espagne. L'orifice inf^rieur ferm^ par du coton ou de la toile blea lav^e et imbib^e d'eau distillee ; Textremitt^ inferieure des deux tubes plongeant dans un meme verre d'eau distillee , etaiit dans una position inclin^e de manierea permettre le passage de Tac- tion galvanique d'un tube a Tautre. Ayant mont^ une pile de gi paires de disques du diametr© ■de 3 pouces , et ayant humecte les draps d'eau distillee , et mis deux fils d'or aux deux extr^mites de la pile; celte pile ayant fonctionn^ pendant 3o heures, il fut reconnu que Teau du pole cuivre ou negatif coloroit en verd la teinture de violettes , et I'eau du pole zinc rougissoit la teinture de tournesol. Ayant exprime Teau qui avait imbibe T^tofle, elle ne parut avoir au- Cun caractere ni acide ni alcalin. La meme experience T^peu e avec des draps imbibes de mu- riate de soude, et la pile ayant fonctionne pendant trois joura sans Taction de la lumiere oolaire , il ge developpa une granda quantite de gaz des deux lubes. Celui du pijle negatif s'en- ilamnia au contact dune bougie, et Teau manifestades carac- teres alcalins ; eile conserva cette proprj^te pendant plusieurs joihTS , quoiqu'expostie a la lumiere et au contact de Tair , et meme Tayant fait bouillir quelques instans. L'eau du pole posilif ne parut pas avoir sensiblemer.l d'odeur; fiUe rougit legereojent la teinture de tournesol , et donna , par les reactifs, les caracteres d'acide muriatique ; Textremii6 du 111 d'or avoit une couieur plus fonc^e. N'ajant pu reconnoitre les .caracteres certains de la soude , dans ieau du pole negatif , Tome LXIII , WILLET ido6. G 5a JOURNAL DE physique; DE CHIMIB i'ajoutai une goutte d'acide muriatique, etj'obtins descristanx de muriate de sonde. L'exp^rienee fut r^p^tee plusieurs fois , et tonjoiirs avPC les mcnies resultats; mais comme d'autres avoient ol.tenu de I'a- cide muriatique oxig(^ne,je suivis esnciement le precede de Pacchiani , et m'assurai que Ton peut constamment en obte- nir danS I'espace de quelques minutes. . J.e r(^petai la meme experience avec une pile de 120 paires argent , et apres /^o heures d'action , I'eau des tubes etnnt dimi- iiuee dull- tiers par le d^gagement gazeux , il se nianifesta une i'oible oclenr d'acide muriatique oxigene. La teintine de tour- nesol a d'abord rougi , puis s'est entierement decoloree. La tein- ture de bois d'Inde dans I'acide sulfurique, ^tendue d'eau , a aussi f'te d^color^e ; et c'est , suivant BerihoUet, le r^aclif le plus certain pour reconnoitre la presence de i'acide muriatique ox'g(5n6. 11 s'est aussi form^ unpr^clpite abondant par le nitrate d"ar- gent. L'eau du vase on plongeoit le ruban ou hlcoramuniquanta I'autre vase , n'etoit ni acide ni alcalin. Le tube du pole ou fil positif de I'autre pile , donna de meme les caracteres d'acide muriatique oxig^n^ , et le id de platine legerement colore en jaune. Convaincu de cetie verit^ , je r^petai ces experiences sous un autre rapport , et mis dans ies tubes une dissolution de mu- riate de soude. Je placai au p61e positif un fd de platine et un ill d'or au pule negatif. Les tubes fermes inferieurement par du coton , et sup^rieurement avec de la cire d'Espagne , ce» tubes plongeoient dans une sembla'ble dissolution de sel marin. Des que Taction galvanique eut lieu , il se dcigagea du gaz hy- drogene , du pole nc^gatif , et il se manifesta sur le fil de pla- tine du p61e positif, quelques bulles d'air, dont plusieurs se detachoient par le moyen d'un leger mouvement. Apres une action de 12 beures, j'eus une odeur tres-forte d'acide muria- lique oxige5n6. La teinture de tournesol fut entierement de- color^e , puis repassa an bleu ou violet sans rougir. La tein*- ture de bois d'Inde et d'orseille fut egalement decoloree. L'eau du tube du p61e negatif devint alcalisee, et le gaz d^- gag6 , inflammable. Je r^pettfi Ik meme experience avec une dissolution satur^e de sel marin ; mais avec la difl'drence que je [ilacai le fil d'or au pole positif, et le fil de platine au pule negatif. II y eut aussitut un degagement gazeux tres abondant du fil de platine jj et aucune formation de gaz du coi6 du fvl d'or ; mais I'eau pn't une belle coiileur jaunesemblablea la dissolution u"or dans I'acide nitro-muriatique. Apres douze heures d'action , fe trouvai le coton qui bou- choit infi^rieurement le tube du fil posiiiF, teint en pour[)ie, L'eau ne me parut avoir aucune odeur , et ne me donna au^ Cutis caract^res d'acidit^ : sa saveur etoit saline et metall que. Le fil d'or etoit legerement couvert d'un enduit ( patina ) jaune rougeatre. Le fil de platine qui etoit au p61& n^gaUf , etoit entoure d'nn nuage blanchatre , et une panic s'eioit depos^e sur le coton. Le gaz etoit inflammable, et le liquide legerement alcalin. II r^sulte de ces experiences et de plusieurs autres : i". Qu'en empjoyant une dissolution de sel marin , et pla- i^ant dans le tube du p6le positif nn fil de platine, on obtient constamment de I'acide muriatique oxig(5n^ , et jamais de I'a- cide nuiriatique simple. 2°. II est indiflerent que l'eau soit saturee ou non de sel ma- rin , I'acide resultrrnt varie seulement en intensity. 3°. II est egalement indiH'erent de mettre dans le tube du p61e n^gatif un fil d'or, de platine, ou tout autre metal; il est de menie indift'^rent que l'eau de ce tube soit pure ou sa- turee de sel marin. 4'^. II ne se forme jamais d'acide en employant un fil d'or pur au pole positif, quels que soient l'eau et le fil du pole negatif. 5". Dans moins dun quart d beure on pent avoir la preuve de la formation de I'acide muriatique oxigene , par le nioyen des fils de platine, et dans le meme espace de temps; en S9 servant d'un fil d'or au pule positif, l'eau se colore en jaune. Les dissolutioiis de muriate paroissent les meilleurs conduc- teurs du fluide galvaniqlie. 6". La formation de I'acide muriatique oxig(^ne s'obtient avec des fils de platine, et I'appareil 6tantprivedela lumiere, ouayant son contact. 7°. Le fil de platine d^veloppe une substance gazeuse pro- portionnee k la quantite de sel marin dans l'eau , ou en raison de la force de la pile et du temps qu'elle est soumise a Paction. 8". Les niemes ph^noni6nes ont lieu en placant plusieurs tubes de communication pour former la cbaine galvanique ; mais cette action decroit en raison du nombre des tubes. 9°. Si apres avoir remue la pile quelques instans, ^lant ac- tionn^e par la dissolution du sel marin, et transportant les tubes d'un pAle a I'autre , on a ensuite un degageuient gazeux du cC>ie du p6ie positif, que le fil soit d'or ou de platine. G 2 02 jotjAnaldk PHYirQtrfej ut cmimih lo". Si on transportele tube positif au pule n^gatif avec un fil d'or, et que la liqueur soit dej^ coloree en jaune , la cou- leur disparoit peu-a-peu , et il se forme de lagers nunges au- tour du fil qui noircit , et I'eau prend des caracteres aikalins. . 11°. Si on introduit dans le tube positif de I'acide muria- tique alloibli, au lieu d'une dissolution de sel marin, cet acids se convertit en acide muriatique oxig^ne , et si on met pa- reillement de cet acide muriatique simple, along(5 d'eau , dans le tube du pule negatif, I'acidit^ disparoit, et I'eau verdit la Jeinfure de violettes. 12°. II est reconnu que mettant de I'eau pure dans les deux tubes , on commence par obtenir Talcalisation ; si au contraire x)n emploie une dissolution de sel Qiarin , on commence par avoir Tacidification. Si Ton met deux fds de platine isoles entre £ux avec dela cire d'Espagne , etintroduits dansunraenie tub* place dans un verre d'eau salee , on obtient dans le m<5me Jube de I'acide muriatique oxig^ne , et si on y introduit de I'or , il s'y dissout. •» ' 1 3°. Si Ton place dans un m^me tube deux Ills de cuivre isoles entre eux , ou dans deux tubes remplis d'une dissolution de sel marin , le HI du piile negatif developpe une grande quan- litfi de gnz hydrogene , I'eau ne devient ni acide nialcaline, il se forme sur le fil du pole un eiiduit jaunatre qui se prt^ci- pite , tiindis qu'avec I'eau pure le precipitc est verdatre. i.^°. Si on emploie une dissolution de nitre au lieu d'une dis- soliitioii de sel marin , en pla^ant un iil d'or au p61e positif ei Jill Iil de plaiine au pole negatif, il V a un degagemeut gazeux des denx fils , mais plus considerable du cot6 du pole negatif^ et I'eau du pule positif devient acide , et I'autre alcaline. 15*^. Si Ion emploie une dissolution d'alun , on a pareille-r ment un degagement de gaz. La couleur de tournesol rou- git , mais bient it reprend sa teinte naturelle. Le pole riegaiif ne parolt donner aucun signe d'alcalisation ; i6°. Lfi dissolution de muriate d'amnioniaque ne rougit que tr^s foildt^iiient la teinture de tournesol ; par Taction du puiie posiiit , il ne se degage que tres-peu de gaz avec le fil de pla- iine ; mais il s'en degage beaucoup du polo negatif. L'eau de ce ptile prend des caracteres alcalins avec une l^gere odeur ammouiiicale, et dans le tube positif, la presence de I'acide muriatique o\igene. Le professeui Brugnatelli avoit d^ja annonc^ dans le 22" tome de ses Aimales de Clinnie, l.i fonnafion de 1 acide muriatique, par le moyen dun iil d'or, et la dis^oluiioa des muriates de cbaux, de potasse et d'ammomag^ue. ET B'hIJTOIRE NATrRELLI. 53 NOTE DU PROFESSEUR VEAU-DE-LAUNAY. Ayant eu occasion der^peter avec quelques-uns de IJies colli^gues dela Soci^i6 Galvanique elRecherchesPhysiques, plu- sieurs experiences de MM. Pacliiani et Brugnatelli , nous avons obtenu une fois une odeur d'acide muriatique oxigend tres- prononcee. Le liquide a reste incolore , mais pr^cipitoit ins- tantan^ment le nitrate d'argent. Nous avions op^r^ sur environ six grammes d'eau distill^e. placeedans un tube de verre , au pole positif, avec lequel il etoit en communication par le mojen. d'un iil d'or, au titre reconnu de 976 milliemes de fin. Nous avions employ^ la dis- solution de sel ammoniac pour humecter les draps places entre les disques , notre pile ^toit de 108 paires. Nous avons essaye la dissolution de nitrate de potasse a la place du muriate d'ammoniac , nous n'avons obtenu aucun ph^nom^ne sensible. Le muriate d'ammoniac nous a paru pre- ferable a tout autre sel, par Taction rapide qu'il donne a la pile. L'odeur d'ammoniac a ^te tr6s-sensible , et une partie des plaques oxidees en bleu. L'eau distill^e communiquant au pule cuivre, par le raoyen d'un ruban d'^tain, ne nous a pr^senid aucun indice d'acide muriatique, ni d'alcali. La dissolution de nitrate d'argent j a produit une tres-leg^re teinte rose , ce qua nous attribuons k letain, dont une des extr^mites plongeant dans le verre d'eau ^toit un peu noircie. Lorsque nous avons place deux fils d'or ou de platine dans un meme tube, nous n'avons obtenu que des degagemens gazeux d'oxigene et d'hy- drogene , dont les quantit^s respectives se aout trouvees rela- tives a celles de la composition de l'eau. Dans une experience qui a dure huit. jours ^ nous en avons decompose environ un gramme. Nous avions mis en action une pjle d'Aliseau ou horizontale de 5o paire* de 4 pouces quarres. Cette pile a soutenu son action pendant plus d'un mois. Les plaques etoieot separees par du sable fin ( sablon d'Etarnpes), imbibe une ou deux ibis par semaine avec une dissolution de sel marin, 11 nous a paru que Taction galvaniqug ptoit toujours en raison directe de Toxidation m^tallique. ^4 JOUnSAL BE PHYSIQUE, DE CHIMIB L ■. . ■■'■' ' ?■ r-""" J L E T T R E . PE JOSEPH PELLETIER A J.-C. DELAMETHERIE, Rddacteur du Journal de Physique ; gUR LE SULFUPvE D'ETAIN OXIDE ou OR MUSIF. Monsieur i M. Proust, dans son M^moire ayant pour titre : Fa its pour seri'ir a I'Histoire de I'Etain, page 34 1 , cahier de brumaire an ill de voire Journal , die : « Pelletier qui voyoit si bien , s'en est laiss6 imposer par je ne sais quelles apparences. II an- ftonce que le sult'ure d'^tain et le cinabre chaufi'^s ensemble , donnerit de I'or itiusif. Un resultat aussi contraire aux prin- pipes me paroissant peu croyable , j'ai repaid I'experience , el; i'ai vu que ces deux-sulfures chauffe ne donnoient autre chose que cinabre et sulfate d'«5cain, I'un volalilisd , et I'autre mould au fond de la retorte ". II est vrai que mon pere apr^s avoir observe que I'^tain oxidd s'unissoit a une plus grande quantity de soufre que I'etaiti m^tallique, ainsi que M. Proust I'a reconnu, rajiporte I'expe- rience suivante comme une de celles qui le confirment, et qui prouvent que Tor musif contientde 55 a 40 de soufre au quin- tal, cc Ayant distil e , dit-il , (i) 600 grains d'etaiii sulfure et 600 grains de cinabre , tous deux bien melanges , j'ai eu pour produit du mercure coulant , et il restoit dans la cornue do Lor musif ->^' Mon pere peut avoir donne de ce fait une th^o- rie differenle de celle qu'on donneroit aujourd'hui ; mais le resultat n'esi pas moins certain. J'ai le boeal contenant I'or mu- sif qu'U obtint dans cette operation ; il fait partie des produita (0 Mem. et Observ. de Cliimie de B. Pelletier, a' vol., page 100, etd'histoire naturelle, 55 <3e la s^rie d'experiences qui ont dorin^ lieu k son M^moire sur cett£ substance. Malgre ce t^moignage physique , j'ai de- 6ir^ verifier I'expi^rience. J'y ai ^te d'autant plus invit^ , que ]M. Lartigiie, pharmacien de Bordeaux, ^16ve demon pere k r^poque OLi il fit ce travail, s'est trouv^ a Paris , et a ajsisie premiers travanx. Pour suivre fidelement le procede de mon pere , j'ai bien divis6 s^par(5ment sur un porphyre 600 grains de suU'ure d"(5- tain , et autant de cinabre. Ces devix substances n'avoient poin» d'odeur, a I'exception du sulfure d'etain qui sentoit le soufre. Bientut apres qu'elles ont ele unies par porphyrisation , pour en op^rer le melange exact, il s'est manifeste une odeur tr6s- sensible de gaz hydrogene sulfuric, phenomene que M. Proust ni mon pere n'ont pas citt^. J'ai introduit cette poudre dans une cornue de verre , lut^e d'une couche tres-epaisse d'argile, et j'ai procede k la distillation, en graduant le feu autant que je I'ai pu. II s'est degag^ du gaz acide sulfureux , deux ou trois gouties d'eau , pr(is de trois gros de mercure coulant ; il s'est attach6 a la partie superieure de la cornue une couthe tres-mince de cinabre, et enfin il est rest^ au fond de I'^tain sulfure, reconvert d'une couche d'or musif tres-brillant. J'ai refait I'experience en operant sur le double de matiere et en ne donnant pas autant de feu , parceque je soupcon- nois I'avoir trop pousse la premiere fois. J'ai encore obtenu du gaz acide sulfureux, eau , mercure coulant , et dans la cornue une matiere noiratre, moins compacte que la premiere, mais contenant de lor musif. Atiribuant le degagement du gaz hydrogene sulfur^ qui sa d^gage pendant la porphyrisation du melange a I'humidit^ con- tenue dans les sulfures , je les ai r^duits separement en poudre tres-divis^e , et je les ai ensuite fortement dess^ches dans une capsule de porcelaine. Le porphyre ^tant bien sec et encore chaud , j'ai fait le melange. Ici il n'y a pas eu de d^gage- menl de gaz hydrogene sulfur^. J'ai procede a la distillation, en observant toutes les precautions prises pour les autres ope- rations. Le r^sultat a encore ete du gaz acide sulfureux, un peu d'eau , du mercure coulant , un peu de cinabre au col de la cornue, et dans le fond une substance dont partie com- ,pacte et partie en poudre ; mais accompagnee d'or musif, qui a la verite n'6toit pas aussi apparent que dans les autres essais , ce qui pourroit tr6s-bien venir de la maniere dont le feu a et4 conduit, car c'est de la que depend le succ^s de Top^ra- tion. II pnrott quo I'oxiilntion tie I'etnin essentielle h la formatlort de I'or musit" est duo , dans le cas dont il est question , a ]n decompositioiA dun peu d'eau qui se trouve dans le sulfure d'etaiii ou dans le cjnabre, et peut-^tre dans les deux, ou eiicoie a un peu d'air atmospherique rest4 dans ia cornue. La presence de I'eau est incontestable , puisqu il en passe a chaque distillation , nieuie apres avoir bien desseche la matiere. Or il est Evident que mon pere a eu raison , non pas de dire , sui- vant I'opinioa d'alors, que I'oxigene du mercure , qui consti- tuoit le cinabre , se combinoit avec I'^tain ; mais qu'il a eu raison d'attribuer la s(5paration du mercure obtenu a I'oxida- tion de I'etain , qui dans I'^tat d'oxide sulfur^ , s'unit ;\ une nouveile quantite de soufre , et presque tout le cinabre se trouva decompose. Ces nouvelles experiences ne contredisent ni n'attaquent la theorie de M. Proust , mais je i^rois qu'elles confirment le x6-. fiultat obtenu et annonc(i par mon pere. ANALYSE P'UNE METEOROLITE TOMBEE A VALENCE jj A R R O N JD I SS E M E NT d'alAISJ Par THENARD, E X T R A I T. La m^teoroliie tombee a Alais , et dont nous avons rap'; porte les detads de la chute dans le cahier precedent , p. 440 , «i ^te analysee par Thenard. Gette pierre est noire et ressenible tellement a du cbarbon de terre, queceux qui la i-aniasserent essayerent de la bruler^ Sa pesanteur est 1. 940, On apper(joit dans son int^rieur qnelques points jaunes da pyrites deter, et un grand nonibre de parties cubiques qui ont peu d'adh^rence les uues avec lesautres.EUessont si friables qua t T d'histoire naturelle, 57 la plus l^g^re compression les rifduit en fiagmens de la gros- seur de grains de sable. II est jnsipide au gout, et insoluble dans IVau. Chaufl'^ avec le contact de I'air , sa couleur noire passe au jaiine rougeatre. Chauffe dans les vaisseaux ferm^s, sa couleur noir^ ne changa point. Chaufie au chalumeau , il ne fond point senl ; mais si on le mele avec du borax , il entre facilement en fusion , et teint Ce sel en jaune verdalre. L'analyse de cette substance lui a donn6 , Silice 20. 5 Magn^sie 9 Soufre 4 ♦ Charbon 2 Fer oxid^ 40 r^ickel oxid^. . , . •. i5 . Manganese oxidd. . , - a Chrome oxide 1 Ehu ly Le m^ti'orolite d'Alais ne diflere done des autres qu'en ce qu'il contient un peu de charbon, une plus grande proportion de fer et tous les metaux a I'etat d'oxide. On pent rendre raison de cette ditlerence , en supposant qu'en traversant ratmosphsre il n'a point epronv4 un liaut degr6 de chaleur : et ce qui le prouve ,c'est que lorsqu'on le chauffe, le charbon qui y est coiitenu briile tout de suite, et surtout parcequ'en le traitant par les acides , la silice ne se prend point en gel^e, tandis que celle des autres m^t^orolites s'y r^duit constamment j ce qui indique qu'ils ont subi Taction d'un grand coup de feu. Nota. La decouverte du chrome dans les m^t^orolites est due a Laugier , qui en a retir^ un centieme de cinq m6- t^orolites diQerens, 1". celui d'Ensisheim , 2°. celui de Verona, 5". celui de Barbotan , 4°. celui de I'Aigle , 5*. celui d'Apt. m NOTE SUR LA ZOYSITE; Par J.-C. D^L AMETHERIE. Le c^lebre Werner a donnd le nora de zoysite (de M. TjOjs; C^lebre min<^ralogiste) a une substance particuli^re qui s* Tome LXIH. JUILLET an 1806. H 5S JOURNAL BE PHYSIQUE, DEC HIMIE Irouve du cutt^ de Salzbourg. Elle nous a ^t^ apportee a Paris par ledocteur Schneider. L.a description qu'en a donn^e Werner re nous est pas encore parvenue. Voici les caracteres de celle qui nous a ^te apportee. CouLEuR.. Sa coulcur est d'un gris cendr^. Eci.AT. Son eclat est nacre et assez vif. Transparence, iqo. Elle est translucide. DoRETE, 3ooo. Elle ^tincelle vivement par le chocdubriijuet. Pesanteur, 34000. FusiBiLiTE , 2000. Verre blancliatre scoriforme. Cassure latnelleuse. MoLECiiLLS rhombo'idales. • . ... Forme indt^termin^e. Les morceaux que nous avons ne prt5sentent aucune cris- tallisalion ri^guliere ; on voit seulement des prismes stri(5s lon- gitudiiialement , noy^s dans una pate blancbatre qui paroit quartzsuse, et contient quelques portions de mica. Ces prismes^ se croisent irr^guliiirenient , comme ceux de certaines tremo- lites se croisent dans leur gangue. En detnchant quelques-uns de ces prismes de leur gangue , on y distingue des fractures rhomboidales dont on ne peut determiner les angles , parcequ'ils varient dans les differens morceaux. Les prismes entiers , qui sont dans la pate , n'ont point de figure reguliere. lis sont arrondis irregulierement , et la figure qu'on croit distinguer dans I'un paroit differente dana celui qui est a c6t6. Tous les caracteres de cette substance la rapprochent de celle qu'on a appelee thallite gris du Valais. Des-lors elle doit cristalliser, comme le thallite , en prismes rhomboidaux droits dont les angles sont 114" 3o' et 65° 3o; Et en prismes hexagoiies. LETTRE DE NAPLES SUR UNE ERUPTION DU V^SUVE. 17 Juin. Le Vesuve continue a fairs des ravages ; Irruption ac- melle est la plus terrible dont on se souvienne. La partie etd'histoirehAturelle. 59 • iip^n'eure c!e la moiUagne est entierement i-revass^e, les borcls du crat^re sont totalement fendus , et Ton croit meme que les parois de la montagne s'ecrouleront dans peu. Les cendres fie sont accumul6es jusqu'a un et deux pieds de hauteur dat'S les endroits qui avoisinent le pied du volcan ; la lave forme trots larges fleuves; la colonne de feu et de funisie au-dessus du crat^re est trois k quatre fois plus haute que la montagne meme. La quantity de pierres ardentes que le V^suve vomit, re permet pas de s'en approcher sans danger. Environ 100 inaisons et biens de campngne , une grande quantity de vigno- bles, et beaucoup de terres ensemencees ont ^te devastts. II Earoitque le volcan renferme encore beaucoup de malieres com- u'tibles , car le bruit souterrain qui se fait entendre , sem- blable a celui du tonnerre , est effrayant; il s'^lance de temps en temps des eclairs terribles des nu^es de fumee. s u R L'UTILITfi DU NITRATE DE SOUDE; Par le Professeur PROUST. Il me semble qu'on pourroit tirer de ce sel un parti dco- nomique dans les feux d'artifice. Cinq parties de nitrate, une de charbon , et une de soufre, donnent une poudre dont la flamnie d'un jaune tirant au rouge est assez belie. Ce mi^lange brul6 dans un tube de metal, dure exactement trois fois autant qu'une pareille charge de poudre ordinaire. Ne pourroit-on pas combiner te feu-la avec les autres , et lui faire produire des oppositions rgr^ables? L'acide niirique dans cette combustion n'eprouve point une decomposition aussi avanc^e que dans celie du nitrate de potasse. Ses gaz sont un melange d'acide carbonique et d'un peu d'oxide gazeux d'azote et de beaucoup de gaz nitreux. Le moyen d'obtenir le nitrate de soude k peu de frais , seroit sans douie d'emplo^yer la soude au lieu de potasse pour saturer les eaux m^res. 6o JOURNAL BE PHYSIQLTE, D E CHIMIE S U R LES NIDS D'OISEAUX DE L'ORIENTi Par le Professear PROUST. CESnIds dont on fait un grand cas en Cliine ,ne presen- teiU k I'analyse qu'un inorceau de cartilage uniforme dans son tissu , et d'une seule pi(ice. J'en ai fait cuire un dans I'eau ; il s'est ramolli, et a pris I'apparence d'un partie blanche- apon^vrotique. Ce qui m'a le plus etonne, c'est qu'outrc que la cnite ne la point d^pec^, il n'y a perdu que quatre cen- ti^mes de son poids. NOTICE SUR LE PJ^TROSILEX, Par J.-C. D EL AMET H E RIE; jii'ec V Analyse dii Petrosilex rouge de Suide f Par GoDON de Saint-Memin. Lk genre des pierres nomm^es pelrosilex par les min^ra- logistes est sans doute un des plus difficiies a determiner, paroeque , comme toutes les pierres qui ne cristallisent pas , il n'oflre point de type constant auquel on puisse le rapporter. D'ailleurs les p(5trosiIex, ainsi que les autres pierres, ne con- tiennent pas toujours les mdmes qunntit^s des dilKrens prin- cip('S dont ils sont composes ; d'autres fois leur agr^gation est differeute^ ensorte qu'ils ferment plusieurs vari(ii^s. Ces va- IT D'HtSTOinE WATFRELLE. 6i fiet^s se rapprochent des genres voisins, el ^tablissent en ire ces genres des passages dont il est Ires-diflicile de fixer les limites. Mais toutes les autres pierres , celles m6me qui cristallisent, f)r^sentent les nieiiies diflicuUes. Les silex , par exemple, ont eurs caracleres bien prononc^s dans celui dont on fait les pierres t\ fusil, le silex pyromaque ; niais de celui-ci au silex opaque, au silex qui se decompose, au silex leger de St.-Ouen il y a des passages insensibles , ensorte que ce dernier , le silex de Saint-Ouen , n'a plusaucuns des caracteres des silex : r analyse seule nous apprend que c'est un veritable silex. Les quartz sont dans le meine cas : celui qui est cristallise noninie cristal de roche, a des caracteres tres-prononc^s • mais ce quarlz perd sa transparence, devient laiteux , opaque acquiert dillerentes couleurs , . . ensorte qu'il n'a plus aucun des caracteres ext^rieurs du quartz cristallis6 . . . Les caracteres exterieurs des calcaires cristallis^s ne se re- trouvent plus dans les tufa calcaires , dans la craie , dans la farine calcaire. . . . Le mineralogiste est done oblige , dans ces circonstances de choisirpour type de I'espece , des morceaux dont les carac-^ l6res soient bien prononc^s. II preferera ceux qui sont cris- tallis^s , si la substance est susceptible de cristallisation • il rapportera ensuite k ce type primitif tous les autres indivi'dus de la meine esp^ce. Enfin il a recours a I'analyse, qui seule peut determiner les especes, comrae je I'ai d^montr^ prec^demment. C'est par ces dilferens moyens que je vais ticher de de- terminer I'espece du p^trosilex. J'ai prie le savant et exact Godon de St.-Memin de faire I'analyse d'un petrosilex que je lui ai donn^ , et reconnu comme tel par tous les mineralogistes. C'est le petrosilex rouge de Salberg en Suede, dont la cassure ressemble a cdle de la cire : il en a retir^ , Silice 68 Alumine i Chaux > 9 I Fer oxide ^ Potasse 5.5 Perte(eau etmatiere volatile) 2.5 200 o Ca jouRNAt nn physique, db chimtk Le nom de petmsilex me parolt tirer son origine d'un rap- port general que ces pierres ont avec les vrais silex. Les inin^ralogistes alleniands out doiin^ an pf^trosilf^x la .rom g(^ii6ral de hornsteiii (^horne corne , stein pierre , horn,' Stein pierre de corne) |)aice<|u'ils out cru reniarquer una ■ espece de ressemblance entre ces pierre^ et la corne des ani- -maux ; savoir, la demi-transparenre , le gras. . .. Linne appelojt le petrosilex si/ices rupestres , cailloux des montagnes. Cronstedt le nomme petrosile.v lapis corneus y niais le lapis corneus , comnie nous !e verrons , difl'ere eutjerement de riiornstein et du petrosilex. ^_ Wallerius fait cinq divisions du petrosilex ; 1°. Petrosilex squammosus, 2". Petrosilex ac/nabilis. 3°. Petrosilex laniellaris. 4°. Petrosilex mo/aris. 5°, Pelrosilex pellucidus, Mais il parojt avoir r^uni sous le nom de petrosilex des pierres de diflerentes especes. a Le pellncidus parolt une espece d'agathe , qui n^anmoins fait quelqiiefdjs effervescence avec les acides, dit-il. b Le ntolaris est notre pierre meuliere, qui est de la nature du silex. c Le lamellaris peut ^tre un petrosilex feuillet^ semblable h celui que Saussure a decrit dans ses Voyages, § 1046, et . dont on se sert , dit-il , pour couvrir les toils. d et e \ cequabilis et la squammosns paroissent de vrais Saussure a fait deux divisions du pelrosilex , jo. Le palaiopetre (pierre ancienne), 2°. Le neopelre (pierre nouvelie), parceque le neop^tre , dit-il , se trouve dans les terrains secondaires ; mais ce n^o- petre est un vrai silex. II m'en a envoy^ des morceaux qui jie laissent aucun doute a cet^gard, D'ailleurs, le petrosilex ne se trouve que dans les terrains primitifs , et il ne pent ^tre dans les terrains secondai'res que par transport, Les Anglais designent par le nom de chert les petrosilex. Mais nous ne connoissons pas assea les pierres qu'ils designent par ce nom. Werner a d'abord design^ , comma tous les mineralogistes ^lemands, le petrosilex par le uora de hornstein. «T d'hISTOIRE KATtjn«tt«. 6* Post^rleurement il a donn^ le nom de dichter-feldspalh , ou feldspath compacte , a une substance que les mineralogistes francais regardent comme un vrai petrosilex. J'ai fait deux esp^ces distinctes des pierres nommees horn- stein, par les mineralogistes allemands , et petrosilex par lea mineralogistes f'rancois. 1°. L'une que j'appelle keratite ( keras cbrne, keratites pierre de corne ); 2°. L'autre k laquelle je laisse le nom de pitrositex. Mais auparavanl d'exposer les motifs qui m'ont determine, rapponons les caracl^res gen«5raux des pierres nommees pi- tiostlex par les divers mineralogistes. CouLEuR. Leur couleur varie: gris, brun, noir , rouge, verd. Transparence. Les beaux pelrosilex ont la demi-transpa- rence du silex , mais d'autres sent beaucoup moins trans- parens. Quelques-uns ne sont que translucides sur les bords. Eclat. Leur ^clat rapproche de eelui du silex, mais il est moins vif. Pesanteur,26 h. 27000. DuRETE, i5ooa 2000. lis dtincellent parle choc de I'acier ; lis sont moiiis durs cependant que le silex ;le keratite est plus dur que le petrosilex. FusiBiLiTE. Un des caracteres principaux des vrais p^tro-- silex, est de fondre a la flamme du chalumeau. Verke incoiore bulleux. Cependant quelques petrosilex brun* ou noiratres donnent un verre grisatre ; mais les keratites ne fondent point a la flamme du chalumeau. Cassure esquilleuse et demi-conchoide. Grain lin , approchant de celui du silex, mais pas aussS fin. II n'est pas comme celui du jaspe. 11 n'est pas -vitreux comme celui du quartz. Il n'est pas lamclleux comme celui du feldspath. II n'est pas terreux comme celui des trapps ou des corn^ennes^ Le fades du keratite rapproche plus du silex. Le fades du petrosilex a un toup d'oeil gras.. Molecule indeterminee. Forme indeterminee. Nous avons vn I'analyse d'un vrai petrosilex. Le hornstein contient beaucoup plus de silice, et vraisera' "blableraent peu ou point de potasse. Mais je donnerai cette analyse dans un des cahiers prothains. Le petrosilex se trouve toujours dans les terrains priraitifss . II sen do pate i un grand nombre de porphyres. ■ Le petroiilex tliftere du (juartz par plusieurs i|ualitf's : i*. il est nioins dur; 2°. sa cassure n'est pas vitreuse; 3°. le vrai petrosilt^x.fond an chalumeau. ;, Il^HHeredii silex , des agatlies , du prase : i^. c»?ux-ci sont plus diirs; 2". ceiiSj-ci ne fondant pas au chalumeau; 3°. leur cassure est concho'ide. ■ . II diflere du jaspe : 1°. celui-ci fond en verre noir ; 2°. sa cassure nest pas esquUleuse , ni demi-concoide. II diflere du feldspath, parceque la cassure de celui-ci est tpujours lamelleuse ou spathique. II diff^re du trapp, de la l_ydi6ne , des schistes : ... 1°. IJ est plus dur ; 2**. la cassure de ceux-ci est terreuse; 3°. ils sont opaques : 4°- ils fondent en verre noir. Quelques-unes de ces pierres se rapprochent plus du quartz : Ce sont celles que j appelle kcratite. Queiques autres rapprochent plus du feldspath; ce sont les yrais p^trosilex. Le k^raiite est plus dur que le p^trosilex. II ne fond pas 4 la flamme du chalumeau. La cassure du kt^ratite rapproche plus de celle du silex. Le fades du petrosilex a un coup-d'ceil gras. Le k6ratite contient plus de silica que le p^trosilex | et^ Traiseniblablejnent peu ou point de potasse. SUR ETDHISTOIB.E NATUIVELLB. NOTICE SUR UNE VARIETY; DE TRAPP Par J.C. DELAMETHERIE; Ai'ec r Analyse de la mime substance , Par Cabal et Chevreuil. La montagne d'Ajou ou j'ai pris cette substance , est si- iuee dans la commune de Propieres , entre la Clayette et Beaujeu , d^partement du Rh(jne ; elle a environ sept a huit Mnille metres d'eldvation , et fait partie de la chaine primitive qui des C(^vennes passe par Saint-Rambert , Tarare , Thizi, Beaujeu ,1a Clayette, LaGuiche, Mont-Cenis , Autun , Saulieu , et va se terminer a Avalon. Cette montagne , tr^s-interessante pour les mineralogistes , est composee en grande partie de granite , de sienite et de porphyre. On y trouve un filon de plomb dans le granite avec riuor et barytite proche le moulin Odin, du cote de Propieres. II y a aussi des filons de cuivre du c6te du chateau de Che- nelettes , et plus bas , du cute de Beaujeu , des fdons d'antra- cite dans des especes de porphyre, II y a du calcaire primitif en masse , et qui n'est point par couches , dont on fait de la tres-bonne chaux. Cette montagne contient une grande quantity de schistes priniitifs de I'espece g^n^rale que Wallerius designe sous le nom de lapides cornei : ils s'y presentent sous diff^rentes formes. Je vais en d^crire quelques-uns : P''=VAR. Corn^enne. Corneas niger , solidus ,durior , attactii lenis , nitens , de Wallerius. Mineralogie , torn. I, pag. Syi. Sa couleur est dun gris plus ou moins fonce ; mais lors- qu'on la pulverise ou qu'on la rdcle , elle donne une pous- siere hlanchktre , superficieatrd ,tnturd albidd , dit Linne. Son eclat est terreux , mais vif; nitens, dit Wallerius; Elle est douce au toucher , atlactu, lenis. Sa duret^ est peu considerable. Eh soutflant dessus , elle exhale I'odeur terreuse. Tome LXIII. JUILLET 1806. I •<^6 JOURNAL DE PTITSIQUE, DE CHIMIE Elle forme dans la montagne des conches plus ou moins inclindes , qui ont une cassure schisteuse feuillet^e ; mais les morcenux particniiers ont une cassure demi»couc.lioiiile. Elle se brise en morceaux d'un assez petit volume, qui af- fectent tous des figures trapezoidales , qu'on a pris mal a pro- pos pour cubiques ou rhomboidales. Les 06163 sont plans , mais les angles ne sont point constans. ii" VAn. Schiste feuillet^e form6 de couches de diflerentes couleurs. Schiste rubaiie. Que!ques-uns de ces schistes sont Formes de couches assez minces de diflerentes couleurs , seniblables aux couches du schiste de Sib^rie, qu'on appelle mal a propos jaspe rubane de Siberie , et qu'on doit regarder comme un schiste. Les couleurs de ce dernier sont un rouge lonc^ , et un veru fonc6. Les couleurs du schiste rubane d'Ajou, sont un gris blanc alternant avec des couches d'un gris cendr^ ou dun jaune le- ger. Quelqucs-uns sont d'un vert tres-l^ger; mais ces schistes sont beaucoup moins durs que ceux de Siberie , et parcon- s^quent ils ne peuvent pas recevoir un aussi beavi poli que ceux-ci. lis fprment dans la montagne des couches plus ou moins iiiclinees , et se cassent toujours en morceaux d'un assez petit volume. Ces morceaux alTectent egalement la figure trapezoidale. Patrin, qui a vu la montagne ou se trouve le schiste ru- bane de Siberie , m'a dit qu'il se brise egalement en morceaux d'un petit volume. Ill VAR. Trapp. Trnpp swartschjorl des Su^dois- Corneus durus , particui/s minimis terreis in fragment a cu- iica vel rliomboidalia fissiis. Cornelius TRAPEZIUS. Wallerius , tome I , page SyS. Saxiim impalpahile sghistosum, subcalcareum fragmentis rhornbicis. Linn^. Saxum compositum, jaspide martiali molli , scu argilla iNDUKATA. Cronstedt (1). Ce trapp est une vari^te du kiesel schiffer de Werner. Lui- m^me lui a donne ce nom lorsque je le lui ait fait voir. Wallerius placoit egalement ces trapps parmi les schistes 5 car void ce qu'il en dit : ( ibidem , pag. 376 ). (i) On n'eludic prcsque plus Wallerius , Cronstedt , Margraff , Priestley, Bcrgniann , Scheclej .,. el ce sont cepcndant de grands luaitres. IT b'hISTOIIIE KATtlRELLE. G7 « Ad intrinsecam composidonem hie subtilissiino corCi- culari , aut schistoso lapidi sitnilis , particiilis minimis in- tercium. , et impalpalibus composiiiis ■ clivisus in montihus fis- suris perpendiciilaribus, et horizon tal iter niorei, lapidis scnisii, aut arennrii ^ unde fravttira in cuhos vel rhomb os find ttur , •vel paraVelo^rammaticam siiscepit fignram , aut trapezium, format : qud causa inter schistos a nonnullis connunieratur. Aha autem modo fractum exhibet siliceam fere faciem , et figurant conca*o-convexam, rard tamen ad chalyhem scm- tillans; unde ah aliis ut silex fusibilis esf considcratus. Inter- diiin licet aliquantisper cum aqua forte ejfierveicit. Rdsurdr cinerum exhibet pulverem ?). Ceite definition dii trapp, par Wallerius, convient paifaite- ment a celui dont je parle. CouLEUR. Sa couleur est d'un noir assez fonc^ ; pulv^ris^ Ou raclt^, sa couleur est d'un gris blanc. Eclat. Son ^clat est terreux , mais assez vif. Transparence, nulle ; il n'a pas la moindre translucidite sur ses bords. DuRETE, 900; il ne raye pas le verre, ni scintille avec Tacier , a moins qu'il ne se rencontre quelques portions de quartz. Au toucher il n'a point I'apre des substances volcaniques. Pesanteur , aySoo. FusiBiLiTE , 1200. Expos^ a la flamme du chalumeau, il fond aTec assez de facility Verre noir grisatre, un peu bulleux. Phosphorescence, nulle. Cassurb. Sa cassure en grand est feuillet^e comme celle des schistes ; mais dans les morceaux isol^s , sa cassure est; terreuse , et la masse parolt composee de particules inipal- pables ; c'est-a-dire , que son grain esttres-fin. La cassure est, comme, le dit Wallerius, concave-convexe , c'est-i-dire demi- conchoide a tr^s-grande Erasure. II se brise en morceaux trap^zoidaux. Molecule ind^lermin^e. Forme indetermin^e. Ces trapps n'aflTectent point de formes r^guli^res ; ils sont deposes dans la montagne en couches plus ou moins inclin^es. Ils aQ'ectent assez souvent , dans leurs fractures, une figure trapezoidale tr^s-irreguii^re. C'est plut6t de celte figure que leur vient le nom de trapp, que du nom su^dois trapp, qui, I 2 63 JOURNAL BE PHYSIQUE, I> B CHIMIK dil'On , slanlCie escalier , parceque les cassures trnp^zoidales de cette substance sont trop en petit pour representer les inarclies d'un escalier. j .-. , Celui dont il s'agit contient le plus souvent des petites pyrites, qui y sont disseminees irregulierement. II est travers(^ souvent par de petils filons de quartz tr6s- minces , qui se propagent toujours en ligne droite. Cabal et Chevreuil , deux chimistes di^tnigues , qui tra- vaillent avec Vauquelin , ont eu la complai;,ance de taire I'analyse d'un morceau de cette substance que je leur av9js donn^ ; ils en ont retJr6 : Silica •, . . ~ ' J* Alumine. i^- Chaux 0-5 Fer oxid6 et un atorae de manganese, i o Potasse 8 Eau et matieres volatiles. .*.... 5 Cbarbon et perte 8 Tout ce que je viens de dire confirme ce qu'avoient avanc6 Llnne, Wallerius , Cronstedt. . . (\v!il faut regarder lesCrapps- et les corneennes , . . coinme de i/ais schistes priniitifs, Argill.'^- martialis indurata , dil Cronstedt. On sait que I'argile contient plus de silice que d'alumine. Les pierres rubanees, analogues a ee qu'on appelle /aj/;e ruhane de Sibene , sont ^galem.ent de vrais schistes pri- niitifs. J'insiste sur les notions que je donne dii ti'app et de la corneenne , parcequ'il y a beaucoup de confusion k cet egard. De c^lebres naturalistjes ont cru. qu'il Jallait les placer parmi les granites et les porphyres a tres-petits grains , tela que qiielques granites et porphyres noirs ^^yptiens ; mais il faut laisser a ceux-ci les noiris de granites et de porphyres, eC ne point les coiifondre avec les trapps et les corneennes, qui sont de vrais schistes. D'auires naluralistes ont confondu les trapps et les cor- neennes avec les substances volcaniques ; maisiJs en sont en- tierement distiiicts , comme le prouve la description que nous en avons faite. C'utoit aussi, I'opinion de Wallerius, qui dit ibidem, , page Syi : Eocterl THineralogi persuasissimum sibi leabent nostrum cor- 'ncurn lapideiii nuiu/uani fusiini fuisse et nunqitam up lavam considerari posse. ET D'niSTOIHE»ATUREtI.K. ^PQ On a encore confonda les corn^ennes avec les amygdalo'ides ^ ainsi, dans le savant M^moire qui commence ce Cahier, I'auteur , aux n°' 28 et 29 , donne le nom de corneennes a des roches amygdaloides. Au n° 5i, en parlant de la montagne Pay Champol^on, il s'exprime ainsi : Terrain granil>i E CHIMIK I>aphis dans I'etat frais , que M. Delamarck regarde comme ^'analogue PARFAiT dc ce fossilc , la pnpliis sillonnee ». Ce volume termine I'Hisioire des animaux. ■ Philo Sophie chimiquc , ou Veritas fondamentales de la chiinie rnoderne , destinies a servir d'ei^mens pour I'etude de cette science ; par A.-F. Fourcroy , Conseiller d'Etat , Membra de I'liistilut national, I'un des Commandans de la Legion d'honneur, et Professeur de Chimie. i vol. in-12 , troisieme edition. A Paris, chez Bernard, Librairo de I'Ecole Imp^riale Poly technique et de lEcole Imp^riale des Ponts et Chauss^es, quai des Augustins , n" aS , an 1806 ; Et chez Tonnynsen, fils, H6tel de la Rocheloucault , rue de Seine. La pbilosophie cliimique est gen(^ralement r^pandne, et les nombreuses Editions qu'on en a faites , prouvent assez avec quel int^ret elle a ^t^ accueillie du public savant. Histoij-e de V Astronomle pour 1806, par Jerome Lalande." Ce c^lebre astronome donne cliaque ann^e 1 Histoire de ce que rastronomie a pr^sent^ de plus interessant. Trix proposes au Concours par la Classe des Sciences 'Mathematiques et Physiques de I'Instilut National , danf sa seance publicjne du 7 Juillet 180G. SUJET DU PRIX DE MATHEMATIQUES. Donner la theorie des perturbations de la planete Pallas ^ 'decouycvte par M. Gibers. Les g^ometres ont donn^ la theorie des perturbations avec une ^tendue et une exactitude suffisantes pour toutes les pla~ jietes anciennement connues , et pour toutes celles qu'on pourra decouvrir encore , tantqu'elles seront renferm^es dans le meme zo ou d^pouillee de son amertume. iT d'histoihe katurellb. g3 L'infusion des galles, qui n'a aucnne action sur les gommes connues , prt^cipite a I'instant la gel^e de lichen , et donne uii caille blanc conime avec les gel^es animates; mais il y a cette difierence que la nouvelle combinaison se dissout dans I'eau et s'en separe par le refroidissement. Voila done pour le mu- cilage du lichen un caractere ; pareilie quality semLleioit promettre des rapports de constitution entre ce mucilage et celui des animaux. Mais les experiences qui suivent en deci- dent autrement. La gomme du lichen chauffee dans une cornue, s'y d^trnit snns epi'ouver de ramoUissement. Comme la gomme arabique, elle ne laisse que de aS k 24 centiemes de charbon. Ses pro- duits ne different pas de ceux de la gomme ou de ramidon , c'est-i-dire qu'ils consistent en eau et en vinaigre de la meme odeur ; mais I'huile m'en a paru bien plus abondante. La potasse ne separe de ce vinaigre que des atonies d'ammoniaque. L'acide nitrique la convertit facilement en acide oxalique fort bl.nic. Point de suif, pas de jaune amer dans le residu. Le lichen cuit et deisecli^ ne donne en charbon que de 21 a 2a centiemes. L'acide nitrique fond le lichen cuit avec beaucoup de promptitude , ce qui ne se presente pas commun^ment avec ies v^getaux ligneux. Le produit est de l'acide oxalique et de I'oxalate de chaux , mais augment^, a ce qu'il m'a paru, par la terre ^trangere. Le residu contient du jaune amer, mais fort pen. La potasse convertit le lichen cuit en une pulpe gelatineuse assez semblable a celle quedonnent les farineux en pareilie cir- Constance. Tout ceci fait assez connoitre que la partie charnue de cette plante n'est qu'une gomme endurcie, moins oxigenee peut-^tre que celles qui sont solubles. On diroit que la nature a pris plaisir a concentrer la substance nourrissante dans un vegetal qui devoit en remplacer tant d'autres, dans ces con- trees du globe, oil les rigueurs d'un froid habituel engour- dissent toute vegetation. La gelee du lichen prt^par^e convenablement , peut devenir un comestible. La partie extractive qu'elle contient n'est ni assez considerable, ni assez ani^re pour qu'on ne puisse pas la dissimuler et en tirer meme un plat qui ne craindra pas de se montrer sur les tables les plus delicates. On fait cuire 4 onces de lichen dans trois livres d'eau ; on les reduit a deux ; on y fait fondre un gros de farine , et r)\ JO URN A I- DTI PHYSIQVB, Ti V. C HIM It 4 onces de sucre , et Ion lient chaud. Pendant ce temps-Ii ,- on pile 60 amandes donees , 24 anieres et un pen d'^corce de citron ; on liumecte la pate avec quel(tnes cuiller^es d'eau chaude pour la disposer a donner son lait; on la d^laye ensuite dans la gelee, et Ton passe par une serviette qu'on a d'abord inouill^e dans I'enu bouillanle pour lui uter le gout de Hnge; on coule ensuite sur de petiis plats, La farine a pour objet de donner a la geMe un peu de liant et de diminuer sa disposition k se couper. Les amandes ameres confondent tellement leur parfum et leur aiTiertume avec celle du liclien j qu'il nest pas possible au gout d'y aoup^;onner deux choses. Ce plat qu'on a presente k bien des personnes que I'aisance rend assez dilficiles , a 6ti trouve aussi app^tibsant qu'aucun autre blanc- manger que ce soil ; et si la gei^e de liclien convient jamais dans quelques maladies, ce sera certainement sous cette lorme qu'on la preferera. Si la gel<5e du lichen , assaisonnee de cette mani^re , ne promettoit pas d'ailleurs un medicament d'une grande eflica- cit6 , elle u'en partageroit pas moins avec toutes les gel^es animales ou v^gi^tales qui sont le plus en usage, la recom- inandation d'un tr^s-bon restaurant. Quelqu'un s etonnera peut- etre de ce que la gomnie du lichen exige des condimens pour devenir comestible. Je lui observerai qu'elle partage cet in- convenient avec tons les autres produits gt^latineux animaux ou vegetaux qui font le fondement principal de nos alimens. L'amidon est la base du pain. La colle forte est la base du polage. Quel estomac pourroit supporter une colle d'amidon , une gelee d'os , de corne de cerf ou de viande, si ces insipides mucilages n'^toient releves par des ingr^diens savoureux et aro- matiques? L'usage des condimens est fonde bien plus sur la necessity de stimuler les forces derestomac et favoriser la diges- tion, que surcelui de flatter le palais par des assaisonnemens. La gomme du lichen s6che, et degorg^e a I'eau froide , pent encore fournir, d'apres ce qu'on a vu , des gel^es d'une espece plus simple. Le lichen lui-m^me , bris6 et purg6 de son principe amer , pourra aussi servir k cet objet. Ainsi il n'y aura pas de maitre d'h6tel , un peu intelligent, qui ne puisse en tirer au besoin une multitude de plats aussi varies qu'agreables. Eu m'^tendant autant que jele fais sur cet objet, je n'ai pourtant point I'ambition de meltre en vogue une denree nouvelle au detriment des autres. Tant quil y aura de la ra- FT D'HISTOiaE NATURELLE. gfif pure de come de cerf on ne s'adressera point au lichen poui- en tirer la base des blancs-mangers , et Ton f'era tres-bien ; mais j'ai cru qu'il etoit bon de reconnoitre tout ce que cette plante peut reiifermer d'utile, ne fut-ce que pour I'inscrire a i'avance sur le catalogue des ressources que Ion doit tenir pretes centre 1< s besoins a venir. Enfin le produit g^latineux du licben peut se considerer des-a-pr6sent comme une espece nouvelle dans la famille des goinme.-i. La propri^t^ qu'il a de ne se dissoudre que dans I'aeu bouillante, sembleroit indiquer quelque analogic avec lamidon ; mais si d'un autre c6t6 Ton se rappelle qu'il ne Jouit d'aucune viscosite , qu'il ne fait pas coUe , on voit qu'il s'en ecarte beaucoup sous cet aspect. II seroit n^anmoins curieux de traiter le lichen par une fermentation appropri^e, pour voir si ce produit ne reussiroit pas a s'en separer a la maniere de lamidon; car alors il en resulteroit un nouveau point de vue d'utilit^. Je me propose d'en essayer quelque cbose au retour de la belle saison. Mais dans une famille qui compte autant d'especes que celle du lichen, nimis vastum genus , on peut croire, avec quelque ioudement, que la nature ne se sera point bornee a accumuler autant de substance nourrissante sur I'une de ces niemes es- peces exclusivement , et qu'il y en aura d'autres sans doute qui partageront cet avantage avec le lichen d'islande. Il sera done bien a propos d'^tendre ce genre de recherches jusqu'a celles-ci, a mesure que les botanistes les rencontreront. Georgi, savant russe , avoit d^ja commence ce travail, comme on le voit par ce qu'il en a consigne dans les Actes de I'Aca- demie de Petersbourg de I'annee 1779. Georgi decouvrit en efl'et que les lichens /?/2/jroi<:/e5, hirtus , farinaceus etpiihno- narhts donnoient un bouillon tres-mucilagineux , et que les plantes cuites pouvoient se manger. Et: I'psi lichenes addiio Sale , eduies fiebant : d'oii il conclut que les pauvres ne laisseroient pas que d'y trouver, ui genie aniionce dijficultaie, une ressource nuUement inepuisable. Tons ces avantages ne sont que trop confirmes par I'em- bonpoint extraordinaire que le rhenne tire de I'espece du lichen qu'il sait aller chercher sous les neiges , el qu'aucun autre ahment ne remplace pour lui sous cet aspect. J'ai fait euire une dt-s varit't^s du rangi/erus qui se trouve ici dans le pare du roi , aux portes de Madrid, il ne m'a donne que §6 JOUHNAI. I>E PHYSIQUE, DE C HIM IK fort pen d'une gel^e, qui cependant ne me pariit pns di£Kren!e de celle du lichen d'lslande, mais la planterefusa de s'attendrir. Les botanistes de leur cotti auront aussi a rechercher s'il n'y auroit pas moyen d'etendre la propagation du lichen d'ls- lande , en le transplantant frais dans les sites des autres pro- vinces qui ofl'riroient des positions analogues a celles ou il se complait le plus genera lement. II ne sera pas diHicile de de- terminer les circonstances locales qui pourroient contribuer a la multiplication d'une plante aussi interessante. La veritable science est celle qui apprend h tirer des pro- ductions dont le Cr^ateur a peuple notre sejour , le plus grand parti , tant pour augmenter les moyens de subsistance , que pour enrichir la medecine, rtJconomie domestique et les arts. Doa Mariano la Gasca ayant decouvert le premier le lichen d'ls- lande , s'est fait des droits a la reconnoissance de ses conci- toyens, et aux favours dont le Gouvernement sail encourager les veilles de ceux qui cultivent utilement les sciences en Espagne. Nous venons d'apprendre que Don Lorenzo de Villers ,' correspondant du Jardin Botanique de Madrid , a decouvert ie lichen d'Islande dans la valine d'Aran^ ET DIIISTOIRE WATURELLB. €,7 NOTICE HISTORIQUE ET ANALYSE CHIMIQUE D'UNE CORNE FOSSILE, Pab Henry BRAGONNOT; Lues a la Societe des Sciences , Arts et Belle s-Lettrei de Nancy, le i^ Avrll 1806. S I". Un habitant de Saint-Martin , petit village situ^ a une lleue tie Com mercy , departement de la Meuse, voulant faire des excavations dans son jardin , pour en obtenir de la terre v^- gtitale , fut arrete par un caveau, apr6s avoir creiise a quelques pieds de profondeur. En penetrant dans ce caveau on y trouva quatre grandes cornes bien conservees, dont deux ^toient plus petites que les autres , avec quelques portions de crane d6- gradees par le temps. Une de ces cornes fut remise a M. Prenelle (mon oncle), cure de Commercy, amateur zel6 des productions de la nature et de la v^n^rable antiquity : il regarda ce caveau comme un sanctuaire ou les premiers hommes avoient fait des sacrifices aux dieux (i). (0 II est a observer que ces cornes etoient recouvertes d'une coiiche de saLle argileux : je rapporte cette circonstance, parcequ'elle coincide a une observation de M. de Lamanon , qui , en parlant d'un os enorme du poids de 5oo iivres , trouve au milieu de Paris , dit qu'il etoit sous une couclie de glaise : cetos qui avoit fait partie, comme il conjecturoit , du crane d'un grand cetacee, etoit dansson etatnaturel , et ne paroissoit pas avoir beaucoupsouffert du temps. D'apres ce fait, et plusieurs autres, M. de Lamanon avance que les OS et les cnquilles sont en etat de se conserver pendant une longue suite de siecles , dans la glaise et dans le sable , surlout lorsqu'ils sont humides. {Journal de P'ys. an 1781). Tome LXIII. AOIJT x8o6. N gS JOURNAL BE PHYSIQUE, KE CHIMIK Quelle que soit la cause dii gisement de res < oriies , celle dont il s'ngit ne presente plus que le iioynu osscux qui faisoit corps avec le frontal. Elle est dun asjjirr \ itircnx, re qui la fdit designer sous le nom vague de pei n'ficution ; son tissu est poreux et d'une couleur cendr('e < xtt iifiurement ; elle est dirigee de cAfe et en bas, et se releve en (tenii-ccnle comtue on I'observe a celle des boeufs ; sa longuf ur inesure° miv la grande courbnre convexe, est de 2 pied^ 1 pi ice , nu ('o,7<;H mil- limetres), et seulement i pied et denii C 0/(87 '"'llinietie'. ) miT le cotti concave La circonKrence de •^a base, pii-.e k la Viicu i-, est d'un pied 4 pouces (8,433 milliruetres). (iii reinar(|ue au contour de sa base des protubcrarces d'ou partent beauoup de sillons longitudinaux qui s'anasiomosent a i3 a 14 cannfj- lures larges et profondcs , disposees dans tout le sens {Ip sa longueur ; toute sa surface e-vt parsemee de peiits comluits nourriciers dirig(^3 de haut en bus, qui en rendeut ia surface apre au toucher. Elle est creuse dans une grande partio de sa longueur. Ceite cavite qui est une continuation des sinus frontaux , pre- sente de grandes cellules et des depressions profondes. .t'ai tat h^ de faire cette deseription aussi exactement qu'il ni'a (^•td possible, alin qu'on puisse la comparer avec relies qu'on de- couvrira dans la suite. Dans la meme vue j'en ai fait aussi le dessin. Cetle come qui devoit ^tre d'une grosseur prodlgieuse, lors- qu'elle etoit revetue de son ^tui cornt^, a evidemment appar- tenu k une esp^cegigantesque de boeuf. D'apres des recherches assez norabreuses que j'ai faites pour lul assigner sa veritable place , je me crois fond^ pour la rapporter a I'animal que les Gf-rmains out riomme Unis , Aurochs (Bos urus) des natu- ralistes, espece beauroup plus commune autrefois qu'elle ne Test aujourdhui, et qui marche a grands pas vers son ddrlin k raison de la guerre continuelle qu'on n'a cess^ de lui faire depuis des milliers d'ann^es. Les auteurs modernes ont peu parit5 de cette espece de boeuf, qui ne vit plus aujourd'hui que dans les vastes forets de la Lilhuanie , et peut-dtre dans le Caucase. Buflon et quelques naturalistes la regardent comme souche primitive de nos boeufs , principalement parcequ'elie produit avec nos vaches ; mais on a plusieurs exemples que lebuffle, dont I'esp^ceest indubilablement distinctedu taureau, peut ntanmoins f^couder la vache domeslique. Gesner , qui donne la description et la figure de I'urus, ne fait que copier ce qu'en out dit les historiens de I'antiquit^ : ETDHISTOIRE KATUREiLE. gg il rapporte cependant a cette espece le bonassus d'Aristote , le nionops d'Eiien, et les taureaux sauvages de P^onie. Voici ce que Jules C^sar dit de Turus, en parlant des ani- maux remartjuables qui vivoient de son temps di>iis la vaste etendue de la Foret-Noire : « II y a aussi des taureaux sau- sages un peu moindres que les ^lephans, mais semblnbles du reste aux autres, et d'une force et vitesse extraordinaires; de- sorte qu'ii n j a point d'hoiiime et d'animaux qui puissent ^chapper leur rencontre. On les prend en des pidges, mais on ne les peut apprivoiser, quelque petits qu'on les prenne. La jeunesse s'endurcit a la chasse de ces betts, et garde leurs comes par vanit6, comma une marque de valeur. Elles sent diflerentes de celles de nos taureaux, tant pour la grandeur que pour la figure , et sont recherchees avec grand soin pour boire dans les grands festins , apres en avoir garni d'argent Touverture i>. {De Bella Galileo, liber vi). § II. Examen cJiiinique de la Come fossile. La force de cohesion est tellement afloiblie dans les mo- lecules de cette come, qu'elle se laisse pulveriser comine de la craie, en exhalant une odeur assez remarquable de matiere animale. Sa cassure terreuse est d'une couleur de bois • elle happe a la langue, et r^pand une odeur argileuse tres-pro- noncee. Quelques fragmens mis sur un charbon incandescent deviennent tout-a-coup noirs comme le charbon lui-meme. Une esquille de la corne ne s'est point fondue au feu du chalumeau, et paroit differer en cela du phosphate de chaux d'Estrama- dure , qui , chaufle a blanc sur le plus d^li^ d'une pointe coule en email blanc , seloa M. Proust , ce qui peat etre du a I'acide fluorique. La poussiere de cette corne projetee sur une plaque de fer rougie au feu , et dans I'obscurite , a manifest^ une lueur phosphorique comme on I'observe aux phosphates et fluates de chaux fossiles , mais d'une mani^re moins intense qu'avec ces derniers. II y a eu en meme temps production d'odeur ammo- niacale erapireumatique. Cette poussiere projetee dans du nitrate de potasse fondu y a occasionne une violeate dt^tonation. N a 100 JOUHNAL OE rHYSIQUB, OS CKIMIX § III. Action de V Acide nitrique affoihUe sur la Corne fossile. Un morceau de cette corne, pesant 5o grains, plong6 dans de I'acide nitrique tr^s-affoibli de beaucoup d'eau , y excita une vive efl'ervescence qui ne fut rapide qu'i sa surface; car les derni^res portions a dissoudre, mi.ses s^pnr^ment dans de nouvel acide nitrique, ne nianifjistferent aucune eflervescence bien sensible. An bout de quelques jours toules les parties terreuses furent dissoutes , a I'excoption de 2 grains de sable quarlzeux ferrjfere qui se trouva dans les pores de la corne. II resia un cnnevas de inati^re animale qui avoit la contex- ture apparente et la couleur dune eponge. Cette matiere avoit conserve toute la forme de la corne; on y observoit encore tr^s-distinctement ces grandes cannelures et les trous nourri- ciers qui en couvroient la surface. J'avouerai ici que ma surprise fut grande de retrouver en aussi grande quaniite , dans une corne qu'on regardoit comme p^trifiee , une matiere animale qui put r^sister pendant une foule de siecles, aux assauts redoutables d'une dur^e immense. L'illustre Fourcroj avoit avanc^ que les siecles sullisoient a peine pour op^rer la destruction de la matiere g^latineuse des OS ; et ce savant dit , dans son grand ouvrage , avoir examine des os humains qui avoient et6 conserves pendant 3oo ans dans un charnier, et ou la matiere g^latineuse s'^toit retrouvee presque enti^rement. On verra par I'examen de la matiere animale de la corne fossile , que ['assertion de ce c^l6bre chimiste est pleinement constat^e. S IV. Examen de la matiere animale separee de la Corne fossile par I'acide nitrique. Bien lav^e, cette matiere occupoit beaucoup de volume, elle itoit niollasse ; dess^ch^e au bain-marie, elle diminua consi- d^rablement et «e rapprocha sur elle-meme. Lorsque la dessi- catjon fut complete , elle ^toit d'une couleur brune cassante. Dans cet etat elle pesoit 4 grammes \ : cette quantite a perdu par I'eau bouillante 2 grammes 3 decigrammes; la liqueur ^va- por^e a siccii^ a t4par6 cette perte et a laisse un residu d'une transparence rougtatre , en un mot , semblable a la coUe forte ET DHISTOIRE KATURELL«. lOI fa^on dite d'Angleterre, se dissolvant eniierement dans I'eau, et precipitant tres-abondainment la decoction de noix de galie. Les 2 grammes 2 decigrammes qui avoient resist^ a I'eau bouillante , soumis a ['experience , ont present^ les ph^nomenes suivans : Ces 12 decigrammes, distili^s dans un tres - petit vase qui communicjuait avec un appareil au mercure , ont donnt^, pour produit , quelques gouttes d'un liquide brun ammoniacal dune saveur Acre empireumatique, quelques pouces cubes du gaz brulant en bleu , que le c^lebre auleur de la Statique chimique a designesous le nom de gaz hydrogene oxi-carbure, et una quantity inappreciable d'acide carbonique. Ce produit aeriforme a quelques rapports avec celui que Priestley a retir6 du charbon de terre , qui lui a donn^ un gaz inflammable sans aucuri indice d'acide carbonique. Klaproih a obtenu un r^sultat a-peu-pr^s analogue de la tourbe, qui lui a donn^ beaucoup de gaz hydrogene oxi-carbure et peu d'acide carbonique. II parolt que I'oxigene se trouvant en trop petite quantity dans ces matitires carburees, pour former de I'acide carbonique, est employ^ en grande partie pour constituer le gaz triple brulant en bleu. Le residu charbonneux , retir^ du vase distillatoire, pesoit S decigrammes. II fut reduit par I'incin^ration a 5 decigrammes de sable, qui, trait^ par I'acide rauriatique , n'en separa que du fer. La potasse caustique paroit avoir un peu d'action sur cette matiere de la corne , car les acides produisent, dans la liqueur filtr^e , de lagers flocons roux. L'acide muriatique oxig^n^, en decolorant cette liqueur, qui est d'une couleur brune, y a produit de tr^s-iegers flocons blancs. Par une longue digestion I'acide nitrique paroit en dissoudre un peu sans qu'il y ait production de la matiere jaune. Cette dissolution rapproch^e n'a point pr^cipite la dissolution de colle forte comme M. Hatchett I'a observe en traitant quelques charbons de terre par I'acide nitrique. II resulte de ces experiences , que cette matiere animale de la corne fossile a une grande analogie avec les bitumes. II paroit qu'une portion de la gelatine aura ^prouve par le temps une alteration telle, que I'oxigene s'en est separ^ en grande partie pour s'unir a I'hydrogene, pour former de I'eau , tandis que le carbons ^ par sa fixite retenant encore beaucoup d'hy- ^02 Jour.vAL nr. rnYsiotiE, de c hi hue diogene , exc^dant a la formation de I'eau, est rest^ uiil a nne petite quantitc d'oxig^ne et beaucoup d'azote pour cons- tituer cette matiere animale. § V. La dissolution des parties terreuses de la corne par I'acide nitrique , § 111, a donnt^ , par la prussiate de potasse (piirg^ de fer par una li^geie torrefaction ) , uii precipit6 de bleu de Prusse, qui fut recueiili sur un filtre dont on connoissoit le poids dessecb^ : ce pr^cipite pesoit i gramme. La liqueur a ensuite ete pr^cipit^e par I'ammoniaque qui a produit un pr^- cipit6 aboudant de phosphate de chaux, qui n'est pas le menie que celui contenu dans la corne fossile ; car I'eau bouillante en a separe un phospliate acidule qui rougit tres-sensiblement la teinture du tournesol. J'ai fait bouillir ce precipit^ avec nne dissolution de potasse caustique , qui en a a^gage pendant quelque temps une odeur ammoniacale. La liqueur alkaline , s^parde du phosphate de chaux , et salur^e par I'acide nitrique, donna, par I'ammoniaque, iin precipite qui, dessech^ , pesoit 3 decigrammes 3, et fut re- connu pour de I'alumine unie a une ires-petite quantite^ de chaux. Apies avoir trait^ le phosphate terreux par la potasse, on I'a fait bouillir avec du vinaigre distiU(5 ; la liqueur filtree a donn^ , par le carbonate de potasse en exces, un l^ger pre- cipite de carbonate de chaux, qui fut s^par^ par le filtre. La liqueur a donn6 ensuite, a I'aide de lebullition, des flocons de carbonate de magn^sie, qui furent recueillis. Le phosphate d'oii j'avois extrait la magn^sie, filt trait^ par I'acide sulfurique, et en observant les memes operations, j'ai encore obtenu du carbonate de magn^sie qui , r^uni au pre- mier , pesoit 4 decigrammes |. Cette quantity, qui contenoit encore du carbonate de chaux, indique environ un centieme de phosphate de magnesie dans cette corne. Cette quantity est un peu moindre que celle que MM. Four- croy et Vaiiquelin ont d^couverte dans les os des boeufs , ce qui a pu dcpendre peut-eire de la maniere d'op^rer. IT d'hISTOIRE NATURELLI Io5 § VI. 'Action de I'eau houillante sur la Come fossile. 3\ni fait bouillir de cette come en poudre fine avec de I'eau distillee , la liqueur surtisamment rapprochde ne donna aucun indice de gt^latine avec la decoction de noix de gnlle. Cetie liqueur ne verdit point le sirop de violette , ce qui annonce qii'elle ne coniient point de carbonate de sonde. Le nitrate d'argent n'y produit aucun changement , preuve de Fabsence des muriates. Le nitrate de barite trouble l^gerement cette liqueur, ainsi que I'oxalate d'ammoniaque. EUe contient done du sulfate de chaux , ce qui ne doit pas beaucoup etonner, piiisque M. Proust annonce en avoir trouvd des traces dans LiS OS. Curieux de soumeitre cette corne a la violente action de I'eau couiprimee par la vapeur dans la machine de Papin, n'ayant point cette machine a ma disposition , le docteur Haldat a bien voulu faire cette experience avec moi dans son laboratoire ; niais , k notre grand etonnement, la liqueur pro- venant de cette operation n'a point ^te pr^cipit^e par la de- coction de noix de galle , elle n'a doting que des traces de sulfate de chaux. 5 grammes de cette corne, qui avoient ^prouv^ Taction du feu dans la machine de Papin , furent plonges dans de I'acide nitrique affoibli. Au bout de quelque temps la trace de matiere animale reparut entierement. Cette matiere bouillie avec de i'eau , fut dissoute en partie. La decoction de galle fit un pr^cipit^ si abondant dans la liqueur , qu'elle se coa- gula en une masse blanche. De ces observations on doit conclure que les si^cles ayant diminutj la proportion de la gelatine dans cette corne, ainsi que dans les ossemens fossiles , il est arrive un terme oii !e phosphate terreux , agissant par sa masse assez considerable sur la gelatine, qui aura t^cliapp^ aux ravages du temps , I'aura retenue avec une force telle que les moyens ^nergiques n'auront pu I'enlever a sa base osseuse. On voit encore combien Berniard 4toit loin de determiner la presence de la gelatine dans les nombreux ossemens fossiles qui ont fait le sujet de ses observations , surtout lorsqu'il s'est content^ d'une simple ebullition. 11 est vraisemblable que s'il eut suivi une autre marche dans ses analyses , il auroit trouv6 de la gelatine dans tous ces ossemens ; et je siiis persuade 104 JOURNA-L DP rUYSlQUE, DE CHIMIE qu'on la retrouvera dans la plupart des OS fossiles , excepl^ peut-etre ceux qui sont tres-fpagiles. La piopriet^ qu'a la gelatine de resister aux assauts des Slides, lorsqu'elle est retenue par le phosphate de chaux, me semble pouvoir ^claircir un fait curieux de geologic , que M. Vauquclin a, je crois, le premier bien appreci^ dans son excellente Analyse des eaux de Plombieres. Ce savant observe que res eaux, ainsi que celles de Dax , contiennent une iTiatiere g^latineuse, et sonvent si abondamment, qu'elles ea d^posent une partie dans les bassins, par le repos et a niesure qu'elles se refroidissent ; qu'on peut recueiiiir abondamment cette matiere a I'aide d'un tamis ; qu'elle presenle k I'anaiyse tons les caracteres de la corne... D'oii est done venue ceite gelatine? Les eaux qui la contiennent sortent du sein des montagnes primitives , et on n'observe point de debris d'etres organises dans le voisinage de ces eaux. La gelatine ^tant un produit de Taction de la vie , il faut conclure n^cessairement qu'a de grandes distances , dans I'interieur meme de ces mon- tagnes , se trouvent des ossemens ou des terres phosphat^es qui ont une vertu particuli^re pour conserver la matiere ge- latineuse qui s'y trouve combinee ; que lorsque ces matieres se Irouvent en contact avec une eau ^lev^e a une certaine temperature, d'aulres aflinit^s venant k concourir, la gelatine s'y dissout ; car il est d'observation que celte gelatine ne se rencontre que dans les eaux thermales, Ces faits portent une vire lumiere sur Thistoire naturelle du globe , et reclame toute la meditation du g^ologue et du philosophe. % VIII, lection du feu sur la Corne fossile, Calcinee dans un creuset ouvert , cette corne a perdu 20 pour 100, et a pris une tres- belle couleur bleue, parsem^e de taches d'oxide de fer. L'analogie de cette couleur avec celle qui est propre aux turquoises , me d^termina a rechercher le cuivre dans celle-ci ; en ayant une petite 4 ma disposition , je la sacrifiai a une experience. L'ayant fait dissoudre dans I'acide muriatique , Ihydrogene sulfur^ , le reactif le plus sensible pour indiquer les moindres atomes de cuivre, n'en manifesta aucune trace, tandis que le prussiate de polasse y decala un peu de fer. Je ne nie cependaut pas la presence du cuivre dans quelques Jurquoises ; mais je puis assurer qu'il ne se trouve pas dans toutes f ET D'niSTOTRfi KATTJRF. I-LE.' to 5 toufes, et il seroit bien a desirer qu'on les soumU a un examen rigourenx. lo grammes de la corne calcin^e, ri^duite en poudre tr^s- fine, furent traites avec du vinaigre dislill6 bouillant; l^ d'acide phosphorique , et 58,4 de chaux. SIX. 11 r^snlte de ces diverses experiences, que too parties dela come fossile sont compos^es de Sable quartzeux ferrifere 4* o Gt'latine solide 4> ^ Matiere bitnniineuse 4- 4 Oxide de ter o. 5 Alumiiie o. 7 Phosphate de magn^sie i. o Eau u. o Carbonate He chaux 4. 5 Phos. de ch 6g,3 comp. def Acide phosph. 28. 3 Sulfate de chaux. trace. . . . [ Chaux 4 1 . o T ital 100. o Je remarqueral que cette come calcln^e ne contient point d'acide flaorique , car I'ayant traitt^e avec quatre fois son poids d'aciile sult'iiricjue , je n'ai pu reconnoiire ta presence de cat acide ; cependant il accompagne le plus souvent les phos- phates de chanx fossiies : ainsi on le retrouve dans la chanx phosphates d'Estramadure , la terre de Marinaroch , la chryso- lite du Mdxique et de Murcie , dans quelques os et ivoires fosiiles ; et Pelletier, dans son Analyse de la Terre de Mar- maroch, qui est pour la majeure partie du fluaie de chaux, avance que ce fluaie n'est pas le seul qui contient de I'acide phosphorique, et que dans I'analyse qu'il a faite de plusieurs spaths fluors, il a reconnu la presence de cet acide. Ces fails laissent de fortes inductions pour faire penser que I'acide fluo- rique tire ses ^l^mens de I'acide phosphorique, et sembleroit autoriser la conjecture du celebre Klaproth , qui pL^nse que la nature, avec le temps, opere ce chaiigemeut. Pelletier, long-temps auparavant , avoit alisolument la menie opinion, et se proposoit den faire le sujet d'un examen parliculier. K T d'hISTOIRI » ATWRELLE. C07 § X. Je terminerni ce Memoire par une coiirte ^mimeration de ^uelques tres-grandes cornes de hoeufs, cjui paroisseiit altester, par leur forme et leur grandeur , que nous n'avons plus connoissance de la plupait des grands animaux a qui files ont appartenu, et dont quelques esp^ces paroissent avoir fait naufrage contre I'^cueil fatal du temps. Klein (i) donne la descripiion et la figure d'un ciane de bauf fossile d'une grosseur «'xtraordlnaire , avec les tronrons des cornes qui ont 1 pied 6 pouces de circonf^rence a leur racine ; elles portent des sillons profonds qui s'^tendent lon- giiudinalement. Bernier , dans sa Relation des Elats du Grand - Mogol , ' tome 2 , p. 43 , rt^niarque que parmi plu^ieurs pr^sens qui d»-voient elre oflerts par deux ambassadcurs de I'Empereur d'Eihiopie , k Aureng-Zeb , il y avoir une corne de boeuf pre digieuse remplie de civetle, que I'aynnt mesure il tiouva qua la base avoit un demi pied de di.imetre. Le bniiz parle d'une corne de taureau sauvage trouv^e dans les cavernes f)rofondes de la Thuringe. Fabius Columna a vu de grandes cornes de boeufs dans les rochers de (jhampelair. Bow'es dii qu'on en trouve dans le centre de jilusieurs col- lines d'Espagne, avec une prodigieuse quantity dossemens, dont quel(pies-uns se trouvent solides , et d'autres sen vont en poudie, II paroltroit , dans cette circonstanre , que la colle forle qui boit les parties de ces os , a ete toul-a-fait delruite ; et je regarde comnie indubitable que la chaux plios- phatt^e fluorique d'Ei-trainadure , que le professeur Proust a trouvf'e formatit des niontagnes , a eu pour origine de nicmes ossemens , qui ont ete aiienues par le temjis et les eaux. D'aiileurs la disposition toujours horizontale des couches de ces niontagnes , entrecoup6es de quartz , pone lVm[)reiiite manifeste d une crisiallisalion aquense qui ne peut apparlenir a I'ancien travail de la nature, comme I'a pense IVl. Froust. Cette conjecture sur la fonnatkin de ces niontagnes , re paroiira pas dc^nu^e de londement , lorsqu'on fera la refl' xion qu'il se trouve , dans plusieurs points du globe , des anias ^nornies d'ossemens qui se Irouvent le plus souvent accii- (1} Trans, philos. , tome 57, O a l6S JOURNAL BE THYSIQUE, BE ClIIMIE mules tlans des cavernes, et qui enibarrassent beaucoup les g^ologues. Leibnitz a fait la description des cavernes de Bau- mautz et de Scharufeld, pr^s du Hariz, qui se trouvent dans ce cas. On trouve aussi des amas considerables d'ossomens dans les cavernes et les rothers de Gibraliar et en Dalmalie. Mais rlen n'est plus fait pour confondre limagination que ceite fameuse moniagne aux os prea de Gailcnreuih , dans le JVJargrnviat de Barenzili , qui renferme dans son roc osseux six vastes et profondes cavernes, et peut-etre davantoge : Tune d'elles a 80 pieds de long sur 3oo pieds de circonfercnce. Ces enornies cavitt^s pr^sentent nne quantity innombrable d'osse- mens de toutes especes , incrustes de diverges nianieres dans ,les parois de ces cavernes , ou entasses dans un veritable terreau animal. Le chevalier Hans-SIoane donne aussi, dans les Transactions Pliilosophiquf s , la description et la figure de deux cornes de boeufs remarquables par leur enorme grandeur : mesurees sur la grande courbure , elles avoient pres de 7 pieds, niesure d'Angleterre. Elles different de celle de Turns par les can- nelures qui sont transversales , et parcequ'elles sont moins arqu^es. J'.'ii vu chez feu M. Hermann, cel6bre professeur d'histoire natiirelle, a Sira»bourg, ujie come de boeuf prodigieubS par sa grandeur gigantesque ; k cause de son excessive grandeur elle a et^ suspendue pendant plusieurs si^cles , A une des co- lonnes, dans la Calh^drale de Strasbourg (i). Conrad Gesner, parlant de celte come , dit que I'ayant mesur^e k sa circon- ftrence externe, il trouva qu'elle avoit 4 verges romaines en longueur ; mais c'est a tort qu'il a conjecture qu'elie avoit appartenu a un grand et vieux urusj elle vient evideniment d'une autre espece particuli^ie de bceuf. 11 est fait mention dans le 3™'' volume de la Bibliotheque Britannique , d'un sqnelelte entier d'un animal de I'espece boeuf, m.iis beaucoup plus grand qu'aucun animal de la meme espece actuellemeat existante en Angleierre. Get animal avoit ii6 enseveli dans une tourbi6rej ses cornes avoient i3 pouces de circonierence a leur base; elles dtoient depourvues d'en- veloppe cornee. (i) On observe encore dans quelques temples de I'Allemagne , de pa- yeilles cornes cxtraordinaires r^sente au contraire une vaste ouverture. La nature n'ayant pas pourvu ces animaux des qualites m^cessaires pour vivre independans ou pour nous elre de quelqu'utilite, enchain^s par le malheur de leur destin^e , il falloit qu'iis servissent de proie aux auires animaux, jusqu'A ce que la nature eut entierement deiruit lenrs especes , qui semblent avoir eu leur accroissement leur maturity, leur decadence, et enfin la mort comme un simple indiyidu. SIO JorRKAl BE PHYSIQUE, BE CIIIMIB E S S A I S SUR L'ORG ANISATION DES PLANTES, Consider^e comme resuhat du cours annuel de la vegetation ; Par A. AuBEUT on PE TI T- T H O U A R S. Felix qui rerum potuit cognoscere caiisas ! \ IRG. PREMIER ESSAI. J}e Vaccroissement en diametre du Tronc des vSgetaux ligneux, AvANT mon depart d'Europe, j'avois essay^ de distinguet avec precision les plantes monocotyledonbs des dicottledones, sans recourir a la germination, et je croyois entrevoir la possi- bilite de r^soudre cet important probl^me. Ce n'est cependaiit qu k I'aspect des palmiers et des autres aibres monocotyledones, que je concus avec uii peu de nettet^ la difl'^rence qui s^para ces deux grandes coupes des plantes a fleurs manifestes , et je lue hatai d'arranger dans ma tete un systeme; mais bientut de nouveiles dillicult^s se pr^sentant, me firent connollre que je m'etois trop pressd , et me ramenerent au dome. Ainsi, apres avoir reconnu que le stipe ou caudex des pal'^ miers n'etoit qu'un faisceau de fibres longitudinales , qui avoient paru successivement dans les feuilles et dans les ur- ganes de la fructification , je cms devoir mettre au rang des caracl^res principaux des plantes monocotyledones celui de ET d'histoihh NATrsELtE. m ne pouvolr se rainifier et de ne jamais augmenter en diametre. Tous les palmiers que j'avois vus nte paroissoient dans ce cas; mais je me trouvai d^rout6 a I'aspect des vastes candelabres formes par les raquois (i). Leur tronc , parvenu a une cer- taine ^Wvation, produisoit trois rameaux, et au-dessus de ceux- ci plusieurs autres , qui , se trifurquant tous plusieurs fois de suite, leur donnoient cette forme pyramidale que j'admirois en eux; mais ce tronc ne varioit pas pour cela dans son dia- metre ; et si, par quelque cause exterieure, sa superficie ^toit enlev^e , elle ne se r^g^n^roit pas , et les fibres int^rieures restoient k decouvert ; seulemeiu le parenclijme interpose a ces fibres se durcissoit. Un autre plienoniene plus embarrassant me fut present^ par lesesp6cesdedraE PHYSIQUE, DECIIIMIE tion qui sepaient les deux {^randes divisions des v6getauX. La peu qui ni'en jiarvint , siiftit pour me convaincre que j avois eu le boiiheur de me reacontrer avec ce savant; niais ce ne fut pas assez pour me faire profiler des grandes lumi^res qu'il avoit repandues sur ce sujet, et je me trouvai reduit a mes propres observutions. Les dracoina , que je rencontrois frdquemment dans les bois , seiuljlnieiit me provoquer ; mais leiir tronc , quelque epaisseur qu'd eut acquise, ne m'ofl'roit toujours dans sa coupe que des fibres longituJiiiale's , sans rayons m<5dullaires. Je i. Le Iroisieme cercle est pareillement un des fondemens du monde ; il occupe le point briilant d'orient , oil les aslres se Invent, ou renalt le jour, d'ou Ion commence a compter les heures ; c'est ce qui a engage les Grecs a lui donner le nom 6! Horoscope. C'est cette id^e qu'on a rendue ici par le grand nombre d'etoiles accutnul^es sur ce signe. Le dernier cercle est celui du Couchant, C'est lui qui re- volt les astres , lorsqu'ils ont fourni leur carriere au-dessus de I'horizon. Ces quatre points sont ind^pendans des signes qui les oc- cupent,et qui y passent successivement ; mais un signe etant une fois connu, les trois autres le sont n^cessairement. Corame nous I'avons dit, Scaliger (i), commentant ces endroits de Manilius , nous donne un exemple qui est precis^ment I'espece pr^sente. cc Lorsque le Mesouran^ma est occup6 par le Capri- corne , dit ce savant , I'hypogeion Test par le Cancer qui se [\) Scalig. Not. ad vers. 799, 1. 3. BT d'iIISTOIRE NATUB.ELI.E. ]35 trouvealors au point le plus bas du ciel ; le Belier eit a Y Ho- roscope , et la Balance au point du couchant ». Telle est ab- soluraent la position des quatre signes qui occupent les quatre points cardinaux du ciel dans le monument de Dendra ; telle est la position qu'ils avoieiit le matin le jour de lequinoxe du printemps, quand les deux colures pasi-oient par les signes du Capricorne et du Cancer, du Belief et de la Balance. Nous ne savons jusqu'ici encore qu'une chose, c'est que les points equinoxiauxet solsticiaux, al'^poque a laquelle fut compost ce Zodiaque, r^pondoient aux constellations du Belier , de la Balance , du Cancer et du Capricorne ; mais ils y ont rd- pondu pendant 2160 ans , c'est-a-dire depuis I'an 2.548 jusqu'a Fan 388 avant le commencement de 1 ere vulgaire. C'est dans ces limites qu'est renfermde I'dpoque indiqu6e par ce monu- ment. On sait que le noeud ^quinoxial parcourt par son mou- vement rt^trograde un degr^ en 72 ans environ. Si Ton suppose que les colures coupoient ces constellations par le milieu , comme dans le Zodiaque , dont Eudoxe apporta la copie d'Egypte en Grece , on aura un moyen terme qui fixe I'dpoque de ce Zodiaque a 1468 ans avant notre ere, c'eat-a-dire au regne de S^sostris , ou a 46 avant le renouvellement de la periode sothiaque, qui arriva sous son r^gne, comme nous I'avons fait voir dans notre Memoire sur le Ph(5nix. II semble dillicile de rapprocher plus pres cette ^poque. En effet les emblemes qui d^signent soit I'equinoxe de prin- temps , soit le solstice d'et6, sent places assez prds , I'un du Taureau et I'autre du Verseau , pour donner lieu de croire que c'^toit a peu de distance de ces asterismes qu'etoient les points d'intersection du colure solsticial et du colure ^quinoxial. La repetition de I'image du Cancer au bas des deux colonnes a fait croire, avec assez de vraisemblance, a M. de la Lande, que cette r^p^tition n'avoit lieu que parceque les 3o degres de ce signe etoient coupes en deux par le colure des solstices, et qu'une moiti6 appartenoit k la colonne de droite , terme des signes ascendans , et I'autre k la colonne de gauche, com- mencement des signes descendans. Si nous admettons cette opinion, il en resultera una conse- quence , c'est que les colures passoient par le milieu des signes comme dans la sphere qu'Eudoxe apporta en Grece, et qu'alors le Zodiaque, de Dendra , ou quelqu'autre semblable , a et6 j3s jouhnai. de phtsiqtje, de chimie I'original d'apres lequel fut composee la sphere d'Eudoxe, qui n'etoit ni celle de son si6cle, ni celle de son climat, Au reste il est certain que I'image du Cancer est au bas de la colonne de droite , pies de la pjramide solsticiale , qu'il y est figur^ tel qu'il est dans d'autres Zodiaques ^gyptiens. Quant a I'lmage qui est au bas de la colonne de gauche , ses ailes ont fait croire a M. Visconti que ce ne pouvoit etre le Cancer. Cet aitribut ne proiive pas que ce ne soil pas le Cancer, puisqu'on sait qu'on a donn4 des ailes k pi'usieurs images celestes , a la Vierge , au cheval P^gase , et interne au cheval du Sagittaire, comme il en a dans ce monument. Mais quand meme on supposeroit que celui-ci seroit le Scarabee , le lieu ou il appartiendroit encore au signe du Cancer et en seroit la seconde moltie ; car le Scarabee 6toit consacre a la lune (i) qui a son domicile au Cancer. C'est ainsi que I'lbis.qui lui fut ^galement consacre (2), est figure conjointement avec le Cancer , ou qu'elle a sa tete accolee a la queue de I'Ecrevisse dans plusieurs Zodiaques ^gvptiens, et notamment dans celui de Kirker , que nous avons fait graver dans notre grand cuvrage. Ainsi, dans I'une et I'autre suppo- sition , le bas des deux colonnes s'appuie sur les 3o degres du signe du Cancer, que le colure solsticial partage en deux. JSfous sommes meme portes a croire que ces parties n'etoient pas 6gales, et que le colure de I'equinoxe passoit au 19° d'Aries, lieu de Texaltation du soleil , suivant la fixation des anciens astrologues (3). Nous sommes conduits a cette id^e par le nombre m^me des bateaux, qui est ^gal a celui des degr p- 4o5 ). Lorsqu'on voit qu'une seule experience, due souvent au hasard , d^truit les plus belles tb^ories , Ton tremble de faire la moindre deduction et Ton doit se borner a exposer les simples probabilites et les doutes. Dans ma premiere Lettre a M. Van-Mons , la onzieme Experience me paroissoit prouver evidemment, non-seulement la double charge d'un carreau garni , mais encore I'identite des deux fluides. Plusieurs experiences faites depuis, et surtout celles-ci, m'obli- gent de revenir sur mes pas. Aussi me propos6-je d'exposer dans mon Memoire le pour et le contre, en comparant les theories. Franklin, s'il vivoit,n'expliqueroit-ilpas ces experiences par sa theorie? etil faut m'avouer qu'elles se plient assez bien au plus et au moins. II nous diroit : rdtincelle que vous sentez dans la charge de la bouteille placee sur le chapeau de T'^lec- trophore de verre , est I'etincelle du moins que la surface interieure prend au moment que I'autre re90it le plus du chapeau; et au contraire, la resine enleve a travers le chapeau Tiietallique , la perte que fait la surface ext^rieure au moment que I'inLerieure en prend de mon corps. Javoue que ce rai- sonnement est specieux ; mais n'est - il pas plus simple, d'apres nos connoissances ph_ysico - chimiques , de dire : le \erre decompose le m^tal comme le metal decompose la re- sine , et les matieres ign^es qu'ils produisent dans ces expe- riences, out d'autres bases qui ont des ailinites electives I'urje pour i'autre ; alliuiles enfin qui produisent la detonation et leur decomposition. Toutes ces precipitations chimiques don- nent une plus grande probabiliie a ramener ces phenomenes a la loi des attractions electives , d'autant plus que cetle loi explique si bien tousles phenomenes rapportes par M. Haiij, § 390, et qui, sans les y ramener, presentent autant d'ano- malies. Pourquoi, par exemple , le ruban de soie bianCjfrotte centre un de couleur noir, le premier s electfise-l il vitreuse- l50 JOtlHKAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE ment et le second r^sineusement? N'est-ce pas que le premier a plus d'attraction que I'autre pour telle ou telle base II en est de mdme du zinc et du bismuth qui , IVott^s avec du drap , donnent de I'^lectricit^ vilrt^e, tandis que I'etain et rantimoine acquierent l'6tat oppos^. La th^oiie Elective enfin explique naturellement non-seulement les ph^nomenes ^lectriques, mais celle du galvanisme , du contact m^tallique et r^sineux , et de deux metaux h^t^rogeues. EUe doime la raison pourquoi la pile secondaire de Ritter attire et retient les fluides galvaniques , et donne, simplement passage aux fluides electriques. ( f^oy. mes Experiences sur cette pile ). Ces experiences m'ont donn6 I'id^e d'examiner la nature du fluide ^lectrique , qui , attir^ k travers un carreau de verre i^voy. I'Experience de la premiere planche ) , charge une bat- terie. Sera-telle r^sineuse ou vitr^e ? II est encore une expe- rience k tenter , mais trop longue k ex^cuter pour un parti- cuLer. Cast de remplir a trois quarts une trenlaine de bocaux de toutes especes de melanges chimiques , de les placer sur une table comnie dans I'Experience XI, Journal de F^vrier, d'en coatinuer d'un cbii. la charge vitreuse pendant plus-ieurs nioiSj entre une tension de 20 a 45 degr^s, sans venir jamais k une saturation qui pourroit exciter un depart des bocaux sur eux-mdmes. Sur une seconde table on placeroit une pa- reille quantite de bouteilles avec les memes melanges, auxquelles Ton donneroit la meme charge r^sineuse. L'appareil des deux premieres planches est propre a charger a la fois ces deux reservoirs eieclriques. En divisant les fluides de la bouteille A , au moyen de deux chaines dont I'une porte la moitie de sa charge resineuse a I'armure interieure de la batterie B , I'autre communique aux parois exterieures de la deuxi^me batterie , que Ton peut nonimer G , tandis que I'excitateur C commu- nique de meme a deux chaines dont I'une va charger I'exte- rieur de B, I'autre au moyen d'une boule , I'interieur de G (ou ce qui est aussi facile, par un excitateur recourbe qu'on place devant la tige de la batterie G, comme elle est dessin^e au coin de la batterie de la troisieme planche). En entrete- tenant du feu pendant des temps humides, quelques tours de la grande roue qui donneroient a cliaque batterie quelques etincelles. Tous les quarts d'heure sufKroient poury conserver des charges opposees, et j'ose croire , aj)res avoir examine le resultat des belles Experiences galvaniques de M. Brugnatelli , qui se trouvent dans voire Journal du mois d'Avril dernier, que Ion pourroit probablement imiter en petit la nature dans ET D'hISTOIRE NATtJIiELLB, i5i ses compositions et decompositions. Les frais dune ann^e ne pourroient pas exc^der ce qii'il en a cout^ au grand Boerlnave pour distiller 5oo fois dn mercure. Sine labore nihil! Miiis mes occupations ne me permettent pas d'enireprendre ce travail : il n'y a d'ailleurs que des societes pour qui de lon- gues exp^i'ences sont faciles a ex^cuter. La planclie i"*-" represente mon appareil avec un disque d'un assez petit diametre , mais dont la velocite du mouvemen"; de !a grande roue suppleoit a la grandeur des disques des plus grands appareils. II I'ut brise ily a deux ans, et j'y ensubsti- tuai un d'un plus grand diametre, avec lequel on peut charger, en cinq minutes, 125 bouteilles pareilles a celle que je vous envoie , et soixante bouteilles d'une nouvelle baiterie, qui ont a-peu-pres le double de surface, et qui forment la batterie dont je me sers actuellement. Voiis savez , Monsieur, que je consid^re le fluide 61ectrique comme produitde la combustion par friction , et celni des piles galvaniques comme produjt de Ja Combustion par fermentation. Le celebre physicien An- glais WoUaston , et plusieurs autres sont du meme avis. Les belles Experiences de M. Libes , annoncees dans votre Journal, tome Sg , p. i54 , et que je viens de lire dans son Nouveau Dictionnaire sur lelectricite excit^e par le simple contact de deux m^taux h^t^iog^nes, ou des r^sines avec des substances m^taltiques , au lieu de prouver contre notre opi- nion , sont enti^rement en faveur de ma th^orie ignee, sur sa tension au d^gagement des liens ou elle est tenue par I'attrac- tion des masses des molecules pesantes qui la retiennent dans son etat de combinaison. Je suis persuade que d^s que la lu- miere combin^e aux combustibles peut vaincre ses liens, soit par le contact des acides , de I'air, ou de quelques surfaces du corps ou elle se trouve retenueen grande abondance, quand sa quantite balance enfin Taction de ces masses retenantes , elle prend I'essor centrifuge , m6me sans frottement sensible. Je le r^p6te , que Ton examine les substances les plus inflam- mables , on les trouvera toutes des composes, au moins trinaires. II faut du soufre , du charbon , du nitre, pour de la poudre k canon , et si Ton y ajoute du sel ammoniac , cette m^me poudre devient encore plus inflammable , et la moindre pres- sion ou friction I'enflamme si ai^ement qu'apres le terrible ^venement qui a eu lieu il y a quelques annees, il en fallut abandonner la fabrication. Les grands effets de nos appareils ^lectriques ne sont-ils pas dus a M. Kienmayer de Vienne , qui se seryit le premier de I'araalgame trinaire le plus com- iS^ JOURNAL BE PHYSIQUE, DE CHIMIE burant? Vous trouverez dans ma premiere Lettre k M. Vafi- Mons , que j'obtenois de grands effets avec cette amalgame , malgre I'isolement de I'appareil. II ne vouhit pas m'en croire ; j'en fis I'exp^rience au Cabinet de Physique de I'Ecole cenirale de Bruxelles , en sa presence et de plusieurs spectateurs. Malgr^ cela , je conviens que le sol porte par attraction homogene du fiuide divell6 par le bois de nos appareils ordinaires ; mais celui-ci ne produit que pen de raatiere en raison du brule- ment de I'amalgame. Je ne suis pas de I'avis de Wollaston, sur I'identit^ du fluide ^lectrique et galvanique , je crois que celui-ci contient d'autres bases gazifi^es que le premier. Men appareil , plancbe premiere, en otant le carreau de verre F, me donne une grande facilite de charger int^rieurement une batterie de fluide resineux. Je place en A au lieu d'une bou- teille , autant que je le trouve bon pour I'experience suivante : j'y forme une batterie de 16 bouteilles de 2 pieds d'armures, et en B une pareille batterie ; cela fait 64 pieds carr^s. Je charge B par A comme dans I'Exp. VIII, Journal de F^vrier, jusqu'ii ce que mes deux batteries marquent 40 ^ 4^ degr^s de tension. Ces batteries ne se communiquent point par les ar- mures exterieures , desorte qu'en portant un excitateur entre leurs armures int^rieures , je n'obliens point une decharge ins- tantanee, niais tralnante, et qui dure a-peu-pres une minute, comme je vous I'ai marqu^ dans ma derniere Lettre. J'ai imagine done , s il y a identite de fluide, en presentant dans Tare une pile secondaire ( le N* 6 de Kilter, 64 disques d'argent et autant de rondelles de carton imbib^es d'eausal^e), que cette pile intercepteroit et retiendroit au moins une partie des deux fluides ; mais au contraire le depart en est plus instantan^ , et la pile ne donne aucun indice de galvanisme. II en resulte, a ce qu'il me paroit , que le cuivre ou I'argent du carton mouil!^ d'eau salee ont moins d'aOinit^ pour le fluide ^lectrique que pour le galvanique, puisqu'ici ils sont parfaits conducteurs. J'ai , il est vrai, obtenu avec un tuyau a eau ot deux fils , un d'or ou d'argent, I'autre de fer ou de plomb , quelque foible oxidation au bout des fils oxidables , comme en obtint M. Ni- cholson. II y avoit m6me a I'entour des deux fils des bulles gazeuses , et Ton voyoit , pendant deux secondes, retincelle electrique passer dans I'eau j mais quatre a cinq repetitions avec un tuyau d'une ligne de diamdtre pour ouverture, n'ont pas produit assez de gaz pour rompre ce petit tuyau. Ce r^sultat est bien dilierent de men Experience VII, Journal de Fevrier, ou le depart de deux bouteilles rompent un ballon. Aussi ET u'hiStOire naturelle. i53 Aussi cette experience prouve en faveur de ma deduction, que la reunion du fluide r^sineux et vitreux se fait la , ou line troisieme substance a base ignee I'attire. ( T-^oj. ma seconc'e Experience sur I'aimantation des aiguilles, Fructidor an i5 , p. 196). Ici la reunion se fait dans lair du cote ou I'un des fils parvient le dernier k I'un ou I'autre bouton. Le courant du feu I'indique constamment , et mon compagnon d'exp*'- rienees , qui voulut me prouver par celle-ci la tli^orie 7 +19:6 + '•0,2 +22.2 +26,9 +20,.=; +20,7 +24,2 +21,4 +10,7 +20,2 + ■9.0 + 16,5 + J5,2 +17.4 +17.'^ +18,2 +18,6 +19,5 + 21,8 +19.7 +18,2 +19,0 +16,6 a 4 i ni. a 4 ni. hii m. a 4 lu . k 4 m. a 5 m . a 4 ni. a 4 ni. a 4 ni. i 3 i I". a z ni. J 4 IB, :\7i"i. a 5 m. i 10 J s. a lis. -' 9 i s- i9i.s. a4im. a 10 J 3. a 5 ni. i 5 ni. a 9 -^ s. a 4 -T S. a I r J s. a 5 ni. a 5 in. + Q,8 + 16,0 + 10,4 + i5,9 + 9.» + l8,2 +12,6 + 23,4 +20,0 + 12,4 + 16,6 + 11,0 + 14.7 +12,0 +19/, +12,0 +20.2 +10,2 +22.2 +25,2 +II,^i + if'vi +10,0 + '9^7 +i4,a --23.1 --19,7 + 13,7 +18,7 +12,0 +202 + 10,0 + r9,c + 9,^ + 1..^ +12,6 +1.1,2 + 1 2 +17,4 + 9i<'' + '7,o +ii.y + IH,2 +12,3 +18.6 +'3,3 + iH,o + 12,0 + 16,2 + 11.4 + 20,0 + 12,3 + 19.T + 11,6 + 166 + 11,2 + 19.0 +i3,8 a II I s. a 10 J-s. . a 8i-ai. a 8m... ,i 7 Is.. a audi, a 5 m . . a 7 s... a II s . . . a midi.. a Sim. a 2 s... . is m.. a 4 m... k niidi.. ...28, ...28, ...28 ...27 ...27 ...27 ...17 ...28 ...28, ...28 .,.28 ...28 ...28 ...28. a 8 in 27 . I 5 m 27 a midi 27 I II s 28. i 9 { in. 28. a 6 in 28 A 7 ■; 111 27 f 4 £■" 27, a niidi 27, a 8 m 27 . a 9 7S 27, i4^ in 27. a nudi 27. a II i 27 , a II is 28 ;i8ira 28 2,3 I 3,47 2,70 0,08 ii,5o 11,00 10,3(1 -II,2.'l 2,55 3,20 1,80 , 3,25 2,10 . 0,20 0,60 II, ro , I0.85 . ii,3o o,5S i,o5 0,35 1 1 ,64 8,68 9,2s 9.'-7 9,82 9,40 9, CO 9.7'^ , o,3o , 0,20 a m :l 4 a 1 a I is a ii a idi 28, m 28 . 1 s 28, loi s 6s... 9 111 . . 4 in.. a 4 111 . . a 3 s... . i 3! m. a 1 o i s. midi,. a 11 a 10 a4 s ni... i3i s k lo-j s a 5 in , i 5 ni.. . i 9^3.. a 10 3.. a 10 I s. i 5 ni . . i3 is.. a 4 i m. '>9i s- a4im. a 5 in... a 5m.. k los.. . ...27. ...27. ....27 ...27. ...27 ... 20 . ...28. ...28. ...28, ...28. ...37. ...27, ...27. .27. ■27 .27, .28. .27 .27. .27. ...27 ...27. ...27. ,..27. ...27. ...27. ..;27. 1.83 2,75 0,70 ii,3o 11,1;; io,,')5 9,3 i 10,00 0,01 2,36 0,37 2,2y 0,S2 11,68 8,68 9,36 10,55 11,18 11,44 0,77 1 1, So 10,09 7-9° 8,57 9,o5 9,08 8,28 8,47 8,65 10,44 11,55 RECAPITULATION. 28. 28. 27. 27. 27. ■ij. -7- 28. 28. 28. 28. 28. 27. .8. 27- 27. 27. 28. 28. 27. 27. 27. 27. 27 • 27. 27. 27. 27. 8. 1,83 3,20 11,60 11,40 . 1 1 .00' 10, 3S ,10,25 , 1,42 . 3,20 0.771 . 2,68' 1,70 ,11 68 0,60 ,10,40 10,75 , ii,3o .11,02 , 1,00 0,10 11,20 8,3o; 9,25: 9 '7 9,32 8,90 9,o3 9,^5 11,61 o,o5 Plus eiande elcvalion du mercurc. ..28.3,47, le si 10 h. J s. Moindre Elevation du meicure 27.8,28,1627^953. Elevation moycnne 27.11,97. Plus grand dei^re de cluileur +26'',9 le 1 1 5 1 h. i 3. Moindre degre de clialeur + g,5 Ic 19^ wh.s. Clialeur moycnne + 18,2 Nonibrc de jours beaux 19 4 Eau de plule tombde dans le cours de ce mois, o,"'03869 = i pouces olignes 75 centifemes. A L'OIBSETIVATOIRE IMPERIAL DE PARIS, JIILLET. iSo6. "v Hro. POINTS VARIATIONS "i Vents. 3 a midi. LUNAIRES. DE l' A T .M SP H E R E. I 69,0 0. Beaucoup dVclalrc's tout le jour. g z fcl',-, N-O. Eqoin. d«c. Cicl couvcrt par iiitervalles. |j 3 7r,o id. L. Apogte. Ciul couvert la plus grande partie du jour. | 4 7'',° v.. S-E. Quclques cclaircis par moraciit. H Ciel nuageux. | S :6,o K. 6 6<',o N. N-F. Eqnin. ise. Cicl couvcrt; pluie par intervalles ; quelqufs eclaircis. / 76,0 0. S 0. Pliiie et ciel couvert par intervalles. ("i 92,5 SO. Memo temps et circoustaiices. 9 8:1,0 0. o.ij.ii''.2j'm. Cicl nuageu.\- et trJs-couvcrt tout Ic jour. lO 83,0 0. Cicl trjs-nuageux le matin ct assez beau le soir. Fort beau cicl le nintin , ct nuageux le resie du jour. Mcnie temps et circonstancos. II 69,0 S-E. 12 69,0 0. 1 3 64,0 s-o. Assez beau cicl par intervalles. 14 66,0 S-O. Beaucoup d'cclaircis tout le jour. '/ 73,0 s-o. ii.L.iiih.49's- (;,el couv. ; petite pi. ; quelqucs pctits Cclaircis sur Ic soi; . i6 17 70,0 65.0 0. 0. s-o. L. perigee. Beauroup d'cclaircis tout e jour. C:cl couv. eii IrJs-grande parlie tout !e jour. 1 8 (>G,o 0. s-o. Petite pluie; tvjs-uuageux ; temps caliiic. 19 70,0 0. Eijuin. desc. Be.ui ciel par intervalles. ::.o 71.0 0. As;ez beau ciel le matin ; couv. i midi ; eclairc. sur le soir. 21 68,0 S. SO. Beaucoup d'cclaircis tout le jour. 22 74,0 0. p. q.!ii*.3o'5. Ciel couvcrt el nuageux tout le jour. ■.3 78,0 0. S 0. Pluie et lorte averse par iulerval'es. 24 81,0 {). Beaucoup d'cclaircis ; petile pluie par interv. ^.5 75,0 <;. Ciel nuageux ; beaucoup d'cclaircis ; tssez beau par inlerv. 26 87,0 0. SO. Ciel couvcrt; pluie et tonuerrc assez fort. 27 76,0 S. S-O. (liel couvert tout le Jour. 23 76,0 S-O. Cicl tres-nuageux et couvert tout le jour. -0 88,0 s. Ciel couvert; pluie abond. en Ire 8 et 10 b. ; couv. par int. .jO 79.5 NO. p. I. h I h. g'i Ciel nuageux et charge de vapours. 3i 91,0 S. S-O. jL. apogee. Petite pluie fine par inlervalles ; cicl couvert. aii CAPITULATION. f de converts 12 de pltiie 10 de vent 3i de gelee de tonncrre - t debrouillard 2 de ncige Jours c ont le vent 5 Souni(!du N....'. s N-E I E 2 S-E 2 S 5 ;_() 12 9 N -0 2 l55 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE ANALYSE Des travaux de la Classe des Sciences Mathemathiques et Physiques de I'Institut national, depuis le i^^ Mes- sidor an i3 (20 Juin iQo5), jusqu'au 1^'' Juillet 1806; Par M. CUVIER, Secretaire perp^tuel ; Lue a la Seance puhlique dii 17 Juillet. PARTIE PHYSIQUE. Les productions de la nature onl des rapports trop intimcs avec les climats qui les font naitre , elles en sont modifiees trop essentiellement, pour qu'aucune des branches de I'liistoire naturelle puisse faire des progres solides , sans une connois- sance exacte de la geographic ; aussi cette derniere est-elle du domaine des naturalistes presqu'autant que de celui des as- tronomes. On sait toutce qu'elle doit aux naturalistes voyageurs, et M. Olivier vient den donner de nouvcUes preuves, dans une Topographic de la Perse qu'il nous a presentee. 11 decrit les chaJnes des moniagnes, le cours des eaux, et explique la nature des productions par celle du climat. La s^cheresse presqu'absolue fait qu'il n'y a pas un vingtieme de ce vaste Empire en culture ; des provinces enticres n'ont pas un seul arbre qui ne soit plants et arros^ de main d'homme. Le mal augmente sans cesse par la destruction des canaux qui amenoient de I'eau des raontagnes, et les terres abandonn^es s'impregnent de sel , qui les rend pour jamais steriles. Mais les meditations du naturaliste s^dentaire peuvent aussi contribuer k la perfection de la g^ographie par des vues pro- pres a diriger les recherches des voyageurs. M. de Lacepede exami.iant ce quel'on connolt de I'Afrique, ET d'HISTOIRE nature L lb. l^J comparant le volume des fleuves qui arrivent a la mer , k I'etendue du terrain sur laquelle tombent les pluies de la zone torride , et a la quantity presumable de I'^vaporation , jugeant enfin du nornbre et de la direction des cnalnes de I'inierieur, par celies que Ton a visit^es sur les bords de cette grande pariie du Monde, a propose ses conjectures sur la dis- position physique des contr^es encore inconnues du centre, et particuli^rement sur les mers et grands lacs, qu'il croit devoir y exister. II a indiqu^ les routes qui lui paroissent propres a condnire plus promptement aux pays qui restent a decouvrir. 11 y a une autre sorte de g(5ographie conjecturalo , qui cherche a determiner I'ancien ^tat des lieux , par ce qu'on y observe aujourd'hui. M. Olivier a examine de cette mani^re ce qu'il peut y avoir eu de vrai dans la communication que Ton pretend avoir eu lieu autrefois entre la Mer- Noire et la Caspienne. II pense qu'elle se faisoit en efl'et par le nord du Caucase, et que ce sont les alluvions du Couban, du Volga et du Don qui I'oiit; interrompue. Depuis lors , la Caspienne ne recevant pas des fleuves qui s'y jeitent assez d'eau pour suflire a son evaporation, a tou- jours baiss^ de niveau , et se iroiive aujourd'hui de soixante pieds plus basse que I'Euxin. C'est ainsi qu'elle s'est s(5par^e de la mer d'Aral, et qu'elle a laiss^ a decouvert les imnienses plaines de sable sal6 qui I'entourent au nord et h. Test. M. Bureau de la Malle , fits d'un membre de I'lnstitut, a trouv^ dans les ecrivains grecs et romains de nombreux t6~ moignages de cette ancienne ^tendue dela Caspienne et de ses communications avec I'Euxin et avec I'Aral, et les a rassembl^s dans un M^moire etendu , qu'il a present^ a. cette Classe et a celle d'Histoire naturelle ancienne. Les anciens attribuoient la separation des deux premieres et la grande diminution de I'Euxin lui-meme, a la rupture du Bosphore , qu'ils supposoient avoir caus6 le deluge de Deu- calion, I'Euxin s'etant jet6 avec violence, par cette ouverture, sur rArchipel et sur la Grece. Quelques-uns d'eux pensoient meme qu'a cette ^poque la Mediterranee , subitenient aug- mentde par la meme cause, avoit rompu les colonnes d'Her- cule , et forme le d^troit qui I'unit a I'Ocean. Mais M. Olivier pense que si I'Euxin eiu &[6 jamais plus eiev6 qu'aujourd'hui, il auroit trouye un ecoulement naturel j53 journal de physique^ dk chimie par la plaine de Nic^e, et par d'autres vallees qui conduisent k la Propontide et a I'Archipel; que dans aucun cas, le canal etroit du Bosphore n'auroit pu fournir assez d'eau pour inonder les hautes monlagnes de la Grece, qui sont plus ^levees qu'aucun des bords derEuxin; et encore bien moins pour produire un effet sensible sur I'immense etendue de la M^diterranee. 11 croil done que les rapports des anciens, i cet 6gard , avoient leurs iondemens, non pas dans I'observation ni dans la tradition, mais seolenient dans des conjectures que Tetat physique des lieux renverse entieremeiit. II n'en est pas moins vrai que la partie du Bosphore la plus voisine del'Euxin, offre des traces de revolutions volcaniques, mais le reste de son Etendue est un yallon naturel ; il en est de nieme de I'Hellespont. Quelques autres recherches out encore monirtj I'utilil^ de Talliance des sciences exactes avec I'erudilion. M. Monges, a I'occasion de deux meules deterr^es pres d'Ab- beville, a rasseinble tous les passages qui ont rapport aux pierres dont les anciens faisoient leurs meules. Il en resulte que c'^toient presque toujours des pierres basa'.tiques et poreuses ; celles ti'Abbeville etant de pouddings, lui paroisseut done venir des Gaulois ou des Francs. M. Desmarels ayant examine les vetemens deterrt5s darts un ancien tombeau de Saint -Germain- des -Pr^s , a trouve que presque tous les precedes employes aujourd'hui pour tibser nos difttrentes (itoffes , I'tStoient deja dans le 10'= siecle ; et il en a pris occasion d'expliquer d'une maniere nouvelle les articles de Pline sur les tissus des anciens. Une fcis la position, la nature et les limites d'un pays bien d^termin^es, c'est k I'histoire naturelle descriptive a en I'aire connoitre les productions. Les recherches des membres de la C'asse dans cette branche des sciences ont et6 fecondes, Sa partie botanique a vu se continuer avec succes , des ouvrages importans. La Flore de la Nouvelle-Hollande par M. de la Billardiere, et la magnifique description du jardin de la Malmaison par iM. Ventenat , sont arrivees chacune k leur I9<= livraison ; la Flore d'Oware et de Benin par M. de Beauvois, en est la S". H a paru un S" volume du Botaniste culdvateur de M. Duniont- Courser, correspondant, et M. de Lamarck a donne, conjoin- tement avec M. DecandoUe, une 3'= edition fort augment^a de la FLre francaisc. ET D' ills TO IRE NATURELLE. i5g M. de la Billardiere nous a fait connoltre plus parllculiere- menl six nouveaux genres de la JNouvelle-HolIande. Les trois premiers se rangent naturellement parmi les myr- tes , famille asbez nombreuse k la Nouvelle-Hollande, et dont la medecine et les arts peuvent tirer iin parti avantageux k cause des huiles aromatiques que fourniront les arbres et les arbustes (jui liii appartiennent, Le premier g'.'nve, nomnie pileanlhus , est bien remarquable par une enveloppe d'une seule piece reniermant chaque fleur; les petales de celies-ci sont au nombre de cinq, et le calice partnge en dix lanicires egales ; le fruit inferieur et unoculaire. coiitient plnsleurs graines. Le second a recu le nom cnlotliamnus a cause de I'^l^- gance des fleurs , dont les elamines nombreuses sont portees sur un large filament divise en deux a chaque extiemit^ , tandis que deux autres filaniens sont steriles : le fruit est en tout senibliible au metrosideros. Le troisi^me , appele calytrix , se reconnoit a son calice tubuleux au-des5us du germe , et divise en cinq parties ter- min^es chaoune par une longue soie. La capsule ne contient qu'une graine. Le (juatridme a refu le nom de capnalotus et appartient a la famille des rosacees; IVspece, nonMn^ie folliculan'a , est peuteire encore plus remarquable que le sanacenia et le «e- penthes , par la forme de qiielques - unes des feuilles, qui representent assez bien une bourse a jetons surmont^e d'un opercule et bord^e de crochets diriges vers son ini^rieur. Lecinquierae, noninie, acitnoius , a toutes les apparences d'une piante de la fimille des curbnbiferes ^ quoiqu'elle appar- tienne r^ellementa c^lle des ombellifercs. Les deux sligmatea renfles vers le somniet sont surnicntc^s du cole interne par une soie , ce qui leur donne I'apparence d'antennes d'insectes , comme dans le lagoecia ; il n'y a qu'une seule graine. Le sixieme, &}^^ii[^ prostanthera, ai)pariient a la nombreuse famille dos lahiees, Le calice est forme de deux divisions en- tieres, dont la plus grande se porte vers I'autre, et la recouvre d6s que la corolle est tomb6e. Un appendice liliforme pare de dessous chaoune des aniheres. Le fruit est comme dans le genre prasiurn ; mais une chose tres-remarquable dans cette famille, c'est que I'embryon ou corculum est renfermd dans un albumen cliarnu et assez epais, tandis que dans les autres labiees obseryees jusqu'4 ce jour , il est a n\x. iGo JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE M. de Beauvois ajant suivi certains clianipignons dans tous leurs d^veloppemens, s'est appergu qu'ils changent tellement de forme , que quelques botanistes les ont places dans des fenres differens , selon I'age auquel il les ont observes; ainsi a rizomorphe de Persoon , n'est que le second age d'un cbam- pignon, qui devient un vrai bolet an troisieme; le dcmauiuin. bombicinum du mcme auteur devient , au bout de quelques temps, sa mesenterica argentea ; puis il s'epaissit, prend des cellules, qui le font resseuibler a une morille , et iinit ^gale- ment par devenir un vrai boUet ; mais ceite plante a besoin d'un pen de lumiere pour parcourir ainsi tous ses p^riodes. Les xecherchcs de I'hisloire naturelle des animaux ont 6l6 moins nombreuses que celles de botanique , mais n'ont pas non pluis inanqu6 d'interet. M. da Beauvois a commence k publier les insectes qu'il a recueillis a la cote d'Afrique et en Am^rique. II en a d^ji paru deux livraisons. M. Cuvier a continue les deux grandes suites de recherches qu'il a entfeprises depuis plusieurs annees, sur les animanx sans vertel'res et sur les osseniens fossiles de quadrupcdes. Dans la premiere de ces suites , il a donn6, cette ann^e , ranatomie ae sept genres: la icj'/Ztie , le glaucus , VEolide, le coUmacon^ la liniace, le Linne et la planorbe. Les deux premiers etoient fort peu connus , ni^me a I'ext^rieur, et I'auteur a rectlfi^ les fausses id^es que les naturalistes s'en etoient faites. Dans la seconde suite, il a traits des os fossiles d'ours, de rhinoceros et d'elephans. Deux sorles d'ours, inconnues aujourd'hui , sont ensevelies avec des tigres , des hjr^nes et d'autres carnassiers, dans un grand nombre de cavernes des montagnes de la Hongrie et de I'Alleniagne. Des OS de rhunoc^ros et d'^l^phans se trouvent en abondance dans les terrelns meubles de toutes les parties du globe ou Ion a fouill^. L'auCeur a recueilli des nolices de plus de six cents endroits des deux Continens ou Ton a d^terr^ des os d'^l^phans ; encore tout r^cemment on en a trouv6 des macheli^res et des defenses dans la for^t de Bondy , en creusant le canal qui doit amener a Paris les eaux de la rivifere d'Ourque. Plus on avance vers le Nord , et mieux ces ossemens sont conserves. Une ile de la Mer-Glaciale en est presque enti^rement form^e. Ces fails etoient, en grande partie, connus; maisce quiresulte de la comparaison d^taill^e faite par M. Cuvier, des ossemens de ET d'hiSTOIRE WATtJRE tts; l6l de ces rliinoceros et de ces ^l^phans fossiles avec ceux des animaux du meme genre aujourd'hui vivans en Afrique et aux Indes , c'est que les premiers etoient dilKrens par I'espece. Les rhinoceros fossiles Etoient plus bas sur jambes, avoient la tete plusgrosse, pluslongue, et le museau tout autrement fait que nos rhinoceros d'aujourd'hui; les elephans avoient les maclielieres , la tete et surtout les alveoles des defenses d'une toute autre structure : la trompe avoit d'autres proportions. L'auleur croit done que ces deux especes sont dteintes , comme tant d'autres dont il a decouvert les ossemens et les caracteres distinctifs, et dont dix ou douze inconnues jusqu'ici , de I'aveu de tous les naturalistes , ont leurs os incrust^s dans les pierres a pldtre des environs de Paris. II pense encore que ces especes ont vecu dans les Heux oil on trouve leurs os , et que ceux-ci n'y ont pas ete amends , coninae on le croit assez gen^ralement , par une inondation , car leurs os ne sont point us^s par le frottement. Mais on n'auroit des corps naturels qu'une connoissance bien superfi- cielle , on ne pourroit surtout se rendre de leurs ph^nomenes qu'un coinpte bien incertain , si Ton se bornoit a la description de leur exterieur, et si Ton ne cherchoit a les penetrer plus intimement par le mo_yen de I'anatomie et de la chimie. Cette derniere science surtout, qui n'est qu'une dissection plus profonde , est k bon droit regard^e comme la science fondanientale des etres naturels , et d'apr^s I'interet qu'elle inspire, il n'est point etonnant que ce soit presque toujours elle qui ait un plus grand nombre de decouvertes a produira dans nos revues annuelles. M. Fourcroy a donne une edition nouvelle de sa Philosophie chimique , le livre ^lementaire de cette science le plus court , le plus m^thodique et le plus employe. Les deux agens prin- cjpaux de la chimie, I'alfinite qui rapproche les molecules des corps , et le feu qui les ecarte, ont ^te cette annee I'objet de recherches neuves et importantes. On sait que la glace est plus legere que I'eau, pulsqu'elle y surnage : dun autre c6l6, I'eau chaude en general est aussi plus legere que I'eau froide ; raais ce liqiiide se condense-t-il toujours a mesure qu'il se refroidit, pour se dilater subitement a. I'instant oil il se congele ? On pouvoit en douter, et en et'fet la chose n'est point ainsi : c'est a quelques degrt^s au-dessus du point de congelation que I'eau est a son maximum de densite. M. le Febvre-Gineau Tome LXIII. A OUT 1806. X f. l53 JOURNAL DK THYSIQUE, DE CHI M IE I'avoit prouve directement ily a quelques annees, parle moyen du thermometre et de la balance hydrostatique, et M. le comte de Rnnifort vient d'imaginer une experience qui rend le fait tr^s-sensible. Un thermometre a sa boule directement sous un tube sus- pendu par une coupe de li^ge, et le tout est plong6 dans de I'eau rete a se glacer. On louche la surface de cette eau vis-a-vis _ ouverture du tube, avec un corps echaufti^ a trois ou quatre degrds seulcment; les molecules d'eau ^chaufFees par ce con- tact, descendent clans le tube et agissent sur le thermometre. Ainsi cette eau un peu plus chaude est aussi un peu plus pesante. Cctte experience repose sur la theorie que M. de Rumfort s'est faite, touchant la maniere dontla chaleur se propage dans les liquides. II pense que ceux-ci ne la conduisent pas comme font les corps solides, les m^taux par exemple, et que le contact d'un corps chaud n'^chaufl'e la masse d'un hquide qu'autant que les molecules touch^es et ^chauffees d'abord s'elevent en vertu de la It^g^i el^ qu'elles acquierent, etlaissent des molecules encore froides venir occuper leur place et s'echauffer k leur tour. II nous a donne recemment sur cette doctrine une experience plus delicate et plus precise encore que toutes les prectidentes. Une portion d'eau ediaulfee a 80 degres , n'etoit separee d'un thermometre plac^ au-dessus d'elle, que par une lame d'eau froide de quelques lignes d'epaisseur; pas une des molecules echauifees ii'a pu descendre , et le thermometre n'est pas TOonte d'un degre. Le meme physicien vient de faire des experiences sur une question de physique qui tient de pres a I'aflinite , je veux dire I'adherence qu'ont entre elles les molecules des liquides. Voici comment il la rend pour ainsi dire palpable : il place ') Planche I. Joui-uaJ do J'/ivsKiiie. (Aoul iSui)) n Journal de Ph.Ysique. (Aoul 1B06 .) I'lancTie II. ItMiruai dc i'livaunie (Aoul itioO) Plaitche «*5SI^n^ J OURN AL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE ET D'HISTOIRE NATURELLE. SEPTEMBRE an 1806. SUITE de r Analyse des travaux de la Class e des Sciences Mathemathiques et Physiques de I'Institut national, depuis le i^"" Messidor an i3 (20 Juin i8o5), jusqu'au i*^'' Juillet 1806; Par M. CUVIER, Secretaire perpdtuel ; Lue a la Seance puhlique du 17 Juillet. PARTIE PHYSIQUE. La min^ralogie avoit di]k un cas pareil ; celui de Yarrago- nite , ou la chimie ne trouve qu'un carbonate de chaux, quoi- que sa pesanteur , sa duret^ , sa cassure et sa cristallisatioa different beaucoup de celles du spath calcaire ou chaux car- bonatee ordinaire. Un exemple diderent, mais qui etablit de meme une sorte d'opposition enti'e les caracteres physiques et les caracteres chimiques des mineraux , s'est encore offert cette annee. Tome LXIII. SEPTEMBRE an i8o6. Y lyO JOURNAl DE PHYSIQUE, PE CHIMIE C'est la mine de ler connue sous le nom de fer spathique, Elle a conslamment la meme forme cristalline que la chaux caibonatee, etcornme elle en coiilient souvent une tr^s-grande quantity, M. Haiiy I'avoit rang^e parmi les variet^s de cette espece , n'y considerant I'Dxide de fer que comme entraine accident('llem"nt lors de la cristallisation de la chaux, a-peu- pr^s com me Test le sable dans les singuliers crisiaiix de gres de la foret de Fonlaitiebleau. On savoit en eft'et depuis long-temps que la quantity de fer y est Ii6s-variable. Mais deux jeunes chimistes , MM. Drapier et Descotils, viennent de d^couvrir que la cbaux y varie encore davantage, que souvent il n'y en a presque point , et que la magn^sie et I'oxide de manganese s'y trouvent en quantit^s tout aussi variables selon les ^chantilions. Voila done des combinnisons ties -diff^rentes qui se pr^- sentent sous une forme toujours la meme. Ces series de difficult(5s , ces oppositions apparentes entre deux branches d'une meme science ou entre deux manieres d'envisager les objels, ne peuvent tenir qu'i quelqu'iniperfec- tion dans les firincipes de I'une ou de I'autre des deux me- tliodes , et nierilent toute I'attention des amis de la v^rit^. Elles finissent ordinairement par la decouverte de quelque nouveau fait general qui concilie tout. Les travaux sur le platine brut, dont nous avons parle dans nos deux derniers rapports , ont 6t6 continues cette ann^e par diff«5rens chimistes, et ont conduit enfin a des r^sultats clairs et satisfaisans. M. Fourcroy a rendu compte de ces travaux dans un Me- moire oii il s'est empress^ de rendre justice a ceux qui y ont eu part avec lui. En voici I'histoire en abr^ge : On se rappeile que M. Descotils , cherchant a se rendre raison des difl'erentes couleurs des sels triples de plnline, s'appercut que la couleur rouge de quelques-uns dtoit due a quelque metal incunnu. MM. Fourcroy et Vauquelin examinant de leur cut6 una poudre noire, qui reste apres qu'on a dissout le platine, et trouvant que dans qutlques experiences il s'elcvoit iiiie vapeur metallique tnl'S-odorante , que dnns d'autres la substance se manifestoit d'une maniere plus fixe , regard^rent aussi cette poudre corame une nouvelle substance metallique , dont ils ET d'hISTOIRE NATrRKIilE.' I7I attribuerent les difFtirentes propriet^s aux diffcrens degr^s d'oxi- genation. Mais pendant ce temps , M. Tenant examinoit a Londres cette meme poudre noire , et etoit parvenu a la decomposer encore en deux metaux diilerens : i'un fne, et I'autre tres- volulil : et Wollaston, autre clihiiiste anglais , s'attacliant a. la dissolution , cju'on supposoit jusque-1^ ne contenir que du platine, y avoit encore trouve deux autres, m6taux difl'^rens et du platine et de ceux qui forment la poudre noire. Ainsi , apres les longues et peiiibles recherches dont ce singulier mineral a ete I'objet pendant plus de quarante ann^es, la chimie est parvenue a y demeler onze substances m^talli- ques , savoir : le platine, Vor , \ argent , \e fer , le cuivre , ie ehiome et le tilane , trouves par MM. Fourcroy et Vau- quelin , dans les sables plus on moins colores qui y sont toujours mel^s : les deux metaux nouveaux S(5par^sde la dissolution nitro- muriatique de platine, par M. Wollaston, et qui sont : Le palladium , metal blanc , ductile , plus pesant que I'ar- gent , tres-fusible par son imion avec lesoufre, soluble dans I'acide nitrique, colorant ses dihsoiutions en rouge, pr^cipi- table ii I'etat m^tallique par le sulfate de fer, en verd sale par le prussiate de potasse , formant avec la soude un sel triple dissoluble dans I'alcool; le meme qu'on avoit un instant regarde comme un alliage de plaiine et de raercure ; Et le rhodium , m^tal gris , ais^ment r^ductible , fixe et infusible, colorant en rose ses dissolutions acides , que le muriate d'etain rend tres-intenses , precipitant par les alcalis en jaune, et point du tout par le prussiate de potasse, dont le sel triple avec la soude est indissoluble jjar I'alcool , etc. Enfin les deux mdtaux distingu^s par M. Tenant , dans la poudre noire qui reste apres la dissolution , et sont : Li'lridium, mttal blanc, tr^s-dur, difficile a fondre, presque insoluble dans lacide nitro-muriatique, et point du tout dans les autres , oxidable et soluble par les alcalis fixes , et une fois oxide soluble dans les acides , donnant des couleurs varices et vives ;i ses dilierentes solutions. Ce sont ses sels rouges qui colorent ceux du platine. h'Os'fiiuni , metal jusqu'a-present irreductible, dont I'oxide en forme de poudre noiie est tres-volatil, tr6s-odorant , tr6s- fusible , se dissout dans I'eau , s'^l^ve avec elle en vapeur et lui donne une odeur et une saveur fortes. Sa dissolution S3 Y p. lya JOUHNAL DH PHYSIQUE, BE CHIMtE colore en beau bleu par la plus petite quantity d'infusioni de iioix de galle. On ne salt ce qui doit le plus ^tonner de la singularity d'une composition semblable, ou de la sngacit^ qu'il a fallu pour en dt^nieJer ainsi les nombreux ^l^meiis. Get autre metal , decouvert , il y a quelques ann^es , par M. Vauquelin , le Chrome , vient d'etre reconnu dans lea pierres meteoriques par M. Laugier. II I'a ^t6 depuis par M. Th^nard, dans celies qui viennent de tomber aupres d'Alet, departement du Gard , et que I'Aca- demie de Nismes a fait recueillir et adresser a I'lnstitut. Ges pierres, dont la chute n'est pas constatc^e par des te- moignages moins autheniiques que celle des prec6dentes, en diflferent cependant par la couleur et la consistance , elles sont plus noires et plus friables ; mais leur analyse a donn^ a M. Thenard a-j)eu-pres les memes principes : seulement lea iiK^taux y sont plus oxides , et il y a un peu plus de charbon. Ce resultat a et^ confirme par une commission de la classe. Nous avions annonc6 I'ann^e derniere I'opinion de M. Pac- cliiani , sur la composition de I'acide muriatique , qu'il croyoit produire en enlevant a I'eau une partie de son oxig^ne, au moyen de la pile galvanique. Gette ddcouverte auroit ^t^ I'une des plus importantes que la chimie ait encore ^ desirer ; mais elle ne s'est pas verifi^e quand on a eu soin d'^loigner de Tappareil tout ce qui pou- voit fournir du sel marin; c'est ce que MM. Biot et Thenard ont constat^ par des experiences rigoureuses. Dans un travail sur la refraction , entrepris d'abord pour I'utilite de i'astronomie, M. Biot a et^ conduit a faire de cette action des corps sur la lumiere , un ernploi bien heureux pour I'analyse des substances transparentes. On savoit depuis long-temps que les rayons de la lumiere se brisent quand ils passent d'un milieu dans un autre de density differente, et que les refractions des differens milieux correspondent a leurs densit^s, ^ moins qu'ils n'aient quelque element combustible. Ceux-ci augmentent la refraction beau- coup au-dela de ce que la seule densitd auroit pu faire. C'est d'apres cette ancienne observation que Newton aroit jug^ que le diamant devoit etre combustible , et qu'il ^toit m^me arrive a ce point presqu'incroyable de deviner que I'eau devoit etre en partie compos^e d'une substance combustible. Si I'on melange deux substances de refractions et de pro- IT D'HISTOIRE VATUREtLE. 173 portions connues , et que Ton ait egard a la densite du me- lange , on doit pouvoir calculer la rt^fraction totale ; et t6- ciproquement , quand on a la refraction d'lin melange dent les elemens sont connus, on doit pouvoir calculer la propor- tion de ceux-ci. Mon coUegue, M. Delambre, explique dans son E.apport les principes de ce calcul. M. Biot I'ayant appliqu^ k des melanges de proportions connues, et I'ayant toujours trouve juste, I'a employ^ ensuiie pour determiner les proportions inconnues d'autres melanges, II sullit pour cela de remplir un prisnie de verre sous une pression connue avec la substance que Ton veut essaj^er, on d'en former un avec elle, si elle est solide , et d'observer au travers un objet eloigne; Tangle de refraction se niesure avec le cercle r^p^titeur , en tenant compte de la pression , de la chaleur et de riiumidit^ de Tair exterieur, et ce moyen 6tant susceptible d'une prc^cision ^gale a celle des precedes astrono- miques , surpasse n^cessairement en rigueur tous nos pro- ced<^s chiniiques. Mais on sent aussi qu'il n'est applicable qu'aux substances transparentes , et dont on connoit les prin- cipes quant k leur espece. II est particulierement utile pour perfectionner I'analyse si importante des substances gazeuses , et M. Biot en a d^ja obtenu , k cet ^gard , des resultats int^ressans. C'est Toxygene qui refracte le moins a density ^gale , et I'hydrogene qui refracte le plus. Les refractions d'un meme gaz sont rigoureusement proportionnelles a ses densites, quand la temperature est constante. C'est surtout a I'hydrogene que les substances fortement refractives paroissent devoir leur force, car elles en contiennent toutes. L'air almosplierique donne exac- tement a I'experience la refraction que doit produire d'apres le calcul, un melange de 0,21 d'oxygene, 0,787 d'azote et o,oo3 d'acide carbonique. Mdme quancTil ne s'agit plus d'un simple melange, raais d'une combinaison plus intime, pouryu qu'elle n'ait pas produit une condensation tr6s-considerable, la r^gle conserve son application. Ainsi le gaz d'ammoniaque produit I'efFet indiqu6 par les quantit^s d'azote et d'hydrogene qui en- trent dans sa composition j mais si la condensation est trop forte, il y a quelque alteration, quoique tres-petite; tel est le cas de I'eau. L'examen du gaz acide muriatique fail d'apres ces principes, montre que son radical ne peut etre I'azote ; et que ce gaz ly/f JOURNAL DE PHYSIQUE, r» E CHIMIE ne pent pas etre non plus un oxide d'hydrog^ne , contenant mnins d'oxygene que I'eau. La refraction du diamant etant beaucoup plus forte que celle qu'indiquent pour le carbone les refractions de I'acide ciiibo- niquc , de I'alcool, de I'dther et des autres substances dont le carbone fait partie , M. Biot en conclut que le diamant ne pent etre du carbone pur, et qu'il y faut au raoins un quart d hydrogene pour satisfaire aux r^sultats de ['experience. Les matieres produites par les etres organises , sont encore bien loin d'dlre soumises a des proced^s si rigoureux. Quoique I'on saclie en gros de quels ^l^tnens elles se composent, et que ces Clemens primitifs ne soient pas tres-nombreux,leurs com- binaisons sont si varices, changent et se denaturent si ais^ment dans les operations qu'on leur fait subir, qu'il fa udra etudier encore bien long-temps ces combinaisons elles-m^nies comma si elles ^toient simples, et abstraction faile de leurs v<5ritables principes el^mentaires. Ces matieres consider^es ainsi , sont ce qu'on appelle les principes immediats des corps organises. Cette ann^e en a encore fait connoitre plusieurs ;i nos chimistes. MM. Vauquelin et Robiquet ont trouv(5, dans le sue d'as- perges, une matiere cristalline et soluble dans I'eau, qui n'est cependant ni un acide , ni un sel neutre , et que n'affectent point les r^aclifs ordinaires. lis se proposent d'en suivre avec soin la nature. M. Thenard , professeur au College de France, a mis com- pl^tement a d<5couvert dans la bile, une matiere sucr^e dont on n'avoit jusqu'a prt^sent que soup^onn^ I'existence , et dont la propriete est de tenir I'huile de la bile en dissolution. Les moyens d'analyse qu'il a employes ont et6 remarques par les commissaires charges de I'examen de son travail , comme sin- gulierement ingenieux , et il ^toit en effet tr6s -diflicile de debarrasser entieremsnt cette substance de celles qui la mas- quoient. M. S^guin, correspondant , a fait des recherches sur la na- ture du cafe, d'oi il r^sulte que cette graine se compose d'al- bumine , d'huile, d'un priwcipe particulier que I'auteur nomme principe amer , et d'une matiere verte, qui n'est elle-mdme qu'une combinaison de I'albumine et du principe amer ; que les proportions varient dans les divers caf^s ; que la torre- faction augmente la proportion du principe amer en detruisant I'albumine ; que ces deux derniers principes contiennent beau- coup d'azote ; que le principe amer est antiseptique. L'huile »T d'histoiRE NATURELLE. lyS du c. K est inodorii , corifj^lable , et blanche comme du saia- doux M. Seguin a cherchi^ ensuite si I'albuinine ne se retrouveroit point dans d'autres vegetaux , et il I'a decouverte en efFet dans iin grand nombre qu'il sp^cifte. La plupart contenoient aussi en certaine proportion un principe amer plus ou moins sem- hle a celiii du cafe. Cetle quantity remarquable d'albumine s'^tant rencontr^e surtout dans les sues vegetaux , propres a fermenter par eux- menies sans levure et a donner une liqueur vineuse, tels que sont le sue de raisin, celui de groseilles, etc. , elc. , M. Seguin a ete conduit a rechercher si I'albumine ne contribueroit point eflicacement a ce mouvement intesdn encore si peu coiinu. II nous assure qu'ayant enlev^ I'albumine k ces sues, iis sont devenus incapables de fermenter, et qu'ayant r^uni artificiel- Jement de ralbumine , celle du blanc d'oeuf, par exempie, et de la matiere sucree, la fermentation a eu lieu quand dailleurs les circonstances etoient convenables , et il s'est toujours de- pose une matiere semblable a la levure, qui no lui a paru qu'une albumine alteree et devenue presqu'insoluble , sans perdre pour ceia son action fermentescible , d'oii il conclut que I'albuniine, soit animale soit veg^tale , est le veritable ferment. M. Seguin a reconnu de plus , que Talbumine se Irouve dans trois degr«§s diff^rens d'insolubilite et de disposition a devenir fibreuse; que plus elle est soluble , plus son action est ^ner- gique; que la proportion respective de I'albumine et du sucre, ' dans les diff^rens sues, est ce qui determine la nature vineuse ou ac^tique du produit de la fermentation; celui -ci etant d'autant plus spiritueux qu^il y avoit plus de sucre; enfin que la plupart des sues fermentescibles contiennent un principe amer analogue a celui du cafe , qui n'eutre pour rien dans la fermentation , mais qui contribue a la saveur et a la conser- vation de la liqueur fermentee. Le tannin^ ce principe vegetal anciennement decouvert par M. Seguin, et dont le caractere est de former avec la gelatine un compose insoluble, aetii examine de nouveau par M. Bouil- lon la Grange, professeur au Lyoee Napoleon. 11 lui a trouve de rnflinii^ jiour les alcalis , pour les terres et pour les oxides m^talliques, et la faculty de se convertir en acide gallique en absorbant de I'oxjgene. Les tannins, extraits des divers vegetaux, varient un peu en 176 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE composition , et celui que M. Hatchett , cliimiste anglais , a decouvert en si granJe abondance dans le cachou , est un peu plus oxyg^n^ que les autres. Le meme M. Hatchett pense que Ion peut former de toutes pieces un tannin artificiel, en traitant le charbon par I'acide nitrique. Un chimiste italien , M. Morichini, ayant trouv^ de Vacide fluorique dans I'email des macheli^res fossiles d'^l^phant , analysa I'^mail des dents humaines , et crut y reconnoitre le meme principe. M. Gay-Lussac en trouva aiissi dans I'ivoire tant frais que fossile, et dans les defenses de sanglier. MM. Fourcroj et Vauquelin ont r^petd ces experiences , et ils ont en effet obtenu cet acide des defenses et des dents alterees par leur sejour dans la terre ; mais non des menies parties dans I'etat frais, ni mdme de celles qui, quoique fos- siles , n'avoient point ^td alt^r^es. M. Vauquelin a fait, cette ann^e, des recherclies particu- lieres sur les cheveux , en les dissolvant dans I'eau par le mojen de la machine de Papin , et en examinant la dissolu- tion et son residu, il en a retired neuf substances dififerentes; line mall^re animale semblable au mucilage ; deux sortes d'huile; du fer dans un etat incertain ; quelques atoraes d'oxide de manganese , du phosphate de chaux , et ires-peu de car- bonate ; assez de silice , et beaucoup de soufre. Les cheveux noirs ont une huile de cette couleur, les roux en ont une rougeatre, et les blancs une incolore. Les deux derniers ont toujours un exc^s de soufre, et les blancs en particulier du phosphate de magn^sie. Outre ces recherches de ih^orie , on a fait de la science chimique plusieurs applications imm^diates. La maniere d'imiter I'alun de Rome , d^couverte I'ann^e derniere , s'est trouv^e si heureuse, que Ton a vendu pr6s de cent milliers d'alun fabrique ainsi, comme s'il eiit ^te vraiment de Rome. C'est ce que nous ont annonc^ MM. Clement et Desormes. On sait que cette raethode ne consistoit qu'a le calciner et h. le recristalliser, pour en enlever I'acide surabondant. Cependant M. Curaudeau assure qu'il est encore necessaire d'oxygener au maximum le peu de fer que I'alun contient ordinairement. Mais un dernier Momoire de MM. Th^nard et Roard , vient d'achever d'^claircir ce sujet ; un millieme de fer influe sur les ETDHISTOIRENATUKELLE. lyj les effets de I'alun en teinture; c'est a le priver de cette qiian- tite si petite que doivent tendre les efl'orts des manufacturiers. L'oxigenation du fer en est un njoyen , parcequ'elle le rend indissoluble dans I'acide. Les aluns bien purifies egalent done parfaitement I'alun de Eome. Une application plus utile encore est celle du gaz acide , muriatique , oxig^ne centre les miasmes contagieux. Ce prd- servatif, du a M. Gu_yton, est aujourd hui generalement em- ploye. M. Desgenettes a fait constater ses eflets avec le plus grand soin a I'hopital niilitaire du Val-de-Grace, et il resulte des tableaux coniparatifs qu'il nous a adress^s, que non-seu- lement ces fumigations enipechent la communication des ma- ladies , mais qu'elles paroissent concourir efficacement a la guerison. M. Pinel a obtenu des succes semblaLles dans les salles les plus insalubres de I'hupital de la Salpetriere. Le public a appris recemment , par les journaux , a quel point cet heureux prt^servatif a r^ussi en Espagne contre la fievre jaune, et les graces accord^es par le roi a ceux qui I'y out essaye. On connolt aussi I'honorable recompense donnee par notre Empereuh, au principal auleur de la decouverte. C'est ^galement par les journaux , et de I'autre extr^mite de notre Continent , que Ion vient d'etre instruit du plein succes du precede propose par M. Berthollet, pour conserver I'eau douce en mer, en carbonnant I'inlerieur des tonneaux. Le capitaine russe Krusenstern s'est empress^ da reconnoitre ce service du a un savant d'une nation en guerre avec la sienne. La seconde de ces sciences interieures qui cherchent a nous d^voiler la nature intime des etres naturels , n'a pas manqu6 non plus d'accroissemens importans. Un point particulier de I'anatomie des pinnies, la voie par laquelie les semenres sont fecondees, a ete I'objet des recher- ches de M. Turpin. Ce botaniste pense que I'ombilic , ou la partie par laquelie les graines adherent au fruit outre le passage qui transmet les vaisscaux qui viennent du tronc, et qui nourrissent lagraine, donne encore passage a d'autres canaux qui dcscendent du fiistil , aboutissent vis-a-vis la petite racine^de I'eiubryon, et ui portent le principe f^condant re^u par *le stigmale de la poussiere des ^tamines. On voit sur toutes les graines le ves- Tome LXIII. SEPTEMBRE an 1806. Z lyS JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CIIIMIE tige d'une petite ouverturc que M. Turpin nomme niicropyle, et a laquelle il attribue cette formation. Les recberches de M. Cuvier , sur les macheli^res fossiles des ^l^phans , I'ayant conduit a examiner les mAchelieres fiaiche.s, et I'occasion qu'il a eue de diss^quer en peu d'annees deux elephans presque adultes, lui ayant permis d'observer en deiail la nianiere dont croissent les dents de ces animaux, il a tir^ de ces exempies , vus en granri , des conclusions sur la dentition en general. On peut considerer I'anatomie des tres-grands animaux comme una sorle de microscope naturel, qui nous aide a niienx voir celle des pftits. Cest & confirmer la doctrine de John Hunter, que M. Cuvier a ete conduit, du moins pour ce qui regarde la substance dite osseiise. Elle n'a point de vals^eaux et n'est point formtie par intussusception comme les v^ritahles os, niais par une trans- sudation successive des couches produites par le noyau pulpeux de la dent, et qui se collent les unes sous les autres. L'euiail est dispose dessus par la membrane qui enveloppe la jt-une dent, et s'y lixe par une csp6ce de cri>talli!,ation ; enliu, nne troisi^nie substan< e jiropre k certains herbivores est f)epo>^e apr6s I'tJinail, mnis par la nieine .membrane , qui change de nature a une certaine ^poqne. Ces deux derniers points avoient aussi ^t6 viis sur des dents plus petiies , pir -R. Blaque, anatomiste irlandais. Cette troisieme substance a et(^ originairenient decouverte par M. Tenon, (|ui I'a nommt^e conical osst-ux , niais qui la regarde coaime form6e par I'ossification de la membrane cup- sulaire. Ce respectable anatomiste a continue de nous communiquer son grand et beau travail sur les dents, et nous a eutreteuus Cette ann^e des dents du cachaloc et de celles du crocodile. Les premieres ii'ont point d'emad, inais seulenieiit du cortical osseux. On distingue aiaenient fun de I'auire, parceijue lemuil est beaucoup plus dur, et se dissout tout eniier dans les acides sans laisser de parenchyme g^iatitieux. Les defenses d'clcp/tani ei les niachi-li^res du morse et du dugong, n'ont pas non plus d'autre enveloppe. Comme M. Cuvier, en parlant des dents d'el^phant, avoit rappott^ piusieuis observations nouvellement faiies , soit par lui , .Noit par MM. Kverar , Home, Corse et Bldke , anaio- inistes ou naturalistes anglais, sur la maniere dont ces dents s'useiil 5 lombent et se reaiplacent, M. Tenon a preseni*^ 4 ET d'histoike nAturelle. 179 !a Classe le travail qu'il a rddige sur le m^me siijet , depuis plus de vingt-cinq ans , et qui contient deja une grande paitie de ces observations. Tout en constatant I'anteriorit^ l^gitimement due h ce sa- vant anatomiste , la Classe a regrett^ qu'il ait priv^ si long;- temps le public de ses dticouvertes, et I'a fortement invite i les mettre au jour. M. Tenon est au moment de publier un autre travail sur I'oeil et sur ses maladies. II a fait plusieurs reinarques nou- velles sur les parties qui entourent cat organe : il a trouve , par exeraple , des faisceaux tendineux qui iient les muscles droits aux bords anterieurs de I'orbite , leur servent de poulie de renvoi , et les empechent de comprinier le globe ; il a developpe une tunique menibraneuse qui entoure le globe , I'attache aux deux angles de I'orbite par deux especes dalles, passe dans les paupieres , et s'y r^fUchit derriere les tarses, donne enfin passage aux tendons des muscles. Les autres ana- tomistes confondoient cette tunique avec la scl^rotique ; il a decouvert de petits ligamens qui joignent les extremit^s des tarses a I'orbite ; il a examine I'effet des diverses substances chimiques sur les cristallins qu'on y plonge; enfin il a etabli une opinion nouvelle sur les agens qui transmettent a I'lris Taction de la ratine, et par lesquels les impressions que celle-ci revolt dilatent ou contractent I'autre. M. Tenon cherche ces agens dans les processus uliaires, dont les languettes se pro- longent jusque derriere I'iris, et dont les queues touchent i la ratine. Get infatigable anatomiste nous a encore entretenus du vice de conformation nomm^ commun^ment l>ec de lie'.'re. II I'a trouv^, tantot dependant d'une dechirure de I'un des deux os maxillaires, tantot de tons les deux, et il en attribue la cause a une dilatation disproportionnee de la langue. D'aulres fois il a trouve le palais divis^ en arriere , et c'^toit alors un ac- croissement trop rapide du cerveau qui avoit produt le mal. Des enfans n^s sans langue, ou qui Tavoient perdue de bonne heure par la petite-verole, avoient au contraire le palais reir^ci, et sa concavit6 renapHe L'exp^rience a appris a M. Tenon qu'il est dangereux de cboisir I'^poque de I'erupiion des incisives de remplacement, pour faire I'operation propre k corriger nne partie des diDfor- mites que ce vice occasionne. La Classe a vu avec une grande satisfaction un moycn prd- Z a l80 /OURNAL DE rHYSIQUE, »E CHIMIE cieux d'enseignement pour certaincs parlies de I'anatomie, les pieces d'anatomie artificielle , preparees pour I'EcdIh de Me- declne par M. Laumonier, corresjionflant h Ronen. II y n lieu de croire que le compte cju'dle en a rendu au Gouvfruenient, a conlrihu^ k f.iire eriger sous la direction de cet habile ana- toniiste, uii (^tablissement oil sera enseign^ et pnui(|uc cet Rrt utile, que I'llalie seule avoit posst'df jnsqu'ici dans une eer- tnine perfection , mais ou elle a efe sans contredil snrpassee par M. Laumonier, non-seulement dans I'exactiiude des de- tails , mais encore dans la v^rit6 de I'lmitation. L'anatomie artificielle, inutile quand on ne I'emploie que pour repr^senter les parties du corps de I'lionime et des ani- niaux faciles k se procurer ft a dissequer, nuisibie meme rtUrs, parcequ'elle peut faire negliger aux jetmes gens reliide du ca- oavre, qui peut seule leur donner des idees completes; cette anatomie, disons-nous, peut 6tte tres-utile quand e.lie repre- sente des preparations diliiciles, quand elle montre dans nn ensemble des sjstemes qu'on ne peut dissequer que par par- ties , quand elle oli're enfin des organes il'animaux rares ou dc's cnniorniations singulieres et nionstrueuses. C'est a ces objets que la Classe a c onseille d'en borner I'emploi. M Laumonier a pr^sente a la Classe I'une des monstruosit^s les j)lus singulieres qui aient encore ^t^ observees dans I'e.spece luimaine , et la conformaiion peut-etie la plus appiochante de riiermaplirodilisme parfait. Une femme avoit ouire tons les organes de son sexe, deux testicules bien conform^s, caclif^s dans>^ ^epai^seIlr des grancies levres, et dont les vaisseaux defe- rens aboutissoient dans le fond de la matrice. 1V1. Pictet , correspondant et piofesseurde physique a Geneve, nous a adresse le dessin d'un poulain nlon^trueux, n^au Locle^ dans le comie de Neutcbatel; il avoit les sabots fendus et re- presentant des especes d'ongles; sa tete etoit aussi plus grosse et pins velue qu'a I'ordjuaire. Les paysans Tassommerent par superstition, parceque I'orj attribua ces vices de conformation a la frayenr qn'avoit eue sa mere de deux ours qui s'etoient rencontres avec elle d.ms une ecurie d'auberge. Un jeune medecin, M. Duvernoy , a presente a la Classe nn Memnire sur Yhymen, ou il a montre que cette singuliere membrane, regardee assez generalement jusiin ici conime un caraciere ipropre a. Tespoce huinaine, se retrouve dans toutes les classes d'animaux. , Lp ii^^flie auteijr a public les trois derniers volumes des IT d'histoihe KATURELLE. iSi Legons d'anatomie comparee de M. Cuvier , et termhie ainsi un ouvrage ou Tanntomie et la pliysiologie sont considtrees dc la niniiieie la plus gen^rale. IM. Dumas, correspondant et professeur a Montpellier , n'avoit pas encore aolieve sa grnnile Physiologic annoncee par nous il y a quelque lemps , qu'il a ^t^ oblig^ de donner une edition noiivelle de ce qui a paru. C'«?toit d^ja un succ^s bien ni^rit^; mais il a voulu le me- riter mieux encore en perfeclionnant I'ordre de son ciivrage, en distingiiaiit mieux les uiati^res, ert donnant plus de rigueiir et d'^tendue a ses |)r()|iosiiion.s. M. B.-rthes, correspondant et ancien profcsseur de la meme ville, a re|iroduit son rclebre ouvrage des Elemens de la science de I'homme, qui fit dans le temps en physiologie una revolu- tion heurtuse. Le desir bien naturel , mals prf^matiir^ , de rapporter nux lois gi^nerales de la physique et de la thiiuie, les phenomenes des corps vivans,avoit fait imaginer aux physiologisres du 17= et de la premiere moiti^ du 18"^ siecle , une foule d'hjpotlieses aussi compliqu^es que gratuites, et qui e^loient neannioins en- core fort ^ioignees de les conduire a leur but. Quelques bons esprits , degoutes de ce de'dale de supposi- tions contradicioires, iinaginerent dappliquer aux corps vivans la ni(5ihode si utdenient employtje en astrouomie physique de- puis Newton. Ce grand - homme d<§couvrit que le mouvenient, si cora- pliqu^ en apparence, des aslres , avoit pour I'un de ces i\6~ mens principaux la tendance de toutes les parties des corps les uns vers i<-'S aulres, selon cerlaines lois et dans une certaine niesure, qu'jl pnrvint ;\ determiner ; en un mot, \a gravitation universcUe; et admetta.it une fi)is pour toutes. dans lescalculs, ce fait general rigoureusenient dd^fini et appr^ci^ sans en re- cbercber la cause , on est parvenu en etfet a expliquer tous les phenomenes avec detail et precision , et a prevoir le temps et le lieu de ihacun avec plus d'exactitude encore qu'on ne I'auroit pu faire par les observations le plus long-temps con- tinuees. ( et abandon de la recherche des causes premieres pour s'altacher uniquement a la determination exacte des causes secondnires , ou des elemens imuu^diats des mouvemens , a done kxk. I'idee la plus heureu^e et la plus f^conde. Ainsi les physiologistes ont eu raison de vouloir I'imiter, et 1 Sa J O L- R N A I. D F. Ton doit la plus grande reconnoissance a M. Barth^s pour les y avoir engngt^s par I'exemple de ses succ^s. Mais aiijourd'hui que Ton ne conteste plus I'ulilite de cette methode , qnelques reflexions sur la rigueur n^cessaire ponr en obtenir lout ce qu'on doit en attendre, ne seront peut-etre pas dt^plac^es. II faudrott imiter en tout les astronomes qui ne se conten- tent pas d'attribuer vnguement a I attraction les pbenoincnes celestes, mais qui analysent ceux-ci ; qui y montrent la part des attractions de chacun des divers corps, et les distiugueiit de ce qui ne vient point d'elles ; qui ayant determine la mesure et les lois de leur action, monlrenl, par I'accord d'un calcul rigoureux avec des observations precises, que ces lois sont en efl'el constauiment les memes, et ne tiennent i aucune sup- position arbilraire. Or ce n'est point cela qu'on fait, quand on dit simplement que les corps vivans ont un principe vital , et quand on attribue ^ ce principe , sans autre definition , tout ce qu'on ne pent expliquer autrement. Croire avoir dit quelque chose d'utile , quand on a dit vaguement que la sensibility , la contractility sont des efl'ets du principe vital, c'est, a ce qu'il nous semble, tromper les autres ou se troniper soi-meme par un mot vide de sens. Pour avoir le droit d'en comparer I'emploi a celui de la gravitation universelle , il f'audroit analyser separ^menl cliaque phenom^ne de la vie ; determiner la part qu'y ont les lois ordinaires de la physique et de la chiniie ; comparer ensuite les Siemens des phenomenes que ces deux sciences n'auroient pas fournis a ceux qui seroient rest^s de merae apres I'analyse des autres phenoni6nes ; voir si tous ces Clemens inconnus , extraits, pour ainsi dire, chacun s^parenient, des phenomenes divers , ont quelque chose de commun entr'eux; rechereher enfin les lois qu'il faut attribuer a ce principe commun , si Ton trouve qu il existe, pour qu'en le combinant avec ceux des sciences ordinaires , il donne de tons les phenomenes ob- serves une explication satisfaisante pour la raison , et fasse prevoir d'avance avec quelque exactitude les phenomenes qui devront nrriver dans des circonstances nouvelles. C'est alors seulement que la physiologie pourra se flatter d'avoir un prin- cipe paruculier, comma I'astronomie en a un ; c'est alors seu- lement qu'il sera permis, en bonne logique , d'employer dans ses raisonnemens et dans ses calculs le principe vital , comme un IT d'histoire natukelle. i83 fait general dont on se dispensera de chercher la cause primitive , jusqua ce que de nouvelles d^couvertes donnent un espoir ioiid(k de la reconnoitre. Mais on sent qn'on ne parviendra a ce but qu'en perfec- tionnant raiiatomie et la chimie des corps organises, en coni- parant sans cesse leurs r^sultats avec I'observation de ces corps , soit dans I'^tat de sante , soit dans I'titat de maladie , en ap- pliqiiant eiifm cette methode a toutes les classes de ces corps, 3uel!es que soient la complication de leurs organes et I'etendue e leurs I'acuIti'S. Les ouvrages qui paroi-^sent chaque jour sur les sciences me'licales et j>!iysiologiques , montrent combien il ^toit ne- cessaire de rap|>eler ces principes, et j'aurois sans doute eu peine a tronver pour les pit^seiiter, un moment et un lieu plus favorables que ceux-ci, oil je parle en que'.que sorte an nom d'un cor[)S , qui a foiide sur eux tous les travaux dont je viens de rendre couipte. NOTICE Des travaux Muthematiques de la Classe des Sciences de I'Lnstitut, pendant i'annee qui vient de Jinir au 1" JuilUt 1806; Par M. DELAMBRE, Secr(5taire perp^tuel. Tracer un tableau rapide des travaux matheraaliqnes de la Classe, le presenter en peu de mots, sans pourtant riea omettre de ce qui pent assurer aux auteurs la portion d'esiime ou de reconiioissance qu ils ont ni^ritee ; exposer leurs d6- couvertes en emplovant avec reserve le langage de la science; donner de leurs recherches dillicdes et abstraites, un appercu qui en fasse au moins sentir I'lmportance, s'il n'en peut mon- trer avec d^t^dl tout le nierite : telle est la tache qui nous est impos^e, et le but auquel nous tendons sans nous flatter d'y attcindre. lS4 JOURNAL Dt PHYSIQUE, 1) i; C HIM IE On vient d'entendre combien a ^t^ riche la moisson de cette annee dans les sciences nalurelles ; le zele des sections niath^matiques n'a it6 ni moins soutenu , ni moins heureux, Ceux meme de nos confreres qui avoient le plus de droit a jouir tranquillement d'uue renommee acquise par une longue ^uite de travaux , n'oiit montre ni moins d'ardeur , ni moins d'aclivit(5. Ainsi , clans la question elevee au sujet de la nouvelle mesure du degr(5 de Laponie , quand il a fallu d^couvrir la cause de I'erreur qui paroit avoir ete commise en lyoG. M.De- lalande a chercli^ , dans sa longue experience, des faits qui pussenl nous mettre sur la voie de rexplicaiion desiree. II a lannele qu'i cette epoque on ignoroit entierement I'lisage de la Innelte d'^preuve. Get instrument si commode et si simple, qu'on en croiroit I'invenlion de niome dale que I'application des lunettes aux secteurs et quarts-de-cercle , etoit pourtant plus moderne que nous ne pensions ; nous en profaions tous les jours, comme il n'est que trop ordinaire, sans nous in- former a qui nous en ^tions redevaliles. Elle est mentionnee pour la premiere fois dans VAstronomle de M. Delalande , edition de 1764. Pour verifier le parall^lisme des lunettes , Bouguer conseilloit lusage de deux pinnules , qu'il falloit changer de place r^ciproqucment pour reconnoitre si elles avoient reeUement la meme hauteur. Lui-meme se servoit d'un moyen plus imparfait , et qui pent, encore moins que les pinnules, entrer en comparaisonavec la lunette delM. Delalande, universellement adoptee aujourd'hui. On ignore si Graham avoit quelque moyen a-peu-pres (Equivalent pour verifier son sec- teur; Maupertuis n'en i'ait aucune mention au chapitre 011 il traitc des verilications de cet instrument, et cette ii(4gligence peut expiiquer en partie I'erreur qui lui est impulse. Cette meme mesure du degr^ de Laponie a fourni a M. De- lalande un second Memoire ou il demon Ire la necessite d'avoir egard a raplatissement dans les operations de nivellement qui embrassent des distances consid(^rables. Tous les astronomes de Paris s'etoient rendus attentifs a Feclipse du 16 juin dernier; c'est encore I'un des doyens de la Glasse, M. Messier, a qui nous avons I'obligation de la seule observation qui ait reussi. Les nuages entr'ouverts un instant pour hii seul , lui ont permis de voir !e commencement, qu'il a observe a 4 h. Sa' 4.5". II a pu aussi mesurer trois phases, dont il ne garantit pourtant pas I'exactitude. Les Et d'hISTOIRE NATUREIiLE. l85 Les variations atmospheriques qui nous ont empecli^ de voir r^clipse , ont un peu nui a robservation du solstice; mais comme celle-ci peut etre supplede par les observations des jours qui precedent et qui suivent, nous avons pu en reunir un assez grand nombre pour y trouver la confirmation de ce que nous observons depuis dix ans. M. Bouvard , digne ^mule des Messier , des Mdchain , a d^- couvert deux com6tes, et il en a calculi les elemens. MM. Blot et Arago ont fait ces memes calculs par la m^ihode de M. La- place. I\I. Legendre n'a pas manqu6 de saisir cette occasion de soumettre a de nouvelles ^preuves les forniules qn'il a pu- bliees I'annee derniere. Nous faisions remarquer alors qu'il n'est gueres de m^ihode qui ne devienne incommode , ou peu sure en certaines circonstances. C'est ce qui est arrive cette fois a celle de M. Legendre; mais il a trouve tout aussitut, dans son analyse, des ressources pour obvicr k la difficulie qui n'avoit pas et^ pr^vue dans son premier M^moire , et pour simplifier assez considerablement la solution g^n^rale qu'il avoit donn^e du probleme. M. Legendre s'est encore occupe d'une question plus im- portante , quoique les applications en soient plus rares ; son M^moire est intitule : Analyse des triangles traces sur le sphero'ide. Les premiers astronomes qui ont mesurtS la terre avecquelque exactitude, I'avoient considert5e comme une sphere dont le rayon est d'une grandeur immense en comparaison des petits intervalles qu'ils se proposoient d'evaluer. Le plus grand c6t6 de triangle qui soit entre dans ces operations n'est pas de Go,ooo metres , et la difference d'un pareil arc a la ligne droite qui en joindroit les extr^mites , est a peine de deux decimetres ou d'un trois cent millieme. On crut done avec quelque raison pouvoir consid^rer comme rectilignes des triangles dont la courbure etoit si peu sensible. Dans les dernieres operations ou il s'agissoit de determiner plus exactement la difference entre le globe terrestre ct une sphere parfaite , on poussa I'attention plus loin. Les triang'es formes a la surface de la terre furent consideres comme ilta portions fort petites d'une sphere qui, dans toute I'eiendue de chaque triangle se confondoit sensiblement avec le spheroide. Cette supposition, moins inexacte que la precedente, promet- elle toute la precision que Ton est en droit d'exiger, et puisque c'est un spheroide qu'il s'agit de mesurer, pourquoi n'a-t-on Tome LXIII, SEPTEMBRE 1806. A a J 86 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHI M IE pas calcule les triangles comme sph^roidiques ? La question est si naturelle , qu'elle a du se presenter tout d'abord aux astro- nomes charges de i'op^ration , et k chacun des savans reunis de diverses parties de I'Europe , pour examiiur et juger Tou- vrage qui venoit d'etre execute. Dans I'une des prenueres as- semblies de la commission, un savant etranger, M. Trailes, fit remarquer que les bases de IVIelun et Pei|)ignan ne pou- voient pas etre simplement consider^es comme des arcs qui seroient entierement dans un meme plan , mais comme des courbes a double rourbure. Cette remarque avoit et(5 faite par Clairaut , i! y a plus de cinquante ans; mais on avoit ton jours pense quo rell'et de la double courbure n« pouvoit devenir un j)eu sensible que sur des intervalles plus grands de beaucoiqj (jue ceux qu'il nous est donn^ de mesurer direciement , el Ion avoit conclu que la consideration du split5roide ne feioit (jua compliquer inutilement des calculs d^ja trop coinplitpes par le moyeit des ecraiis et des globes de verre depolis. La ficilii^ avec laquelle I'osd di- (4890 grammes), un chat et un moineau. Tous trois moururent ; le dernier, au bout de 7 mi- nutes; les deux autres, au bout de 28 minutes. Ces experiences avoient ^te entreprlses pour verifier une theorie que Boerhaave avoit confue sur I'usage de la respiration. 11 croyoit qu'elle servoit , par I'abord de I'air frais , a rafraichir les poumons, dans lesquels , suivant lui , le sang subissoit une fermentation qui produisoit un degr^ de chaleur tr6s-considerable. De leur re- sultat , il crut pouvoit conclure que sa theorie ^toit fondee , et qu'aucun animal ne pouvoit vivre expose a une ehaleur plus elev^e que sa propre temperature. L'opiniondeZJoe/Ziaacesemble avoir etegeneralementadoptt'e pendant un certain temps , par les physiologistes. II ne paroit pas que Ton eut alors de notions precises sur la temperature des pays chauds. Depuis cette epoque , on en donna de plus exactes, qui ne s'accorderent pas avec la loi etablie par Boerhaave. En 1748, John Linings, physicien de Charles - Town , en rendant compte d'observations meteorologiques qu'il avoit faites dans cette ville (a) , donna des details sur les hautes tempera- tures qu'on y observe en ete. Le xhermornhne de Fahrenheit , expose k I'ombre , s'eieve souvent jusqu'a 90 ou 85° (25-28° Deluc). II le vit s'eiever une fois a 98° ( 29 i Del.). Quoiqu'il n'eut pas alors examine la temperature des lieux ex- poses au soleil, il estima avec assez de vraisemblance ^ d'apres d'autres observations faites dans les temperatures moins hautes, qu'elle devoit s'eiever k 124° (40° |DeI.). Adanson, dans le recit de son voyage au Senegal, presenta quelques observations sur la chaleur qu'il avoit eprouvee dans ce pays. Entre autres (i)BoEiiHAAvu e/<;me«i'ii est possible de prendre d'excellent cafe avec toute espece de graine de cafe du commerce, pourvu quelle ne soit point avariee. Les amateurs recherchent irois choses dans le cafe qu'ils pren- nent : ils veulent y trouver un ardme agreable , une saveur legerement austere, une belle couleur , une certaine densile qu'ils appellent corps (i). Pour remplir toules ces indications, je crois qu'il faut operer de la maniere suivante : i". Choisir un cafe qui , sec , n'ait aucun gout de molsi ou qui ne soit point marine. 2°. Partager la quantite qu'on veut bruler en deux parties egales. 3*. Torrefier la premiere simplement jusqu'A ce qu'elle ait une couleur d'amandes seches ou chapelures de pain, et qu'elle ait perdu i de son poids. 4"- Torrefier la seconde partie jusqu'a ce qu'elle ait la cou- leur brune-marron , et qu'elle ait perdu \ de son poids. 5°. Meier ces deux parts ensemble et les moudre. 6°. !Ne bruler et n'infuser le cafe que le jour oil Ton doit le prendre. 7°. Verser sur 4 mesures (2) de cafe 4 tasses d'eau froide , mettre cette infusion ecoulee a part. (i) Quelques Orieiitaux mettent lant de prix a celle densile , qu'ils redui- sent leur cafe en pcudre ties-fine, laisr,enl Ic marc daus leur infusion et la prennent epaisse coiniue une bouillic claire. (2) Une raesure de cafe pcse line demi-once. Tome LXIII. SEPTEMBRE an 1806. G g 234 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIB S°. Verser sur le m^me caf6 3 tasses d'eau bouillante, et meler I'eau qui s'^coulera, avec la premiere. On doit obtenir ainsi 6 tasses de caf^. 9". Faire chaufler brusquement ce cafe au moment de le prendre , et ne point le iaisser bouillir. 10°. Se servir pour infuser d'un vase de porcelaine , de faience ou d'argent (i). Tel est le proc6cl6 que conseille la theorie^et j'ai la preuve qu'il est le plus conforme a I'^conomie. L E T T R E DE Louis CORDIER, Ingenieur des Mines, A J.-C. DELAMETHERIE, SUR LES SUBSTANCES VOLCANIQUES. E X T R A 1 T. « Je viens de parcourir encore les montagnes d'A uvergne , 35 et j'ai termini quelques observations et quelques exp6- ■>■> riences qui me mettent h meme de publier un travail sur » difl't^rensproduitsvolcaniques. Voiciquelques-uns desr^sultats. 55 Tons les sables ferru^incux attirables des volcans (2) 33 sont composes cV oxide de fer et d' oxide de titane. 33 La majeure partie des laves condennent une quantite 53 notable d oxide de titane. » Les laves graiiitoides poreuses ou massives des volcans » ^teints de I'interieur de la France , sont composees de feld- 33 spath^ de pyroxene et de fer titane. En les comparant au 33 granitelle vert qui se Irouve au sommet du Meisner en 33 Allemagne , et que M. Werner met au premier rang des (i) Les appareils de Belloj ou de Henrion , ferblantiers, peuvent servir de Tnodeles en les executant en argent ou en porcelaine. (1) II faut excepter cependantles sables qui ont pour base le fer speculaire j mais ceux-ci sont excessivement rares. ET d'histoire naturelli. aSS 5» rochet tju'il nomme griinsteln secondaire \ on reconnoit 35 nne analogic parfaite. II est diflicile de concevoir, sans doute, » comment tons les auteurs qui ont 6crit sur le granitelle du 5> Meisner , ont pn se tromper sur sa composition; une telle M meprise est dautant plus etonnante , que cette roclie a » donne lieu a beaucoup de commentaires. Mais au reste il " est bien constant qu'elle n'est point formee de feldspath et )) d'aniphibole , comme on I'a cru jusqu'a present , inais de » feidspath , de p_yroxene et de fer titane , ce qui est bien » diflerent. Cette decouverte donne un nouveau poids a I'opi- >i nion emise par M. Voigt et plusieurs min^ralogistes aliemands, » a regard du Meisner. II est infiniment probable que le som- 33 met de cette montagne est eflectivement un lambeau de 33 couches volcaniques. Schwitz, 4 Septembre. EXTRAIT D'UNE LETTRE. Le 2 septembre a et^ pour le district de Schwitz un Jour de deuil et de desolation. Apres des averses extraordinaires qui duroient depuis 24 heures, la cime la plus elev^e de la montiigne de Spizenbiiel , au-dessus du village de Rorhlen , s'^croula subitement vers les 5 heures du soir. En meme temps une masse enorme de terre d'environ 600 pieds dVpaisseur sur 100 pieds de largeur , s'^tant detach^e par Taction des eaux souterraines , du iiovau de la montagne, produisit un ^boulement ou lavange efVroyable qui entraina habitations , homnies et bestiaux par-dessus la montagne; precipita a travers les airs , avec une force inexprimable et a une distance in- croyable , au fonds de la vallee qui est au-dessous , une im- rnensite de grosses pierres , traversa avec la rapidite de I'eclair, une plaine fertile d'unelieue de largeur, parsem^e d'habitations, jusqu'au mont Rigi, situe vis-a-vis, qu'elle remonta a plusieurs centaines de pieds, en y reduisant en esquilles les plus gros arr bres , et d^lruisant ou ^branlant tout , a une grande distance autour d'elle. Une plus petite partie de cette etiroyable masse avoit d^ja , des le comraenceraent , pris une direction diffe- Gg 2 236 JOURNAL r>B PHYSIQUE, BE CHIMIE rente dela masse principale, qui, tournant a gauche, se porta au haut vers le lac de Loworz, poussa ses eaux hors de leur lit, et les contraignit de deborder a i5o pieds au-de*sus du rivHge. Dans leur fiireur elles entrainerent avec elles tous les batimens situ^s aulour du lac , dtJtruisirent la grande route et couvn'rent le lac lui-meme de ruines et de debris. — Cast ainsi qu'en cinq minutes cette^pouvantabie catastrophe a boule- vers«5 la p^us fertile et la plus belle contrt5e du district, d'une liene de longueur sur une de largeur, depuis Lowerz jusqii'i Obor Arth, les plus belles prairies, quatre villages considt^ra- bles , Lowerz , Bussingen , Goldau et Rolhlen , une quantity innombrable d habitations et de ni^tairies, plus de looo per- sonnes et une immensite de besliaux, sont enterr^s sous une masse de plusieurs pieds d't^paisseur; pas une amen'a ^chapp^, et toute la contr^e est, a la lettre , enti^rement d^truite. On ne pent plus montrer la place ou tel endroit 6lo'n shu6 ; et en travers , par le milieu de cet espace ravage , se voit a present une montagne toute nouvelle , d'une hauteur consi- derable. — On ignore encore le nombre des voyageurs qui , pr^cisement a cette heure fatale, se trouvoient sur cette route tr^s-fr^quentee, et qui ont partag^ le sort affreux des gens du pays. Lucerne , 6 Septembre. Ex TRAIT d'une Lettre d'un Voyageur. Le 4 <3e ce mois nous sommes arrives k Arth, ou nous iivons trouv6 une grande desolation parnii les habitans , occupes a construire une digue contre les eaux debord^es qui toni- boient encore des montagnes ; de la nous avons reuiont^ , a I'aide d'un guide, pendant une heure, le mont Bi'gi (car la lavange etoit venue de JRiJi ou Rossberg"), a'ou nous apper^umes unecontree de trois lieues de circonference tntierement boule- vers(§e, et chang^e en un desert rocailleux, li cu deux jours auparavant florissoient encore trois des plus beaux villages , qui maintenant sont couverts par une masse de doconibres de 200 pieds d'epaisseur. Nous nous sommes rendus eiuuile k Tendroit ou Lowerz avoit existd. Mais combien notre vue ne T r d'histoire naturellk. 237 fut-elle pas afflig^e en y trouvant des maisons entrainees a im quart de lieue , et entourees de rocs encore teints de sang. Una chose bien surprenante dent nous fftmes frappes , c'est que les masses de rochers detachees du mont Piuu , qui eii est a deux lieues , ayant roule sur Lowerz , ont transport^ la tour de son 6glise k 40 pas, sans Tendommager, taudis que r^glise elle-meme a et^ ecras^e au point qu'on a irouve de ses lampes a une demi-Iieue de la. — Les eaux du lac de Lowerz sont diminu(^es d'un tiers , et Ion n'apperfoit encore aucuii Testige de I'lle de Schwanau. Toutes les maisons autour de ce lac, au nombre de 114, sont englouties. A Seven, le dommage n'a pas ^t^ proportionnellement aussi grand. II n'y a eu que qualre maisons submerg^es , et I'auberge du Soleil a ^t^ transportee toute entiere a 600 pas de distance. On a sorli d'une des lavanges deux enfans enCore vivans , I'un avec une jambe cass^e , I'autre sain et sauf. lis avoient passe quarante-huit heures sous terra sans nourriture ; tous deux n'ont pas encore profere une seule parole. L'on tire de terre , en fouillant sur le rivage , beaucoup de cadavres. Mais on ne s'est pas encore hasard^ d'avancer vers les contr^es rocailleuses, II est singulier que les cadavres des honimes et des animaux paroissent ne se trouver qu'a fieur de terre ; aussi commence-t-on deja a sentir dans la contr^e des sj-mp- t6nies de corruption; et si tous les cantons voisins n'envoient pas du monde pour netoyer les bords de la lavange , il pourroit en r^sulter une ^pidemie. Lucerne fait partir 2000 hommes avec des vivres pour trois jours, afin de chercher k conserver Arth , qui se trouve dans le plus grand danger. Ses malheureux habitans s'attendent a chaque instant a dtre engloutis., La ville de Zug est pareille- ment dans les plus vives angoisses, car si les eaux qui se sont perdues dans la nouvelle montagne de deconibres qui vient de se former, se faisoient jour de ce c6t6-la, e'en seioit fait d'Artli et de Zug.— En descendant au bord de la lavange, nous avons rencontr^ le moulin de Goldau, qui a ^te entrain^ h une dis- tance de demi-lieue sur le Rigi. Plus loin, audessous, nous avons vu la place ou trois dames et deux messieurs de Berne ont p^ri , ce qui a excite en nous une profonde tristesse. lis sont au bord de la lavange , mais it une profondeur de 100 pieds, ce qui n'empdchera pas qu'on ne les retrouve, parceque c'est pr^cis^ment ]k ou l'on va ouvrir le canal, Au reste , les villages de Goldau , Biinigen , Rotbeln , une «38 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE partle de celui d'Ober-Arlh , la moitie de Lowerz ont en- tierement disparu , sans laisser le plus l(^ger vestige. — Deux cent quatorze maieons d'Arth (d'apr^s les registres ) ont ^te englouties avec 400 families , faisant ensemble 900 ames. Biinigen , Rotheln et Loverz ont perdu 117 maisons et 3oo ames. Plus de 600 pieces de b^tail ont pt'ri. M. Zaj d'Arth evalue la perte que Ion connoit d(^j^ a 1400 ames. La chute de cetle montagne , qui avoit ^te prddite, assure- t-on, il y a vingt ans, par le gt^n^ral Psyfjer, est attribute, par un savant de Sclnvitz , a la cause suivante : II y avoit au-dessous de la monlagne une mare d'eau qui en creusoit les bases. La grande qu;.ntite depluiedes annees prec^dentes a augmente Taction de ces eaux , et enfin les masses sur lesquelles portoit la montagne ^tant toutes minees, elle s'est aftais^e. Not A. Une autre partie de la montagne s'est icrouWe pos- t^rieurement. Halle en Saxe , 7 Septembre 1806. L E T T R E DE M. GEHLEM a J.-C. DELAMETHERIE. E X T R A I T. Monsieur, VoTJS connoissez les Observations de M. Hall sur les effeU de la chaleur modifiee par la compression. M. Bucholz vient de m'^crire qu'on pent, sans compression, convertir la craie pulv^risf'e dans une substance analogue au marbre. Voulant preparer de la chaux vive , il mit 4 { livrea de craie pure lav^e dans un creuset de Hesse , qu'il couvrit d'une brique. II le ET d'histoire natdrelle. ^Sg tint pendant une lieure dans un fourneau a vent , a un feu rouge-clair, brusque d'abord. En examinant ensuite le con- tenu du creuset, M. Bucholz le trouva resserre de|; la craie de la surface et sur les cotes du creuset 6toit cnaux-vive jusqu'a une ligne, mais alors suivirent , jusqu'au milieu pres, des lames tr6s-adh^rentes i'une a Taiitre, d'une masse tres- dure et solide, demi-fondue, d'un blanc-jaunatre, insensible- Dient rouge atre. Lenr durete etoit si grande que la masse tranchoit ca et Ik le verre , et leur amollissement ou fusion incomplete, qui avoit eu lieu, ^toit tres -sensible , malgr6 leur forme laminaire. Au-dessous de cette masse schisteuse , jusqu'au fond du creuset , ^toit une autre masse qui portoit des signes de fusion encore plus marques. Elle etoit d(5cliiree en 7 a 8 pieces; celles-ci montroient une cassure parfaitement uriie , Conchoide , aplatie ; elles ^toient 9a et la si dures sur Jes bords, qu'elles eiuamoient le verre, et d'une telle solidity, qu'il falloit un assez fort coup de marteau pour les casser. Des ])etits fraguiens etoient translucides , nieme transparens. En dissolvanl cette craie fondue dans de I'acide muriatique, elle perdoito,42 d'acide carbonique, auparavant elle en donna 0,43, avant que d'etre rougie. L'acide se montra avec toutes ses qualit^s , el n'avoit pas eprouv^ la moindre alteration. M. Bucholz a prouv6 aussi que le fer magnetique (magne- teisenstein) de Suhl en AUemagne , n'^toit que de fet oxid^ au maximum , ou de I'oxide rouge. C'est ce qui me semble remarquable, vu que Ion a cru jusqu'ici que la vertu magn^i tique n'appartenoit qu'a I'oxide noir , et etoit d^truite par un exc6s d'oxigene , comme elle Test, d'apres Hatcheit , par un exces de soufre , de carbone , et peut-ctre de phosphore. — Le menie chimiste a analyst le hyalithe de Francfort(ou calcedoine ■volcanique'), et n'y a trouv^ que de la silice. Mais il a eprouve une perte de 0,07. II y a done peul-etre encore un alkali, qu'il n^a pu examiner faute de matiere. M. Klaproth a analyse un fossile nouveau de Virieglach en Stirie , qui s'est montre du fer chrumate,, mcl^ avec un talc laminaire k lames gourbes,. colore en rouge de coche- rille et fleur de pecher par du chr6me. M. Haquet, ^ Cracovie , auteur de plusieurs ouvrages g^o- logiques estimes , m'a communique un Memoire sur la forma- tion des pierres a fusil , et les gltes diff^rens ou elles se trouvent. II les croit d'une origihe tres-r^cente , vu qu'elles ne se trouvent que dans des raontagnes calcaires d'une for^ *4o JOURNAl DE rilYSIQTJB, DE C HIM IE mation secondaire et presque k leur surface; de plus , parce- 3u'il y a trouve des racines et du bois p^trifi^s , airisi que es corps animaux. Dans plusieurs morceaux il a rencontrd des cristaux rhoniboidaux qui passoient successivement de la chaux carbonat^e niagnetique k de la silice presque pure. Vous trouverez encore dans men Journal un JM^moire de M. Ritter , concernant I'acide niuriatique et le natron, for- mes par les deux pules de la pile. II s'occupe a suivre cea experiences. MM. Berzelius et Hisinger continuent de sen oc- cuper cgalement ; car ils ont deja observe ladite formatioa eij 1802 , parconscqueut plutot que M. Pacchiani. ■ lijiaBWM a'i^ > r TRAITE ELEMENTAIRE DE PHYSIQUE, Par M. l'Abbe HAUY, Chanoine honoraire de I'EgUse metropolitaine de Paris, Membre de la Legion d'honneur ; de I'lnstitut des Sciences et Arts; Professeur de mineralogie au Mu- seum d'Histoire naturelle; de I'Academie royole des Sciences , et de la Societe des Scrutateurs de la nature de Berlin; de I'Universite imperiale de Wilna ; de la Societe de mineralogie d'lena ; de la Societe italienns des Sciences ; de la Societe batave des Sciences da Harlem, etc. Seconde Edition, revue etccnsid^rablementaugment^e (i). Extrait par ^. TREMERY, Tngenieur des Mines et Professeur de Physique. Est annoncant la premiere Edition de ce Traits, nous avons fait connoitre les motifs qui en avoient d^lermint. la publi- (.1) A Paris , chez Courcier , Imprimeur-Libraire pour les Malheinaliques , quai des AugusU«s, n" 57. cation. 4 ET d'hISTOIRE KATURELtt. 84"^ cation. Nous rappellerons ici , que le Gouvernement ayant voulu mettre entre les mains des jeunes francais , admis dans les Lycees, un Hvre su'r la Physique, dans lequel les principes de cette science se trouvassent developp^s , non plus d'une mani^re vague, mais avec ceite methode, cette clartd, celte precision et cette justesse d'esprit qui se font remarquer dans tous les ouvrages de M. Haiij , avoit confix ace savant, que ses travaux ont rendu si justement celebre , le soin de com- poser un Traits ^li^mentaire de Physique, a I'usage des Lycees. Les ^loges, si bien m^rit^s , que tous les hommes instruits ont donn^ a I'ouvrage que M. Haiiy a publie k cette occasion, rempressement que les Strangers ont mis a le tmduire dans leurs langues, enfin I'accueil favorable qu'il a re9U de plusieurs celebres Universit^s qui I'ont place au nombre de leurs livres classiques , ne permettent pas de douter que M. Haiiy n'ait completement rempli le but utile qu'il s'^toit propose. Mais I'auteur ajant pris I'engagement de composer I'ouvrage dont il s'agit, dans un temps tr^s-court, s'etoit vu , a regret, force de le livrer a I'impression avant d'avoir pu lui donner ce degrd de perfection auquel il se proposoit d'atteindre. Cependant , si Ton considere combien la premiere Edition du Traite de Physique de M. Haviy a laiss6 en arri^re tous les ouvrages du meme genre, publics jusqu'alors, on con- cevra difllcilement comment I'auteur a pu , dans un si petit nombre d'annees , reproduire une nonvelle Edition du meine Trait6 , ou plutut , im ouvrage neuf sous une infinite de rapports, devant lequel disparoit, en grande partie, le resullat de son premier travail. Dans I'extrait que nous allons -donner, nous nous altache- rons moins a faire connoitre I'ordre que M. Haiiy a suivi dans la distribution des matieres , que les nombreux et im- portans ddveloppemens qu'il a ajout^s , et dont la plupart , qui sont le fruit de ses savantes meditations, ont rapport aux tneories les plus d^licates et les plus difliciles que nous offre I'etude de la physique. L'auteur commence par faire I'expos^ des propri^tes les plus g^n^rales des corps. II s'occupe ensuite particuliereraent de I'attraction. II traite d'abord de I'attraction dans les grandes distances, ou de la pesanteur , puis de I'attraction dans les petites distances , ou de I'afhnit^ , et apres avoir cite divers, effets dans lesquels se manifeste I'existence de la force dont i^ s'agit , il expose la maniere suivant laquelle s'^tablit son Tome LXIII. SEPTEMBRE an 1806. H h 243 JOURNAL DE PHYSIQUE, HE CHIMIE equilibre enire !es principes qui formerit les combinalsons reutrcs, et en admettant I'bypothese tres-vraisemblable que la loi qu'elle suit, a raison tie la distance, est la meme pour tous les corps ; il prouve que quand deux sels neutres que I'oa mele ensemble font ecbange de leurs bases , les nouveaux sels qui en r^suitent doivent se trouver encore dans I'etat neutre , conformeinent a robservation. M. Haiiy compare en- suite raflinite avec la pesanteur , et fait connoitre comment on pourroit les ramener toutes les deux a un m^me principe, en adoptant cette idde beureuse de M. Laplace, qui consists a supposer que les distances entre les molecules d'un corps soient incomparableraent plus grandes que les diamutres de ces molecules. Le meme article est termini par un abreg^ de la tbeorie qui a pour objet la structure des cvistaux. Cette theorie , si belle par elle-meme , et si f(5conde en applications impor- tantes , a fourni , comme on sait , a son iilustre auteur , le moyen d'apporter dans I'^tude des raineraux , cette exactitude et cette precision geom^trique, sans lesquelles il n'est point de veritable science. • L'article suivant est entierement consacre au calorique. M. Haiiy dtablit d'abord les principes sur lesquels est fondle la- theorie qui lui est relative , il en fait ensuite diff'erentes applications ; puis il s'occupe successivement da calorique specifique , des elTets du calorique pour produire dans les corps un changement d'etat , de ceux de la compression et de la dilatation sur le calorique renferm^ dans les corps , de la loi que suivent les fluides ^lastiques dans la variation de leur volume et de leur ressort par Taction du calorique , des dilatations et contractions de divers corps solides , par les variations de la temperature; enfin,apr& avoir trait^ du ther- raonietre , des vapeurs et de leur melange ayec les gaz , il place quelques details sur la combustion. On peut I'uger par ce qui precede, que la theorie du calo- rique , qui n'^toit en quelque sorte qu'ebauchee dans la premiere edition, se trouve compl^tement developpee dans la seconde. La partie de cette theorie , qui concerne le calorique rayon- ilant, fixera surtout Tattention des savans; ils ne manqueront pas de remarquer avec quelle sagacity I'auteur est parvenu a ramener a un petit nombre de principes, I'explication de divers phenom^nes , parnii lesquels on distinguera principalement ET d'hISTOTHE nature tlE. »4^ ceux qui se manifestent dans Ics belles exp(^tiences dont MM. Rumford et Leslie ont enrichi la physique. La maniere de concevoir les plieiiomenps dont il est ques- tion , consisie a su])poser que dans nn espace quelconque , ou le calorique abandonn^ k lui-meme, s'^lance comme la lumiere, ilexiste, a toutes les temperatures , une infinite de rayons du nienie fluide , qui se nieuvent dans toutes sortes de directions J d'ou il r^sulte que chaque point de I'espace dont il s'agit, est comme un double centre, d'ou partent et vers lequel tendent, de tons les C(Jt6s, des suites non-interrompues de ces memes rajons. Tons les corps s'envoient , comme par ^change, une por- tion de leur calorique , sous forme rayonnante. Si Ton suppose deux corps a la meme temperature , chacun recevra de I'autre autant de calorique qu'il lui en enverra , _et cette unifoimite d'echanges persev^rera tant que le s}St6me restera a la meme temperature. Mais si la temperature de I'un des deux corps est plus eiev^e que celle de I'autre , alors le corps le plus chaud , dans un temps donn^, enverra plus de calorique au corps le moins chaud qu'il n'en recevra de ce dernier, ensorte que la temperature de ce meme corps s'^levera , tandis que celle de I'autre s'abaissera. II est esseniiel de remarquer que nous supposons que le corps le moins chaud envoie du calorique rayonnant aussi bien que le corps le plus chaud. II seroit absurde de penser qu'un corps qui rajonne actuellement en presence d'un corps plus froid , cessat de rayonner aussitut qu'on lui presenteroit un corps plus chaud. Le double rayonnement , dont I'idee est due a Prevost , est n^cessaire pour accorder la theorie avec I'obser- vation. Pour mieux faire ressortir ici la ndcessit^ de ce double rayonnement, nous citerons rexpenence qui se fait en cppo- sant I'un a I'autre deux miroirs mtitalliques concaves. Si au foyer de I'un des miroirs on dispose un matras rempli d'un melange frigorifique , et si sur le prolongement de I'axe du ■meme miroir, et a une certaine clisiance au-dela de son foyer, on fixe un thermometre tr6s-sensible; le thermom^tredemeurera a-peu-pres stationnaire. Si, toutes choses dgales d'ailleurs , on ■-oppose le second miroir au premier, en ayant soin de le placer de maniere que lethermoraetre se troave a sonfojer, danscecas I'instrument indiquera un abaissement subit de temperature. Ce phenomene, dont rexplication devient de la plus heu- H h 2 244 JOURNAL »E PHTfSlQl'K, » E CHIMiE reuse simplicity , lorsqu'on admet le double rayonnement proposd par Prevost, iie pourroit s'accorder avec I'hypoth^se d'uii rayonnement unique, en vertu duquel les corps les plus tliauds, seulement, envenoient du calorique rayonnant aux corps les moins chauds. En etTet , le miroir, au tbjer duquel se trouve le tbermometre , etant plus eloigne du matras que le llierniometre lui-meme , celui-ci , dans un temps donn6 , se refroidit plus qu'une partie du miroir dont la masse est egale a celle du thermometre. Par una suite n^cessaire , la lemp(5rature de tout le miroir ^tant moins abaiss^e que celle du thermometre , dans la supposition ou les corps les plus chauds rayonneroient seuls en faveur des corps les moins chauds, le thermometre recevroit du calorique rayonnant du miroir, sans lui en envojer aucune portion, ensorte que la presence du second miroir, au lieu de determiner un abais- sement subit dans la temperature du thermometre, tendroit au contraire a I'elever. M. Haiiy dans la seconde edition de son Traite , a plac^ la tlieorie de levaporation non plus h rarticle de I'yiir, mais , ainsi que nous I'avons indique, k celui du Calorique. On sait que, dapr^s les nouvelles vues sugg^r^es par une 6tude plus approfondie de ce ph^nom^ne , cette meme th^orie est de- venue une branche importante de celle du calorique. L'auteur rapporte avec soin les r^sultats des experiences qui ont ^te faites sur I'^vaporation; il insi&te principalement sur ceux que nous devons k des recherches tres-modernes , et apr^s avoir fait un choix heureux des experiences les plus d^cisires , et place ces experiences dans un ordre oii elles s'edairent mu- tuellement, il discute les principales theories qui ont ete pro- posees relativeraent k un sujet aussi deiicat. Cette savante dis- cussion le conduit a developper la maniere dont le ceiebre Laplace con^oit la production du phenomene qui nous occupe en ce moment, en ramenant tout a Faction du calorique, qui determine les molecules de Tair et celles de la vapeur k se repousser mutuellemeni. L'auteur passe ensuite aux connoissances qui appartiennent a la physique particuliere , et traite successivement de I'eau, de lair , de relectrieite , du magnetisme et de la lumi6re. En parlant de I'eau a I'etat de liquidile , il etabiit les prin- cipes de I'hygrometrie , d'apr^s les nouvelles connoissances que nous avons acquises sur la formation des vapeurs. II traite ensuite des ph^aom^nes des tubes capillaires^ et il fait ET d'hISTOIRE J/ATtnELLC. G/fS une exposition raisonnee de cette belte et savante theorie de ractioii capillaire, dent les physicians sont redevables au genie de I'illustre aiiteur de la Mecanique celeste. L'air et I'electricite , si nous en exceptons le galvanisme , etant de toutes les parties de la physique celles qui olTroient le moins de changemens a faire , il nous suflira de dire ici , que M. Haiiy a donne au developpement des theories qui concernent ces deux branclies de nos connoissances, une etendue proportionnee a leur importance. En exposant celle de ces theories qui est relative k I'electri- citegalvaniqne, il s'est attache a la rendre encore plusrigoureuse; il a ajout^ plusieurs details int^ressans qui ont rapport k di- verses experiences, parmi lesquels nous citerons celles que M. Ritter a faites a I'aide de la pile secondaire , et celles de M. Erman , qui d^montrent la disposition toute particuliere de certaines substances, pour conduire le fluide developpepar la pile de Volta. M. Haiiy a entierement remanie la th^orie du magn^- tisme , et la developpee d'une maniere qui ne laisse rien h. desirer. II expose d'abord certains ph^nomenes g^neraux qui dependent de Taction magnetique qu'exerce le globe terrestre et dont la connoissance est necessaire pour bien concevoir cette th^orie ; il fait ensuite connoitre la loi qui prtiside aux actions magnetiques; puis il traite des attractions et repulsions qui s'exercent entre les corps dans lesquels on a d^velopp^ la vertu aimantaire , de la communication du magnetisme , du magnetisme du globe terrestre, de celui des mines defer; enfm il rapporte difterentes hypotheses des physicians sur la cause du magnetisme naturel. A I'article du Alagnetisme du globe terrestre , il expose les belles rechcrches que MM. Humboldt et Biot ont entreprises sur 1' nclinaison de I'aiguille aimantee. L'auteur, apres s'etre occupe des phenomenes ^lectriques et magnetiques, developpe la plus belle de toutes les th(^ories , savoir, celle qui concerne la lumiere. Dans le developpement de cette theorie il a suivi le meme ordre que celui qu'il avoit precedeniment adopte, mais il a ajout^ uu grand nombre de details importans , qui I'ont conduit a discuter les points les plus deiicats de la theorie dont il s'agit. Voici, en peu de mots, en quoi consistent les principales additions que M. Haiiy a faites a son Traite d'Optique, Traite, qui peut ^tre considere comme le plus savant et le plus con>- S4G JOURNAL DE PHYSIQUE, D E CHIMIE plet , qui ait jamais ^tt5 ecrit sur cette partie si difficile de la physique. Aprc'S avoir traite de la puissance refractive , et fait con- noitre les belles conjectures de Newton sur la nature du diamant et sur celie de I'eau , I'auteur a expose comment MM. Biot et Arrago , en sondant toute la profondeur des in- ductions du g^om^tre anglais , ont decouvert le gernie d'un grand travail, a I'aide duquel on pourroit faire intervenir les lois de la lumiere , pour pen^trer beaucoup plus avant dans I'essence de corps naturels, et soumettreaucalculleurcomposition chimique. En exposant celles des notions sur le prisme qu'il est n^- cessaire d'avoir toujouis presentes a I'esprit, il a demontrt^, a laide du simple raisonnement , ce fait qui paroit si singulier au premier coup-d'oeil , et qni consiste en ce que , pendant ini nieme moiivement du prisme , I'image fait deux niouve- iTiens successifs en sens contraire. Pour completer I'explication qu'il avoit donnee de I'arc-en- ciel, dans sa premiere edition, il a encore d^mcntr^, a I'aide dun raisonnement fort simple , que dans le cas de deux re- fractions et de deux reflexions , Tangle form6 par un rayon incident et le rayon Emergent qui en provient , devoit dimi- niier jusqu'i un certain terme , pass6 lequel il devoit augmenter. M. Haiiy a considerablement etendu la theorie des pheno- nienes que presentent les anneaux color^s , ce qui la mis 4 port^e d'en faire les plus belles applications, et de d^fendre, d'une mani^re digne de Ne\yton lui-meme, les consequences que cet illustre geometre avoit deduites des phenomenes dont il s'agit , pour expliquer la coloration des corps opaques. L'auteur a ajoute a son ouvrage un article entierement nouveau , dans lequel il traite des couleurs accidentelles , el: developpe la theorie qui leur est relative. 11 a encore beaucoup ajout^ k I'explication des lunettes acbro- matiques , et pr^sent^ avec la plus grande clart^ le principe sur lequel est fondee la construction de ces instmmens. Enfln , pour ne rien omettre de ce qu'il y a d'int^ressant dans un sujet si varie, il a donne , en parlant des instrumens d'optique , une description aussi exacte qu'el^gante , de cette esp^ce de lanterne magique dont le jeu cache pour les spec- tateurs produit les illusions de la fantasniagorie. Le but de M. Haiiy ayant ^t^ d'ofl'rir un Trait^ de Phy- sique raisonn^, il n'a citd qu'un petit nombre d'exp^riences , choisies parmi les plus decisives , et il s'est attache -a donner ET D'HrSTOIIXE NATURELLE. 247' aux consequences qui s'en detluisent lout le developpemenc convenable. « Uue explication, dit-il, devient vague, lorsqu'elle n est rdduite a ce qu'elle a de plus gc^neral. Les details sent, 3) pour ainsi dire , la pierre de touche des theories ; ils en » garantissent la justesse, ou en decelent la faussete. Ils nous » mettent a port^e de suivre pas a pas la marche de la na- » ture ; ils nous font appcrcevoir tous les rapports qui eta- >3 blissent la dependance naturelle des faits , soit entre eux , » soit avec le fait qui sert de base a la th'jorie. lis am^iient » ces idees fines qui donnent, en quelque sorte, la dernieie » touche au tableau d'un ph^nomene. Les developpenitns ont 3> de plus cet avantage, qu'ils remplissent des vides suscepti- » bles d'^tresentispar ceux qui veulentapprofondir,et vont au- « devant des questions qui laisseroient des nuages dans I'esprit ». Le Traite dont nous venons de donner un extrait , est le plus savant que nous possedions. 11 est de beaucoup supe- rieur a tous les ouvrages sur la Physique, qui ont paru jus- qu'alors. Ce meme Trnit6 a et^ originairement d^sign^ par S: M. lEmpereur et Roi , pour servir a I'enseignement dans les Lycees. Aucun ouvrage ne sauroit elre plus digne que ce- lui de M. Haiiy, d'une destination aussi importante. Les ^l^ves pourront y puiser les connoissances les plus exactes, les plus certaines , les plus solides , et les professeurs y trouver ont tou- jours le meilleur mo(Jeie a suivre. ( Le prix de cet ouvrage est de 13 fi: en papier ordinaire el 1^ fr. en papier Jin. On ajciuiera pour le port 3 fr. 76 c. ) NOTICE SUR UN MONSTRE. Une feinme du village de Duffel, a una lieue et demie de Malines , vient d'accoucher de deux jumelles unies de la ma- niere la plus singuliere : les deux corps paroissent bien formes ; chacune a une tete , des bras, et les extrdmites inferieures bien distinctes ; niais elles paroissent unies par la colonne vertebrale qui, dans la partie moyenne du tronc, paroit unie, et se bifurque vers le haut. Elles ont respirt^ un instant. 11 eut it6 curieux de savoir ce qu'auroient pu devenir ces deux individus , si elles avoient vecu. Chacune auroit-elle eu ses id^es particulieres , sa volenti particuliere. . . ? a^5 /OURNAI. DE PHYSIQUE, DE CHIMIE E X T R A I T D'UN MEMOIRE Lu a la Seance de la pren\iere Classe de I'lnstitut , du 29 Septembre 1806; Par M. LAPLACE. Sur r attraction et la repulsion apparente cles petits corps qui nagent a la surface des Jluides. Dans la th^orie que j'ai donnt^e de Taction capillaire , j'ai soumis a I'analjse , Tattraction de deux plans verticaux et pa- rall^les , tres-proches I'un de I'autre, et plongeant par leurs extr^mites inferieures , dans un fluide. J'ai fait voir que s'ils sont de ni^me matiere , cette action tend a les rapprocher , soit que ces plans elevent pres d'eux le fluide , comme des plans d'ivoire plongeant dans I'eau , soit qu'ils I'abaissent , comme des plans de talc laminaire dans lequel le toucher indique une sorte d'onctuosite qui I'empeche de se mouiller. Chaque plan eprouve alors vers I'autre plan , une pression ^gale au poids d'un parall^lipip^de du meme fluide , dont la hauteur seroit la demi-somme des 61^vations au-dessus du niveau , ou des abaissemens au-dessous , des points extremes de contact des surfaces interieure et exterieure du fluide avec le plan , et dont la base seroit la partie du plan , comprise entre les deux lignes horizontales mendes par ces points. Ce th^or^me renferme la vraie cause de I'altraction apparente des corps qui nagent sur un fluide , lorsqu'il s'^ldve ou s'abaisse pr^s d'eux. Mais Texp^rience fait connoitre que les corps se repoussent lorsque le fluide s'^leve vers I'un d'eux, tandis qu'il s'abaisse vers I'autre. Ayant appliqu^ mon analyse k ces repulsions; elle m'a conduit aux r^sultats suirans que j'ai cru pouvoir ET d'hISTOIRE HATURELLE. 2 19 pouvoif Interesser les phjsiciens-g^onit-.es , et qui completent la theorie de Taction capillaire. Si I'oa suppose tonjours que les corps soni: des )3'ans ver- ticauxet paralleles; la section de la surface du fluide conipris entreeux, par un plan verti^l et perpendiculaire a ces plans, a un point d'in/lexion , lorsqoe les deux plans sont a qnelques centimetres de distance I'un de Tautre. £n les rapprochant , le point d'inflexion se rapproche du plan pres duquel le fluide s'abaisse , si I'abaissement du fluide en contact a I'exterieur de ce plan, est moindre que I'elevation du fluide en contact h i'exterieur de I'autre plan. Dans le cas contraire, le point d'inflexion se rapproche de ce dernier plan. Ce point est tou- joiirs au niveau du. fluide du vase dans lequel les plans sont plong^s. L'elevation et i'abaissement du fluide en contact avec ces plans , sont moindres a I'inl^rieur qu'a i'exterieur. Dans cet^iat, les deux plans se repoussent. En continuant de les rapprocher , la repulsion a toujours lieu, tant qu'il y a un point d'inflexion. Ce point finit par coincider avec I'un des plans. La ri^pulsion subsiste encore au-dela de ce terme; mais en continuant de rapproclier les plans, cette repulsion devient nuUe et se change en attraction. A cet instant, le fluide est ^galement eleve a I'int^rieur et a i'exterieur du plan suscep- tible de se mouiller : il est autant 6ieve au-dessus du niveau, k I'interieur de I'autre plan , qu'il est abaisse au-dessous a i'exterieur. Ainsi la repulsion se change en attraction au meme moment pour I'un et I'autre plan. En les rapprochant encore, ils s'attirent, et vont se r^unir par un mouvenient accel^re. Ces plans offrent ainsi le phenomene reniarquable d'une at- traction a de tres-petites distances , qui se change en repul- sion, au-dela d'une certaine limite; phenomene que la nature nous prcsente dans ['inflexion de la lumiere pr6s de la surface des corps, et dans les attractions ^lectriques et niagn^tiques. II y a cependant un cas dans lequel les plans se repoussent , quelque petite que soit leur distance mutuelle : c'est le cas oil le fluide s'abaisse pres de I'un d'eux , autant qu'ii s'^leve pres de I'autre. Alors la surface du fluide a constamnient une inflexion au milieu de rintervalle qui les s^pare. L'int(5gration de I'^quation difl'erentielle de ceite surface, di^pend en general de la rectilication des sections coniques ; et parcons^quent ii est impossible de I'obtenir en ternies finis. Mais elle devient possible , lorsque les plans sont a la distance oil la repulsion se change en attraction : alors on peut d6- Tome LXIII. SEPTEMBRE 180G. I i Jj50 JOtTRNAL DE PnYSTQUt, DE CHIMIE terminer cette distance; en ionction de I'^l^vation ct de I'abais^ semcnt du fluide a I'exK^rieur des plans. On trouve ainsi quelle est infinie , si le fluide ne s'abaisse qu'infiniment peu , a I'exti^rieur dii plan qui n'est pas susceptible de se niouillerj d'ou il suit qu'alors ]^ deux plans ne se repoussent jamais. Cela peut encore avoii^ieu dans le cas meme ou le fluide s'abaisse sensibleraent a I'exterleur de ce dernier plan; il sulFit pour cela que le frottement maintienne le fluide un peu plus elev^ :i Tinterieur du plan , qu'il ne devtoit I'etre si cette cause n'existoit pas ; eO'et analogue a celui que Ton observe journellement dans le barometre , lorsqu'il descend. On trouve encore par cette analyse, que si la surface du plan susceptible d'etre mouill6 , vient a s'humecter, les deux plans commenceront a s'attirer a une distance tres-sensible et plus grande que celle a laquelle ils commen^oient a s'attirer aupa- ravant. 11 n'est done pas vrai de dire qu'en general , deux plans, I'un susceptible et I'autre non susceptible de se mouiller, se repoussent toujours. 11 arrive ici la meme chose que re- lativemerit a deux globes qui ont une electricite du meme genre, et qui cependant s'attirent , lorsque Ton fait varier con- venablement les intensites respectives de leurs ^lectricites, et leurs distances. On peut, au moyen des deux theor^mes sulvans , evaluer la tendance des plans Tun vers I'autre, ou leur repulsion mu- tuelle. Quelles que soient les substances dont les plans sent for- mes ; la tendance de ebacun d'eux vers I'autre, est ^gale au poids dun parallelipipede fluide dont la hauteur est I'^lt^ya- tion au-dessus du niveau, des points extremes de contact du fluide avec le plan a I'interieur , moins cetle elevation a I'ext^rieur , dont la profondeur est la demi-somme de ces elevations , et dont la largeur est celle du plan , dans le sens horizontal. On doit supposer I'el^vation negative , lorsqu'elle se change en abaissement au-dessous du niveau. Si le produit des trois dimensions pr^c^dentes est n^gatif, la tendance de- vient repulsion. Lorsque les plans sont tres-rapproches; I'^I^vation du fluide entre eux est en raison inverse de leur distance mutuelle , et eile est ^gale a la demi-somme des elevations qui auroient lieu, si Ton supposoit d'abord, le premier plan de la meme matiere que le second , et ensuite le second , de la meme matiere que tT d'iIISTOI RE N A r UREL LE. 25 C Is premier. On doit encore observer de supposer i'^lovation negative , lorsqu'elle se change en abaissement. On voit par ces th^ortimes', qu'en general la force repulsive est beaucoup plus foible que la force attractive qui se deve- loppe lorsque les plans sont trt^s-rapproches, et qui doit alors les porter I'un vers I'autre d'un niouvement accel^re. Dans ce cas I'elevation du flulde entre les plans est tres-grande relativement a son elevation pres des memes plans k leur ex- t^rieur. En n^gligeant done le carre de cette derniere eleva- tion, par rapport au carr6 de la premiere; le parallelipipede fluide dont le poids exprime la tendance d'un des plans vers I'autre, en vertu du premier des deux theoremes prec^dens , sera ^ga! au produit du carr6 de Tel^vation du fluide interieur , par la demi-largeur du plan dans le sens horizontal. Cette elevation etant , par le second de ces theoremes, reciproque a la dis- tance mutuelle des plans; le parallelipipede sera proporlionnel a la largeur horizontale du plan , divisee par le carr^ de cette distance. La tendance des deux plans I'un vers I'autre suivra done la loi de I'attraction universelle , c'esta-dire qu'elle sera en raison inverse du carr^ de leur distance. Desirant connoltre jusqu'a quel point- ces r^sultafs de ma th^orie etoient conformes a la nature, j'ai pri6 M. Haiiy de faire quelques experiences sur un point de physique aussi de- licat et aussi curieux. II a bien voulu s'en occuper, et il a trouv6 I'analyse entierement d'accord avec Texp^rience. II a surtout bien constat^ le phenomene singulier d'une attraction qui se change en repulsion, par I'accroissement de la distance, comme on le voit par la note suivante qu'il m'a communiquee. « On a snspendu a un fil tr6s-deli^, une petite feuille carree » de talc larainaire, de maniere qu'elle fut plong^e dans I'eau 3) par le has. On a plong^ dans la tneme eau , a la distance » de quelques centimetres , la partie inferieure d'un parall^- » lipipede d'ivoire, ensorte qu'une de ses faces fut parallele a » la feuille de talc ; ensulte on a fait avancer tres-lentement >3 ce parallelipipede vers la feuille de talc , en le niaintenant 3> toujours dans une situation parallele a cette feuiUe , et en » I'arietBnt par intervalles , afin d'etre assure que I'effet du » mouvement qu'il pouvoit imprimer au fluide , ^toit iiisen- 31 sible dans I'exp^rience. Alors cette feuille s'est tiloignee du 53 parallelipipede , et lorsqu'en continuant de faire mouvoir )) celui-ci, toujours avec une extreme lenteur, il n'j a plus eu » qu'une tres-petite distance entre les deux corps; la feuilla li 2 aSa JOUnNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE 3> de talc s'est approcliee toiu-a-coup du parall^lipipede et s'est 35 mise en contact avec lui. En si'parant alors les deux corps, » on a trouv^ le parallelipijiede inouilM jusqu'a une c rtaine 33 hnuteur au-dessus du niveau dc I'eau ; et en recommencant 3) I'exp^rience avant de I'avoiressuy^, rattraction a commence 33 plus tot, et quelquefois elle a eu lieu des le premier instant. » sans etre prec^d^e d'une repulsion sensible. Ces exp(^ripnces 33 r^petces plusieurs fois et avec soin, ont toujours donn6 les >) memes resultats 33. De I'oxidation des soudures des Chaudieres de plomb . employees dans les Buanderies ; Par J.-C. D E L AMET H E R IE. Un amateur ^clair4 des arts , M. Fougeray-de-Launai , qui demeure aupr(is de Soissons , m'avoit dil que dans les Buan- deries , ou on blanchil des quantites considerables de toile , on se sert pour les lessives de grandes chaudieres qui sont lormees de plusieurs plaques de plomb soud^es ensemble avec la soudure ordinaire, compos^e de plomb et d'^tain. Ces sou- dures se conservent bien tant que la chaudi^re est employee aux lessives ordinaires j mais si ce travail est interrompu, et que la ciiaudiere demeure vide pendant quelques mois , la soudure s'oxide au point qu'il faut souder de nouveau les plaques de plomb , lorsqu'on veut recommencer les travaux. J'ai prie le c616bre Vauquelin d'exarainer cette soudure; voici le r^sultat de son travail. LETTRE DU PR0FES5EUR VAUQUELIN, A J.-C. DEL AMETHERIE. Z'a I examine la soudure que vous m'avez fait remeltre par M. le comte de Sorgo ; j'ai trouv^ qu'elle est presque entierement compos(5e d'oxide de plomb carbonate , auquel sont joints quelques atomes de fer et d'etain. etd'histoire matuTvElle. 35 D'apres cet examen, et leis renselgnemens que vous m'avez transmis sur les circonstances du ph^nomene, j'ai pens6 que Jes m^taux composant la soudure, s'^toient oxides a. I'air par I'influence de I'alcali , et qu'en meme temps le carbonate de potasse avoit ete decompose , c'est-a-dire que I'alcali s'etoit uni a retain , et que I'acide carbonique s eioit combing a I'oxide de plomb. J'ai v^rifi6 cette conjecture par une experience directe, en prenant a-peu-pr6s parties egales d'oxide detain et d'oxide de plomb , et en les faisant chaufl'er leg^rement avec une dissolu- tion de carbonate de potasse. L'^tain a ^t^ dissout, et le plomb carbonate. Ainsi, vous voyez. Monsieur, qu'un melange d'oxide d'etain et d'oxide de plomb, a la propri^t6 de decomposer le carbonate de potasse , et que cette experience doniie une explication qui paroit assez plausible, de I'alteration qu'a eprouvee la soudure de la part de la lessive alcaline, et de I'air atmos- ph^rique. Faute essentielle a corrigert, dans le Cahier precedent. Page i49 , lig. lo et n , lisez : « Ce savant g^ometre a 33 meme pris le fluide de I'eiecirophore de rcsine comme 33 fluide vitre, tandis qu'il est vitre et resineux , corame celui )» d'une bouteille de Leyde charg^e , dont une surface est ■ i m u m. aMidi, B A R O JI E T R E. Maximum. Minuium. a Midi 4 ,S 6 I 9 10 II I iH I-) l5 i6 I lb '9 20 21 22 2.3 24 25 26 27 28 2n 3c 3 1 1 9 j m. I 3 i .. a nmli i uiidi a I i s. II iiiidi il iiijili ii niicli a 1 J- s. a 4 i s. a niuli a iriUi a I i-!. a inidi J 2 s. a3 i s. a 3 s. i iiiidi i I 1 s. ii s. a I i y a mu i a 3 s. a 3 J s. ijs. >i niidi a 111 id i a 3 1 s- a midi a 3 s. k3is. + 17.-4 ■+-I7-' + 17.0 + 1 +ia,3 4-17,2 ,-{-18,6 +19.' -J-22,2 4-10,2 + 19--! 4-20,7 -|-iS,8 4- 1 5, 9 4i'l.!' 4-17-5 4.8,2 4-19.S n 4-23,8 +21,2 4-21,3 -fl6,2 •|-20,2 4-18,2 + 19/, 4-19,2 + 16,0 + 18,6 4-19.4 4 1 5,8 -t-i8,o a 3 m. a 2 I!', a 3 111. a 3 in. a 4 i m ;i 10 J ! a 5 in. a4^ m. i 5 m. a 4^.11. ."ill is. a 5 m. a .S tn. a IIS. a 10 i s. ii 4 A ill. 4 111. in. in. a4jm. a 10 I s. « II is. a 10 s. a 5 m. a 5 111. 5 m. a 4 J in. a 1 1 i s. a 6 m. -'4- 14 4- + 17,0 4-12,2 + 17,1 4- 9.2 + 17,0 4- 9,5 +12 5 + a,« + 17.0 +11.9 -1-17,2 4-10,4 + 18,6 4- + 19,1 +11,9 +20,7 +14,0 + 17,7 4-10,4 +'9.4 4-i3,o +20,7 4-12,1 + 11,8 4-'2,0 +i5,9 4- 5.1 4-10,;. +10,3 + 17.4 + «,.. +'7,7 +10,0 + '9,5 + 10,5 +21,5 + 10,6 + 19.5 +12,2 +20,1 +11,3 + 16,2 + + 19,6 + 12,2 +14.7 4-12,0 -fi8,o 4-10,5 + 19,2 4-11,6 + 16,0 + 7,7 + 17.8 + 8.9 + 19.4 + 8,7 4-15,0 4-10,0 +17,8 111. ag a II i ». . k 10 is. . a 9 J s. . . k inidu. . a 10 yS., a 5 i ni. . a 6 i 111 . . a II jS. . i4is... k^\ ni... a 5iiii.. a niidl.. . .'i midi.. a 10 i s. a uiidi a 4i 111.. a 4^ ID., a 5 in 28 i 10 I m.. . .27, i 5 i m 27. a 10 i s 28 a jnidi 28. i4is 18 aBm 28, a 6 m 27 a 8 i s 27, h 5 m 27 a 10 is. ... .27. a micli 27 i II i s 27, ..28 ..27 ..28. ..28. ..28. ..28 ..28 ..28, ..27. ,.28. ..28, ..28. ..27 ..27. ..28. ..28. ..28. ..28. 0,28 11,40 0,40 1,72 2,82 , 1,80 1,54 0,40 11,62 0,91 0,65 0,21 ii,5o 11,16 2,45 3,25 2,80 1,45 0,10 11,35 10,80 0,86 1,77 3,63 3,63 10,44 11,40 10,52 8,37 ii,o5 11,18 a 10 kS a 2 h3 a 3 a 1 a a a a k m. a 5 111. . 3 in.. [O • s midi. 5 in II is. s. II a los, 6 m ...27 ...27 ...27 . . . —H . ...28, ...28, ...28 ...27 ...37 ..28. ..28. ...27, ...27 111. s. . . '-7- .27. .28. .28. .28. .27. .27. .27. .27. .28. .28. 28. 27. .27. k 10 is 27 a 5 ni 27 k 5 ni 27 k 6 m 27. •' 4 - ii .3 ^ s alls, aloi a 9 J s. a 7 i s. , a 11 I s. k 5 iin. i 5 i 111, a 5 i ni, a 10 S.. a 9 s. . . k 6 in IO,CI 9.9' 11,48 o,o5 2,35 0,80 o,85 .11,63 11,3^ 0,65 0,20 11,42 11,00 10,95 11,76 3,11 1,80 0,65 II, i5 10,85 9,25 10,0] i,3o 2,27 0,75 g,o8 9,16 6,20 6,4 9,80 lOjSi ■ 0,87 .10,25 . 0,00 . 0,65 . 2,82 . 1,00 • I, So • 0.3? .11,34 ■ 0,75 . 0,65 .11,84 . ii,5o .11,16 . 0.96 . 3,25 • 2,60 • 1,27 •11,87 ■ 11,16 . 10,46 .10,08 • 1.77 . 3,10 . 3,00 • 9.32 .10,00 • 9.18 • 6,92 . I i,o5 .10,70 RECAPITULATION. Plus grandc Elevation du inerciire...28.3,63, 1624^4*1111- ctleaSaSai Moindre elevation du mercure 27.6,20, le 28 i 10 jS. Elevation moycnne 27.10,90. Plus grand degie de clialeur +23'',8 le 19 h i li. i 3. Moindre degre de clialeur 4- 7,71028^511.111. Clialeur nioyenne + l5,7 Nomlire de jours beaux i5 Eau de pluie tomWe dans le cours de ce mols, o,"o5689 = 2 ponces iligne 23 centlemes. A L'OBSERVATOIRE TMPl&RIAL DE PARIS, AOUT 1806. Htg. i. midi. Vents. POINTS LUNAIRES. VARIATIONS D E l' A T IM O 5 P H E R E. I 82,0 2 92,0 3 76.0 4 85,0 5 75,0 6 80,0 7 80,0 8 72,0 9 70,0 10 76,0 11 6y,o 12 74,0 t'6 78>o 14 78,0 lb 80,0 16 76,0 17 70,0 18 69,5 19 71,0 20 89,0 21 79.0 22 92,0 23 74,0 24 9',.,o 2b 76,0 26 71,0 27 71,0 28 7">>o 2q 76,0 Jo 80,0 3i 76,0 S-O. S-O. O. NO. O. N-O. N-O. O. NO. O. E. E. O. S-{). O. NO. O. NO. O. O. NO. N. N-O. E. N-E. E. N-E. N. N-E. S-O. S. Ibrf. S. S-O. o. O. NO. SO. S. tr.-fort. S. S-E. id. S. violent. O. S-O. s. E(jain. Mc' D.Q. N.L.etL.Pcr. £^!n. desc. P.Q. L. Apogee. P. L. EqniB. dejc. (yiel convert tout le jour; cclairc. surlesoir. Piuie assez I'orle ct conlinuclle ; cicl saiis nuages le solr. Clel vap. ; quclques goultes d'cau dans la journ.; pi. I" s. (]iel couv. la plus grande partie du jour i pluie par iui. L'.'ger brt.uill. ; ciel nuageux. Pluie le matin; beaucoup d'eclaircisjnuag. clairs ctelev't-s. Ciel legeremcnt couvert. Ciel nuageux le nialiu et beau le soir. Idem. Ciel iiebuleux et troiiljle. Beau ciel; quclques legers nuages clairs el cleves. Brouill. ; assez beau ciel par inlervallcs. ("icl convert; pi. foite et abond. ; cicl lefjeremcnt couv. (av\ ties-couvcrlle matin; beaucoup de nuages tout le jour, Beau ciel le nuilin ; cicl nuageux ; pluie aboud. par iutei y. Beau ciel par intervalles. Ciel trouble ct nuageux. Cicl vap. toutc la journ. ; fort beau cicl le soir; temps calme (Jicl trJrs-cou V. au Sud , ct assez beau dans la partie de I'Est. (jiel tr.-couv. ; grand vent toiite la nuit; pi. aboud. par iul. Ciel nuageux ; pluie par iulervalles. Cicl tr^s-couvert ; le suleil paroil par intcrv. ; pluie. Beaucoup d'cclaircis tout le jour. Cicl trcs-nuag. ; pluie dans I'aprfes-midi ; ciel couv. le soir Cicl a denii-coiivert et trouble. Beaucoup de pelils nuages ; pluie fine et abondante le s. Ciel In's-couvert par intervalles, Ciel charge de vaj). ; nuag. blancs ct i\cv. ciel tr.-couv. au S Vent trt''s-violcnt ; ciel couvert par interv. Vent id. ; ciel tr^s-nuageux. Beaucoup d'cclaircis ; temps calme. R£ C A PI T Therm, des Cuves. < le 7 a II J m. 90,637 ThermomJfre le 33 9, 635 de Reaumur. Jours dont le vent a soufilj du U L A T I O N. de converts 7 de pluie 10 de vent 3i de gel^e o de tonncrre o de brouillard 3 de ueige o N. N-E.. E.. S-E.. S.. S-O.. O.. ^-o. a, 3 3 I 6 6 12 a56 JOURNAL DE rHYSlQUE, EE CHIMIE, GtC. TABLE DES MATIERES CONTENUES DANS CE CAHIER. Suite de I'u^nalyse des trmauv de la Classe des Sciences Matlieuiatiques et Physiques de I'Institut national, depuis le i" Messidor an i5 (20 Juin i8o5, jusqu'au 1" luiliet 180G ; /jar M. Cm'ier. Pag. 1G9 ISotice des Lravaux. Mathdmaticjues cfe la Classe des Sciences de I'Institut , pendant I'annee qui vient do fmir au i" Juillet 1806; par M. Dclambre. i83 Lettre de M, yiugiiste Chambrier , a J.-C. Dela- mctherie ; sur la formation des vallees. ig'i Memoire sur I'organe par lequel le fluide fecondant pent s'introduire dans I ovule des vegetaux ; par P. Titrpin. igS Lettre de "^"^ ecrite do Naples, sur le Vvsuve. 20 j Experiences sur les effcls qu'une forte chaleur produit dans V economie aniniale ; par F.-F. Delaroche , de Geneve. 207 Dissertation sur le Cafe; par Antoine- Alexis Cadet- de-f^aux ; suivie de son Analyse , par Charles - Louis Cadet , Pharinacien. 2i6 Lettre de Louis Cordier , Ingcnieur des Mines ; a J.-C. Delanietherie, sur les substances volcaniques. Ex trait. 234 Extrait d'une Lettre de Schwitz. 235 Extrait d'une Lettre d'un f^oyageur de Lucerne. 236 Lettre de M. Gehlem ., a J.-C. Delanietherie, Extrait, 238 Traite elemcntaire de Physique , par M, Haiiy ; Extrait par M. Tremery , Ingcnieur des Mines et Professeur de Physique. 24o Tiotice sur un monsire. 2,7 Extrait d'un Memoire sur l attraction et la repulsion apparente des petits corps qui nagent a Li surface des fluides ; par M. Laplace. 248 lie I' oxidation des souduresdes chaudieres de plomb em- uloyces dans les huaiideries; par J.-C. Delamctherie, aSa Ohseivations nietcorologiques ; par Bomard. 264 J OURN AL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE ET D'HISTOIRE NATURELLE. OCTOBRE AN 1806. M E M O I R E SUR LE SUCRE DE RAISIN^ Par le Professeur PROUST. INTRODUCTION. Un Sucre d'une espece nouvelle, dont I'exi'stence n'avoit ^te soupfonn^e jusqu'ici que collectivement avec ces substances douces et agreables que Von savoit faire le fond de la saveur de nos fruits, tel est celui que las raisins viennent nous ofFrir. Avant de passer a. I'examen de ce produit, de son extrac- tion, de ses proprietes et des services qu'il peut nous rendre," il conviendra sans doute de poser quelques principes sur le Sucre en g^n^ral. II faut d'abord reconnoitre ses especes , jeter un coup-d'a'il sur les substances qui ont coutume de I'accom- pagner , et distinguer , parrai ces dernieres , celles qu'il est essentiel den s^parer pour I'approprier a nos usages, de celle» Tome LXIII. OCTOBRE i8o6. Kk 258 JOUnVAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE qu'on pourroity laisser sans diminuer sensiblement ses qualit(5s; tel est ausbi I'ordre que j'ai suivi dans ce travail. Get objet, rempli dune mani^re surcincte, doiinera, je crois, des notions suflisantes pour juger si I'espece du sucre que nous annon^ons a tous les caracteres du genre, et si, r^unis- sant aux conditions de I'agr^able et du tabitaire celle d'une abondance qui r^ponde a I'etendue des besoins , Ton pourroit en admettre I'usage , et le placer des-a-pr^sent sur la ligne des productions qui peuvent circular pour I'utilit^ g^'ni'raie. Je ne pr^senterai cet essai que comme une premiere ^bauche de I'art , auquel le sucre de raisin doit servir un jour de fon- dement. Mais ti Ion se contente aujourd'bui de I'envisager seulement comme sucre brut, on conviendra qu'il se recom- mande utilement sous les deux aspects de production nour- rissante et condimentaire ; comme aliment, elle peut rendre aux gens de la campagne , aux pauvres des villi s et aux ma- lades des hupitaux , les memes services que le miel , les con- fitures et les fruits sees, avec I'avantage d'etre toujouis a un prix tres-inferieur a celui de ces denr^es; comme condiment, elle s'associe a tous les alimens que Ion desire sucrer ; elle en augmente la quantity et en relive le merite par un assai- sonnenient qui aiguise I'appetit , auquel la medecine a tou- jours reconnu une influence salutaire , et qui est estim^ des peuples de toute la terre. En voyant les lieureux r^sultats de la fermentation de ce sucre , Ton reconnoitra pareillement qu'il oHre des-a-pr^sent les esperances les mieux fondees d'une utilite prochaine. II n'y a pas k douter que les nations du Word, inslruites des avantages que la moscouade de raisin aura sur les grains pour la fabrication de I'eau-de-vie , ne pensent bientut a s'en appro- visionner , et ne fournissent , parcons^quent k I'Espagne , un debouche lucratif de lexers de son raisin , ne fut-ce que pour la ressource qu'ils y trouveront d'(§conomiser leurs grains , et de ne pas les sacrifier a la fermentation , quand la niedio- crite des recoltes ne leur permettra pas de les etendre a cet usage. 11 y a plus : la moscouade de raisin que j'annome meitra toutes ces puissances dans le cas de transporter dans leurs cii- mats nos vendanges, r^dnites au tiers de leur poids, sous la forme d'une pale ou d un corps solide, facile a transporter, a I'abri de toutes frelatations , et propres a former clu z elies toutes especes de vins. JNul doute d^s-lors que les vendanges ET d'histoire NATHRELLE. aSj) tl'Espagne n'acquierent des d^bouch(5s assures antant que iiombreiix, si cette nouvelle branche d'industrie rurale obtient toute rattention qu'elle nierite et rjiie ses pi ovinces ne cessent eufin d'avoir a gemir, comme il leur est si souvent arriv^ , de la trop grande fertibtd de leurs vignes. Get essai est loin sans doute de la perfection dont on le jugera susceptible. J'aurois voulu en travailler les parties da- ■vdntage , et les avancer assez , surtoiit, pour ne iaisser au rafineur que peu de choseafairej j'aurois voulu etendre mes lecberches aux prineipaux raisins que Ton cultive dans les parties les plus meridionales ; mais d'autres occupations ne m'ont pas laiss^ le temps de suivre ce travail autant qu'il le m^rite; j'ai cru d'ailleurs qu'il etoit temps de le publier. II y a quatre ans que je montre le sucre de raisin dans mes lecons; je I'ai annonce k MM. Vauquelin et Delametherie, qui I'a annonc6 dans son Journal de Physique (/evr/er 1802), et j'ai d^s-^-present la satisfaction de voir que cette annonce est un germe qui murit , et qui meme n'est pas loin de frucii- fier : mais, dans les sciences comme dans la fortune, vouloir th^sauriser, c'est s'exposer k tout perdie. Les sciences ont leurs abeilles ouvrieres , mais elles ont aussi leurs IVelons : ceux-ci voltigent a leur surface; et, loin d'y rien ajouter , ils sont a lafiut des travaux d'autrui pour les remnnier , les translater sous de nouvelles formes et se les approprier. C'est ainsi que I'intrigue s'est eHorc^e d'envahir un travail que j'ai public il y a aujourd'hui quinze ans , sur les moyens dametio-. rer la suhsistaiice clu soldat. C'est ainsi que , par des antidates , on a cherch^ a attribuer a d'autres la decouverte de I'eau-de- vie de Carouges , et meme a la faire remonter a une epoque dont on n'a pu citer aucune trace. Avec la perfide astuce des antidates, que ne rendroit-on pas problematique ? Je terminerai en faisant des vceux pour que ces premiers r^sultats iiispirent a d'autres le desir d'entreprendre , sur cet objet , des recherches plus etendues , qui puissent rapprocher de nous le moment ou la societe jouua de tout le fruit de cette decouverte. Sur le Sucre et ses especes. La nature, en d^posant dans les diverses parties de I'edifire vegetal ces compost!:s auxquels nous donnons le nom de pro- duits immediats , les modifie souvent par des nuances \i- Kk 2 aSo JOVRWAli DE PHYSIQUE DE CHIMIH geres , et fait varier chacun d'eux en autant d'especes dlff^- rentcs; c'est ainsi que I'aniidon, la gomme, la r^sine, I'huile, le tannin , Textractif , etc. , en conservant las principaux ca- raclures du genre auquel ils donnentleurs noms, s'en ^loignent neanmoins paries differences, et font naltre par la lesesp^ces que I'analyse a decouvertes. Le Sucre a aussi ses espcces. Je me propose d'en parler avant tout, parceque les notions qu'elles vont nous fournir de- viennent necessairesalaconnoissance de ce que nous avonsi dire sur le Sucre de raisin. Si nous comparons ces especes du c6t^ de la consistance ou duret6, nous decouvrons d^ja , sous cet aspect , une difference bien marquee des unes aux autres ; nous voyons , en effet, que le sucre de la canne est un pro- duit sec, cassant, et facilement cristallisable , tandis que la raanne la plus seclie s'amollit par une chaleur l^gere, et s'ar- tache meme aux doigts qui la pressent. Nous trouvons encore que le produit sirupeux que Ton a nomni^ rnucoso-sucre est une troisieme esp6ce qui s'eloigne des deux premieres , en ce qu'il rt^unit a la viscosity des mucilages la propriety de garder une mollesse qu'aucune dessication ne peut lui faire perdre. Le miel, que les abeilles recueillent sur les plantes, et dans lequel il est impossible de m^connoitre un de ieurs produits imm^diats , va nous offrir le premier exemple de deux es- peces r^unies ; on sait qu'il varie fr^quemment de consistance : Ton a presume, depuis long-temps, qu'il devoit contenir une fiortion de sucre cristallisable , et on I'a meme annonc^ sans e demonlrer : mais comme les experiences que j'ai faites dernierement ont donn^ des resultats qui r^alisent aujourd'hui cet aperfu , je vais en donner immediatement les details. Le miel que Ton cueille a Madrid, sur les hauteurs de la Flonda , est jaune; il a tellement la transparence et la t^nacit^ des ter^benthines , que Ton peut dire avec fondement qu'il est au Sucre solide ce que sont les baunies aux re^sines : I'alcohol le dissout presque al'entier; quelques parcelles de cire s'en separent ; il depose ensuite une pelite portion d'une substance Tisqueuse, qui est soluble dans I'eau, pr^cipitable par I'esprit- de-vin , et sans saveur marquee; c'est une vraie gomme. Les miels blancs , dont je parlerai tout a rheure^ en contiennent aussi un peu. La couleur du premier appartient surement h un principe extractif; qui ne peut diff(drer beaucoup de celui des v^getaux, car le muriate d'etain le pr^cipite ea lacque jaunatre , tandis ET d'histoire katurelle: sSr tju'avec le miel blanc ce muriate marque k peine : ainsi la gomme , I'extractif et le parfum , que les miels empruntent si souveiit des plantes , ne nous permettent plus cle douter que la destin^e des abeilles est d'aller cueillir sur les fleurs un produit vegetal qui , sans leur Industrie , seroit perdu pour nous (i). La dissolution alcoholique de ce miel, abandonn^e a I'^va- poration libra , n'annonce pas de disposition a donner des cristaux comme ceux dont nous parlerons tout-a-1'heure; peut- etre contient-elle un peu de sucre solide que le sucre liquide retient assez pour en empecher la separation ; mais ceci ne nous ddtournera pas de penser des-a-pr^sent que ce miel est, ou n'est pas ^loign^ d'etre a I'entier I'une des deux especes du Sucre que je me propose de faire appercevoir dans les miels en general. Lorsqu'un miel a beaucoup de cousistance et d'opa- cit(^, on observe qu'avec le temps il se divise en deux paities; I'une grenue , cristalline , opaque , qui se rassemble au fond des vaisseaux, tandis que I'autre, transparente et iluide sans le devoir a une humidit^ ^trang^re , se maintient au dessus du premier; on remarque aussi que les miels blancs sont plus sujets a cette esp^ce de depart, ou qu'ils contiennent plus habituellement du candi que les jaunes. '■■ Presumant que, quoique les deux especes que contient'le miel blanc soient solubles dans I'alcohol , celui qui est liquide le seroit moins que I'autre. J'appliquerai I'alcoiiol a du miel blanc des montagnes de Moya , de la plus belle qualite; cette operalion , favorii^e des attentions, pratique qu'il est aise de juger, eut pour resultat la s(5paratiou d'une poudre blanche qui se d^posa d'elle-meme. Cette poudre, sepane de la dis- solution et lav^e l^gerement avec I'alcohol, finit par me donner un Sucre pulverulent que je laissai secher dans une tempera-, lure mod^ree. II ne me restoit plus qu'a le purifier de nouveau pour en faire du sirop et le disposer k la ctistaliisation. Sa dissolution dans I'eau en lit sepurer des particules de cire ; cuit ensuite au degre de sirop t^pais, je I'abandonnai convert d'un papier seulement. En moins de deux jours, il commenca,' ce a quoi je ne m'attendois guere , a couvrir les parois du vase de points blancs , qui me firent juger tout de suite qu'il (i) Le meleze transude une inanDe (^ue les abeilles recueillent avidcr meiit. Saussiiie. ; ■' i 2(52 JOBlNAt DE PHYSIQUE, DE CHIMIR ne fallolfpas s'attendre a une r^colte de sucre de Cannes. En efTet, le quatri^me jour, la masse sirupeuse s'etoit con- vertie , presque a I'entier, de croutes grenues, caverneuses , qui s'etoient ^lev^es de plus d'un pouce au dessus de son ni- veau ; elle fut mise a ^goutter pendant quelques jours, pour que sa melasse put s'en s^parer autant que possible. Voici maintenant quelles sont les qualit^s de ce nouveau sucre : II ressemble assez a des grains de clioux-fleurs , il est par- faitement blanc , il n'attire pas d'humidite ; sa saveur douce , agr^able et franche est moins sucrde que celle du sucre des Cannes ; il ne conserve rien dc celle du miel , mais il laisse sur la langue je ne sais quoi de farineux, et Ton juge aist^- ment que , s'il falloit Templojer k sucrer, il en faudroit user beaucoup plus que du miel , ou du sucre de Cannes. Si on le brule , il r^pand I'odeur du caramel et les fum^es ordinaires du sucre. L'alcohol le dissout sans reste : par 1 eva- poration , il s'en s^pare de nouveau en concretions grenues. Enfin Tacide nitrique le convertit facilement en adde oxa- lique. Pour la melasse qui en decoule, elle n'est autre chose que le miel de seconde esp^ce , dont on va parler, mele d'un peu de gomme-, l'alcohol ly d(5montre k Tinstant. II ne faut pas cependant le regarder comnie parfaitement exempt de miel soUde , parceque la dissolubilite de ce dernier dans le miel liquide et dans l'alcohol , sont deux causes qui s'opposent k ce qu'on en obtienne une separation exacte. On y r^ussit niieux en laissant ^vaporer a I'air des dissolutions de miel dans l'alcohol : le premier cristallise , et laisse le second assez pur. Par exemple,le miel des montagnes de Moya , qui est d'une quality sup4rieure , donne par ce moyen de Sg a 4o pour cent de cristaux , tandis que , par le lavage dans ralcohol , on n'en s^pare que de 25 a 26. Le miel liquide, obtenu de cette maniere, est un sucre qui conserve une transparence parfaite; et, quelque degre de cuite qu'on lui donne , il ne pr^sente pas d'autre aspect que celui d'une t^rebenthine epaisse ; il attire I'humidite , et il est enfin la seconde partie du sucre qui formoit, avec le premier, le miel que nous venons d'examiner. J'ai omis de reconnoitre leurs rapports dans d'autres miels du commerce , parceque le temps ra'a mancjue ; mais , en BT d'histOire »r aturellb. ' '"' iG3 attendant qu'on etende ces recherchcs a d'autres, on peut d^ja tirer de ces faits quelques consequences utiles 5urla na- ture dii' genre sucr^. D'abord ils nous montrent que celui que les abeilles amassent sur les ileurs est de deux especes; i!s nous enseignent n'en donne pas. La manne doit abonder en Amerique, selon le rapport des voyageurs. Herera dit : II tombe dans la saison quantity d'une rosee qui se coagiile comma le sucre, et dont I'usage est si salutaire , qu'on I'appelle manne. Seroit ce notre manne ? seroit-ce un sucre particulier ? Le pere Picolo, I'un des pre- miers conquerans spirituals de la Californie , assure aussi qu'elle exsude abondamraent des arbrisseaux en avril , mai et juin. En Espagne , la manne abonde au point qu'elle pourroit en fournir a I'Europe , d'apr^s le reconnoissement que deux membres de I'Academie de M^decine de Madrid en Arent par ordre du marquis de la Ensenade. On ne doute plus aujourdhui que le sucre n'existe dans une multitude de vegetaux, comme leurs fruits, leurs tiges, leurs racines , dans la seve des palmiers , des bouleaux , des Arables , des bamboux, des mais, etc. ; mais nous ne savons pas encore si celui de la bette , dont Achard a propose de le tirer, et des autres v^g^taux, oii Margraf I'avoit d^couvert, est reellement de la qualite de celui des Cannes , ou une es- pece difTi^rente, comme ceux qui suivent. II ne paroit pas, parexemple, que celui d'^rable ressemble beaucoup au sucre des Cannes : le sue de cet arbre donne commun^ment cinq pour cent de sucre solide. li est a croire qu'il a aussi sa ni61asse ou son sucre de seconde espece. Les voyageurs disent qu'il fond trois ou quatre fois plus lentement que celui de cannes ; qu'il sucre moins ; qu'on lui pr^fere ce dernier pour le chocolat ; qu'on lui en mele une partie pour faire les confitures. Tout ceci n'annonceroit pas dans le sucre d'erable un produit aussi d^licat que celui des Cannes. On nous assure ^galement qu'en Egjpte , on savoit tirer de ia silique du carougey. un miel dont les Arabes faisoient grand cas , ET d'hISTOIRE NATURELI.E. 2.G. J cas : je suis deja certain que ce sucre est incristalllsable , ou de la seconde espece; mais il porte une mati^re extractive qui le colore forlement , et qui le gate, par une saveur dont le Bedouin le moins delicat de notre Europe ne s'accommo- deroit surement pas. Pour son via , j'ai trouv^ qu'il ressem- bloit assez a celui de m^lasse , et qu'a defaut d'autre, on le bo iroit sans repugnance; il est tr^s-enivrant : j'ai deja fait connoitre son produit en eau-de-vie. Un Sucre ^galement cristallisable , mais bien diflerent de celui des Cannes , existe aussi dans la groseille , dans la ce- rise , dans I'abricot, dans le sue de tons les raisins et dans bien d'autres fruits, sans doute 5 ces cristaux sont pulverulens , si pen perceptibles , que je n'ai encore pu les reconnoitre : c'est lui qui donne aussi les concretions que Ion trouve dans les raisins sees. Les figues contiennent, a ce qu'il parolt, beaucoup de sucre cristallisable, puisqu'il sen s^pare, a ce qu'on m'a assur^, des encroutemens fort 6pais dans les tonneaux ou on les conserve dessecbees. Le candi qui se forme dans les confitures de groseille et de cerise, appartient ^galement a ces fruits, et non au sucre de canne : ces concretions dissoutes dans I'alcohol , repren- nent toujours la forme grenue qu'on leur trouve ordinairement dans ces confitures. Le Sucre de la premiere espece ne se forme pas»a ce qu'il parolt , dans la pomnie, dans le coing et dans. I'azerole; leurs sues ne ra'ont donn^ que de la seconde , surchargee de gomme et color^e d'extractif : il est vraisemblable qu'il en sera de meme des prunes , des probes , etc. ; car on ne ren- contre gu6re de candi , ni dans leurs gelees , ni dans leurs confitures. Dans tous ces fruits , au reste , le produit sucre est toujours embarrasse de gomme , d'extractif, d'acides ma- lique , citrique , de tartre , de sulfate de chaux , etc. Ces faits , qui meritent d'etre poursuivis dans le regne ve- getal , contribuent done plus que jamais a confirmer I'existence du Sucre solide et du mucoso-sucre , qui paroisa^nt se par- tager nos fruits dans des proportions extremement varices. Le Sucre liquide qu'on avoit deja d^sign^ sous le nora com- post de mucoso-sucre , parcequ'on le consideroit alors comme n'^tant qu'un melange de sucre solide empate par des muci- lages, n'a ete bien appreci^ que depuis Deyeax. II a vu que ce Sucre ^toit une espece de genre , habituellement liquide , Tome LXIII. OGTOBRE 1806. L 1 aCS JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE qu'il falloit placer dor^navant sur la liste des produits imm^- diats. II a jug6 de merae , et avec fonderaent , qu'il 6toit , des deux sucres connus , I'unique qui fut susceptible de fer- nienter par lui-ni6nie ; tandis que I'autre ne se pr^te point a ce changement , s'll n'y est dispose par reflet du ferraeiH. Le travail de Duthrone nous confirme, d'ailleurs, si claire- ment I'existence de ce produit , par tous les fails qu'il a ras- sembl^s dans son ouvrage , qu'il n'est plus permis de mt^con- noitre que le travail du sucrier n'a d'autre objet que de s6- parer le sucre liquide du Sucre cristallisable. Mais je vais placer ici les r^sultats de I'analyse que j'ai commenc6e des canoes a sucre de Malaga. On trouve dans leur sue fralchement extrait, de la Kcule verte , de la gomme , de I'extiait, de I'acide malique , du sulfate de chaux, et les deux esp^ces du sucre ; tous ces Froduits sont , a leurs vari^t^s pres , les memes que ceux que on rencontre dans la plupart des fruits. Une tranche de canne mise dans I'eau de tournesol la rou- git fortement : son sue n'est cependant pas sensiblement aigre au gout , parceque Tacide n'y est qu'en fort petite quantity , et que le sucre en efl'ace d'ailieurs {'impression; mais dans le sue concentre on le decouvre nettement. Voici ce que les r^actifs nous y montrent : L'acide oxalique et la baryte le pr^cipitent abondamment. Ces rdsult^ts deniontrent d^ja le sulfate de chaux. La disso- lution de platiae concentree, rien : ce qui fait voir qu'il n'y a dans ce sue aucun sel a base de potasse. L'alcohol vers6 sur le sirop de canne en s^pare des filets insolubles qui tombent au fond du vase , et qui sont de la gomme pure. Apr^s la gomme, mais plus tard , il se depose un peu de poudre blanche, qui est le sulfate de chaux. Par ce seul produit, voila done le sue de Cannes au rang de celui de la plupart des fruits. Le sirop debarrass^ de gomme et de sulfate precipite abon- - damment les nitrates de plomb et d'argent : Teau de chaux le precipite* aussi en verdissant la liqueur. Ce qui annonce d^ja I'extrait , le muriate d'etain en confirme la presence et le precipite en lacque blanchatre. Ce meme sirop distille avec de l'acide sulfurique foible ne donne pas un soupgon de vinai- gre ; ainsi l'acide qu'il contient n'est pas volatil. Si on fait cuh-e ce sirop avec de la craie, son acide se sr- ture; et du sue fihre et concentre, l'alcohol separe du ma- JST u'histoire katurelle, aG7 latte de chaux , mais en si petite quantity , qu'il pe faut plus s'etonner si Maquer et Darcet , dans les experiences qu'ils firent a Bercy , pres Paris, n'appercurent pas d'acide dans le sue des Cannes. Dutlirone, en avan^ant que I'emploi si r^p^t6 de la potasse et de la chaux dans la clarification du sucre , devoit avoir pour objet de saturer toute autre chose que des acides , avoit raison. II pense meme que les alcalis se com- binent a des restes de fecule glutineuse , et diminuent par cet effet leur trop grande solubilite. Cependant, comme dans nos id^es sur les propri^t^s de la glutine , il paroit difficile qu'elle puisse rester dissoute en aussi grande quantity dans des sues d^nues d'acides , ou qui le perdent enti^rement des les premieres saturations , je nose encore adopter cette opinion , parceque je ne vois pas assez clairement quelle est I'utilite des alcalis dans la clarification du vesou. La canne couple en tranches minces depose dans I'eau ses parties solubles. En concentrant la liqueur , il s'en separe un peu avant I'^bullition une nappe verdAtre , feculente , qui na diff^re pas de celle de la groseille , du raisin, etc., et qui donne abondamment de I'ammoniaque par la distillation. Duthrone avoit obtenu aussi ce resultat. L'^vaporation continu^e jusqu'au degr6 de sirop 6pais , donne J apr^s quinze ou vingt jours , une congelation rniel- leuse , assez ferme, pour rester moulee dans les vases. La saveur de cette moscouade est agreable; elle porte un aromat dont le palais retrouve mieux le caract^re dans les melasses, mais qui est encore plus d^veloppe dans le rhum. Ainsi le parfum de cette liqueur est bien r^ellement celui de la canne; c'est un produit de la plante , et non un pr6cipit6 cr6^ par le rdtissage ou les alterations auxquelles le travail peut ex- poser ce sue avant de parvenir a I'^tat de m^lasse. Selon Duthrone, la canne donne communement la moitle de son poids en vesou ; ce sue marque au pese-liqueur de Baume, depuis 5 jusqu'a i4 degres, vari^t^ qui depend de la maturity et de I'influence des autres causes qui font augmenter ou diminuer les produits dans la canne , comme dans les autres plantes. 14 degres indiquent, selon lui, vingt-cinq livres onze onces de sucre par quintal; et comme la canne ne donne, dans les meilleures circonstances, que la moitio de son poids en vesou , le quintal de canne ne peut done fournir au-deli de douze a treize livres de sucre brut ; mais , s'il dtoit ques- tion de sucr6 rafine , il faudroit , je crois , reduire ce produit LI 2 aGS JOURNAt DE PHTSIQUE, DE CHIMIB d'un tiers au raoins , attendu que le sucre brut ne parolt pas contenir beaucoup moins du sucre liquide qui ne tompte pas, ou qu'on appelle ni^lasse. Au resie , le rapport du sucre sec au Sucre liquide est encore a fixnr ; il variera , sans doute , scion la vigueur des plantes, niais il nitrite d'etre recherche ; je me propose de m'en occuper, en reprenant mon travail sur les Cannes de Malaga. Je reviens k la moscouade ou au sucre brut. En considerant cette masse mielleuse, telle que I'evapora- tion du vesou nous la donne , c'est-a-dire , pourvue, comma elle est, d'une savenr douce et agr^ablement assaisonn^e par la l^g^re amertume de son principe extractif , on peut con- jecturer avec fondement , que les nations orientales , apt 63 en avoir fait la decouverte, et I'avoir mise au rang des condimens propres a relever la fadeur de leur insipide pate de riz, durent I'employer pendant bien des siecles dans ce premier ^tat, comrae i!s faisoient du miel ; et meme on pourroit croire aussi que c'aura ^t6 sur la ressemblance du miel au sucre brut qui circuloit alors , et non au sucre rafine, que quelques natu- ralistes anciens d^finirent le sucre des cannes, aliud mel quod in arundinibus Jit. Le miel, lui-meme , I'unique production qui ait une vraie analogic avec la moscouade , puisque Ton appelle encore aujourd'hui cette derniere miel de Cannes , n'etant susceptible d'aucun rafinage qui puisse en perfectionner les qualites , ils durent done rester long-temps dans I'opinion que le sucre brut ne I'etoit pas non plus de ce degr^ de per- fection ou le rafinage le porte de nos jours ; en un mot , si nous jetons un coup-d'oeil sur le nombre de siecles qui s'^coula entre I'usage du bl6 devenu I'aliment g^n^ral des hommes , et r^poque ou Ton decouvrit I'art d'en faire du pain leve, nous trouverons cette conjecture, a I'^gard du sucre brut, extremement fondee. D'ailleurs il est d^montr^ par les re- cherches historiques de Duthrone , que, jusque vers la fin du quatorzi^me siecle, le sucre passoil encore, sans autre purifica- tion , dans le commerce en Egypte , en Syrie , en Chypre , etc. Mais si la purification du miel de cannes est heureusement venue pour nous faire jouir du sucre dans toute sa puret^ , il faut convenir aussi que cet avantage , nous ne I'obtenons qu'en sacrifiant une partie de la matiere sucree qu'il contient; tar il est de fait que si la m^lasse, qui pourroit bien en faire plus que le tiers, pouvoit aussi perdre a son tour, et la ma- licre extractive que I'^vaporation y concentre, et celle que le ET d'histoire KATURELLEJ 26S rotlssage et les cuites rep^t^es ; et enfin les matieres ^tran- geres que la potasse, la chaux, le sang de bceuf y m^Ient aussi ; on auroit encore dans ce produit un siropqui, malgrd rinconvenient de sa liquidity , remplaceroit pourtant , avec beaucoup d'utilit^ , le sucre , dans tous les cas ou le luxe de nos tables ne le rendroit pas indispensable ; car il auroit de plus le m^rite de sucrer en moindre dose tous les me- langes ou on le feroit entrer ; c'est au moins ce qu'on peut inferer avec fondement de la melasse que j'ai separee du Sucre brut; elle a en eft'et des qualit^s qui la rendent bien sup^rieure aux molasses de nos rafineries , puisqu'elle n'est gat^e par aucune mixtion etrangere. Si la canne ^toit une plante dont la culture fut comme celle du bl^ , de la vigne , etc. , propre k I'Europe, et que celle-ci put s'approvisionner elle- meme du sucre dont elle a besoin , on peut ^galement croire , dans cette hypothese, que tout le produit des cannes ne seroit pas gen^ralement assujeti au rafinage , comme il Test aujour- d'hui dans les lies : leconoraie , d'accord avec la bien- faisance, laisseroit sans doute une grande partie de ce sucre dans r^tat brut, en faveur de la classe si nombreuse de ceux qui ne peuvent atteindre au sucre fin. Les gens mal-aises se contenteroient facilement du premier, puisqu'avec le quart ou huitieme du prix que Ton donne pour satisfaire au luxe du Sucre blanc, ils approvisionneroient leurs manages d'une quantite double ou quadruple de celle de I'homme riche. 1'out le ble est-il done destin^ k faire du pain blanc V Non. Eh bien ! tout le sucre ne se rafineroit pas non plus ; car le Sucre brut est en lui-meme une confiture pour le pauvre; c'est un condiment qui a deja son prix : il seroit done un supplement bien pr^cieux , si on pouvoit I'avoir avec abon- dance : superieur aux residus de nos rafineries dont le pauvre se contente aujourd'hui quand il peut en avoir , de quel prix iie seroit pas alors le sucre brut ? SECONDE PARTIE. I'ous les bomraes ont droit au sucre comme aiix aufres productions , puisque la providence , Qui fit naitre le riclie a cote de I'incligent, I'a prodigue sur la terre; cependant conibien, dans cette cbalne de conditions qui separe le trune de la charrue, en voj'ons- ayO /OCRKAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIK nous auxquels I'etat des choses permette aujourd'hui d'en faire usage! Le laboureur, I'artisan , le journalier, le connoissent- ils ? Non sans doute. Car est-ce la le connoltre , que de pren- dre dans son chocolat un sucre qui lui causeroit des nausees, si on le forcoit de I'avaler , d^laye simplement dans un verre d'eau ? Mais, si le Sucre venoit k manquer tout-i-coup a lEspagne, k la France , etc. , serions-nous pour cela condamn^s a nous passer d'une production devenue aujourd'hui indispensable dans le genre de nourriture et de m^dicamens dont on a fix.6 le choix en Europe , et dans ce si^cle de luxe oil un bonbon est une denr^e de premiere n^cessit^ ? Les experiences de Margraf et d'Achard , sur le sucre des bettes et des aulres plantes ou on I'a cherch^, sont encore bien ^loignees de nous pr^sager Tabondance ; le miel qui, de son c6t6 , ne Test pas moins d'etre aussi abondant qu'il pourroit I'etre, ne couvriroit qu'une foible partie de nos besoins ; et encore, s'il venoit a suppleer le sucre, ne le verrions-nous pas monter a I'instant au meme prjx? Le miel ne rdtabliroit done qu'une bien petite partie de I'equilibre ; et meme , dans I'^tat actuel , la caune ne croissant que dans des contrdes dont I'Europe dispose si pr^cairernent , qui n'entrevoit deja dans I'avenir, sinon une privation absolue, au moins le prix excessif auquel le sucre s'6!evera progressivement : ce que la politique nous autorise a craindre plus que jamais ! Cependant, si nous r^fl^cliissons sur la fertility en produc- tions de toutes esp^ces dont la nature a f^condt^ le sol d'Es- pagne , devons-nous desesperer d'y trouver aussi du sucre, et du sucre ailleurs que dans celie poignee de Cannes que Ton cultive languissamment en Murcie? Est-il meme certain qu'en Europe, nous ayons reconnu loutes les ressources que la v6- g^tation peut nous oflfrir ! Le sucre des colonies, dont I'abon- dance n'est que le fruit de tant de crimes, n'auroit-il pas encore a compter celui de nous avoir detourn^s de chercher celui de nos climats ? Continuons done , me suis-je dit il J a d^jk quelques ann^es, a le chercher dans nos campagnes ; et s^s nous flatter d'y trouver pr^cis^ment I'esp^ce que les Cannes fournissent , voyons si, parnii ceux qui se presenteroiit , il n'y en auroit pas quelqu'un qui put, sinon I'egaler , au moins compenser, par I'abondance et par d'autres avaniages, ce qui pourroit lui manquer du c6t6 des qualites ; cette d^couverte ayant et6 lobjet de mes recherches depuis environ quatre ET DHISTOIRE KATUKELLE. 2'Ji ann^es , je crois m'en ^tre approche d'assez pres pour pouvoir I'annoncer aujourd'hui , et laisser pressentir que I'^poqiie ou I'Europe pourra diminuer enfin ses dependances des colonies pour leur sucre, ne peut etre fort ^loignee de nous. TJn Sucre supplementaire , deux fois et demi plus abondant dans les fruits qui I'^laborent , qu'il ne Test dans la canne la plus riche, et cent fois moins cher a r^colter, a extraire, et a purifier; un sucre que la v^g^tation compose comme celui de canne, des deux esp^ces que j'ai sp^cifi^es dans la premiere partie, et capable, en un mot, de le reraplacer dans un grand nombre de ses usages , tel est celui qu'il est temps de faire connoitre. Ce sucre est , comme on le verra bientut, sous nos pas; partout nous foulons aux pieds cette manne que la na- ture verse avec une ^tonnante profusion sous I'heureux ciel de I'Espagne ; un voile l^ger le d(5robe k nos yeux : inutile aux riches, comme aux pauvres, qui s'en rassasient pendant queiques instans , non sans risque de leurs sanies; nous per- mettons m^me souvent aux animaux de toute espece d'en faire leur pature. Quel scandale ! Mais la chiraie peut facilement le tirer de I'oubli oii nous le laissons s'aneantir depuis tant de sifecles, et lui donner une nouvelle existence en I'ofTrant a I'utilit^ g^nerale. Je le rep^terai done encore une fois : le sucre que je vais proposer nest point de la nature de celui des Cannes; celui-ci ne s'est encore montr^ , a ce qu'il paroit , que dans les bettes ; et encore sans nous donner I'espoir d'etre ni abondant ni facile k extraire, comme I'ont bien jug6 Deyeux, Parmeniier, etc. Cest un Sucre different dont je propose I'usage dans les deux etats de moscouade et de sucre rafin^ ; dans le premier cas , sa douceur agr^able et son abondance lui donnent , comme on le verra bientot , droit d'entrer dans toutes les prepara- tions ou, la blancheur n'ajoutant rien au merite , I'economie feroit un devoir de lemployer : sous ce premier aspect j il assaisonne parfaitement le chocolat, le cafe , les laitages, les cremes , les potages , un certain nombre de confitures qui sont d'usage , etc. ; mais ce qu'il y aura de bien pr^cieux , c'est qu'il pourra , sans ^tre rafin^ , supplier le sucre de canne dans la pkipart des preparations pharmaceutiques des hospices , des hojjitaux , des armees , des campagnes , etc. , parceqae les parties ^trangeres qu'il retient dans cet ^tat, ne sont pas de nature a df^grader les qualites de ces preparations. Rafine , il est parfaitement Wane, mais il n'est pas suscep- i.'JI JOURNAL DK PHYSIQUE, DE CHIMIE tible de prendre le meme degre de condensation que celui des Cannes ; sa cristallisation grenue et poreuse le privera de cet avantage : ce sera una cassonade, et jamais du sucre en pain, k moins que I'art du sucrier ne parvienne a lui donner une quality dont je ne presume point dans ce moment le succes, faute peut-6tre de connoiire les ressources de cet art. Sa douceur est sensiblement infi^rieure k celle du sucre de canne ; c'est au sucre solide du miel qu'il ressemble le mieux; et puisqu'a poids ^gal il dulcifie moins que celui des cannes ; il est hors de doute qu'il faudroit I'employer en plus grande quantite, pour en obtenir une intensite savoureuse aussi mar- quee. II est ^galement moins soluble : j'aurois bien desir6 le comparer au sucre d'erable ; mais il ne m'a pas et6 possible d'en trouver dans Madrid. Au reste , sa douceur est franche , sans aucun arriere-gout ni melange de saveur ou d'odeur qui puisse le d^grader ; point essentiel pour tout ce qui est sucre. Mais, lorsque I'industrie sera parvenue a nous en faire jouir arec autant de facility que celui des cannes, son abondance, et parconsequent son bas prix , rach^teront avec lant d'avan- tage la difi^rence des qualites, qu'il n'est pas a craindre que le premier puisse jamais faire d^choir le second dans I'opinion , et parconsequent dans le commerce. Ce Sucre est entierement soluble dans I'esprit de vin ; mais il s'en s^pare bien plus tot que celui des cannes , toujours en cristallisations tuberculeuses , grenues , et dans lesquelles on n'apercoit aucun arrangement de parties qu'il soit possible d'assigner. Persuade qu'une comparalson des sues du verjus k ceux du raisin parfaltement mvir ne pourra que r^pandre plus d'in- t^ret sur cette matiere , je vais donner d'abord un apercu dea resultats que m'a donnes I'analyse. On y d^couvre : 1°. Du lartre ; 2°. Du sulfate de potasse ; 3°. Du sulfate de chaux ; 4°. De I'acide citrique en abondance; 5°. De I'acide des pommes fort peu ; 6°. Du principe extractif ; 7°. De I'eau. L'acide citrique est la base principale de ce sue ; il ne con- tient d'ailleurs ni gomme, ni partie sucr^e; et, dans les annees ou la cherte du citron ne periaettroit pas d'en extraire I'acide, selon ET u'hiSTOIRE NATURELLE. 273 selon la m(?thode de Sclieele , le vet jus pourroit le remplacer plus avantageusement qu'on ne I'a pens^. Mais la chaleur avance-t-el!e la matiirite du veijus, I'acide citrique disparolt insensiblemenf, au point nieme que Ton a peine a en retrouver des traces dans le raisin niur ; et les produits qui le remplacent consistent alors dans les deux sucres meles d'un pea de gomme. L'elahoration vi'getale con- siste done a transformer cet atide en produits gommeux et sucres , a mesure que le fruit approcbe de sa maturity. Les Clemens de cet acide ne dill'^rent point de ceux du sucre et de la gomme, comme on la decouvert; mais , puisque I'analyse a trouv^ aussi qu'il contient de I'oxigene, ou le prin- cipe acidifianl, plus abondamment que les produits nourris- sans qui le remplacent , cet acide ne feroit-il done , en nni- rissant, que se d^barrasser d'line paitie de son oxigene , pour se rapprocher de leur nalure? ou bien s'el6veroil-il au m^me degr^, en s'assimilant ime plus forte dose de charlion? Cette metamorphose admirable se passe chaque ann^e sous nos yeux , mais la nature se plait a I'envelopper d'un voile im- penetrable a tous nos eflbrts. Revenons au sue de raisin. Ce sue, tel qu'il s'^coule du fruit quand on I'exprime , contient des substances de deux especes; les unes raclangees simplement , et les autres dissoutes ; les parties m^iangees sont, premierement , la pulpe fibreuse et calcaire qui compose I'organisation du grain, et , secondement , une portion de la fecule que nous appelons glutineuse , a cause du rapport qu'elle a avec cette substance animalisms du froment , qui porte le nom de gludne. Ces deux substances delayees peuvent ^tre s^par^es par la filtration du suC , mais toujours imparfaitement a cause de sa viscosity , et de leur t^nacite limoneuse, qui engomme forte- ment les filtres. Mais on les enleve beaucoup mieux en les faisant chauflier jusqu'a I'^bullition , parcequ'elles se coaguient comme un caille , et viennent nager a sa surface. On ^cume, on passe par la flaneile , etc. Les substances qui se trouvent dissoutes dans le sue clarifie , sont : 1°. Une partie de la fecule; z°. Du Sucre cristallisable; 3". Du Sucre non cristallisable; 4°. De la gomme ; 5°. Du principe extraclif blanc , ou teint en rouge, selon I'espece du raisin. Tome LXIII. OCTOBRE 1806. M m ^74 JOURNAL DE PHYSIQtJE^ DE ClIIMIE Raisine, Voici le r^sultat des essais que j'ai commences sur difT^rons raisins, pour connoitre la quantity d'extrait ou de raising qii'on peut en tirer, en poussant I'^vaporation aussi loin quelle peut aller sans risquer d'en alt^rer la qualite. j8oi. Muscat de Fuencarral , pres Madrid; son sue marquoit 14 degr^s au p^se-Iiqueur de Baum^ ; son extrait fut de vingt- qualre pour cent Si Ton compare ce produit a ceux du meme fruit dans les ann^es suivantes , on voit tout do suite que celle de 1801 ne dut pas etre favorable k la production du Sucre. Le raisin de Jaen donna i5° au pese-liqueur , et vingt- denx pour cent de raisin^i : son ^corce est apre au gout; elle coiitient le principe astringent, ou propre a tanneries cuirs; celui de muscat en contient aussi , inais en bien moindre quantity. 1802. au pese-liqneur , ef de raisine. Muscat de Fuencarral ,17 Z2 \ Raisin dit yih'illa. . . , i5 24 ■ Raijin a ecorce colorde , dit A' Arragon i4 • • • 25 Raisin dit de /ea/i i3 ^3 i8o3. • Muscat de Fuencarral , 17 3a f Raisin alvilla 1 5 sS Raisin d'Arragon i5 26 Raisin de Jaen 12 21 f 1804. Muscat de Fuencarral, 16 ........... 3o Raisin alvilla 1 5 26 Raisin d'Arragon ...... 17 3o L'alvilla de mon jardin , en i8oi et ann^es suivantes , n'a donnt5 que 10" a 12° au p^se-liqueur , et de 18 a 20 de raisin^. Ce raisin ne parvient jamais k parfiiite maturity ; aussi contient-il toujours de I'acide citrique sensiblement. Ces r^- sul'ats, pris en general, nous enseignent que, la matiere sucr^e augmentant la density du sue proportionnellement au degr^ de ET n'lIISTOIRE NATURELLE. 27^ raaturit^ , I'^preuve du p^se-liqueur indique assez bien quels sont les raisins qui prometteiit le plus de raisine. Ce que nous venons dVxpnser fail done voir que le raisine qui provient d'un sue claiifie eonlient de huit k neuf sub- stances din"(5rentes , et di; I'eau , plus ou nioins , stlon le degr^ de cuite qu'il a refu. On voit de meme , que, pni.squ'une portion de Sucre en fait I'essence, le raisir;6 est d<^ja une sorte de confiture naiurelle , que les acides rendent plus ou moins aigre, suivant la maturile du fruit qui I'a donne; niais la cuite est sujette a lui communiquer un d. faut dont il est difficile dele garantir, meme en m^nageant la cluileur avec attention; c'est celui d'une saveur acre et ruiie Les acides y conlribuent, sans doute, par la r^aclion qu'iis font ejirouvfr aux autres principes durant la concentration, pnisqne le raisine n'est plus cx])0se k cet inconvenient, aus.-itnt qu'il a 6te^ prive de ces acides. Cette alteration ^tend meme son influence jusqu a diminuer scnsiblement la propriety fermentescibie du raising redissout dans I'eau, sans n^anmoins ran(^antir, comme Becher I'avoit conclu de ses experiences. Unthrone a pareillenient dit que, dans le sue de caime , le sucre liqujde ou niucoso-sucr6 qu'il contient s'altere bien plus facilement par la cuite que celui qui est susceptible de cristalliser •. mes experiences sur la mos- couade du raisin me portent k penser comme lui. Les raisin(^s de nos raisins d'E>pagne sont par eux-niemes , et sans aucune addition , une confiture agreable , ai-je dit, k. cause de I'acidit^ nioder^e qui en relive la douceur. Mais , en France , sous un climat moins favorable a la production du principe sucr^ , I'exces des acides en rendroit le gout apre et agafant , si on ne le teraj>eroit par le mdange des fruits dont la pulpe abondante et peu savoureuse etend et dulcifie ces sortes de preparations. Le raisine ,• au reste , consider^ comme substance alimentaire, ne peut, k cause de ses acides, s'associer au laitage, ni autres mets que Ton voudroit sucrer. Le raising , cuit a un certain degre , cristallise en peu de temps. 11 se cong^le en une masse spongieuse, plus ou moins humectee dun sirop qui tend a s'en Scouler. Ses cristaux ^goutt^s sont un melange de Sucre cristallisable et de tartre. C'est ce produit extrait du muscat de Fuencarral , qui, apres avoir pass^ par quelques purifications, me conduisit , ^clair^ deja par I'excellent ouvrage de Duthrone sur le Sucre, a trailer le sue du raisin corame celui des Cannes. Mm 3 276 JOUIVNAL DE rHYSlQUE, DE CHtSIIE Moscouade dii raisin. Son sue contenant, comme nous I'avons vu, des acides qui nuisent k I'extraction du sucre , il est Evident qu'il falloit , pour lobtenir , comnifincer par Ten delivrer. Apr^s avoir ^cunie le mout, on y jette, tandis qu'il est presque bouillant, de la cendre lessivee , a plusieurs reprises, et aussi long-iemps que dure le mouvement d'effervescence. On recon- noit que les acides sont satur^s , en goutant la liqueur qui n''a plus qu'uiie saveur d'eau sucree : on continue de cuire ensuite au bouillon, jusqu'a reduction de moitie a-peu-pres; puis on lalsse refroidir dans des cuviers , ou meme dans des chaudieres, sans qu'il y ait a craindre le verd de gris, comme dans la preparation des raisings. Durant ce repos , le tartre et I'aride critique , s'il y en a , convertis en sels peu solubles , 56 depose avec I'exces des cendres, et le sulfate de chaux qui est propre au sue de raisin : quant a I'acide des pommes , Iranstorm^ par la saturation en un sel terreux , qu'on appelle malate de chuu.Tc , il reste dans la liqueur, a cause de sa grande solubility. Le mout prepar^ de cette mani^re marque de aS a a6 degr^s au pese-liqueur. Si Ton poussoit la cuite au-dela de ce ternie , la clarification qui doit suivre en seroit moins facile, a cause de I'epaississement qu'il commence a prendre : on le bat avec des blancs d'oeufs , ou du sang de boeuf ; on chaufie , on ^cume , on fdtre, et on aciieve de cuire k consistance de sirop, plus ou moins ^pais , selon I'usage auquel on le destine. Ce raisine prive de ses acides principaux , r^pond , comme on Toit , au premier produit des Cannes, satur(5 et cuit au degrtj ou il preiid le nom de moscouade. Qiialite de cette moscouade. Le mout, pr^par^ comme on vient de I'expliquer, nous offre un sirop colore , quoique tir6 d'un raisin blanc ; la saveur en est douce et agreable. Mais si on en avale jusqu'a une cuil- leree , il atl'ecte le gosier de cette l^gere impression d'acret^ qu'on trouve dans les niiels jaunes. Il se congele en huit , quinze , vingt jours , plus ou moins , selon le degr^ de sa Cuite , en une masse, jaune , grenue , assez consistante pour se niouler dans les vases , et n'en pouvoir couler , en les plafant a la renverse. Le sirop qui n'est pas le plus cuit, est celui qui se condense le premier. Le sucre du raisin, pour ET d'hiSTOIRE NATURELLE 277 cristalliser , paroit exiger une certaine quantite d'eau. II ne la trouve pas clans un sirop trop cuit : il doit done tarder beaucoup plus h se prendre en masse ; mais alors aussi il prend une consistance bien plus favorable a son transport. Dans cet etat enfin , la moscouade de raisin a la consistance, la couleur et I'aspect de celle des cannes. Elle pese vingt- cinq livres dans un vaisseau qui n'en contient que seize d'eau, c'est-a-dire , que sa pesanteur est a celle de I'eau , coinme trois a deux environ. Si on compare entre elles les moscouades de cannes et de raisin , on trouve que la premiere joint a une foible amertume un parfum partitulier, dont le caractere se trouve bien raarqu^ dans le rhum. Celle de raisin n'a pas de parfum sensible; c'est im Sucre mel^ d'une saveur de fruit cuit. Cette saveur appar- tient, ainsi que la couleur, a la partle extractive concentree : cette partie ayant une propriety qui lui est commune a toutes celles de son genre, a I'inconvenient de se foncer en couleur, autant par la simple exposition a I'air dont elle attire quelques principes , que par I'eiret de la cuite : c'est elle qui finprime a la moscouade une couleur orangee ; mais cet effet lui esc commun avec celle des cannes, dont le sue n'a presque pas de couleur. Si on delaie la moscouade de raisin dans une quantite d'eau ^gale a celle qu'elle a perdue , on en obtient un mout r^genere infiniment plus colore que le moiit frais : mais il ne faut pas oublier que celui-ci , expos6 a I'air par une grande surface , ne tarde pas non plus a se foncer d'une nuance de la menie nature. Ces efFets sont particuliers au principe extractif; ceux qui sont sucr^s ou gommeux n'en ^tant pas susceptibles. II r^sulte de la que le changement qu'il ^prouve par ces causes r^unies, doit s'etendre i la mos- couade , et lui comniuniquer , comme a tons les fruits cuits, plus de couleur et plus de saveur. Voici le rapport des produits que I'analyse decouvre dans celle moscouade. Sucre cristallisable 75 liv. Sucre liquide 24 7 onces. Gomme « 5 Melate de chaux « 4 Principe extractif, quantite qu'on ne peut apprecler , mais qui duit etre bien peu considerable , puisque la melasse est , malgre sa couleur , d'une transparence parfaite. Pour decouvrir le rapport des deux sucres, j'ai fait usage des moyens suivans : ayS JOURNAL DE niYSIQUE, BE CirilMIE J'ai mis ;i ^goutter des masses de mosoouades t^vaporces an degrd que la pratique ra'a enseigne devoir etre le plus favo- rable ;i la separalion du sirop ou Sucre liquide. Ce dernier , recueilli et conserve pendant quelque temps k I'abri de toute evaporation , a encore laiss6 separer du Sucre pulverulent, et en si grande quantite, que je regarde comma certain, d'apies bien des essais de ce genre , que le Sucre cristallisable fait plus des sept huitiemes de ces moscouades. Malgr^ cela , je n'ni pas voulu porter le premier au-dela de trois-quarts dans le tableau ci-dessus, et j'en avertis, afin que personne ne s'avise de lui donner plus de confiance que ne pent lui en m^riter un travail danslequelil n'a pas et^ possible de porter plus d'exactitude. Mais il n'en est pas ainsi de ses autres composans, la gomme et le nialate. Si, a cent parties de raoscouade ramenees a I'c^tat de sirop clair, on ajoute successivement de I'alcohol, la gomme se dispose la premiere, on transvase , et on ajoute encore de i'alcohol : le malate alors se precipite k son tour; et, comme j'ai souvent r^pete cet essai , toujours sur des quantit^s de seize cents grains , j'ai lieu de croire que le rapport de ces proJuits est assez exactement designe dans ce tableau. Si Ion garde les dissolutions alcoholiques de moscouade couvertes simplement d'un papier, le Sucre solide sen s^pare en cristallisant, mais jamais assez rigoureusement pour j)Ou- voir en calculer la quantity, parceque le sucre liquide en retient une bonne partie : c'est ce qui arrive, comme on I'a d^jii vu avec le miel, quand on le traite de cette maniere. La gomme du raisin est sans couleur ni saveur ; elle ne dillere pas de celle que j'ai trouv^e dans les pommes, les mures , i'azerole , I'abricot , la prune , etc. ; c'est un des produits nourrissans des v^g^taux , semblable a la gomme arabique. Le malate de chaux n'y est, comme on voit, qu'en fort petite quantity. Si, aupres des personnes qui n'ont aucune id6e de la composition v^giitale, le melange d'un sel terreux , dans une substance destini^e a la nourriture, pouvoit paroitre un inconvenient , je leur ferois remarquer que ce sel existe aussi dans un grand nombre de fruits , notamment dans le melon et les tomates j que le sulfate de cliaux se trouve en bien plus grande quantite dans la plupart de nos legumes , dans le vin , dans les eaux que nous estimons le plus a Madrid, dans plusieurs fruits, dans la pomme , I'azerole, le coing , les palates , etc. , sans avoir la plus legere influence sur la sant6. Z/d sici'ce au Cahier prochain. ET d'hISTOIRB NATURELLE. 279 SUR L'ETUDE DU SOL DES ENVIRONS DE PARIS; Par J.-M. COUPE. SECOND MEMOIRE. PARTIE MINERAL E. S UI TE. V. Ce que la suhterraneation a opere Siir la couche de craie marine. "Lh craie marine composee sur I'onde meme de I'ocean, par I'union de I'acide cnrbonique avec des atomes de chaux , de magn^sie, ... et devenue carbonate insoluble, est descendue insensiblement sous la depuration de I'eau, molecules a mo- lecules, a la maniere de la ros^e : ce sediment ttoit comme una creme blanche , un limon liquide. Cette craie accrue avec le temps, a coul^ avec la mer sous les violens d^placemens de ce iluide : la mer ajant laiss6 notre sol a decouvert , nous en vojons sous nos pieds une vaste couche sur laquelle des couches d'autres matieres se sont encore deposees. La craie marine n'^tant plus sous la mer, a cesse d'etre liquide : dans Tint^rieur de la terre elle est toujours huinide, mollasse , et se r^imbibe aisement ; a I'air exterieur elle a ^prouv^ urie plus grande dessication ; ses molecules se sont serr^es entre elles; on la casse, mais elle est toujours farineuse au toucher. Voil4 comme on la voit a Meudon , k Bouglval ; aSo JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CIIrMIE la subterraneaiion ne I'a point chaiigi^e ; le milieu n'a fait que changer autour d'elle. La craie marine ne se trouve point partout aussi douce qu'a IMeudon. Dans les lieux ou elle est grasse , l^gere , effieurie nu toucher, on I'emploie comnie marne : il est d'autres can- tons oil le laboureur la trouve trop s^che et trop raaigre pour Fenpiojer ainsi. Sur line couche souterraine d'une aussi vaste etendue, il est siirvenu aussi ^k et la , pendant la subterraneation , quelques modifications locales. « La craie , disent les chi- mistes , peut se redissoudre dans I'exces de son acide , et plus ou moins selon la proportion de cet exc^SJi. On voit done en difi'drens lieux que la couche de craie marine a eprouve un commencement de dissolution , ou une semi-liqu^factioM , ce qui I'a condens^e et mise en pate : elle s'est rigefiee ensuite, et a forme par cantons ces pierres dures qui s'eclatent an marteau , et dont on a construit les ^gUses de Beauvais , d'Amiens, de Cambray , de St.-Quentin.. . Mais parlons de ce qui est aupres de Paris, par exemple, de Corbeil , d'Essone, ... dans ces lieux on voit que le sol glaiseux meulier repose immediatement sur la craie : ce sol, dont la superficie est le sol vegetal, a fouvni de I'acide car- bonique qui est descendu sur elle , et I'a semi-liquefiee ; elle est devenue rigide ensuite, et se casse en Eclats (2). Examinez-en un molon : vous verrez que dans la semi- liquefaction la pate s'est frequemment grumel^e en deux parts , savoir, en grumeaux tr^s-blancs , et en grumeaux rougeatres ; quails sont respectivement nets et distincts , enchass^s comme les breclies les uns entre les autres (i). Dans les carrieres sedimeut^es par lits , le toit se rompt quelquefois ; il s'eri d^tache des masses sur les ouvriers , a cause de la difference des lits. Dans les carrieres de craie la voute est inebranlable , parceque la masse est toute une. De plus, a Essone , Corbeil ^ Champignj, la craie en se semi- (i) La, aussi bien qu'a Champigny, au-dela de Vinccnne, on a fait les excavations aux penchans des cotcanx , oil le calcaire se montre : le sol meulier n'y est plus, mais il est aise de voir qu'il a e'le emporte par I'eva- sement des vallees : il est toujours sur la plaine du pays. (2) Ce grumellcment s'observe aussi dans les calcaires rigides provenant de la craie terrestre , lorsiju'ils ont ete semi-colliquefies en pate. coUiqu^fiant ET d'hISTOIRE NATURELLE. 28 1 coUiqueflant a forme des nerfs de rigefaction; tout cet ensemble s'entresoutient et compose des voutes inebranlablement sus- pend ues. L'elTet de la coliiquefaclion, et encore plus celni de la dis- solution saturee , est d'homog^ner les matieres : la craie d'Es- sone et de Corbeil , amende a cet etat , donne une chaux plus pure que la craie douce de Meudon. Pour les fours a chaux on pr^fere le calcaire a pate rigide et semi-liqu^fi^e; il est d'autant meilleur pour cet objet qu'il approche le plus de la cristaliisation (j). J'ai expos^ pr^c^demment (Journal de Physique, fructidor an XII), qu'il se formoit aussi dans I'eau qui arrose le sol vegetal, une craie terrestre par Tunion de I'acide carbonique avec les atomes de cliaux qui se rencontrent dans la lexivia- tion; que ce carbonate devenu insoluble et Union , ^toil cha- ri^ souterrainement, et laisse 5a. et la en depots par la filtration. Cetle craie, comme la craie marine, est en g^n^ral legere, douce et farineuse; c'est la manne du laboureur : il s'en troiive aussi qui ayant et6 semi-dissoute par une espece d'acide , est devenue rigide et cassante en eclats. La craie terrestre pulv^rulente pourroit faire de la chaux ; mais celle qui est devenue rigide en donne qui est bien meil- leure : c'est avec celle-la que Ton en fait vers Sl.-Arnould, Rambouillet; ... c'^toit celle-la qui fournissoit aux anciens fours a chaux dont on voit les places de cutes et d'autres sur le pays (2). VI. Larmes siliceuses noires coagulees dans la craie marine. La craie marine est remarquable par les larmes siliceuses noires qui s'y sent coUiquefiees, et coagulees ensuite pendant les siecles de la subterraneation. A partir du sol vegetal une (i) Les chiraistes ont Irouve tlans le spath cristaliise , ou le marbre , 52 parties de chaux, 35 d'acide carbonique j le reste etant de I'eau. (2) Les plerres bleues du Hainaut, les marbres noirs, soiit une craie semi- liqueliee de meme en pate fine , et toute coloree par la teinture bitumineuse du voisinage des houilles : le feu bruje cette couleur et en fait de la cLaui blanche. L'abondance du carbone dans ces raemcs contrees , a amcne la chaux a la dissolution entiere qui a pi'oduit les marbres que I'on y voit. Le sue spathique a huraeete les pierres bleues, les marbres noirs , la heuille : il s'est cristaliise dans leurs felures. Tome LXllI. OCTOBRE an 1806. N n 282 JOUnNAL DE PHYSIQUE, DE CIIIMIE lexivfat on . oit de potasse, soit d'un principe d'alcalinit^ puis^ dans !a cr ie m^me , est descendue leniement comme une moitcur , ci lie de la craie meme. Les molecules arenacees diss^minees 51 et lt\ ont 6t6 drssoules : de premieres gultules se r^unissoient ; quelques veines confiuoient , et se grossis- soient en laimes. Dans ce massif homogene la filtration lente descendoit ^ga- lement; apres un temps pent etre fort long, apres un certain espace traverse , IVliqiiation s'arretoit coagulee. Sans dome cette coagulation arrivoit lorsque I'acide carbonique de I'eau iiltrante, ou celui de la craie meme , venoit a ralentir insen- siblement la liquidity , et amenoit le sue siliceux a I'^tat de viscosity, qui Tempechoit enfin de pouvoir iiltrer plus bas. Comme runifonnite de la craie prt^sentoit uniformity de matiere dissoluble, de filtraiion et de coagulation, ces larmes aussi se sont arret^es horizontalement aiix niemes repos , et apres avoir traverse un espace de descente semblable : au- dessous d'un etage la meme dissolution, la meme eliquation, avoit lieu ^galementj elle se coaguloit et se fixoit de mema dans sa region. Ainsi se sont aligndes ces glomerations siliceuses noires que nous voyons plac^es par Stages a Meudon , k Bougival , a la Roche-Guyon , . . . et qui ont fourni sons I'^coulement des fa- laises de nos cutes, ces bancs de galets sans cesse roulans sur Ie rivage de France et d'Angleterre. Ces stations r^gulieres de larmes coagulees sont principa- lement vers la surface ext6rieure, comme dependantes de la lexiviation qui descend du sol v^g^tal , et de I'action de I'at- mosph^re. La pate de ces larmes siliceuses est noire (1) : leur sue s'est charge dans sa percolation lente de tout ce qu'il rencontroit de bitumineux ou charboneux dans la substance de la craie, comme une glaire d'ceuf : une dissolution de colle clarifie un vaisseau de liqueur : ces silex dans les fours a chaux se convertissent en une fritte blanche. Quand on casse les larmes siliceuses de la craie on y vdit des coquillages empat^s, ou plut vides, s'est logu dans les coques d'oursins , et s'y est moule en se coagulant : ce sont ces formes siliceuses ^toilees que Yon raraasse sur les cliamps des pays crajcnx. Le sue siliceux s'est conglobe , comme fait toute portion de iiquide dans un milieu auquel il ne se mdle point ; ce sue coulant n'avoit point de commixtibilite avec les molecules fa- rineuses de la craie , telle qu'on la voit a Meudon : c'est ainsi que lorsque Ton jette une goutte d'eau sur une table poudreuse, elle y rouleen globules sans se meter a lapoussiere. A Gorbeil, a Essonne , Champigny. . . il y a eu aussi dis- solution de la silice dans la craie ; raais cette craie elle-meme ayant eprouv^ une semi-dissolution , la liquidite spathique dc sa pate a favorise la liquidity siliceuse ; et la on voit que la silice est en lambeaux epars et diffus. VII- Ce (jue la suhterraneation a opera sur la couche de glaise placee sur la craie. La glaise de Gentilly, comme la craie de Meudon, est reside la meme dans la subterraneation , toujours huuiide et molle : les excavations et les conduits souterrains que Ion y perce pour I'extraire , se referinent au bout d'un certain temps , par relet de cette mollesse et de la compression du sol superieur; elle peut se s^cher jusqu'^ un certain degre dans la terre , et entierement a I'air et au grand soleil ; mais elle est toujours prete a se r^imbiber et a se ramollir. Sous la mer la glaise etoit d'une couleur uniforme, comma le veut la dilution uniforme de ce vaste fluide : Tune blanche comme la craie , I'autre provenant de la mati^re des embou- cbures ^toit bleue , verte; ... chacune uniform^ment : c'est a I'air et dans la terre qu'elle s'est marbree , partout ou elle a ^te exposee a recevoir les teintures metalliques descendues de la lexiviation du sol vegetal. Dans les pays oii ces glaises ainsi tachees ont ete imbib^es encore de dissolutions calcaires stagnantes , ce sue spathique en cristallisant les a rigeliees ; et c'est ce qui a produil les marbres a pate glaiseuse vari^e : mais cela n'a pas lieu dans les glaises des environs de Paris. II ne s'est point form^ de produits rain^raux dans la glaise de Gentilly , hormis quelques concretions pyriteuses que Ton trouve dans le dessus. N n a 284 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE \III. Ce que la suhterraneation a produit sur le pile coquillcr marin. Je suis oblige de me servir totijours de cette expression pour designer cet amas accumul^ de debris de coquillages , de litophytes , de lets, de restes osseux de tout ce qui se multiplie et se decompose sur le fond de la mer d'ages en ages; debris mobiles que ce vaste fluide sasse et ressasse dans ses d('placemens, et dont il a laisse ces acervations incroyables sur le lit qu'il a quitt^. Celle qui a reconvert I'lle de France couches sur couches, est maintenant convertie en lits solides , et en pierrcs a batir. Ces couches de comminutions, de fragmens , de coquillages entiers confondus, furent d'abord vaseuses, comme nos mor- tiers, et sans adherence : la mer s'etant retiree, elles resterent simplenient tassees sous leur propre poids , et par celui des couches superieures. La premiere jonch^e que le d^placement de la mer projeta en commencant cette grande stratification , est encore dans cet ^tat incoherent et simplenient tass^ : c'est celle que Ton voit imm^diatement au-dessus de la glaise a Gentilly, a Issi ; ... celle qui renferme les coquillages de Grignon, de St. -Germain , de Moniesson; Ja nieme que Ton voit a cette region au pied de I'Etoile, du Chant-du-Coq. . . Les bancs concrets de pierres , les carri^res sont au-dessus, et plus pres du sol vegetal. 1°. Pendant la longueur des siecles , I'eau pluviale , I'eau charg^e d'acide carbonique , s'est infiltree dans ces amas de debris coquilliers; elle a fait entre leurs diverses jonch^es des nappes de mad^faction : pendant cette digestion lente I'acide carbonique y a opere une dissolution plus ou moins enti^re, et le sue spathique en se rig^fiant a agglutine les molecules. 2°. La mad^faction seule , niais continuee , a pu exercer aussi son action ^moliiente autour de chaque molecule : leur superficie ainsi amollie a pu s'accoler a celle de leurs voisines, et devenir cimentatoire. 5°. Places en m^me temps a la press e entre tous les points, en dessus , en dessous, et lat^ralenient sous le poids ^norme du sol sup^rieur , et Taction de la continuity , ce tassement a achev^ de solidifier en autant de croutea uniques chacun de ces l^ts de debris incoh^rens. ET d'histoihe natukelle. 285 4". II descend aussi de la region du sol vegc^tal un sue spathique tout compose (1); il a pu faire dans les jonch^es de pile coquillier, ce qu'il I'ait dans les sables qu'il agglutine en gres. 5". En remontant vers la region superieure et sous le sol vegetal, on voit les prodiiits d'une colliqu^faction entiere , saroir, des mules, des epanchemens conglobules , des tables rigides, des croutes sonantes... 6*^. Au-dessus de Nanterre on voit des tas de molons cal- caires qui embarrassent la surface des champs , comma des cajlloux, et qui ne se decomposent point davantage sous Taction des hivers. Us sont d'une pate fine qui a ^te semi-colliqu^fi^e, ce qui les rend extremement durs et pesans, semblables a ce qu'on a appel6 calcaire primitif. On en voit de nieme au- dessus de Ruelle , de St. -Germain , de Pontoise, de Villepraux... Cest avec des molons de ceux-ci que Ion a construit le pav6 meme qui va a Mauie : la rigidity de cette pierre a quelque chose de coriace ; elle s"use , elle se meurtrit , plutot qu'on ne la casse. Assez souvent on trouve dans son int^rieur de petites larnies siliceuses noires , et dans d'autres des points confluens et distincts comme ceux qui sont dans la pdte du porphyre. Parmi les lits de pil^ raarin il se rencontre quelquefois une sorte de craie qui n'appartient point a la craie en masse in- ferieure, mais qui, ayant <^t6 delayee dans I'eau de la mer en rnouvement, s'est placee en lit k son tour parmi les autres couches de pile coquillier : celle-la n'a point de coagulations siliceuses noires; ce fut une simple dilution de craie semblable k celle que les fabricans de blanc d'Espagne font dansleurs tonneaux. On voit un de ces lits de deux a trois pieds d'^paisseur en- viron sous Bellevue, et aux carri^res de la Meute. La rigldite des pierres de carrieres est diflerente selon' qu'il y a eu seulement agglutination de molecules , ou que les molecules ont ^t^ portees a I'etat de semi-liquefaction et de pate commune ; selon encore que le sue a ete seulement (i) On ne peut voir daus les carrieres les slalaclites , les glacis dont ce sue. coulant enduit les surfaces de certaines fenles : I'eau du sol vegetal descend au-dessous d'une crevasse, d'un eboulement; ... elle lessive ces rna- tieres confondues. Cest au-dessous de ces lexiviations terreuses que I'on Uouve les rigefactions , les silificalioos , les crislallisations.,. 286 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHI M IE tpalhique, oii qa'il s'y est nicle quelqiie sue siliceux ; selon qu'il y a eu dans la masse quelque admixtion crayeuse, on quelquc sable dissemine... II y a dcs picrres que Ton taille; il J en a que Ion casse; il y en a que Ton fait t5clater ii la pointe du marteau. La rigefaction s'est opi^r^e lentement, et toujours sous I'etroile compression du^tassement : ciiaque jonchee confuse de mol^- eulcs et de fragmens coquilliers, cliaque nappe de maddfac- tion et de digestion , ont fait un lit de carriere. Ces lits se delachent les nns des autres par la difference meme des ma- tieres ; par le degr^ respectif de rigefaction; par une certaine superficie de limon plusattenue, ou crayeux , dtSpose sous le pause qui suivoit chaque stratification. Le grain des pierres est difl'^rent dans les carrieres diffe- rentes, selon que la mer soulevoit des portions de son lit plus ou raoins consomm^es; selon qu'elle nielangeoit ses jon- chees : il est des pierres compost^es d'une substance att^nuee; il en est qui le sont de comniinations plus grossi^res , mais uniformement ; il en est qui sont entremelees de diibris ine- gaux : . . . toutes sont suflisamment expliqut^es par la mati^re meme du pil^ coquillier bouleverse, battu sous la mer nieme, et ensuite plus ou moins modifie encore par la subterran^ation. , Les fragmens de coquillages, les coquillages encore entiers qui ^toient dans ces stratilications , ont ete detruits par la lapidifica- tion ; ou ils sont tomb^s en poussiiire, ou la dilution en a emport6 la mati^re ; il n'en reste plus que les formes. Ces coquillages sont ceux dont on voit des individus conserves a Grignon, a St. -Germain : ils sont assez connus. II faut dire un mot de ce que Ton a appel^ oolithes , petites granulations semblables a des CEufs de poissons , ou a des grains de millet. Dans I'eau , pour peu qu'elle soil mobile , tout ce qui est anguleux s'arrondit, et I'eau seule mac^re les asp^rit^s. II est sur le fond de la mer comme des tables d'oscillation, oii les lapilles vacillent sur eux-memes et entre eux : ce balancement aussi produit un effet semblable a celui du crible ; il s^cerne les molecules selon les volumes , et I'eau encore les soulive selon les pesanteurs : c'est ce que Ton peut voir au bord du premier ruisseau. II existoit de ces granules agr^g^s en Jonchdes et en nappes sur la surface du sol marin; mais ils furent disperses, comme tout le reste , lors des impulsions violentes qui souleverent le fond de la mer, et stratifierent ensuite la matiere confuse ET b'histoire katuhelle. 287 (]e nos carrieres (1) : on en voit des veines ^parses dans les pierres de Gentilly , de Nanterre , de St. -Germain. ... La carriere qui a fourni la pierre du pont de Neuiilj est toute composde de petits fragmens arrondis. Dans la mcr rn^me ces granules existoient simplement comme des lapilles de substance pierreuse, et des fragmens de coquil- lages , les uns et les autres etant plus ou moins arrondis, et plusieurs ajant leur surface maigre , cari^e , quelquefois c.i- verneuse : c'est ainsi qu'on voit encore ceux qui furent con- serves dans I'interieur de certaines helices. Mais ensuite ces granules ayant ^te renfermes avec tous les autres maieriaux du pile marin dans la longue nioiteur de la subterran^ation , il s'est attache a la superlicie , comme par supersudation , un vernis spathique clalr , glace; c'est par cet enduit mutuel qu'ils se sont accol^s en masse. Cet ^mail a recouvert la maigreur et les asperit^s des surfaces, les a ar- rondies davantage , et leur a donn^ toute I'apparence d'une coque ovo'ide. Ceux de ces oolithes, dont le noyau est un fragment co- qulllier , tombent ais^ment en poudre cornme Ja substance des coquilles ; ils sont blancs et crajeux ; leur int^fieur ouvert laisse voir leur carie : plusieurs aussi paroissent chambres; et comme tout est vie dans la mer , il se peut que quelqueS fibrilles animales y aient 6t6 renfermees. Les etres de cet Element sont sans nombre, et sous toutes les formes : tout aussi se mele et se conibnd sous I'onde de la destruction (2). (i) A la vue de celle grande nappe uniforme de sable rcstee etendue sur le pays dans une horizonlalite si parfaite . on reconnoit aisemenl que la mer en nous kiissant notre sol, n'a fait que baisser, et sc ictirer au Havre. Mais la formation des bancs de nos carrieres, faitc long-lcuips auparavaaldans son sein , s'etoit operee sous de plus grandes agitations. (2) Dans les eaux aussi , et surtout dans les caux terrestres , il est cer- tains cantonnomcns oil elles sont incrassanles , c'est-a-dire cliargees d'une dissolution calcaire , marncuse... qui tend a se deposer, et <|ui , comme le givre , sattaclie ii ce qui lui presenle un contact fixe : les lapilles, les petits points solides , pour peu qu'ils soient mobiles ou vacillans , s'enduisent d'une couche adherente, puis d'une seconde..,cn s'arrondissant. On trouve de ces nojaux beaucoup plus en grand parmi les sablons que I'on retire de la Seine. On appercoit quelquefois dans le sal)le des allces d'uh jardin public , une concretion ronde ou ovale , qui presenle a I'exterieur comme une coque unie. Celte coque est une croute; grattez-la , au-dessous vous en trouvez une 2', une 5'; ... vous arrivez enfin au noyau solide qui tSS JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIB II descend du sol vegetal des leintures ferrugineuses qui se repandent dans les regions inKrieures; on voit qu'elles ont coule par les fissures des bancs des carrieres, et qu'elles les ont jaunies. Ces eaux ochreuses portent aussi avec elles une lexiviation corrosive ; on remarque dans plusieurs endroits des carrieres les troupes' qu'elles ont faites au travers des lits du toif, et ces entonnoirs sont restds obstrues de la ma- ti6re de la pierre empatt^e de limon jaune glaiseux. On a sonde la terre sous la Manclie et le Pas-de Calais , on y a reconnu des bancs , et un sol de pierres marines mi- n^ralis^es comine sur le continent. II est possible que la mint^ralisation ait lieu dans les bancs recouverts les uns par les autres sous la mer meme : mais il faut dire aussi que Ton exploite en Angleterre el en Ecosse , des houillieres qui descendent beaucoup au-detsous de la nier. Or , les houillieres annoncent un sol qui a ete anciennement a I'air et au soleil, sur lequel de vastes forets r^sineuses in- cendi^es ont verse des flots de goudron , qui s'y est imbib6 , et coagule ensuite en veines de houille pendant la longueur des si^cles. L'equateur en s'doignant de nous a fait ainsi renfoncer noire sol : la mer alors s'est autrement distribuee. Si elle a mis des parties de son lit a d^couvert , elle s'esl placee aussi sur des parties continentales , qui avoient 6te min^ralisees deja sous les lexiviations du sol vegetal et les eflets de I'atmospht^re souterraine. Tel est le fond de la Manche ou Ton a sond6. Les Anglais, en suivant jusque sous la mer leurs veines de houille , jugerent aisement que le fond de la terre est ^galement riche d'autrefois sous cet element : exerces a sonder leur sol, its sonderent aussi sous la mer, et ce ne fut pas une vaine curiosity ; ils decouvrirent ainsi des filons de leur ^tain , et ils en vinrent jusqu'a entreprendre de les exploiter au milieu meme des flots. La g^ologie doit de la reconnoissance a I'art de la sonde, et a cette perscrutaiion des houilles qui va rechercher dans tous leurs plis et replis les restes de ce monde enseveli : mais aussi ces memes travaux resolvent un nouveau nierite de la est quelquefois une valve Je coquillage , comnie voiis anivez au noyau de la pierre de la vessie , au grain d'anis d'unc dragee , au jjrcmier poiut de la jaine de t'er granuleusc... geologies : ET d'hISTOIRE NATURELLE. 289 geologie; sans elle ces momniiens ju-f^cieux restoient indlffe- rens , comnie des niat(5riaux terrestres on de simples engrais. Par exeniple, depuis le temps de Pline , et bien au-dela , on extrayoit la teri-e doinhre de Cologne : Vhios solos gentium novinius , tjui fertilissimum agrum coIcntPS , qiidcumque terra infra tres pedes effossd , et pedali aldtudine injectd IcetJJicent. L. XVIII, Gh. VII. Ce vaste depot ne servoit qu'aux agriculteurs. Enfiii, des observateurs ont examine ce repertoire accuniul6 de v^getaux inconnus; et en reunissant ce fait a d'aiitres faits semblables, nous apprenons qu'une partie de la Germanie est o.nCediluvienne (i) , quelle a ete sous le fropique environ ; que ses vegetaux d'alors ont p^ri sous un changement subit de climat, avec ses el^phans , ses rhinoceros, . .. morts egale- ment sur sa surface, comme tant d'autres sur celle de la Pologne, de la Russie. ... Les ossemens de Montmartre, ceux de la coUine pres d'Or- leans, ... sent dans des sedimens marins ; ils venoient d'un continent : la France etoit alors sous la mer. En Allemagne , au contraire , on trouve des ossemens testes dans des positions extra-marines et conlinentales. Lesossemens de Montmartre, ceux de la colline d'Orleans, ... oiutions dans les acides. Cela tient sans doute a ce que dans les dissolutions vertes de fer ordinaires , I'hydrogene se combine avec le fer dans r^tat de gaz naissant ou Ires-dense , et il forme une combinaison plus solide que celle que forme l'oxide rouge avec rhydrogl.ie fourni par I'hvdrogene sulfure. Si les oxides verts de fer sont des hydrures , comme je pense, il est tres-facile de se rendre compte de I'alteration qu'eprou- venl les sels verts de fer exposes a I'air. II n'est pas etonnant que I'hydrogene combine avec l'oxide de fer se volatilise spon- tanenient a une temperature au-dessus de io°. Presque toutes les combinaisons oii entre I'hydrogene , se d^coniposent de la meme mani^re, particulierement lorsqu'elles sont dissoutes dans I'eau; telles que 1 hydrogene sulfur^, phosphore et car- Lon6 : tous les acides vegtitaux se decomposent aussi sponta- nement lor.'jqu'iis sont dissous dans I'eau; I'alcohol subit aussi cette decomposition lorsqu'il est ^tendu d eau. L'air atmosphe- rique n'a pas plus d'influence sur ces ph^nornenes que sur ceux de la fermentation et de la putrefaction. Toutes ces ope- rations exigent des vaisseaux ouverts , parcequ'elles degagent 3l2 JOURKAL DE PHYSIQUE, DE CIIIMIE dilT^rens gaz , qui, arretes pnr une pression quelconque, ar- retent le cours de ropt^ratinn. J(3 ne regards les ex|)^neiu:es rapportees dans ce Memoire, que comme IVbanclie d'un travail plus 6tendu et mieux appro- fotidi ; mais comme difterentes circonstances m'ont failajourner ce travail depnis un an , et qn'il est tr^s-douteux que je puisse m'y livrer de long-temps , j'ai voulu annoncer ces fails aux chimistes. Appercus qui decoulent de ee Memoire. \°. Tous les oxides de fer solubles dans les acides sont rouges ; et qnoiqne leiir proportion d'oxigene varie depuis i5 centiemes lusqu'au-dela de So , ils ne sont pas distinguibles entre eux par aucun des moyens employees jusqu'ici en cliiniie. z°. L'oxide blanc de fer est un sel avec exces d'oxide. 3°. L'oxide vert n'est plus un oxide pariiculier , mais un h_ydrure, on la combinaison de l'oxide rouge avec I'hydrog^ne. 4°. L'influence de lair atmosph^rique sur les dissolutions de fer est nulle , au inoins a la temperature ordinaire de I'atmosphere. 5°. La saiuratlon d'oxigene dans les oxides de fer ne d^truit pas leur magnetisme , comnie on a pr^tendu jusqu'ici. Tout oxide de fer est magn^tique , ou peut le devenir sans perdre un atome d'oxigene. NoTA. II y a long-temps qu'on a observe que le magne- tisme s'afl'oiblissoit ou disparaissoit tout-a-fait dans les oxides de fer. A chaque ^poque on a rendu compte de ce phenomena suivant la mani^re dont on envisageoit les cbaux metalliques. Avant la th^orie pneumatique c'etoit au phlogistique qu'on attribuoit le magnetisme (i). Apres que les travaux de Lavoisier ont appris que la formation des cliaux metalliques e4oit due a la combinaison de I'oxig^ne avec les m^taux , les chimistes ont naturellement conclu que c'etoit I'oxigune qui portoit alteinte au magnetisme ; et comme d'un autre cute les faits paroissoient prouver que le magnetisme etoit nul dans les oxides tr^s-charges d'oxigene , on a erige en principe que les oxides au maximum , ou rouges, n'etoient pas magnetiques. (0 Baunje , tom. 2, p. 545, Ce ETnillSTOtRENATURELLE. Ol3 Ce princj'pe, qui n'est pas d'accord avec le fait que je viens de rapporter, a embarrass^ plasicnrs savans dans I'explicatioa de quelques plienomc^ncs. Le celebre Bnroii de Huuiljoldt , qui venoit de deconvrir la polarit^ m.igndtique dans line ser- pentine , ne pouvoit se rendre conipte de celte pro[)ri(ko dans iin mineral qui, d'apres Tanalyse , ne contenoit que de I'oxide sur-oxide ou au maximum (i). M. Guyton objerve a celte occasion, que le mot sur-oxide , dont le Baron de Humboldt se sert, est inexact , parceque ces deux propriei^s d'etre mign^- tique et sur-oxide, sont incompatibles, et que le niagnelisme qu'adectent la serpentine de Saxe et autres mineraux qui ne donnent pas I'analyse de I'oxide vert, doit nous conduire k croire des oxidations intermediaires dans le fer (2}. M. H;iiiy, ce savant physicien auquel le niagn^tisme doit des ^claircis- semens tres-lumineux, s'est laisse entrainer aussi par les chi- mistes ; et, ea cherchant a sc rendre compte du magn^tisme qu'acqui(irent quelques oxides rouges de fer lorsqu'on les chaufte fortement, dit que cela tient a ce que la clialeur rcduil c/uel~ ques particules d'oxide , en meme. temps quelle seconde I'aciion niagnetique du globe , etc. (3). J'avois d'abord souscrit a des autorites si respectables , et parceque , comme dit Bacon , oport.et edisceuteni credere , et parceque, dans le commencement de ces reclierches, j'avois essaye plusieurs oxides rouges obtenus de dilTeretites dissolu- tions de fer, ainsi que plusieurs safrans aperitifs deMars, qui ne m'avoient pas donne le moindre sigue de magnetisnie ; mais comme par la suite je me suis apper(ju que des oxides tres-charges d'oxlgene, tels que ceux qui en conticnnent o,5o et 56, conservent leur magnetisnie, tandis que d'autres qui a peine en ont 20 (4) j ne sont pas aitirabies, j'ai conclu qu'il y avoit una autre cause qui agissoit a la fois avec I'oxigene, ou peut-etre exclusivement , pour y d^iruire le nicigoetisme. En relluchissant sur les circonstances qui president a la for- mation de tous ces diO'^rens oxides, je soupjonne que dans ces phenomenes , comme dans la plupart de ceux auxquels (1) Annales de Cliimie , torn. 22. (2) Annales de Chimie, torn. 24. (3) Traile de Mincralogie , torn. 4) P- 112. (4) Ceux obtenus des dissolutions vertes dont je parlerai dans la suite d« wte Mcmoire, Tome LXIII, OGTOBRE 180C. R r 5l4 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE donnent lieu les oxides de fer , on a trop accorde a I'influence de I'oxigene , en lui attribuant des efl'els qui ne liii appar- tienneni pas. Si la j)erte du magnetisme dans quelques oxides rouges de fer , ne vient pas exclusivement de leur extreme dlvisibilite , an moins elle y exerce une influence beaucoup plus marquee que I'oxigene. Lorsqu'on pr^cipite Toxide magnetique dont j'ai parle par les alcaUs concentres et sans beaucoup etendre d'eau la dis- solution , le precipit^ est brun , plus on moins noirdtre ; il ne change pas par sa dessication a I'air , et il a un magn(?- tisme tres-marque. Si au contiaire la dissolution et les alralis sont eiendus d'eau, qu'on a fait bouillir long-temps pour ^carter tout soup^on de sur-oxidation , le pr^cipitt^ est rouge comma tous ceux qu'on a|ipelle au maximum ; et si on le fait s^cher a Tair ou a une chaleur douce comnie le precedent , il ne donne pas des signes de raagn^tisme. Or , nous ne pouvons pas attribuer cette difference de couleur et de magnetisme a une ilifferente proportion d'oxigene , puisqu'en faisant cette experience sur deux parties ^gales d'oxide , on voit que le poids de I'oxide rouge est le nieme que celui du magnetique- Done ladiflerence du magnetisme, comme celle de la couleur, tient a la difference de rapprochement ou de densite entre les molecules des deux precipites. En effet , lorsque la dissolution est concentree , les mole- cules d'oxide se touchent , ou du moins eiles sont beaucoup plus pr6s les unes des autres que quand la dissolution est etendue d'eau ; et cette difference de rapprochement est en raison des volumes des deux dissolutions , puisque la dis- tribution de I'oxide dans I'un et dans I'autre cas est uniforme. Supposons que cette difference de rapprochement soit dans le meme rapport que i-: jo , ou , ce qui revient au meme, que Tepaisseur des colonnes de liquide , qui separent les mo- lecules , soit de Yi ^^ ligne dans la dissolution concentree , tandis qu'elle sera d'une ligne dans celle qui est etendue d'eau , qu'arrivera-l-il si une goutte d'alcali vient frapper un point quelconque de la dissolution concentree? L'alcali determiiiera la precipitation d'un certain nombre de molecules d'oxide , qui seront d'abord entre elles a 7^ de ligne comme quand tjlles etoient combinees avec I'acide ; rnais leur pesanteur, se- condee par la pression de I'atniosphere et par celle de la dis- solution, peut vaincre la resistance qu'oppose a leur rappro- chement la petite colonne de liquide qui les stpare. Voila ET d'i£1ST0IRE naturelle. 3iG pourquoi ce pr^cipitd est noiratre, conserve son magnetisme, et au bout de quelqucs minutes n'est pas dissoluble dans I'acide muriatique a froid. Dans la dissolution tres-^tendue d'eau , quoique I'alcali de- termine la chute d'un nombre ^gal de molecules, et qutique Itur pesanteur et la pression agissent de la nieme manieie , comme la resistance que les colonnes de liquide leur opposent est dix fois plus grande, leur rapprochement ne peut pas eire si complet. De la la difl'^rence de couleur , la nuUiici de magne- tisme , et la facility de se dissoudre dans les acides. En outre, qiiand on calcine de la limaille de f'er exlr^me- ment d^liee , et qu'on la divise dans le cours de I'op^ration jusqu'^ cequ'elle ait pris i5° d'oxigene, on obtient une poudre rouge tres-fine , beaucoup moins magnetique que les oxides de 3o et de 4o, obtenus par le precede ordinaire (i) , quoique elle ne conlienne que les centiemes d'oxigene indiques. Enfin , les pr^cipites rouges des dissolutions de fer , et la plupart des safrans aperitifs de Mars, apies eire bien desse- ch^s , ne donnent pas des signes de magnetisme ; mais si on les soumet a un feu vif pendant quelque temps, leur volume diminue , leur couleur est plus intense, et leur magnetisme est bien prononc6. Or, on ne pcut pas dire qu'ici le magne- tisme soit du a la perte de Foxigene, puisque les experiences de M. Proust (2), et derni^rement celles de IM. BerlhoUet (5), ont prouvii que ces oxides , exposes au feu le plus fort de nos fourneaux, ne laissent point d^gager un atome d'oxigene. A ce meme rapprochement tient la conversion des crayons rouges en aimant , rapportee par M. Haiiy (4) , et la polaritd magn^tique , qui se developpe dans tous jes oxides de fer chaufles au chalumeau , observee par M. Lelievre. D'ailleurs, I'atToiblissement du magnetisme, par la division et meme la suspension absolue de ses efl'ets , sont une consequence de la theorie ou des idees que nous avons du magnetisme. Quoique je ne connoisse pas des experiences exactes qui prouvent que le magnetisme agisse en raison directe des masses, une foule (i) C'estf-a-dive avec la limaille ordinaire , sans la diviser dans le cour* de la calcination. (2) Journal dc Physique. (5) Journal de Physique. , (4) Traite elementaire de Physique. R r a 3lG JOURNAL DE THYSIQUE, DE CIITMIE de faits atteslo qu'il est souinis a cette loi (i). Personne n'ignore qu'a (galiti de circonstances, uii b.irreau airaaiil^ de 8 pouces de longueur et i d'cpaisseur, est plus fort qu'iin autre de la jnoiti^ de cos dimensions. Les deux liypotlieses qui niotivent le m,!gn6tisme terrestre reposent aussi sur cette loi : c'est ea vertu de leur grande masse que le nojau magn^liqae ou les mines de fer agissent a des distances si procligieuses. Sans supposer celte loi on ne pourroit pas se rendre compte de ce pli^nom^ne. Ainsi , toutes choses Agates, un grain de fer aura line force magn^tlque cent fois plus grande que -~ de grain, ct niille fois plus grande que 7^-, etc. ; et I'imagination peut ais^ment concevoir une subdivision parlaquelle la force magne- tique dii grain de fer soit si partagee et sa sphere d'activit^ si raccourcie , que le magnt'tisme de chaque |)arcelle non- seulement ne peut pas franchir I'espace qui la separe de celle fjui I'avoisine , mais meme donner des signes de magnetisme luise en ( ontact avec une aiguille aimant^e. Un example va nous (^claircir. Supposons que Je presente le pole boreal d'une aiguille k vn morceau de iimaille de fer, le fluide austral de celui-ci se placera a I'extr^mite qui sera plus pr^s de I'aiguille , tandis que son fluide boreal sera refoule a I'extr^mit^ opposee. Mais comme il y a una dilT^rence assez apprt^ciable entre la dis- tance a laquelle agit le pole bortial de I'aiguille sur les deux fluides du morceau de Iimaille, la force australe de celui-ci I'eniportera sur la force bor^ale , et en vertu de cette prepon- deirance il s'approchera de I'aiguille. Divisons successivement ce morceau de Iimaille jusqu'a ce qtie la distance entre les deux pAles d'une des parcelles, mises en contact avec I'aiguille, soit si petite que , pour ainsi dire , le si^ge des deux pules soit confondu. Alors la difl'trence entre I'atlraction et la re- pulsion sera inappreciable, et la parcelle ne donnera pas des signes de magnetisme. On pourra dire que ce d^veloppement de magnetisme, dans les oxides fortement chaufl'es, est plutot dn a ce que la clialeur affoiblit la force coercitive qui s'opposoit au magnetisme. Mais, outre que cette force coercitive n'tst pas un fait si (i) Et quand meme cette loi soufTriioit qiielque petite modification , Ics cffets de celles-ci seroienl inajiprecialilcs pour cette discussion. ET d'histoire kAturelle. 5i7 aver^ que le rapprochement qu'^prouvent ces oxides tomes les fois qu'ils deviennent niagnetiqucs, elle lie pourroit rendre compte que d'une partie des phtinomenes, moyennant que dans les oxides par precipitation, que I'oa peut obtenir magne- tiques a volonl^, la clialeur est nulle. Au reste , quelle que soil la cause de ce ph^nom^ne, il est constant que les oxides satures d'oxigene sont magn^tiques, ou au moins iis peuvent le devenir sans perdre un atome d'oxigene, sans pour cela que je pr^tende dire qu'une quan- tity donnee de fer saturee d'oxigene conserve la rneme force magn^tique qu'elle avoit avant d etre oxigenee. Je n'ai pas fait des experiences la-dessus. OBSERVATIONS METEOE.OLOGIQUES FAITES ; Par BOUVARD,astroiK)me.- I I THERMO METRE. Maximum. Minimum, a Midi E A R O M E T R E. M A X I M U M. Mini Mu m. a Midi i inidi i midi a 2 I s. i midi i 3 s. :.3is. a 2 s, i midi il s. a midi a 2 J s. i muli a midi k midi i midi I 8 s. i midi ioi a 2 s. 1 2 J S. 'l I j S. k 2 s. a midi a2i s. 2 ^ S. midi midi i midi +19,0 -f-20,7 H-2o,6 +16,4 +22,4 -|-22,0 + 19,8 + i«,7 +16,1 +10,0 +i3,3 + 12,9 + 14,1 + i3,i 4-10,5 + l3,2 4-14.9 +10,3 +17.4 +i6/> + i«,8 -t-i«,4 +i5,3 +14,3 + 13,1; 4-i5,3 + 17.4 +18,3 -f-12,9 111 ;i2i i 5 -i- 111 . ;'i 5 j 111, a 4 f m, a los. i 3 ; lu ;\3im. a 9 ^ s. ays. a 10 s. a 6 m. ■I 8 m. a 8 m. ;'i S r i>i. k 8 1 m. a 5 ,- m. a 5 J m. k IIS. a 6 m. k 6 111. k 4 f m. k 6 m. a 6 -J m. a 7 m. a II is. a 6 i m. a 6 I m. I m. 9 J 3. +io,8 + 11,8 -f-ic,4 + 8,6 + 12,5 + 9^4 + +14.2 + 11,0 + 12. + 8 + 8, + 9.8 +10,3 + 9/' + 8,-J 4- 7>i + 7,3 + «.9 + 6,5 + 7.2 + 7.4 + 100 +11,8 +10,5 +10,8 + + +11," + 0,3 9,4 8,5 + 17.« + '9.° +'9.4 +20,6 + 16,2 +20,1 +21,3 + 19,^; 4-18,1 +16,1 + 9,° +i3,3 + 12,9 +14.1 + i3,i +10,3 + l3,2 +i3,3 +14.8 +16,8 +16,5 + 18,3 +18,1 +15,3 +12,6 + i3,8 4-i5,3 +17,3 + 10,3 + I-J.9 il 9 y S 28. 0,55 tk 10 j-s 28. 2,45 a 5 { m. . . .28. 2,40 a 4 .J m. .. .27.11,95 i 10 s 28. 1,65 h midi 28. i,5p midi 28. 1,40 a midi 28. 2,18 ;> 9 i? 2.7.11,17 a midi 27. 11,77 k 10 s 27.11,80 a 10 is 28. 0,76 il 8 5 m 28. 1,90 ck8m.. 28. 0,53 i midi 27. 11,60 i 8 s 28. 1,66 ''<9rs 28. 3,76 h midi 1 28. 5,07 h. 8 m 28. 4,56 k 8 m 28. 4,17 k 7 ; 111 28. 3,53 k midi 28. 1,97 a midi 28. i,5o i 7^5 28. 1,65 agis 28. 2.88 II 7 s 28. 3,5o ft midi 28. 3,34 i 6 I m 28. 1,79 a I m. . . .+28. 0,16 a 9 j s 28. 1,52 Hi. 2 i m,, o-im.. 2 i m 27 5 -J m 28 II s 28 9is 28 8 m 28. 3\m 28, ,28. ,28. •27. 8 111 27 . midi 37. 6 m 27 . 8 m 28. 8 is 27. 5 i m 27. 6{ m 28. 5 j m 28 . S|m 28. 11 s 28. 3is 28. 8| s 28. 9 i s 28 . 9 s 28. 6 i m....28. 7 m 28. 7 m 28 . minuit. . . .28. minuit. . . .28. 7 m 27. 7 m. 6i in. .27 .28, 1 1,45 1,28 ■ 0.92 . 0,55 o,5o 0,9' 0,89 0,70 9,25 11,67 9.77 1 1, So 0,36 1 1 ,3o io,65 0,75 2,48 3,78 4,42 «^,77 2,52 1,27 i,o5 0,55 2,20 3,25 2,60 0,25 11,25 0,25 • o, . 2,oS . 2,00 .11,25 . 1,35 ■ i,5o ■ 1,40 . 2,18 • 9.90 •11.77 • 9.77 .11,84 . 0,36 . 0,23 . 1 1 ,60 . 1,25 . 3,26 ■ 4.40 • 4>47 ■ 4.08 . 3,3o • 1,97 . I, So . 1,16 • 2,78 . 826 . 3,34 • 0,91 .11,95 , 0,84 RECAPITULATION. Plus crandc elevation dii merciirc. ..28.5,07 , le 18 S midi |. Moiiidrc elevation dii mercure 27.9,25 , le 9 i 8 , ra. ilcvation moycnne 28. 1,16 * Plus grand degre do chaleur +22°,4 le6a 3 h. J s. Moiudie degr6 da chaleur + 6, 5 Ic zo i 6 li. m. Chaleur raoycnne + 14,4 Noinbre de jours beaux i5 Eau de pluie tombde dans le cours de cemois, o,'"o5567 = i pouce Slignes 8 dixiemes. 1 L'OBSERVATOIRE IMPERIAL DE PARIS, SEPTEMBRE 1806. 5?^ Hyg. h. micli. Vents. POINTS LUNAIRES. VARIATIONS DE LATMOSPHERE. I 78,0 N-O. 2 7«,o N. 3 76,0 s 4 71,0 s. 5 68,5 0. r.Q.iu^35'j. 6 79.-1 s. 7 81,0 S. S-O. 8 79.0 s.s-o. 9 94,0 S. fori:. 10 71,0 0. SO. II 86,0 0. NO. L. PeriKe. 12 79.0 0. N-O. N.L.i3h.36's. Equin, descend. id 90,0 0. NO. 14 89,0 E. N-E, 10 86,0 S-O. 16 93,0 N-O. 17 85,0 N. foible. i« 88,0 N. N-O. 19 94.0 N. Ibible. p. (J. i^'.ag's. 20 g3,o N. 21 8.'.,o E. 22 85,0 S-E. 23 86,0 S. 24 go,o NO. 25 93,0 N. 26 98,0 N. fort. L. Apogff . 27 8y,o N. Equin. ascend. p.i.a8h.4i's. 28 gi,o S. S-E. 29 88,0 «, 3o 92,0 b. Brouill. ; ciel touverl ct Ut;s-jQuageu,\ le solr. Ciel idem. (]iel idem. Ciel im;if;eux ; quelques eclaircis le soir. Ciel nuageux et couvert par intervalles. Assez beau ciel lem.;pc-tile|)l. surlesiih. Ci'l ademi-coiH-.jLeau c iol iniidi; pi. abond. sur Jesii li. s. Ciel ti»s-noageBX j eclairs consid. i I'orieDt; ciel k demi-couvcrl le soir. Ciel tr.-coiiv. ; tonncrrc; pluie abend.; assez beau ciel le s Ciel nuag. et couv. par int. ; pluie sur le soir. Pluie tout le jour. Ciel nuageu.x el couv. par inlerv. Ciel couv. ; pelitc pluie par intcrv. ; Eclairs sur ie soir. (/iol couvert et nuageu.v. Ciel couvert ; pluie a 4 h. i soir. Ciel couvert. Ciel couvert e( tr^s-nuag. ; quelques gouttes d'cau Assez beau ciel jusqu'a midi, et nuageux le resle du jour Convert lout le jour ; beau ciel le soir. Brouill. ; ciel nuag. ; tr^s-beau cielle soir. Ciel supcrbe tout le jour. Brouill.,' pctitsnuages; ciel superbe. Brouill. 5 ciel nuag. cl trouble ; eclairs de chal. sur le soil. BrquiU. ; ciel couv.; quelques goutles d'cau le soir. Ciel tres-couvert; quelques eclaircis par interv ' Cicl tres-couvert lout Ic jour, ct assez beau le soir. JBeaii ciel par intervalles. Brouill. ; iissez beau ciel le matiu j couv. par intervalles le reste du jour Ciel nuag. el c,,u v.; lorle av. entre 2 el 3h.; cicI nuag. iiar int Beaucoup d eclaircis par int. ; pluie par int. R E C A P 1 T U L A I I O- N. de converts iS de pluie II de vcMl So de gclee o dc tonuerre 2 de brouillard 6 de neige o Juu'.'s doul le vent a souUIi du '"'^^Kl^LXRXXi 320 JOUHNAT. T) E rilYSIQTJE, DE CHTMtE F A I T S Pour servir a I'Histoire des charbons de terre ; Par le Professeur PROUST. Un diarbon de Decise laissa , apres sa distillation, Sg a Go de residu charbonneux , ou coak des Anglais. Sage. Un charbon des Ct^venes. BerthoUet •]& k ']j De la mine de la ioret Gcnsane 75 m'ont donne : un charbon anglais 64 De Lieres en Asturie 60 Del Fondon en id 64 De Belmez en Estramadure 65 De Villa-Nueva pres Seville 68 De Quiros en Asturie 70 De Las Caniaras en id 70 De Langreo en id •jS De la Rionda en id 76 De la Riosa en id 77 Do RipoU en Catalogne , De Montalban en Aragon , De Reynosa en Castille Les environs de Madrid ont offert quelqucs vestiges da terres impr^gnees , mais non du charbon de terra comme on sen ^toit flattt^. Cependant point de ville en Europe qui en ait autant besoin aujourd'hui. Je n'ai visite des mines d'Espagne que quelques-unes de la fertile et pittoresque province des Asturies : de cette terre qui vous pr^sente en miniature tout ce que le voyageur admire de grand et de sublime dans les Alpes. Ces charbons ne s'y presentent en general que comme des filets de pen d'^paisseur ; a peine si les plus forts atteignent 18 pouces. Ces veines encaissees comme partout ailleurs , entre des feuillets d'argile , sent tres- variables. La pyrite en gate un grand ET d'hISTOIHE NATtTRET. T. E. ''SI grand nombre , et la calcination qui desoufre , dit-on , le charbon de terre, ne seroit gu^re capable de les en debar- rasser. De la vient qu'i! ne sera jamais possible d'etablir en Asturie, des fonderies comme celles d'Angleterre et du Mont- Cenis, attendu qu'on ne pourroit se flatter d'en tirer commu- nement ces milliers de combustibles dont on a besoin chaque jour pour alimenter d'aussi vastes fourneaux. Benicarlo , cote de Valence, dont les vins partent chaque annee pour aller concourir a la seconde fermentation de ceux de Bordeaux, a anssi dans ses environs des fonds de vallons oil tout annonce le charbon de terre. On se proposoit d y fouiiler qiiand j'y passai , mais on manquoit d'une sonde, ce prtJcieux instrument qu'on devroit avoir en Espagne, ainsi que des ouvriers qui sussent le maneuvrer. Produits de cent livres de quelqiies charhons. Villanueva . . . Coak 68 liv. 8 one. 4 gros. Produits condenses. i2 i 6 Gaz perdus 19 5 6 100 o o Behnez Coak .....'.. 70 2 2 Produits 17 II Gaz - . 13 7 4 o Langreo Coak 76 o Produits 16 2 6 Gaz 8 3 2 Anglais Coak 64 i o Produits 19 i4 ^ ' Gaz 16 o 2 Il^toit int^ressant de comparer le produit aqueux avec I'huile: apres les avoir separes , j'ai fait par le calcul, le premier ^gal a cent , pour en rendre les differences plus sensibles. Chacun de ces charhons a et^ distills a la dose de 3 liv. , afin d'en avoir des resultats bien marqufe. Villanueva. Produitaqueux 100 huileux 262 Belmez , . 100 huileux 1 58 Tome LXIII. OCTOBRE an 1806. S s Langreo 100 huileux a 88 Anglais 100 huileux 56 322 JOURNAL DE PHYSIQUE, »E CHI M IE II falloit aussi comparer le coak avec Thuile; c'est ce qu'on voit dans le tableau suivant : Anglais . . Coak . . 64 . . Huile 7 liv. one. 4 S'"°^ Villanueva Conk . . 68 . . Hiiile 79 » Belmez . , Coak . . 70 . . Huile 10 4 " Langreo. . Coak . .75 . . Huile 11 11 4 II r^sulte de ces comparaisons, que dans trois de ccs cliar- bons, le produit huileux est plus abondant que celui en eau. 2°. Que le poids des gaz est aussi variable que celui des li- quides , puisqu'il esl tanlot au-dessus , tantut au-dessous. 3°. Que le charbon r^el que fournissent ces bitumes est en g(5n6ral au-dessus de 60, et que d'espece a esp^ce, il court entre 60 et 80. 4°- Qu'il est trois fois plus considerable que celui que don- nent nos bois conimun^ment; car il n'y a de connu que Tin- digo qui puisse se comparer a cet tigard avec les charbons de terre. S°. Que la mati^re des cbarbois de terre est aussi variable dans ses produits cbarbonneux , buileux , gazeux , etc., que les corps organises qui naissenl aujourd'bui sous nos yeux. 6°. Que leur produit en huile est en general beaucoup plus fort que celui que pourroient donner nos bois r^sineux , tels que le ch6ne , I'orme , le frene , etc. 7**. Que le charbon de terre est trois fois plus avantageux dans les fourneaux qui peuvent admettre ce combustible , qu'aucun bois connu , puisqu'il y laisse trois fois plus de matiere charbonneuse. 8". Que ce charbon , a raison de son azotisation , tire de notre almosphere beaucoup plus de feu que celui de nos bois, puisqu'il ne peut bruler qu'en d^composant one quantity d'oxi- g6ne beaucoup plus considerable. 9°. Que les produits huileux et gazeux se formant aussi bien a fair libre qu'en vaisseaux clos , il y a des charbons qui donneront plus de fiamme les uns que les autres,et quiseront parconsequent plus appropri^s dans tousles fourneaux 011 Ton a besoin d'un grand tirant de flamme , comme sont ceux a bronze , k porcelaine , a faience , etc. 10". Que ceux qui laissent le plus de charbon r^el apres la distillation , dureront parconsequent plus long-temps dans les forges, sur les grilles de reverbere, etc. Entre ces quatre charbons , le plus riche en huile ne seroit ET d'histoire naturelle. 3a3 pent-^tre pas le plus facile a distiller, au moins par la methode de Lord Dundonal, attendu que les uns et les autres fondent, se tum^fient , et se soudent au point de n'etre plus a la fin qu'une masse uniforme qu'on ne diviseroit pas sans travail. Le charbon de Villanueva ne laisse que deux centiemes de cendres, couleur de vigogne, ce qui annonce un charbon pur et aussi exempt de pyrite qu'il est possible. On pourroit rem- ployer avec beaucoup d'avantage dans les fonderies de bronze de Seville, parceque ce m^tal n'est pas aussi delicat sur la qualite des combustibles que le fer de fonte. Le charbon de Langreo , choisi , ne laisse pas non plus au-dela de deux centiemes de cendre , qui n'est pas plus ier- rugineuse que celui de la Villanueva. Celui de Belmez est aussi d'une excellente quality : on en peut juger par-isa cendre qui n'est pas plus color^e que celle de nos foyers , ce qui annonce une grande puret^. II fond , mais sans augmenter de volume, et il a pour le transport un grand avantage , Celui d'etre serre , massif, et de ne pas se comminuer facilemenf, sa cendre est de 6 a 7 pour cent. Celui de Quiros est aussi tres-bon , assez pur, mais peu abondant ; il fond et se tum^fie comme une esine. Les As- turies en possedent un grand nombre d'autref veines d'une bonne quality, quoiqu'en general peu abondantes. L'interet per- sonnel a suspendu I'espoir que cette province avoit conf u de conserver le peu de bois qui lui restent , en faisant servir ses charbons de terre a la'fabrique des amies ; mais le temps qui vient a bout des intrigues , lui restituera quelque jour ce bienfait. Tous les charbons de terre exhalent en g^n^ral plus on moins d'acide sulfureux vers la fin de leur combustion : cela provient des pyrites. Je suis revenu a cette idt^e apres avoir cru d'abord qu'il y avoit dans ces bitumes une union particuliere entre le soufre et le charbon; mais tous ceux que j'ai passes par I'acide nitrique, pour les purger de pyrite, ont biule jusqu'a la fin sans exhaler un soupgon d'acide sulfureux. Le produit huileux des charbons varie beaucoup de con- sistance ; il est plus ou moins fluide , et il faut toujours une experience particuliere pour decouvrir ce qu'il donnera d'huile ^paisse ou de goudron. Ce goudron est-il veritablement plus conservateur , plus propre a retarder I'oxidation spontanee des cordages et des agres que celui des bois r^sineux? On I'a assure, mais ne faudroit-il pas revoir cet objet ? S s a 324 JOUnNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE L'luiile leg^re qu'on en s^pare est succin^e, pas desngreable : I'air la rembrunit fucilement ; on ne lui connolt aucuii usage particulier. Le pioduit aqueux contient du carbonate d'ammoniaque , assez jjeu; je n'y ai point trouve ile vinaigre, mais je desirerois revoir cela , d'autant plus que je trouve dans mes notes en avoir separ^ quelque peu d'acide de succin, en le traitant a\ec I'acide iiiuriatique. Le gaz est un Jijdrogene huileux qui brule k flamme blanche , que I'eau de chaux ne diminue que fort peu , ])arceque I'am- moniaque retient presque tout TaLide carbonique. Les naturalistes , en reflecbissant aux rapports que I'analyse appercevoit entre la composition des v^getaux et celle des charbous de terre, ont assez g^n^ralement pens6 que ces der- niers pouvaient etre dus a des entasseniens de fougeres , de polypodes , de roscaux , de plantes aquatiques detruites, telles que celles dont leurs salbandes conservent des empreintes, ou jnenie d'arbres et leurs debris , comme ceux que certains fleuves,d;ins leurs d^bordemens , arrachent et baiajent quel- quefois de la surface de la terre , et que la mer auioit trans- port's, tritures par ses mouvemens, et accunnil's dans les bas- sins d'oii nous les lirons aujourd'bui. Mais le mt'-canisiue , Id possibility ineme de ces operations , toute simples qu'elles sont en apparence, rencontrent pourt,9nt des dillicultds sans nombre, quand on se livre a I'examtyijdes distails. Par example, ces points du globe, des plus eleves ou Ton trouve des deputs de cbarbon de terre, teJs que ceux de la Cordilliere du P'rou , ou Lebioi d les rencontra , k plus de deux mille toises au-dessus de la mer, ne se pr^tent gueres aux explications qu'on vondroit en doiiner , en alltguant des forets ou des plantes entrainees et coniminuees par les eaux. Les niers n'avoient-elles done alors aucun fond moius ^leve que les Cordillieres du P'rou , pour y d^poser leurs vases de plantes triturees? et ces Cordillieres ^toient-elles de leur c6t6, des contr'es tres-favorables a la production des v'gt^taux? Cette objection , qui est de Patrin , n'est surement pas facile a rd- soudre. Si Ton consid6re encore, que I'lmmensiie de ces vases cbarbonneuses, qui , semblables a des torrens de re-ine fondue qu'uii volcan auroit vomis tout-a-conp dans ces vailons de dix , quinze et vingt lieues de longueur, sur des hauteurs de trente, quarante et soixante pieds , notfrent pas la plus legere inter- ruption , le moindre vestige de poissons , de coquiUes , d'os- ET D'HISTOIRE NATURELLE. 5:;j semens, de pierres entre leurs lits , aucnn corps etranger a leiir pale, rien , en un mot, qui retrace ces boiileversemens , ce d^soidre que la pensee s^pare si dillicilement des grandes devastations de continens, de montagnes , de forets, etc., on sera foic^ de convenir que de pareilles productions ne s'ex- pliqurnt pas non plus par quelcjues-uns de ces accidens dont le sjst^me de la nature actuelle nous presente quelquefois des exemples. Outre que le retour de cinquante et soixante couches de cliarLon, et d'autant de planchers de gres , ne permettent pas plus a notre entendement de concevoir comment ont pu s'accu- nmler exclusivement ces deux ordres de sedimens, comme si la terre n'eiit su produire, avant ces ^poques, autre chose que pour fournir aiternativement aux mers , et des arbres a pul- veriser, et de la siJice a precipiter, et jamais ni quadrupede, ni oiseau , ni roche , ni caillou , ni gravier , qui put venir troubler leur continuite; il faudroit encore observer que les charbons tels que nous les trouvons aujourdhui, cm, comme nous le venous bientot, un certain nombre de caracteres qui les placent peut-utre a une plus grande distance des vegetaux que des animaux. Quelles donn^es avons-nous done, apres tout, pour attribuer aux plantes I'origine des bitumes ? quelques foliicules de po- lytrics , de fougeres eparses dans les feuillets d'argile qui leur servent d'enveloppe ? De pareils vestiges prouveroient tout au plus que la nature , a I'epoque oil elle s'occupoit de ces grandes operations, faisoit aussi croitre des plantes, nour- rissoit meme des animaux dans les mers, puisqu'on trouve des coquiiles dans les couches qui s^parent le charbon de quelques contrees , mais non pas qu'elle moissonnat sur ces memes plantes de quoi combler ces inepuisables lacs de bi- tume qui parsement notre globe dun pole a I'autre , et que les generations qui restent a naitre ne parviendront peut-etre jamais a epuiser. lis prouveroient encore , si Ton pouvoit en douter, qu'elle n'en faconnoit pas la composition comme celle des mineraux , dans Tinterieur de la terre , mais a sa surface seulement , c'est-a-dire dans la region qu'elle a choisie pour faire exister les corps organises. On trouve, il est vrai, des troncs d'arbres dans les couches de charbon de terre. II v avoit done aussi des arbres a cette ^poque? A la bonne lieure. Mais ces troncs- la sont-ils eux- m^mes du charbon de terre ? les a-t-on analyses dans Tin- S^G JOUllNAr. DE PIITSIQUE DE CHIMIK tention de comparer leurs produits et de reconnoitre s'il javoit parit^ de niiitation entre ces arbres et ceux que Ton croit s'etre convertis en charbon de terre? On con^^oit actuellement ' coinbien I'analyse des bois I'ossiles pent devenir irnportante consideree sous ces aspects. S'd etoit une fois bien di^inontre qu'un tronc fossile contient du charbon dans la meme pro- portion que les bitumes qui I'environnent, que ce charbon, outre sa concentration , s'est combing avec une dose nou- velle d'azote , an point d'avoir perdu cette combustibility prompte et facile qui caract^rise le charbon de nos forets , on pourroit deji se flatter d'avoir un argument de beaucoup de poids en faveur de I'opinion que nouscherchons a ^branler, et alors on seroit moins surpris de trouver dans le charbon de terre , dans cet etonnanf resultat de leur metamorphose , ces soixante , ces soixante-dix et quatre-vingt centiemes de charbon, c'est-a-dire une proportion qui, si elle eut 6t6 celle des v<^getaux qui existoient avant ces ^poques , paroitroit tou- jours bien dillicile a concilier avec cette organisation elas- tique et robuste dont ont besoin les arbres de nos forets , pour s'dever d'une tige ferme et assur^e, et pour r^sister aux bourasques dune atmosphere aussi mouvante que la notre. Cette foible partie du grand probleme ne peut done tarder a se voir bientL)t dclair^e , si les cabinets surtout ne retardent pas trop I'empressement qu'a la cliimie de d^chifFrer les ni6- dailles qu'ils conservent en ce genre ; que si I'histoire natu- relle , aid^e des lumieres de I'analyse , ne parvient pas a d(i- couvrir quelque chose de plus satifaisant que tout ce qu'on a hasard6 jusqu'a ce jour sur les charbous de terre, il fau- dra s'abstenir enfin de perdre son temps a raisonner sur ce prodigieux ev^nement de notre globe, et rel^guer toutes les savantes hypotheses qu'on nous en a donn^esparmi ces romans vrainient dignes de compassion, que notre siecle enfante sur I'origine des filons. J'ai dit que I'analyse nous d^couvroit dans ces bitumes des caracteres qui ne les meltoient pas plutut en filiation avec les v^getaux qu'avec les animaux. Voici les fails. C'est main- tenant aux savans qui font de cette partie I'objet de leurs me- ditations, a les examiner et a voir de quel c6t6 ils font pen- cher la balance. I. L'odeur que les charbons exhalent quand on les chaufTe , est aromatique, succin^e , decid^ment r^sineuse ; elle n'irrite ni les yeux , ni la poitrine , comme celle des plantes ou des ET d'hiSTOIRE NATLTvELLE. v.;7 Lois qu'on brule : c'est m6me k cette odeur de resine qu'on a atiribu^ quelque chose de balsamique , favorable aux ma- ladies du poumon, II. Tous les charbons se ramolissent, se deforment , se fon- dent , se moulent dans les retortes , et les remplissent d'un chaibon spongieux ou souffle, comnie le sout ordinairement ceux des corps muqueux , des resines , de I'indjgo , de la glu- tine, des mati^res animales, mais jamais comnie ceux d'aucune plante , d'aucun bois connu. III. La distillation en tire de I'huile plus legere , plus aro- natique et plus abondante que des bois non-r^sineux dont nous nous chauflbns : beaucoup d'eau, de lammoniaque, mais point de ce vinaigre qui abonde dans la distillation de nos veg^- taux ; de cet acide si empyreumatique qui rend leur fum^e si incommode, si sufFocante; vinaigre (i),enfin, qui se forme toutes les fois que I'oxigene est partie int^grante d'un oxide oiganique , et dont I'absence dans les produits du charbon autoriseroit jusqua un certain point a douter que I'oxigene fut un de ses produits. IV. La combustion du coak ne ressemble point k celle de nos charbons vegetaux ; elle est lente , p^nible comme celle des charbons mineraux , parcequ'il contient aussi de I'azote condens6 : aussi exige-t-il pour briiler une atmosphere com- prim^e. V. Lecoak, pass^ par la potasse , donne constamment de la lessive prussique , ce que ne font point en g^n^ral nos charbons v^g^taux. VI. On ne peut embraser le charbon des animaux avec I'a- cide nitrique, m^me apr^s I'avoir d^sazotise par la potasse : on ne le peut pas non plus avec le coak , meme passe par cet alcali. Le melange de salpetre et de coak se brule avec la meme difllculi^ que les melanges de salpetre et de charbon de sang, de blanc d'oeuf, d'indigo , etc. VII. II y a peu de bois qui ne laissent plus de cendre que (i) J'ai doute pendant quelque temps que I'acide pyroligneux fut du vinaigre , comnie Fourcroy et Vauquelin , I'ont dit , mais je n'hesite plus aujourd'hui a I'admelre , parceque le sel que j'avois forme avec de I'oxide de cuivre ct de I'acide du bois d'orme , s'est caractense apres trois purifica- tions. II donne des rhombes volumineux qui ne different en rien de I'acetate de cuivre.- 328 JOURNAE DE PHYSIQUE, DE CIIIMIE les charbons fie terre. Ceux de Langreo, de Villanueva , n'en donnent que deux centieraes. 11 y en a qui n'en laissent meme qu'un centieme (gazeran). Les charbons de terre ne sont done pas des argi'les barbouillees de bitume , comme I'ont pense quelques iiaturalistes. Je n'ai point encore trouv^ Toxide de manganese dans les chaibons animaux. C'est inutilenient aussi que je I'ai cherche dans cinq des charbons de terre cites cl-dessus. IX. Les cendres vt^getales contiennent beaucoup de carbonate de chaux , outre la magn^sie, I'argile et la silice. Celles de charbon de terre, j'en ai examine cinq, ne m'ont oHert que de la silice beaucoup , de la magnesie peu , de I'aluniine et du sulfate de chaux, niais peu de carbonate, et surtout pas un atoine de ces sels que contiennent habituellement nos cendres vdg^lales; point de phosphate, point de sel marin , quoiquela vase de ces bitumes ait ^l6 p^trie avec I'eau des mers. X. Toutes les parties molles ou liquides des animaux con- tiennent du so\ifre. On ne sauroit les dissoudre dans la po- tasse, sans en avoir des dissolutions surchargees; on ne sau- roit donner d la laine un bain de litharge et de chaux sans la teindre en noir , au mojen du suliure de plomb qui s'y attache. Si aucun cliarhon de terre n'est rigoureusement exempt de pyrite , ne seroit-ce point parccque le soufre et le fer , ces deux el^mens habituels des matieres animales,se seroient re- tires de la substance organique qui se bituminisoit pour fairs combinaison a ])art .' Je me contente de rapprocher ces faits , et m'abstiens de toute consequence, parcequ'iis auront besoin, avant tout, d'etre coUationnes sur un plus grand nombre de charbons , afin de voir s'iis ont toute la generality que j'ai cru leur appercevoir. Mais nous touchons maintenant a d'autres propritJtes qui vont faire diverger de plus en plus les analogies cju'on avoit cru remarquer entre les charbons de terre et les v^getaux. Si, par exemple, le principe charbonneux est un element de leur composition aux rhemes termes et dans le meme sens qu'il Test dans nos vc^getaux et nos animaux, nous allons faire voir qu'il n'y est pourtant que tres-foiblement combine, tres- mal enchaine tout au moins par I'hydrogene , I'azote et I'oxi- g^ne ; j'oserois meme presque dire ind^pendant , puisqu'on pent le tirer des charbons de terre par des raoj'eni qui ne r^ussissoient ET d'hISTOIRE NA.TURELLE. Sag rc'ussissoient certainement jamais avec aucune des productions ■v^getales ou animales que nous connoissons. On fait chauflcr dans un acide nitriqiie de i8 n 20 dpgr<'s, on charbon pulv^ris^ , tel que celui de Vilianueva, qui doime G8 de coak : on le dt^pouille par ce moyen , et dans peu d'inslans , de la propri^rd qu'il avoit auparavant de Former de riiuile, du ^az huileux et de ranimoniaque. Ce rharboa ainsi prepare , lav^ et sech6 , chaufT^ ensuite par nne douce clialeur , doiine des produits d'un nouvel ordre , niais un soupcon de ceux que nous venons de citer, et se reduit a 6S ou 67 de coak. Tous les charbons de terre donnent ce singulier resultat, que Ton n'obtient , ai-je dit, d'aucune production organique coniiue, |ias nieme de I'indigo, malgr^ qu'il contienne ses 72 a 73 centiemes de cbarbon , c'est-a-dire beaucoup plus qu'un grand nonibre de charbons de terre. Le principe charbonneux , debarrasse des aufres Clemens de composition par cette m^thode, a toutes les propri^tes de celui qu'on aui'oit obtenu par la simple distillation d'un cbarbon de terre;' car si on le traite avec la potasse , il donne la lessive prussique comme le coak meme. Je passe aux conse- quences. Si dans ces bilumes la partie charbonneuse se trouve aussi foiblement eiilacee par les autres ^l^mens, et parcons^quent aussi voisine de tous les attributs qui caract^risent le charbon quand il est hors de combinaison , il ne faut plus s"^ionner ni de la couleur noire , ni de la fragilite des charbons de terre. Le principe charbonneux des corps organist, d^barrasse des entraves de la combinaison par des moyt^ns quelconques, rap- proche parcons^quent de sa densiie naturelle, peut bien ne pas rompre tout-a-fait avec rhydrogene et I'azoie , attendu I'affinite r^clproque de ces trois combustibles , comme le de- montre IVtat habituel du charbon de nos fajfers, qui en est toujours plus ou moins pourvu; mais on n'en peui pas dire autant de I'oxigene. La condensation port^e dans le charbon au degre qui nous le fait paroitre noir , est un ^tat qui suppose d^cidiment a ce que ce principe puisse lui adherer aussi fa- cilement que les autres. Ctila pose, si dans ces bitumes le charbon est tout pres de sa densite habiiuelle , il ne faudroit done pas s'^tonner si, restant toujours uni a I'azote et a rhy- drogene , il ne pourroit cependant pas I'etre ^galeraent avec Tome LXllI OCTOBRE 1806. T t 5^0 JOURNAL DE PIIYSIQUEj DE ClIIRIII! I'oxigene. D'apr^s ceprincipe^ il ne seroit pas siirprfnani non plus lie voir que les charbons ne continssent pas d'oxigene en ^tat de concoiirir, durant lenr distillalion , a la formation du vinaigre,' comme cela hii arrive, quand il est partie consti- tuanie de nos v^getaiix. Mais enfin , si I'acide nitrique separe de ces bitumes un charbon f)Ourvu d'azote, tel que celui que laisseroit la distil- lation , il faudra done reconnoitre que le coak libre et con- dens6 existe comme tel dans leur constilulion , mais non pas dans cet 6tat de combinaison parfaite, d'enlacement rt^ciproque qui ne manque jamais d'elVacer les attributs en masquant , les uns par les autres , les elemens qui constituent les corps or- ganises. C'en est as5ez , je crois , pour faire appercevoir que les cliai bons de terre, s'ils furent plantes , n'ont pourtant rien conserve ile ces caracteres qui pourroient les rapprocher des Y^g^taiix plutut que des aniraaux. Vegetaux, animaux, bitumes, tous ont les memes Clemens : c'est, d'un cuie comme d'un autre , de I'azote, de I'h^ydrogene, de I'oxigene, du charbon, du sonfre, etc.; mais la combinaison que ces memes Clemens nous presentent aujourd'hui dans les charbons de terre , ne res6emble certainement en rien a celles que la vitality forme aussi a toute heure dans les etres qui naissent sous nos yeux. Oil sont, en efl'et , les v^g^taux ou les animaux qui contien- nent du eharbon simplemenl d^pos6 dans leur lissu , comme le seroit une graisse, une r(5sine dans une plante? Quelle or- ganisation d'ailleurs pourroit adniettre sans inconvenient un exces de charbon aussi considerable que celui que nous voyons sans emploi dans ces bitumes ? Pareille profusion ne seroit a coup siir qu'une meprise de la nature. II faut done s'arreter a I'une ou a I'autre des consequences qui suivent. Ou la nature a pu produire des ^tres dont I'organisation pouvoit adniettre une aussi grande proportion de charbon ; alors la vie, I'objet, la fin et les niojens d'existence de pareils etreS n'eurent rien de comparable a ci-ux qui partagent aujour- d'hui la surface de la terre avec nous , et les charboi s de terre ne seroient dans cetie supposition que des restes ou des monumens d'animauxou de vegetaux qui, comme tant d'autres, auroient disparus pour ton jours de no re s^jour. Ou bien , si les charbons sont issus de productions orga- nisees semblables aux notres, I'enfouissement en a non-seule-^ ET d'hISTOIRE NATtJRELLE. 53l ment an^anti toutes les marques de loigHnisaijon, mais enrce il en a disloque les el^mens pour les remanier, les rtfot.dre, et pour reconstruire avec eux ces masses de fnssilps ijui out bien conserve toute la combustibilite que comporte lenr iiaJnre, mais dans lesqiiels on ne retrouve assm^ment anciin mdice de Vegetation ou d'animalisation , aucune tracedu role qn'ils eurent k remplir sur la surface de la terre. Au reste, qiieique eliaces que soient aujourd liui les signes aiixquels on desireroit re- connoitre ce qu'ils furent, on n'en conviendra pas nioins una- nimement que si la mali^re des charbons de lerre ii'a d'ana- logie sur ce globe qu'avec les corps organises , c'est quVlle le fut elle meme aussi. La vitality , dit Berthollel , ne peut se trouver que dans les substances qui r^unissent I'hydro^ene a I'azole; et d'aiileurs il r^pugneroit trop de penser que la nature n'eut voulu creer autant de mati6re organique que pour la condamner, des son origine, ^ ne jamais s'alhimer a\i flambeau de la vie, et a partager parconsequent linerlie et la raort des productions miiierules. OXIDE DE CHARBON. Le cbarbon et I'oxigene peuvent contracter une sorte d'union qui ne me paroit pas avoir ^te remarquoe jus(|ii ici Celle dont il va ^tre question n'est aucunenient conipariible a I'acide car- boniqne , ou a I'oxide gazeux. Celles ci se passeni toujours entre I'oxifjene et le carbone , mais I'autre admet sans dilBculte un chaibon azot^ ou non, le charbon , en un mot, tel que nous ie briilons dans nos foyers. Voici les faits : Cent parties de charbon de terre de Villanueva, dont le coak est de 68, s'^l^vent par ['application de I'acitie nitrique de 18 a 20 degres k 120, on \i\ parties. Il resulte de la, que si cet -^cide d^truit par I'oxidation tout ce qu'il j a de prin- cipes contenus dans ce bitume entre 68 et 100, il laisse a leur place , premierement 32 , puis 20 d'un autre principe dont nous reconnoitrons bientut la nature. Le charbon de Belmez donne aussi 120 a 121 ; le charbon de Langreo, de meme; le charbon anglais, qui laisse 64 de coak, donne aussi jusqu'k 116 de produit , ce qui revient a- peu-pres au m^nie. Pour que Ton voye d'abord quil ne s'agit ici ni d'imbibi- tion , ni de produits ma! lav^s, voici une expt^rience decisive: 5 gros de charbon de Villanueva devinrent 6 gros par I'appli- T t 3 53a JOWRNAL DJ: PHYSlnUE, DE CHIMIE cation de I'acidc nitriqiie ; resultat semblable aux prt^ci^dens. Ces 6 gros furent jetes dans I'eau bouillante; mais apres avoir il6 rassembles et dess^cb^s , ils revinrent juste au poids de 5 gros. Pareil resultat ne permet done pas de ni^counoltre ici une surcharge qui, etant de 5o k 62, se monte parcon- s^quent ci la inoiu6 du charbon qn'on emploie. II est temps maintenant d'en faire coivnoitre la nature. On tient a la main une petite retorte avec 100 ou 200 grains de charbon oxid^ ; tandis que sa panse tenue k quelque dis- tance au dessus d'un r^chaut en re^oit doucement la chaleur, on en tient le bee sous I'eau pour laisser sortir I'air atmos- ph^rique que la vapeur aqueuse commence a pousser hors ; mais aussitot qu'un niouvement d'ebullition rapide agite la pous- si^re , on avance le bee sous une cloche pleine d'eau. Ce mouvement qui souleve vivement le charbon , est une forte detonation obscure qui se termine promptement et sans le moindre danger. II se produit en meme temps une rosea abondante qui, par sa precipitation a sortir, entralne toujours de la poudre de charbon hors de la retorte. Les gaz de cette experience sont faciles a pr^voir : c'est un melange d'acide carbonique et d'oxide gazeux , a flamme bleue non d^tonante. Si elle est jaune, c'est que le charbon a con- serve des Testes d'acide nitrique. On s*en apper^oit d'ailleurs a ce qu'il rougit avec le gaz oxigene. La grande quantity d'eau qui se forme durant cette dis- tillation , me porta d'abord a croire que Toxig^ne de I'acide nitrique, I'hydrogene et le charbon, pouvoient former en- semble une sorte d'union comparable a celle d'un oxide Vegetal , qu'une temperature plus eievee decideroit a se convertir en eau , en acide carbonique et en oxide gazeux. Peut-etre meme en est-il ainsi. Neanmoins I'experience que j'essayai immediatement sur la poudre de charbon de pin me determine a penser que les phenomenes appartiennent exclusivement au charbon et a 1 oxigene. On fait bouillir de I'acide nitrique de 20 a 26 degres sur des charbons calcines de pin , d orme et autres reduits en poudre; on lave, on fait secher , et le charbon en sort communement avec une surcharge de douze a treize sur cent. Si on le chauffe avec les niemes attentions , il de- tone en s'agitaut et donne les deux gaz cites sans me- lange de gaz nitreux. D'autres experiences prouyeront tout- ET D IIlSTOIRn KATURELE P.. 3U7 h-l heure (jue ce cliarbon est bien dans un dtat de combi- naison particuli(^re , et non pas un charbon gate par des restes d'acide nitrique. Je ne saurois fixer rigoureusement la m^thode d'oxider ainsi le charbon vegetal, parceque je I'ai trouv^e variable; mais il n'en est pas ainsi du charbon de terre , la grande division dans laquelle 1 acide le saisit qiiand il le d^pouille d hydrog^ne , facilite cette union qui alors n'est sujette a aucun tatonnement. Tel est I'oxide de cliarbon que j'annonrai dans mon pre- mier M^moire sur le bleu de Prusse. J'examinai derni6re- ment des charbons de pin que j'avois oxides a cette epoque, c'est-a-dire il y a environ ans, et je ne les ai pas trouv6 changes, except6 celui d'orine qui ne fusoit plus aussi vive- ment. Cette aggradation annonce assez une combinaison bien eloign^e de la stabilite des gaz carbonique et oxide gazeux. Je passe a d'autres propriet^s. La polasse liquide n'a aucune action, meme bouillante , sur les charbons de terre ; mais il suf'fit de la faire chauffer un instant , et tres-affoiblie , sur du charbon de terre ou de pin oxid6, pour en obtenir une dissolution couleur de cafe tres-chargee , qui ne s'alt^re ni par le repos, ni par I'addition de 1 eau. L'ammoniaque agit aussi efflcacement sur I'un et sur I'autre. loo grains de charbon de Villanueva oxides, se dis- solverent a I'exception de i5 grains, ou qui n'^toient pas oxides , ou pent etre parceque I'oxigene s'etoit accumule sur les 85 restans , pour faciliter leur dissolution dans la potasse. Cette dissolution mel^e d'acide , donne un pr6- cipit^ brun, mais qui est noir et luisant quand il est sec; il ne fuse pas et ne repand aucune odeur sur les charbons. L acide marin exigent la pr^cipite aussi , mais sans ma- nifester d action sur le prt^ciphe. Ce meme charbon oxid^ , dissout et precipite, laisse par la combustion une cendre grise peu ferriigineuse , dans laquelle j ai trouv^ silice , alumine et un peu d'oxide. Quelle union y a-t-il done entre les charbons et leurs cendres ? II semble que la potasse ne devroit pas dissoudre ces derni^res. J'ai appliqu6 I'acide nitrique a diff^rens charbons pour les depouiller de cendres , et voir ensuite s'ils bruloient sans reste; mais je n'y ai pas r^ussi. Je m'^tois propose bien d'autres recherches sur le charbon 334 JOURNAL DE PHYSIQUE, HE CHIMtE oxid(^ , mais d'autres objets m'en ont toujours detourn^. Oil ilemandera sans doute, et avec raison , qu est-ce quHne combinaison d'oxig^ne et de charbon qui n'exclut ni 1 azote, ni aiicun des corps etrangers qn'ils contiennent g^n^rale- ment? et eiifin quelle es[)6ce d union peuvent former avec le nienie principe des charbons qui ne perdent ni densite ni couleur , ce qui paroit si peu conForme aux lois des combinaisons? Je repondrai que je n'en sais rien. Je demanderai meme aussi de quelle nature est la com- binaison que les charbons forment avec I'hydrogene et I'azote, et aulres gaz qu'ils absorbent et condensent en si grande quantity? Nous sommes veritablement fort loin en- core de connoitre aussi biea le charbon que nous voyons tous les jours , que le carbone qui ne touibe jamais sous nos sens. CHARBONS D^SHYDROGENES. En consid^rant combien la proportion du coak varie dans les charbons de terre, on se refuseroit difficilement a croire que si ces bitumes sont reellement issus de vegetaux pareils aux notres, il faut que la concentration ou principe char- bonneux, qui n'est autre chose que la d^perdition de Ihy- drogene, ait consid^rablement vari^ dune contree a I'autre. Un charbon qui donne 77 centiemes de coak ne peut con- tenir autant d'hydrog^ne qu'un autre qui n'en laisse que 67 ou 60. Cette diminution d'hydrog^ne a ^t^ meme pouss^e si loin dans certains charbons de terre, qu'il y en a qui se trou- ^fent aujourd'hui a z6ro de ce principe, c'est-a dire qu'ils sont parvenus p.ir la perte de Ihydrog^ne, a n'etre plus que charbon pur et simple. Ceux la occupent, comme on voit, l'extr^mil6 de I't^chelle de ces variations. Mais si I'hydrogene a pu se retirer totalement de cer- taines masses charbonneuses , ce qui ne surprendra point si 1 on se rappelle que le principe charbonneux se trouve en elles tout pres de ce degre de condensation, qui ne se prete plus aux combinaisons , il n'en est pas de meme de I'azote : il paroit etre parmi les principes mobiles, le dernier a labandonner, comme nous 1 alions voir. On trouve aux environs du monastere d Harbas , situ6 dans la gorge montagneuse (|ui s6pare les Asturies de la pro- vince de L6on, une veine de charbon qui ressemble si jpar- ET D'nrsTcriRE nAturelle. 3o5 faitement a celui de Quiros, par le feuillete^, le luisant et r^clat de son noir , qu'il est difficile de ne pas le con- fondre. Ce charbon , qu'on a dt^ja nomm^ blende , comme pour ^paissir de plus en plus robsciirite de son origine, est un bitume dans lequel le principe charbonneux a gS centiemes , tandis que 1 hydrog^ne est actuellement a zero. C'est, en un mot, un vrai coak naturel qui brule sans odeur bitu- mineuse ni sulfureuse; il laisse 7 centiemes de cendre assez blanche Si , malgre les indications de tous ses caracteres reunis Ion pouvoit m^connoitre en lui un charbon qui lut autre- fois base de bitume, il ne faudroit qu'avoir ^gard au resultat suivant : On le fait chauffer avec de la potasse, et on en obtient de la lessive prussique. L'azote , quoique seul reste des principes qui sont disparus, est done ici pour le chi- miste un titre qui lui aide a debrouiller I'oiigine de cette production; il indique incontestablement quelle a appar- tenu a cette matiere organique que la main des siecles a decompos^e, pour les reduire en charbon de terre. Le char- bon de St.-Symphorien , examine par Sage , et d'autres , qui ont ^te , je crois , trouv^s par morceaux , sont encore des monumens de la meme antiquite. J A Y E T. On trouve, dit-on , dans les cabinets, des troncs dont une extr^miie s'est transformee en jajet , tandis que I'autre est encore ligneuse. Si cela est , rien ne sauroit etre plus int^- ressant que I'analjse de pareils morceaux. II y a uiie dill'erence notable de jayet a jayet. Un jayet d'Alniagre en Murcie, a. donn^ 46 centiemes de charbon , sans m^me se ramollir ; un autre , travaillt^ en boutons , fondit comnie une resiue , et donna 62 centiemes de charbon. Le kennei-kohle d'Irlande, qu'on travaille comme le jayet, n'est pourtaiit pas de la meme nature comme nous le verrons plus loin. 11 donne 70 centiemes de charbon et 5 d'une cendre gris clair. Les resultats suivans rattachent Jusqu'a un certain point le jayet k nos v^getaux. On le chaufle avec un acide de 20 degr^s ; il s'el6ve aussitut vine efl'ervescence volumineuse. On voit, a mesure que la di&- 336 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE solution avance , se former une concr^iion jaune fonce , on raucour ; on pousse T^bullition encore quelque temps, afin d'en recueillir tout ce qui peut s'en former. Cette substance niolle , tantiis que la Iii]ueur est chaude , se ramoiUt et se s(5pare ais^ment. On la lave ;i I'eau bouillante qui s'en jaunit foriement , mais qui ne la dissout pas. Si^rhe , elle est volu- miueuse , amere et soluble dans I'alcohol. Mais ce qui la rend singuli^re , c est la propriety qu'elle a de d^toner , ou mieux de fuser par une chale-ur Iresnioder^e comme le charbon oxide^ II sulHt de la chauU'er sur un papier au-dessus d'une bougie pour reconnoitre le genre de sa detonation. II a ^galement lieu dans une retorte , sans danger. Ses produits sont de I'eau , un peu d'huile , de I'ammo- niaque, du £;az carbonique et de I'oxide gazeux a ilamme bleue, et 4o centi^mes d'un charbon trois fois plus volumineux que la substance nieme. La liqueur qui reste apres sa Sf^parafion est d'un jaune fonc6 tres amer ; elle donne de I'acide oxalique cristallise et de I'acide benzoique. Les charbons de terre chaufT^s avec un acide de 4o degr^s, se dissolvent lentemeut, ne laissent plus paroitre de charbon, et donnent de la substance detonante, niais toujours plus dif- ficilement , et en bien moindre quantity que le jayet. Le kennel kohl se comporte comme les charbons et non comme le jayet. II y a pourtant parmi ces derniers des ^chantillons qui ne dorment la substance detonante qii'avec un acide de 40 degr^s , c'est-a-dire avec autant de dillicult^ que du vrai charbon de terre. Si Ton considere que la premiere action de I'acide nitrique sur les charbons de terre consiste a di'truire I'hydrogene , on concevra sans peine que ce meme hydrogene ii'est nulle- ment n^cessaire a la formation de la substance detonante, Ce qui le demontre evidemmect, c'est I'experience qui suit : Le charbon de terre de Villanueva oxid6 ne contient surement pas d'hydrogene; ce charbon cependant trait^ avec un acide de 40, donne de la substance detonante; et puisque celle-ci donne de I'eau, de I'ammoniaque, de I'hulle, etc., il est Evident que I'azote, I'oxig^ne de I'acide nitrique, le charbon que I'eau peut fournir par un roncours d'aflinites qui am^nent sa decomposition, se constituent dans un rapport fixe pour Conner I'etre a ce singulier produit. Un compose vegeto-animal , un oxide artihciel de cette nature , aplanit actuellement les difUcult^s ET d'hIS-TOIIVE NATURELLE4 OO7 difficult^s que je trouvai d'aborda la formation du tannin par la seule presence de Tacicle nitrique et du cbarbon. L'acide de 55 et 40 degr^s , chaufle avec le cbarbon de pin , le tharbon d'orme, donne d'abord les gaz auxquels on peut s'attendre ; mais il arrive ensuite un terme ou les gaz ne so ferment plus, et le cbarbon entre en dissolution. J'ai de ces dissolutions tres-anciennes qui n'ont pas change : les alcalis n'en precipitent rien , parceque le cbarbon oxide ou simplement divis6 est aussi soluble dans les alcalis que dans les acides. J'en ^lois la Jorsque les Annales vinrent m'apprendre la for- mation du tannin dans les dissolutions charbonneuses. Crell est , je crois , le premier qui ait annonce la dissolution du cbarbon dans l'acide nitrique. 100 grains de cbarbon de Villanueva , trait^s avec l'acide sulfurique concentre, Jav^s et secbes compl^tement , laisserent 104 de produits. Ce cbarbon etoit-il oxid^ .' Je ne irouve rien dans mes notes , sinon qu'il briiloit sans odeur bitumineuse ; seulement celle du soufre s'y f'aisoit remarquer. T o u R B E. Un morceau de tourbe de Dax, qu'on me remit a Madrid, donne les resultats suivans : Cent parties distill^es laisserent /^o de cbarbon ; il n'avoit pas change de volume. Ses produits ^toient de I'eau, du vi- naigre mele d'ammoniaque, dont la saveur ne difl'^roit pas de ceux du bois; mais il passa aussi une vapeur jaune huileusa qui se figea comme du suif , ce qu'on ne voit pas commu- n^ment dans la distillation du bois. Ce suif etoit de 6 4 6 { pour cent. Je n'examinai point les gaz. La potasse qui n'a pas la moindre action sur les cbarbons de terre , di^sout parfaiiement la tourbe, ce qui me surprit. La dissolution est de couleur de caf^ , les acides la d^com- posent , et il en resulla un precipit^ brun floconneux qui devint , par la distillation, noir , luisant et fragile. Distjll^ , il se convertit en cbarbon , sans se ramoUir ni diminuer de ■volume , donna le produit butireux et se r^duisit a 5o ceniiemes de cbarbon. Un acide nitrique de 3o* ne parvint point k decomposer la' tourbe comme le charbon de terre. Lavee et sech^e, elle donna de I'eau, aucun acide, mais le produit butire. On diroit que ce suif existe tout forme dans la tourbe. Cela in^rite d'etre Tome LXIII. OCTOBRE i8o5. V V 538 JOUnNAL DE PHYSIQUE, DE CUIMIE revu et compare surtout avec ces plantes dont la Lituminisa- tion n'est pas avancee pour voir quel changement ses progres introduisent dans leur constitution. L'acide nitrique de 40") appliqu^ avec Ebullition, dissout la tourbe. On tire de l'acide oxalique cristailisable , du jaune anier, aucun produit detonant comme celui du jayet ; mais je ne sais si le tannin de Hatchett s'y trouvera. L'incineration en est assez leiite; son charbon rouge ii'exbale pas I'odeur ammoniacale des cbarbons azotisEs ; sa cendre est grise ; pas un soupqon de mati^re saline ni de chaux ; son la- vage n'alteroit pas meme le sue de bluet. Les acides n'y font pas la plus lEgere effervescence; beaucoup de silice, de sulfate de chaux , un peu de magnesie. NOTE Sur V eclipse de Lune du 16 Jmn. Une Eclipse totale , dit M. Lalande , dont I'Age n'a pas refroidi le zele pour rastronomie , est un ph6noniene si sin- gulier et si rare, que j'aurois 6li a Boston, si je n'avois pas ^te nialade , afin d'observer celle du 16 juin. II y en eut dans le dernier siecle , en 1706, lyiS et 1724; mais il n'y en aura pas dans ce siecle-ci , du moins dans les pays oix nous pouvons esp^rer d'avoir des observations. M. de Ferrer, astronome espagnol, qui reside h New- York, s'est transport^ du c6t6 d'Albaiiy , sur la latitude de 42'' 23' ou il savoit que I'^clipse seroit cenirale, il a observe 1 obscurite totale depuis ii' 7™ 55» jusqu'a ii"" 12'" 32'. J'en ai conclu la conjonction k 11^ aS'" 33"; et ce qui nous int^rcssoit da- vantage, j'ai conclu qu'il faut augmenter de 2' le demi diam^lre de la lune, que j'ai employe dans mes tables d'apr^s mes ob- servations. IM. Witt m'Ecrit que plusieurs personnes ont vu un point lumineux sur le disquenoir de la lune ; il y en a deja plusieurs exemples que j'ai rapportes dans mon Astronomic , etquejat- tribue a un volcan qui n'est pas douleux. Mais un phenomenesingulier qu 'a observe M. de Ferrer, c'est que le disque de la lune parut eclairer 7" avant la fin de I'ob- gcurit^ , ce qui me semble I'effet d'une petite atmosphere. ET d'histoihe natdrelle. o:>9 II a aussi observe uii anneau luniineux concentrique au soleil de 45 a 5o'° de diametre, que Von avoit d^ja remarque dans d'autres eclipses; il me paroit venir de ratmosphere terrestre, ^clair^e dans les pays qui environnent celui oii I'^clipse est toldle. Lo bord de la luiie dtoit mal terming, et il en partoit de petites colonnes de vapeur tres-minces , venant soil de la lune, soil du soleil, el qui se terminoient a I'anneau. L' obscurity totale n'^toit pas aussi grande que Ton avoit cru, on nc voyoit que six etoiles principales ; on devoit voir V^nus el Mercure , Sirius et Procyon , les deux Etoiles d'Orion , la Clievre et la Lyre : les oiseaux se retiroient dans leur3 nids; il tomba un peu de ros^e. La lumiere de i'anneau diminuoit I'obscurit^. NOUVELLES LITTERAIRES. Physique mecanique , par E.-G. Fischer, Meinbre hono- raire de rAcaddmie des Sciences de Berlin ; Professeur de Math^matiques et de Physique, etc. ; traduite de I'Allemand , avec des notes de M. Biot , Membre de I'lnstitut national de France. 1 vol in-8°. A Paris, chez Bernard, Libraire de TEcole imp^riale Polytechnique , quai des Augustins, n° 26. II sera rendu compte de cet ouvrage int^ressant. E RRA TUM. II s'est glisse , dans notre dernier cahier (page 247, lig. 18), une faute essentielle, que nous prions nos lecteurs de corriger de la nianifere suivante : II est de beaucoup sup^rieur (en parlant du Trait^ de Phy- sique de M. Haiiy) a tous les ouvrages sur la Physique, qui ont paru jusqu'alors; lisez : qui ont paru jusqu'^ present. 340 JOURNAL DB PHVSIQUE, DE CHIMIE, etC. TABLE DES MATIERES CONTENUES DANS CE CAHIER. Memoire sur le Sucre de raisin; par le Professeur Proust. Pag. 267 Sur I'Ecude du Sol des environs de Paris ; par J.-M. Coupe. * C79 Reclierch.es sur les Oxidations defer ; par M. Darso. 291 Obsen'ations meteorologigues ; par Bouvard. 3 18 Faits pour servir a I'Histoire des charbons de terre ; par le Professeur Proust. Sao Note sur Veclipse de Lune du 16 Juin, 233 Nouvelles Litteraires. Sog JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE ET D'HISTOIRE NATURELLE. NOVEMBRE an 1806. SUITE du Memoire de M. Proust, sur le sucre de raisin. Moscouade de raisin consideree comme condiment. Elle ne dulcifie point autant les liqueurs que le sucre ordinaire , attendu I'eau de cristnllisatioii qn'elle contient et la moindre douceur de son sucre cristallisable. Pour sucrer une livre d'eau k un degr^ admis par I'usage, deux onces de Sucre de canne sufllsent , tandis qu'ii faul deux onces et demie de moscouade pour obtenir la meme douceur , et alors les deux liqueurs marquent un ^gal degre au pese-liqueur. La moscouade dissoute n'altere ni le sue du tournesol, ni la dissolution de colle forte ; le muriate d'^tain en precipite le principe colorant , comme il le fait de celui des sues de carotte, de melon, de raisin , de canne, et de tous les fruits. £ile s'associe parfaitement au lait , au cafe , au chocoiat : elle les sucre agr^ablement , et sans leur imprimer aucune odeur particuliere qu'on puisse lui objecter , comme au miel jaune dont on aime rarement de trouver le parfum dans le» Tome LXIII. NOVEMBRE 1806. X x ■^42 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE C HIM IK boissons ; et, quant a I'Acrete legere do nt nous avons parle aa comineiicemein , elle disparolt , parcequ'elle ii'est qu'un ed'et cie la parlie fxtractive iro]) rapprochee. Mais un de ses avan- Jages , par rapport au chocolat des pauvres, c'est sa purete , tandis qu'il n y a personne qui ne connoisse combien de re- proches on pout faire au sucre que Ton I'ait entrer aujourd'hui dans le chocolat de bas prix ; et entin , puisque la vi gptation associe consianiment a nos I'ruits un principe exlractif plus ou moins color^, qui ne les dt^grade en rion, et qui, souvcnt nieme, leur donne un assai^onnement particulier , celui de notre mos- couade , le meme au fond que celui des coiifirures de touts esp6ce, ne pourra done pas plus fonrnir une'objection conlre son "sage, que la couleur du vin , du cafe, du chocolat , de la bi^re, dn cidre , et enfin de tons les v^g^taux nourrissans qui tirent la leur du meuie principe. Si, dans les campagnes et chez les pauvres de nos villes , on est dans I'usage de faire des confitures avec la meiasse des Tanneries, ce r^sidu surcharged de toutes les impuiet^s que les lessives, la chaux, le sang de boeuf, et le d^faut de proprete des grands ateliers V ont concentrees, a. plus forte raisou don- xiera-t-on la preference a la moscouade tir^e d'un fruit dont les qualit^s sont si connues. II est vrai que , dans les maisons aisees, et pour les personnes d^licates , tant qu'il y aura du rucre de canne , on le| preft5rera pour certaines confitures : par exemple , les gel^es de groseille , de pomme , et autrcs qaj doivent etre transparentes , sen accommoderoient nial. Les confitures de luxe veulent du sucre blanc, a la bonne heure;" mais, outre qu'un jour viendra sans doute oil nos raisins nous le donneront aussi, la table du laboureur et de toutes les classes peu aisles pourra, en attendant, s'en accommoder , et dimi- nuer d'autant I'usage et le prix du sucre de canne. Les mos- couades qui font le sujet de ces rechcrches ont et6 tirees du raisin blanc qu'on appelle blanquette, alvilla, el du color^, dil: raisin d'yirragon. Le preiBicr a donn6 26 , et le second 3o pour 100. Cette derniere n'est pas sensibleraent plus color^a que I'autre , parceque le raisin d'Arragon ne I'^tant que dans Tecorce, il sufiit de ne pas meler au mout le sue que le pres- soir en tire. On s'^tonnera peutetre de voir que le mout, apres avoir ete separ^ de ses acides , donne en moscouade un produit du m^me poids que le raising; cela vient de ce que le tartre, I'unique acide qui se precipite avec la chaux, cjuelques atomes de citrate calcaire et de sulfate ne s'y trouvent qu'en fort petite KT b'histoire NAT r hell e. 34 > quantity. On en pourra juger par le r^sultat suivant , inalgre qu'on doive le consid^rer un peu plus fort dans le raisin de ▼igne que dins le muscat. Une livre de ce dernier , Iraite coMvenablement avec I'esprit-de-vin, ne donne pas au-dela de 48 grains de fartre. Le tartre n'est pas I'acide qui assaisonne les raisins , c'est celui des ponimes, et que nous nonimons malique , mais il n'y est aussi qu'en petite quanlite, puisqu'une livre de sue de muscat ne donne pas au-deli de 40 a 45 grains de malate de chaux. Supposons actuellement que ce sel contienne le tiers de son poids en terre , il en resultera qu'une livre de Iruit ne contient pas beaucoup au-dela de 5o grains d'acide. On pent juger, d'apres cela , que le sue de raisin debarrasse de son tartre , efl'et qu'on obtient en I'^vaporant seulement des deux tiers, est deja une moscouade peu difl'^rente de celle des Cannes qui contient egalement I'acide des pommes , tant que la chaux n'a pas concouru ii sa preparation. Des qualites, qui rapprochent autant le sue des cannes de celui du raisin , nous expliquent encore pourquoi le raising du muscat , des- s^che et couie sur un marbre, donne un pastille transparente, sans couleur, d'une saveur agrdable , et qui a toutes les appa- rences d'un sucre d'orge; mais son defaut eit de s'liumecter rapidement ; I'acide des pommes et le sucre liquide ne tardent pas a le faire couler. Si Ion r6fl(^chit actuellement sur la nature des cannes et sur celle des raisins dont les sues out une analogie fondee sur les memes el^mens, il est facile d'en conclure que les operations que Ion fait eprouver au sue de canne pour en avoir le sucre, sent applicables a celui du raisin : et Ton voit pareillement 3ue la. connoissance du premier devoit tot ou tard nous con- uire a la decouverte du second. C'est cette connoissance , for- tifi^e par la lecture de I'ouvrage de Duthrone , qui m'a servi de guide dans ce genre de recherches. En Espagne , cependant I'aveugle tatonnement avoit devanc^ depuis long temps la th^o- rie, et conduit pour ainsi dire au nieme but. C'est par une marche semblable que I'esprit humain a perfectionne la poudre : ce sont ces tatonnemens de la routine qui I'ont approch^ de si pres de la vraie proportion de ses ingrediens, que la tlieorie n'y decouvre aujourd'liui presque rien a changer. Le laboureur, dans la preparation de son raisine , s'^toit egalement approch^ de si pres du point d'ou Ton pent reconnoitre le sucre du raisin , que Ton seroit ^tonne qu'il ne leiit pas decouvert , X X 2 54 J JOURNAL DE PHYSIQUE, DEC HIM IE si I'on ne savoit que le dernier pas qui lui restoit a faire exi- geoit un genre de meditation auquel il est rarenient prtJpar6 par son (Education. A Arganda , pres Madrid et ailleurs , on suit, pour faire le raisine , la rnetliode suivante : On commence par laire cuire separement le sue de raisin et les fruits qn'on veut y ineler avec une certaine quantile de chaux. C'est ainsi que, guides par la necessite decarter des acides qui nuiroient a la douceur du raising , nous y pr^ludons par une appropriation, vrainient chimique, et a kquelle la ih^orie , nee si tard apres la pratique , ne pent que donner sa sanction. Cette moscouade sera un jour d'une grande ressource pour les pharmacies des hopitaux et des armees ; car, a I'exception des sirops d'orgeat, de violette , de grenade, etc. , que les vrais medecins ont proscrits depuis long-temps du service de ces maisons , il y a pen de sirops simples ou composes qu'on ne puisse preparer avec elle. Si nous jetons ensuite nos regards vers les campagnes , si nous rtflecliissons sur la disette qu'elles eprouvent des sucres de la plus basse quality, nous verrons de quelle ressource se- roit pour le laboureur , pour sa sant6, pour le bien-etre de sa famille, la moscouade pour meler avec son vin , au retour d'une journ^e ou les exces de froid, de chaleur et de fatigue I'ont accable de leur poids ; pour meler avec une tasse de lait en place du bouillon qui manque si frequemment a la campagne , dans les instans les plus pt5nibles de la maternity ; pour sucrer une infusion de sauge de son jardin ; pour assai- sonner enfin cet aliment du premier age que son insipiditd lui rend indigeste , et auquel tant de medecins en Europe n'ont cesse de recommander le melange du sucre. La moscouade de raisin jouira sans doule un jour d'un usage plus etendu que celui que peuvent lui donner ses qua- lites alimeiUaires , quand on saura qu'elle r^unit les deux jiro- duits vegetaux recoimus pour etieles plus propres a comballre elHcncemeiit les maladies qui ont pour cause la degeneration du sang, ou cet appauvrissement de la masse liumorale qu'on appelle scorbut. L'application des deux especes de sucre , dirigee par le but jirecis d"en observer les ellets , d^gag^e surtout de tout fatras galenique qui puisse les aflbiblir, pour- roit fournir un moyen curatif plus approprie aux vues du medecin que ces aiiti-scorbutiques imagiuaires qui usurpent encore aujourd'hui la place des vrais medicamens , que ces EX D'aiSTOinE NATLRELLE, 545 salades cle cochlearia, de beccabunga , de cresson , dont I'aro- mat irritant, coiiime tous ceux de la classe des hiiiles esswi- tielles , ne pourroit tout an plus qu'allumer I'incendie et amener la consomplion , si les maiades auxcjucls on les presciit ne s'eu trouvoient garantis par la dissipaiion que nos infusions, nos clarifications et nos sirops ne manquent giiere de lui faire ^prouver. Mais ^coutons ici TourJet , parlant du scorbut: cc Les vegetaux frais et recens , lair pur, les alimens qui con- tiennent le plus de rtuicoso-sucre, guerissent toujours infail- liblement le scorbut. Le mucoso-sucre contenu dans la plupart des vegetnux frais et recens, dans le niiel , dans le sucre , et dans beaucoup de substances fermentescibles , est r^ellement le plus propre a rassiinilation, el parconsequent h la regene- ration de la fibrine du sang. 53 Les substances animalist^es ne sent pas toujours les plus propres a la nutrition; ce sont , an contraire, celles qui ont besoin , pour s'animaliser, d'une sorte de fermentation qui les elabore et les rende plus susceptibles d'etre assimij^es a la substance de I'individu qui s'en nourrit. Les enfans, par exem- ple, se nourrissent beaucoup mieux de substances muqueuses et fermentescibles que d'autres plus auimalisees. L'exp^rience, contre laquelle il ne faut jamais argumenler , a prouve sans repliqne que I'usage des viandes eloit constarament pernicieux aux scorbutiques ». Combien ne devons-nous pas souhaiter de voir les cam- pagnes jouir an plus tut du bicnfait d'une production dont I'abondance est le fruit de leurs sueurs ! Augmenter les jouis-. sances de I'agriculteur, c'est contribuer sans doute a la pros- perite de sa profession. Qui empecheroit done le cultivateur d'ameliorer dorenavant son sort , en s'approvisionnant d'un su- *kre que nos vignes peuvent lui fournir a si bon marche .' Ha- benies alimenta et qiiibus tegamitr his contenti siirnus , dit, Saint Paul. L'extraction n'en est ni onereuse ni embarrassante : sa conservation exige infiniment moins de soins que celle du vin ; et Li raaifon du laboureur est nn laboratoire lor.rni^ dans tous les temps, des ustensiles et des ingrediens qui sont nt5- cessaires a sa preparation. IMais, pour se faire des id^es justes de celie production, ne perdons pas de vue que ce ne sont ni I'opulence dillicile ni le luxe de nos grandes tables qu'il faut consulter; c'est au laboureur," a I'artisan , k la mere de famille ; test au malade dans les liopitaux , au soldai sous sa tente, qu'il faut demander si I'abondance et les qualites de 546 JOURNAL DE PIirslQUE, DE C HIM IE ce nouveau sucre pourront compenscr la difi'^ience qii'il y a de lui au sucre de canne , dont ses foibles moyens le tiennent a une si grande distance. La moscouade de raisin sera certaiiie- ment des aujourd'hui une production importanle : pour le pauvre, un supplement de nourriture , dont il saura bien con- noitre tout le prix; pour lo riche, elle ne sera peut-etre qu un sujet de conversation de plus, une dtcouverte anticipee sur un avenir qu'il ne redoute pas encore : mais , quelque eloignee que puisse etre I'epoque ou I'usage du sucre de raisin deviendra giineral , I'Espagne peut assurer des aujourd'hui qu'elle en avira pour fournir aux besoins de toute I'Europe. Son climat en fait les frais ; et I'iadustrie de ses lialiilans , rt^veillte bientot par les demandes et les besoins de I'^tranger , fera le reste. Rajinage. II ne difft^rera que peu , ou meme pas du tout , de celui de la moscouade de canne : composees i'une et I'autre de deux sucres qu'il faut s^parer, il ne s'agira que de cuire le mout pr^par6 a un degre de consistance que tout rafineur de pro- fession saura d^couvrir. La moscouade de raisin , amenee a ce point, se prend en peu de jours en une masse cellulaire grenue dont les intervalJes se remplissent de liquide, efl'et or- dinaire de I'attraction , qui soUicite les molecules des deux sucres a s'attirer entre semblables , et a se s^parer en deux produits : on egoutte ces masses, et on en obtient du sucre de premier afinage et des sirops : ces derniers , ^puises par de nouvelles cristallisations , retiennent le malate de chaux, la gomme et le principe extractif. Ce sont aussi ces quatre substances qui formeat les molasses de la canne. Le cultiva- teur qui entreprendra de fournir les rafineries de ce premier sucre, aura done dans les sirops un produit dont il pourra tireF les mtimes services pour I'usage de sa maison que des mos- couades elles-memes , puisqu'ils rdunissent au m^rite d'une propret^ dont il sera convaincu , I'avantage de sucrer aussi les alimens en moindre dose que le sucre rafin^, et de n'avoir pas contre eux un parfum qui , dans les melasses ordinaires et le miel , ne plait pas a tout le monde. Mais le sucre de raisin ne cristallise pas corame celui des Cannes ; son grain est pulverulent ; et les masses qu'il donne ayant peu de consistance, il me parolt douteux qu'on puisse I'amener an degr^ de durete du sucre de canne, ou bien sa preparation exigera des modiiications qu'il m'est impossible de ET DIllSTOIKE "S" A T U R E L L E. O.J7 prevoir. Dii reste , la cuiie des sirops , les circonslances oii il faudra employer la chaiix pour accelerer leurs cristallisa- tioiis, et les conduire a ce degre de density qui facili'te I'^con- lage des jneiasses, sont des points de pratique sur lesquels je ne puis rien dire, aucun essai de laboratoire, aucune expe- rience en petit, ne pouvant sur ce point servir de base au tra- vail en grand. L'art du rafinage de ce sucre est done a naitre : je le legue a I'avenir, et nie contente de n'oflVir en ce mo- ment que le sucre brut du raisin ; persuade que le rafmaga qui lui convient suivra de pr^s , je tacherai nioi-incme d'ea avancer I'c^poque , en publiant les experiences que je poursuis sur cet objct. Ce Sucre rafine , autant qu'il m'a ^te possible , par trois cristallisations , a une saveur franche : il est sans melange d'odeur ni arriere-goiit d'aucune espece , tel, en un mot, que doit etre un sucre purj mais sa douceur est inferieure a cells de celui des cannes, comme ceux du niiel, et de I'erable , surtout, auquel il a peut-^tre plus de rapport, puisqu'il par- tage avec lui I'analogie d'une solubility moindre; il ne sucre pas autant a poids egal : il faudra done I'employer en plus grande quantite pour en obtenir le menie effet. I\Ioins soluble que celui de canne, il est parconsdquent plus dispose que lui a abandonner sa melasse et a cristalliser. Cette quallte, qui pourroit etre un inconvt^nient dans la preparation des sirops pharniaceutiqiies , deviendra cependant un avantage par la facilite qu'elle donnera a le rartner. On sait avec quelle peine le sucre de canne se separe des mi^lasses, quand le sucre liquide commence i predorainer sur I'autre. Je ne m'arreterai point a dire que le sucre de raisin dis- tille , briile a I'air libre , oxid6 par i'acide nitriqne, etc., ne presente aucun pli^nomene particulier qui le dilierencie de celui des Cannes. Etranger a tout interet dans cette m^tiere , et parconsdquent au be^oin d'exagerer , je me borne a ces simples details, parcequ'iis sont tels que I'experience me les a present^s. Au reste , ce ne sera que lorsque le commerce I'aura mis a la portt^e de tout le monde, que Ion saura an juste quels sont, sous tons les aspects, ses vrais rapports avec le Sucre de canne. Mais aussilot que ce travail sera devenu public , je fais des voeux pour qu'une societe, ou quelque particulier qu'un zele ^clair^ place hors des atteintes de cette passion qui cherche a obscurcir de ses nuances liyides les dtScouyertes nouvellesl^, S/fS JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE veuille bien appeler k son secours un rafmeur instruit, pour le charger d'appliquer a la moscouade du raisin les manipu- lations qu'on donne a celle de la canne, et pour commencer a fixer, d'apr^s ses r^sidtats , le genre de rafinage qui pour- roit iui convenir le mieux Le premier travail que Ton eiUre- prendroit dans ces vues, ne pourroit manque.r de mettre I'Es- pa^ue a portce d'entrevoir au plus tut les avaniages qu'elle trduvera un jour k mettre ce sucre en concurrence avec celui des Cannes. Mais la soci^te qui voudra donner , par cette entreprise , una nouvelle preuve de son patriotismej aura besoin , sans doute, de se mettre en garde contre les preventions des ou- vriers aiixquels elle confiera ses premiers essais : peu capables en general de cette constance qui s'opiniatre a vaincre les dif- licult^s, ils se previennent contre un art nouveau , sans r^fl^chir que celui qu'ils professeat en ful nn autre dans son origine; et ils s'expobcnt ainsi a faire rentrer dans le n^ant des d^cou- vertes , au succ^s desquelles la prosp^rit^ de plusienrs pro- vinces peutetreattacliee. En un mot, ce sucre existe; il n'^toit connu que comme base exclusive de nos vins; il Test aujour- d'hui sous un rapport qui n'est pas moins intt5ressant que le premier; et , quel qu'il soit , ^gal ou inftrieur a celui des Cannes, son excessive abondance en assure en quelque sorte la possession exclusive k I'Espagne, puisque les autrcs nations de I'Europe qui cultivent la vigne en r^coltent rarement au-deli de ce qu'elles ont besoin pour faire leurs vins et leurs eaux- de-vie. Fermentation. Si le Sucre du raisin nous fiiit deja entrevoir la perspective d'un grand interet pour le commerce , le produit de sa fer- mentation promet d'y en aj outer un autre, qui ne sera pas d'une moindre importance. La nature a lellement dispose cette moscouade a la fermentation, qu'il suflit de Iui rendre una quanlii^ d'eau egale a celle quelle a perdue, pour la voir s'animer aussitot de ce mouvenient : et si , dans les pays froids oil la chaleur, qui est indispensable a son developpement vient il manquer , on ajoute un peu de lie seche k ce mout r^ge- n^r^ , sa fermentation est encore plus active , et alors elle marclie d'un pas ^gal a celles des pays temperes, Une mesure de cetle moscouade , dissoute dans trois d'eau, forme une liqueur qui a la densite du sue de raisin dit d'y^ra- gon, ET D'lIISTOtTlE NATUIiELLE. 549 gon , et qui marque 17 au pose- liqueur. Elle donne quatre mesures d'un vin color^ comrae celui de Malaga , et dans le- quel on remarque une l^gere saveur de fruit cuit ; ce vin est aiissi spiritueux que le meilleur vin de la Manche. Extreme- ment enivrant, il n'y aura certainement ni biere ni liydromel de Moscovie qui puisse le lui disputer en force et en bonte. La moscouade de raisin pent done oft'rir a I'industrie du Kord une base propre a fournir toute sorte de vins. Si on y ajoute de la pellicula de raisin rouge , il^fermente avec la meme vigueur , et prend alors avec la couleur une partie de ce principe astringent qui devient , par sa quantite mod^ree , un condiment avantageux a la saveur et a la con- servation de tous les vins. Cette moscouade, transportee du Midi dans le Nord, resout done un probleme extremeaient important en f.tveur des pays froids; cVst qu'avec du Sucre de raisin Ton pourra desormais faire en Sib^rie du vin avec autant de facility que dans le royaume de Valence. Et , lors meme qu'on n'apprecieroit cette production que sous le rapport de I'eau-de-vie, quel avantage n'offre-t-elle pas par la facilile et la surete de ses transports/ Et les bieres, que de qualites n'acquerroient-elles pas , si leurs fermentations ^toient fortifldes dune partie de cette mos- couade (1). (i) La farine d'orge ne contient que dix a onze pour cent de produits solubles a I'eau froide. lis consistent eii parties egales de gomme et de mucoso-sucie auquel un pea de matiere extractive donne de I'acrete , et en quelques flocons* de glutine, qui se separeut du lavage durant sa concen- tration. La partie farineuse consiste en trente-deux ou trente-trois parlies d'ami- don , et cinquante-sept ou cinquante-huit parlies d'une substance grenue , insipide, que le lavage a I'eau froide ou a I'eau bouillante separe de I'aruidon sans la dissoudre. Par la distillation, elle donne tous les produits de I'amidon , quclques soupcons d'ammoniaque ; aussi I'acide nitrique n'en degage-t-il, en I'atta- quant a froid , que fort peu d'azote. La farine d'orge , dont tous les grains ont parfaitement germe , ne donne plus, comrae auparavant, dix a onze, maLs trente pour cent de produits solubles , de la meme nature que les precedens. La partie farineuse se compose , d'amidon , cmquante-sept ^ cinquante- huit; substance grenue , douze a treize; c'esl sur cette dernii?re que tombent les changemcns que la germinatiori produit dans le grain. Cette substance se trouve aussi dans la farine de luais : elle en fait a-peu-pres la moitie. Comnie la partie gommeuse ne prend aucuue part a la fermentation , et Tome LXllI. NOVEMBRE an 1806. Y y 55o JODRNAL DE PHYSKQUE, DE CIIIMIE Glfiuber, cliimiste reconimandable de lavant-deniier siecle, pretendit, dans ses Prosperitales Germaniee , qu en transpor- tant le raisini^ dans les contrf^es auxquelles la nature a refuse les vignes, elles pourroient fabriquer elles-menies leurs vins , en restituant au raisine , a cette quintessence de vin , comme il la nommoit , la meme quantite d'eau que celle qu'on lui avoit utee par I'evaporation. Et ce travail, on auroit pu , selon lui , I'entreprendre non-seulement partout , niais aussi dans toutes les ^saisons , puisque le raisine se couserve aussi long- temps qu'on veut. Cette idee, assur^ment ing^nieuse, avait besoin d'etre con- firmee par I'expdrience ; Glauber aurait du soumeltre ses rai- sings a IVpreuve de la fermentation , avant d'annoncer qu'ils y fussent propres; mais, accordant trop sans doutea la proba- bility que lui oO'roient les principes, il lui parut sopeiflu de s'en assurer; aussi fut-il contredit haulement par Becber, et meme en termes un peu rudes. Ce dernier, se fondant a son tour sur des tentatives qui I'occuperent toute une annee, dii-il , lit voir qu'il ne fallait pas du tout compter sur les promes^es de Glauber : il assure que le mout, trop denature par la con- centration , n'^toit plus capable de fermenter : Ir?w nulla. arte amplius ad ferinentationem duel potest. J'ai di\k remarque , pour la defense de Glauber , que le Sucre du raising , plus ou moins affect^ par la reaction du tartre et des autres acides , languissoit en efl'et assez long- temps dans une inaction qui faisoit craindre que la propriete fermentescible ne se f'ut ^teinte en lui; mais, nialpre cela , il parvient a fermenter j et on acc61ere aisement I'epoque, si on ajoute de la lie aux melanges. J'ai meme aujourd'hui du vin provenant de cette fermentation , qui est tres-spiritueux , et qui tire de son goiit de r(5ti un parfum qui n'est pas sans agrd- qu'on la retrouve dans la biere , la farine germe'e ne contient done qu'enviion quinze pour cent de matiere sucree. Si nous comparons raainlenant I'orge germe avec la moscouade de raisin , sous le rapport des parties fermentes- cibles , nous trouvons qu'il faut environ sept quintaux dc la premit-re pour egaler un quintal de la scconde. L'on peut juger de la quel avantage il y auroit a faire concourir une partie de cette moscouade dans la conipositioa de la bii-'re. L'eau echauffee a cinquante degres ne dissout point Tamidon ; voila pourquoi le brassage s% fait avec de l'eau qui ne passe que rarcuient ce point. ET d'hISTOITE NATUREtLE. 35l rnent ; mais dans la parlie do rAilcmagne ou Glauber tra- vailloit , dans les cantons oii le raisin a le double inconve- nient d'etre surcharge de tartre et fort pauvre en maiiere sucr^e , puisque, comme il le rajiportp, il faudroit six tonnes de moiit pour en avoir une de raisine , il est assez vraisem- blable que ce dernier n'y seroit point aussi dispose a fermenter que dans les pays cliauds, qu'e"h Espagne surtout ou le moin- dre sue de raisin donne communement un quart de Sucre et fort peu d'acide. Au reste , sans oser decider entre ces deux auteurs , je croirai que , lors nieme que le raisine^ avec tons ses acides pourroit fermenter aussi aisdment que notre mosrouade, on auroit beaucoup de peine 4 le garantir du vert de gris , a cause de la grande facilite avec laquelle le moilt non sature attaque le cuivre ; et les vins qui en provlendroient , devant inspirer necessairement beaucoup de mefiance pour I'usage , ne pourroient des-lors etre utiles que pour I'eau-de-vie. Je crois devoir placer ici les reniarques que j'ai eu lieu de recueiliir, dans le cours des ^t^s passes, sur la fermenta- tion du mout clarifie. Lorsqu'un sue de raisin I'a ^te par la chaleur et la filtration seulement , il reste toujours un peu de louche ; c'est qu'il retient en dissolution une partie de la fecule dont nous avons deja parle, et dont la nature a ete bien confirmee par Falirony et par Thenard. Cette fecule s'y maintient, a ce qu'il paroit, fiar I'entremise des acides, puisqu'on ne la retrouve que dans es sues qui ont ^te satur^s par le carbonate, et clarifies au blanc d'ocuf; car c'est alors seuleraent qu'on les obtient d'une limpidity parfaite. Fabroni et Thenard ont consider^ cette fecule comme un ferment indispensable au changement de la matiere sucr^e ; mais , quand le sue de raisin en a ^l6 soigneusement dt^bar- rass6 , *la fermentation iy etablit pourtant avec autant de vi- gueur que dans un mdut non clarifi(i, et on la voit parcourir dans le meme temps tous ses p^riodes, sans d^poser autre chose que du tartrite de thaux. La veritable cause de la fermentation dans les sues clarifies et non clarifies ne reside done point dans cette fecule , mais bien dans le sucre liquide, I'unique principe des fruits qui soient v6ritablement fermentescibles fer se , et qui puissent faire partager son mouvement au Sucre solide. Deyeux me paroit avoir remarqu^ le premier cette difference , et il faut Y y 3 55a J O U II H A L D E r 11 If S I 'i U E D E C it I JII E convenir en efTet que tons les ph(5nomeiie3 de la fermentation viennent confirnier ce jugement. Parcourons-les rapidement. Le premier eOet de la fermentation siir un sue clarifi^, mais non 5aiur(^ , est de s'impr^giier des premieres portions d'acide carbonique, qui commencent a se d^gager : ce produit lait bienti't succ^der a la douceur iiiielleuse un goiit piquant, qui, sans etre spiritueux , rend le mout infiniment plus agr^able qu'il nVtoit auparavant , et c'est dans cet ^tat qu'il plait si fort aux enfans. Le second est d'augmenter le volume de la liqueur , d'j ^tablir una chaleur sup^rieure a celle de I'almosphcre dimiiiu^e cependant de tout ce que I'acide carbonique en emporte, et d'y faire naitre I'opacite d'un petit-lait mal clarifi^. A la troisieme ^poque, I'esprit de-vin commence a pr.roitre, et c'est alors que sa presence d^barrasse le mout de sa fecule et d'uue grande partie de tarfre. Pour la gomme, I'extractif et i'acide malique , iis subsistent au milieu de la fermentation sans y prendre la moindre part , puisqu'on les retrouve dgns les memes rapports apres qu'elle est termin^e. Si on filtre le vin quand il est a son plus haut point d'opa- cite, le mouvement fermentatif en est sensiblement derang^ ; mais il se retablit ensuite, et il poursuit sa marche sans deposer autre chose que des atomes de fecule et de tartre pur. Cetle fecule , cette seconde lie du vin , en est toujours surcharg^e ; mais, lorsqu'elle a ete lavee largement, on lui trouve tous les caracleres sur lesquels Thenard a insiste, et ces apparences* surtout qui ont conduit Berthollet a la comparer a I'amidon. Elle est parfaitement insoluble; elle s'aigrit, elle fermente, et s'infecte de la mauvaise odeur des glutines de froment;en un mot, elle devient fromage. Lorsqu'elle est seche, elle est un peu transparente , cornee , et donne tous les produits des inatjeres animalisees : la potasse la dissout , et la separe des parties purement iibreuses. Enfin , elle est la nieme , elle fait suite a celle que le mout non clarifi^ rejette dans les premiers instans de la fermentation; et si elle ne s'en s6pare pas d la jueine epoque, c'est que sa solubility la maintient dans la li- queur jusqu'a ce que I'alcool soit arriv6 pour Ten precipiter. D'autres fails vont confirnier que cette fecule n'est pas plus n^cessaire a la transformation des deux sucres en alcool, que la premiere, que la gomme, que I'exlractif , que le tartre, etc Si I'on prond du uiout satur^ et clarifi^ au bianc d'oeuf, la fermentatioa s'y ^tablil ie lendemtdn : elle poursuit sa marche ET d'hISTOITiE NATXJRELLE. 35 J sans d^poser de fecnle; du tartrite de cliaux seulement, ct enfin sans donner autre cliose que de I'acide carbonique. La liqueur descend, dans I'espace d'un mois , de dix-sept degres a un ou deux au pese-liqueur : si , apres I'avoir dis- till^e , on analyse le r^sidu, on y retrouve la gomme , I'acide malique, Textractif, du vinaigre , des restes de sucre, et rien de plus. La inoscouade , ramen^e k dix-sept degres par une quanlite d'eau sullisante, fennenie compl^tement , se change en vin , et ne d(^pose que des alomes; ou est done ici I'influence de la ftcule, du lartre, des acides et des extraits? Rials le mout le niieux clarifie conservera sans doute un reste de fecule, et ce sera celle-ci , dira-t-on , qui imprime au sucre le mouve- ment de fermentation. Dans ce cas , r^pondrai-je, ce mouve- nient devroit s'afioiblir a proportion de la perte que la clari- fication fait eprouver au mout , et cependant Ton n'aperfoit nullenienl que le moiit clarifie reste en arriere de celui qui est povvu de toute sa fecule. Concluons-en done que la fecule est un de ces produifs dont la fermentation n'a nul besoin pour s'etablir, et que I'un des premiers effets de ce change- inent est d'en debarrasser les sues , comme elle le fait du tartre et du sulfate : que si la fermentation avoit besoin de mettre en ceuvre quelques-uns des autres produits de la v^- g^talion pour le faire concourir a son objet , il est bien plus naturel de penser que ceux que leur solubility rend nuisibles au sucre y prendroient part, plutut qu'une substance insoluble , que Ton retrouve toujours apres comme avant, et dont on n'apper^oit pas lea moindres traces dans le vin ou dans ses produits. La fecule fraiche du raisin , melee avec une dissolution de Sucre a dix-sept degres, ne peut fermenter; BertJiolict eC Thenard I'ont deja reconnu, Je men suis ^galement assure; inais si on y mele cette meme fecule apres que le vin a fer- mente sur elle , ou apres qu'elle est devenue lie , elle lui imprime en pen d'heures la fermentation la plus vigoureuse. La fecule blanche et limoneuse qui se depose dans le second periode de la fermentation , ne se dissout point dans les li- queurs fermentantes : elle n'j ^prouve aucune decomposition; elle ne change ni de volume ni d'aspect; on n'en d^couvre aucun SOU] con dans les vins. Elle ne paroit pas prendre de part aux phenomfenes de la fermentation , et cependant elle imprime au sucre cristallisablelemouvementferraentatif: dans ce 554 JOUIlNAlhE FHYSIQUE/DE CIIIMrE cas, I'on voit clairomeiit qu'elle agit cotnnie matiere impr^gnee d'un principe qu'elle transmet. Quel est done ce principe? II ne nous reste plus qu a reconnoitre si on peut enlever aux f^- cules ou aux lies cette impregnation , ce lovain qui les appro- prient a rexci»enient fermentatif , pour pouvoir d(^terniiner ensuite si ce sont veritablement elles qui ont cette propriiile, ou si elles n'agissent qu'en vertu de ce principe , auquel cas elles serviroient de v^hicule seulement. Cast un point dont il paroit que Seguin s'occupe. Dans plusieurs fermentations spiritueuses ou j'ai fait entrer du levain, ou de la farine , la glutine est tnujours venue nager et s'attacher en lambeaux a la bouche des vaisseaux , et il ni'a ^le facile de reconnoitre qu'elle n'avoit ete ni d^natur^e, ni affectee des changemens qu'eprouve le milieu fermentant. J'ai dit que le sucre liquide eloit fermentescible per se. Des molasses de muscat, s6parees de leur sucre cristalli^able, n'ont point perdu la projirn^le do fermenter. Seules et sim- plement dissoules dans I'eau , malgre le lourment qu'ellts avoient essuye d'une multitude d'evaporations , de traitemens a la craie , a resMiit-de-vin , quoique leur principe extractif eut acquis une acrel6 extremement d6sagreab!e , elies ont cependant donn6 un vin spiritueux. Je n'ai point encore essayd la fermentation sur le sycre cristallisable du raisin, pour reconnoitre s'il est fermentescible per se : c'est un travail que je me propose de suivre aussitL)t que j'en aurai une quantite suflisante pour cet objet ; niais je presume d'avance qu'il ne s'y pretera gu^re plus que le sucre de canne. Le tartre est un produit de I'elaboration v^getale, comme tous ceux qui I'accompagnent dans le sue de raisin , mais il n'est point un ingredient necessaire a la fermentation. Si la nature I'eut destin^ a concourir a ses ph^nomenes , elle ne lui eut point donn^ cette foible solubilite qui cause sa se- paration dans les premiers periodes ou le sucre auroit le plus besoin de son influence. Glauber en ^toit bien persuade; aussi recoramandoit-il de sf^paier le tartre du raisine, apres qu'on I'auroit d^laje dans I'eau tiede : Hoc autem pacta aciditate sua liherantur et sitaviorn reddentur vinu, II est etonnant que Glauber , qui avoit si bien medit^ cet objet, n'ait cependant point song6 a la saturation du mout. Les experiences sur lesquelles Bullion a voulu ^tablir la n^- cessit^ du tartre, Tent conduit a des consequences bien plus ET DHISTOIRE NATURELLE. 05j faites pour ajouter aux idees vagues, deja si nombreuses , que nous avions sur la fermentation , que pour en eclairer la theorie. Si le tartie contribuoit aux changeinens du sucre, il faudroit done admertre que la part qu'il y prend est purement m^ca- njque, puisqu'on le retrouve tout entier apres la vinification. On ne peut voir sans etonnement cet auteur assurer que, sans le tartre, le okjuI ne fermenteroit pas, lui qui avoit sous les yeux la fermentalion journaliere des pommes, des poires, des Cannes, des cormes , des oranges, des groseilles , ties cerises, et de tous les fruits enfin dont le jus n"a pas de tartre , et parconsequent celles da niiel, du sucre aide de levure et des grains germes : ses analyses ne sent pas plus concluantes. De quelle quality ^toient done des raisins dont le jus ne lui donna que quatre gros de sucre par piiite .'' et ce sucre-la, comment put-il le caracl^riser de I'espece de celui des cannes ? d'ail- leurs, comment parler avec fondement de la fermentation et de ses resultats en eau-de-vie , d'apr^s des essais ou I'Dn voit le Sucre employt^ a la dose d'une livre dans cent livres d'eau ? L'eau de reglisse , que les enfans vendent a la coquille , n'est pas plus miserable ! S'il etoit vrai que la fermentation fit concourir le tartre a la production du vin , et niome quelle put en consommer pour celte fin de nouvelles quantites, comme Bullion I'assure , on ne devroit done jamais en rencontrer dans les tonneaux ; et; les jus les plus tartareux , ceux des annees vertes surtout, donneroient alors les vins les plus riches en eau-de-vie ; et si Ton pouvoit egalement croire qu'on put , en doublant le tar- tre , accroUre de ruoitie le spiritueux, quel meilli;ur emploi pourroit-on faire de ce sel , que de I'ajouter au niout a demi- gros par pinte? La dose qu'il assure lui avoir fait obtenir inoitie plus d'eau-de-vie. Sur le prix des moscoiiacles de raisin. J'ai paje 5o r^aux le quintal de raisin dit d'Aragon, qui est I'espece la plus riche en sucre que Ton vende a Madrid, mais qui le sera moins sans doute que beaucoup d'autres es- peces que produisent les provinces m^ridionales de I'Espagne. Ce raisin donne , par une expression reguliere, 89 a go de sue, et de 10 a 11 de marc au quintal; ce sue, prepare et ^vapor^ au degre ou il se congeie le plus facilement, donne trente livres de moscouade ; et vingt-sept a vingt-huit seule- ment si on porte la concentration plus avant. L'operation de 556 jornN'Ai. de niYSiQUE, ue chimie saturer avec !a cendre ne coiile rien; celle de clarilier avec du sang de boeuf, de passer par des flanelles, ajoute quelque chose a son prix ; mais elle ne sera point necessaire quand les acheteurs ne destineront cette moscouade qu'a la fermen- tation. Ces menues depenses , y comjtris le Lois , ne m'ont pas cout6 plus de six reaux; mais je les monterai a quiiize, A cause du travail d'(^grapper et d'exprimer. Voilci dont: trente livres de moscouade qui , dans les circonstances les plus dls- pendieuses, ne m'ont loiue que 4S r^aux; et si mon labora- toire eut ere moni^ expres pour ce genre de travail, si jeusse pris la peine d'acheter sur les lieux memes, et de faire venir A mon compte le raisin , personne ne douera que ces trente livres de moscouade ne passereierit pas 3o reaux. Je deman- derai actuellement ou sont aujourd'hui , soit a Madrid, soit dans le reste du royaume , les cassonades et le miel que Ton paye a un real la livre ? Si nous nous transportons dans les provinces , nous voyons que la vigne jouit paitout d'une force productive rarement sus- pendue, comuie cela arrive dans le reste de I Euro|)e ; nous la voyons verser souvent , graces a Theureuse influence du climat-, ses fruits avec une f^condit^ que Ton peut appeler d^sastreuse pour le propiietaire; je demanderai done si la mos- couade de raisin couleroit dans ces memes provinces seulement trois quarts la livre? Si nous la considt^rons comme supplement alimentaire, ou sont aujourd'liui en Espagne les productions nutritives animales ou v^g^tales qui soient au dessous de ce prix ? A Toro , cette ann^e , les mendians , rassasi^s d'un fruit qu'ils n'ont pu consommer , ont abandonne, suivant le rapport qui m'en a ^te fait, plus de cent soixante-dix mille arobes de raisins dans les vignes, c'est-a-dire environ cinquante mille arobes de nioscouade (i). A Arando de Duero Ton a versed dans la rue deux raiile cantaros de vin qu'on n'a pu ni vendre ni consommer , et il en reste cent cinquante niilie dans les vignes. Aranda pouvoit done, dans cette annee , avoir fourni au commerce plus de cinquante raiile arobes de moscouade , dont le volume n'eut et^ que le quart de celui du vin qu'elle auroit produit. Dans combien de vignobles n'a ton pas donnd la charge de huit (i) L'arobe est de 25 livres. arobes ET d'histoiue naturell?. 357 aroljes h trois et quatre r^aux ? Dans combien d'aiifres ne s'est-on pas vu oblige de I'abandonner aux cochons et aux roiipeaux, ut quid perditio hcec ? L'imagination s'eflraieroit sans doute des niilliers de quiniaux de raoscouade que Ton perd ann^e commune en Espagne , si les societes patrioliques vouloient se charger de faire connoitre quel peut eire ann^e commune le superflu de raisin dans chaque province de vignoble ! Les villes d'Espagne et les ports, places sur les deux mers qui sont en possession de fabriquer I'eau-de-vie , pourront un jour s'approvisionner de la raoscouade de raisin et la trans- former en vins articiels; il est vraisemblable que leur produit spiritueux ne sera point sujet a varier comnie celui des vins naturals , puisqu'il dependra de I'industrie des fabricans de faire ensorte que les premiers soient d'une quality constante, et pareons^quent aussi approcliee qu'ils le voudront des vins les plus renonimes pour la quantity d'eau-de-vie. Mais la pre- miere recherche qui se pr^sentera dans cette matiere, consis- tera sans doute a vdiifier s'il ne sera pas plus avantageux de se procurer une denrde propre a se convertir en eau-de-vie, dont le poids ne sera que le tiers de celui des vins, et son volume le quart , que de faire venir d'egale distance ces memes vins qui joiguent a I'inconv^nient du coulage et du prix de vaisseaux , celui d'etre souvent plus pauvres en spiritueux qu'on n'avoit espere. Woubiions pas aussi qu'un des ^l^mens inseparables de ce calcul, ce sera la main-d'oeuvre de ces fer- mentations. Au reste, nous ne cesserons de le dire, les fon- deniens de I'art de b^neiicier la moscouade de raisin sous ses plus utiles rapports, sont enfin decouverts : mais eel art est dans sa naissance; il n'avancera vers sa maturite que par des experiences calquees sur de bons principes , et qu'autant que des personnes , qu'une noble Emulation place au dessus de toutes les speculations d'enricbissement particulier, voudront s'en occuper. Si I'art nouveau du blanchissage, decouvert par Berthollet, s'est #.leve presque tout a-coup des petits r^sultats d'un labo- ratoire aux operations gigantesques qui se pratiquent dans ces vastes etablissemens que nous voyons repandus aujourd'hui par toute I'Europe , c'est que leur savant auteur n'a cets6 d'en assujetir les premieres tentatives aux regies de cette prudence qui nous montre partout les grands benefices places de loin en loin sur la route des pelits , et qui, dans les enireprises Tome LXIII. NOVEMBRE 1806. Z z 358 JOURNAI, DE PHYSIQUE, DE CHlAlIE noiirefles , nous avertit qu'on ne doit jamais commencer que par des essais dont. les succes ou les revers puissent etre vus du meme a:il. La iiaiure elle-meme est ecouome : si nous voulons tirer de ses bienfaits !e plus grand avantage, nous devons done aussi respecter ses pr^ceptes et la prendre pour modeie. Dans les ann^es ou la vigne , faute d'exposition ou de ma- turite , donne un fruit qui n'est pas assez doux pour fournir du vin g^iiereux , on a conseill^ d'y suppleer en ajoutant da Sucre; mais quel est le pays en Europe oil le sucre est k assez L>as prix pour qu'on puisse le prodigner k remedier ainsi aux vices d'une mauvaise recolte? Le miel , les molasses sont a. ineilleur marche , dira-t-on ; oui , sans doute j mais ne porte- roient-ils pas aussi dans les vins des parfums qui pr^viendroient ires-d^fiivorablement I'acheteur ? Voila pourquoi ces conseils n'ont jamais ^te accueillis dans la pratique. On peut aussi concentrer , a-t-on dit , une partie du ftiout et le nieler avec le reste pour en ameliorer la quantil^ ; un particulier pourroit sans doute entreprendre cette operation sur quelques tonnes qu'il destineroit a sa consommation; raais ceux qui ont suivi le travail des vendanges, et qui savent surtout s'il est uu seul inarchand qui ofiVit de ce vin un petit ^cu au dessus du taux du canton, jugeront s'il seroit aussi facile d'appliquer cette amelioration a une recolte de cent pipes de vin. Dans les annees oil le raisin manque de sucre , nou3 voyons que le tartre , I'acide citrique et' la matiere extrac- tive , celle-ia meme qu'on trouve dans le verjus, predominent fortement et ajoutent au defaut de liquoreux celui d'une apret^ qui agate les denls et d^sole le palais ; mais il est plus que douteux que la concentration ou I'addition du sucre fussent capables de faire disparoitre ces d^fauts. Je vais faire voir que les cendres et la moscouade de raisin , deux substances qui n'entralnent aucune pr^venlion centre elles , pourroient bien plus facilement y remedier , parceque leur emploi n'auroit rien dont le cultivateur le plus grossier ne put prendre une idee avantageuse. On a vu dans le cours de ces experiences , que le mout des bonnes annees marque au p6se-liqueur un degr(5 plus fort que celui des annees vertes , soit 17 celui des premieres, et 14 celui des secondesj il est clair que si le moiit d'une mauvaise recolte n'^gale pas celui dune bonne , c'est faute d'une quan- tity de moscouade qui puisse dever sa density de i4 a 17. ET d'histoire naturelle. Sjg Alora il ne s'agiroit done plus que d'y ajouter ce qui lui manque. Pour arriver sans tatonneraent a ce resultat, voici comment on pourroit y jjioc^der : On (ommenceroif par extraire la moscouade de cent onces du moiit de la recolte, selon la meihode que nous en avons donnee. Le produit du quintal elant une foisronnu, on p;is- seroit a I'exp^rience suivante : on ajouteroit a cenr onces du meme moiit de la moscouade successivement en I't^prouvant, an pese-liqneur , jusqu'a ce qu'on arrivAt a lui faire marquer 17 degr^s; Ton peseroit a la fin celle qui eut ete de surplus, et Ton auroit p;ir ce moyen les donates qui seroieut n^ces- saires pour remddier au defaut de douceur. Par cette addi- tion, il est clair que Ion n'ajouteroit pas au mout un sucre difl'^rent de celui qu'il contient ; et Ton voit aussi que le travail qu'il faadroit entreprendre pour am^liorer la provision d'une maison , n'auroit rien qui ne fiit a la portee de ceux qui la cornposent. Mais remploi de cette moscouade auroit besoin d'etre pre- cede par une operation plus facile encore, et qui ne couie- roit absolumsnt rien. Je commencerai par en donner les prin- cipes. On a vu plus liaut que les acides qui accompagnent le Sucre dans le raisin , ne sont essentiels ni a la fermentation ni a la quality du vin, puisque le mout satur6 et la mos- couade redissoute fermentgnt avec la meme vigueur , et don- nent des vins excellens ; "j'ajouterai meme que le mout fait avec du sucre de canne au point de marquer 17 degrps , et un peu de lie de vin riSuveau parfaitement debarrassde pat le lavage de tout reste de tartre et d'acide , m'a donn^ un vin cjue j'ai jug^ etre , ainsi que les personnes qui I'ont goute, ce qu'il y a v^ritablement de plus magnanime en fait de boisson spiritueuse. De toute antiquit^ Ton est danS I'usage, en Espagne, d'ajouter du platre a la vendange; quoique je n'aie pas eu I'occasion d'en etudier les eO'ets, je n'en jugerai pas moins aujourd'hui que la chaux qu'il contient habituellement ne sert qn'k saturer et a precipiter les acides dont nous avons pari6, d'autant plus qu en Afrique on y employoit la chaux directement (i). L'acide (i) Africa gj'pso niiligat asperUalem , necnoii aliquibus sui partibus calcG, Plinius. Z Z 2 3G0 JOURNAL DE PHYSIQUE, ME C TI 1 M I E qui convient au vin, ce'ui qui, apr^s le bouquet, fait tout le condiment des vins de Bordeaux et de quelques especes d'Espagne qui rirniterit de si pres, nest pas celui des poninies; c'est le vinaigre qu'une fermentation gouvernee expres fait naitre avec le spiritueux, et qu'on ne pounoit ni enlever ni saturer dans les vins sans les d^nalurer et les exposer a des melanges qui les d^graderoient ; mais il n'en est pas ainsi des acides que la vegetation fournit , tels que le citrique , le malique et le tartareux: ils cessent d'etre condiment s'ils pr6- domiiient ; et, puisque c'est par I'exc^s de ces derniers que le vin peclie dans les annees vertes , il est done Evident , d'apr^s les principes deja pos^s, qu'on peut les enlever sans inconvenient pour la .qualite des vins. Avant de meler la moscouade au sue de raisin , il faudroit done ^tendre a ce dernier I'operation que Ton a fait eprouver a la premiere ; il faudroit ajouter de la cendre Icssiv^e au mout a mesure qu'il tombe dii jiressoir dans la cuve. Je parle ici pour les vins blancs. Je pi^fererois la cendre, parceque , n'exigeant pas .comma la chaux des tatonnemens, ton exces ne pourroit avoir aucun des inconv^niens qu'on auroit a crain- dre de la derniere. La saturation des vins rouges amene un effet dont il est n^cessaire d'etre prevenu , afin qu'il ne devienne pas un sujet d'alarme pour ceux qui voudroient le mettre en usage ; voici en quoi il consiste : La couleur des fruits rouges n'e^pas celle que la vegetation, leur a donnee dans le principe ; c'est ce que Morveau nous a bien fait connoitre. Cette derniAfe est d'un ton verdatre, sans eclat ; mais les acides du fruit lui communiquent , en I'avivant , la nuance venneille qui pr^vient si agreableinent le coup-d'oeil. On s'en assure a I'insiant , si Ton satuie avec du carbonate de cbaux , des suns de mures , de sureau , et d'autres fruits color^s : tel est aussi le changement qu'^prouve le mout colore quand on le sature; mais , a mesure que la fermentation avance , on voit sa nuance se ranimer par la formation du vinaigre. Quoique cet acide accompagtie tous les vins en g^n^ral , sa production cependant ne paroit pas commencer avecle spiritueux, puisque les premieres periodes se passent sans que la couleur de feuille raorte disparoisse. En suivant ainsi a la vue un flacon de mout satur^, on a la satisfaction de saisir la naissance et I'arcroissement de cet acide , que I'on a eu tort , je pense , de regarder comme un prin- KT d'iiistoiRe naturei. le. 5Gr cipe ennemi de la bonne qualite des vins, et coinme nn produit dont la formation dtoit toujours subs^quente a celle de I'al- cool. II paroit , au contraire , qu'une partie de celui-ci ne tarde gueres a se saisir de I'oxigene, k mesure qu'il se forme, et a prendre par-lii I'etat qui doit le constituer vinaigre. Et enfin , dans les annees ou le Sucre n'est pas tres-^toign^ de se trouver u. la hauteur oi!i Ton pourroit le desirer , la saturation par les cendres ne pourroit avoir que de tres-heureux effets , surtout dans les vignobles si communs en France , qu'une mauvaise exposition condamne a ne produire habi- tuellement que des vins verts. Les amfcliorations que j'annonce n'ont, fesp^re, rien d'exa- g(5r^. E'.les sont un resultat que la connoissance des produits qui composent le raisin nous trace naturellement. Si je ne les recommande pas du sfjle de tant d'autres qui ont ecrit sur la meme matiere , c'est que le vrai n'a nul be- soin de I'appui de I'exageration ; c'est que je n'ai en vue de dire que ce que j'ai vu , et ce que je n'h^siterois pas un seul instant a pratiquer moi-meme, si nies destint^es me rendoient un jour a la culture de ines vignes. Un fait qui peut trouver sa place ici , c'est la dissolution de la chaux dans I'esprit-de-vin , que Ton n'avoit paa apper- 5ue, je crois, et qui se reunit a celle de la barjte , pour for- tifier les analogies par lesquelles Fourcroy a deja rapprochd les terres des alcalis. Je distillai a feu nu vingt-cinq livres de vin rouge de la Mancbe , avec une poign^e de chaux vive eteinte ; mon objet etoit d'oblenir du premier coup un produit exempt de ce vi- naigre qui le suit toujours dans une premiere distillation. Mais Teau-de-vie en sortit si infectee de I'odeur et du gout de chaux, que je demeurai surpris; cet alcool la contient en eflet, comme le demontrent tous les r^adifs; et sa dissolution est meme si pen le rt5sultat de quelques tirconstances inappergues , que, I'ayant redistillt^e a une chaleur douce , elle s'eleva encore avec toute son infection. Aujourd'hui meme, apres un espace de trois annees , cet alcool n'a pas chang^ ; il pr^cipite les dissolutions metalliques , I'acide oxalique , et ramene un tour- nesol rougi par un acide ; cette dissolution est done un nou- veau point de rapprochement entre les terres et les alcalis. Si la vigne , en Espagne , peut donner deux productions au lieu dune, et la premiere sans nuire a la seconde; si sa po- pulation et son commerce ne suflisent pas pour consommer 36a JOURNAL DE PHYStQUE, DE CITIMIE tout ce qu'elle peut dormer en vin ; si la difficult^ des trans- I'orts rend k charge la surabondance des vins ou des eaux- de-vie , qu'elle fasse done connoitre a I'Europe une richesse dont les etrangers n'ont nulle id^e, et que Ton pourroil nom- mer a bon droit miraculeuse : qu'elle enseigne aux auires nations un nouveau moyen d'enlever IV-xcedant de ses ven- danges , infiniment moins dispendieux, plus assure, et a I'abri de toute espt^ce de frelatation; quelle leur laisse done le soin de transformer chez elles ces moscouades en vin et en eau de-vie. Ouvrons enfin k toute I'Europe les portes de celte terre de pro- mission : prodiguons le sucre de raisin k toute la terre , et r6duisons par la ceiui des Cannes a n'^tre plus d'une neces- sity si indispensable ; invitons les habitans du Nord a venir eux-memes faire en quelque sorte nos vendanges ; permettons- leur d'emporter sans entraves nos moscouades , jusqu'a ce qu'ils aient reconnu tout le parti qu'ils pourroient en tirer, et alors nous les verrons oflVir avec empressenient au culti- vateur tout le prix d'une denr^e dont lis ne sauroient plus se passer , et qu'il nous sera desormais si facile de conserver aussi long-temps que I'exigeront nos interets ou la plus grande prosperite de nos vignes. Enfin, la convenance d'une production qui r^unit a elle seule I'aliment, le vin et I'eau-de-vie, avec I'avantage d'une abon- dance intarissable , son prix infiniment au-dessous de toute esp^ce de sucre, de miel , de bl6 ou d'autre deiiree alimen- taire, sa circulation dans nos campagnes , dans nos villes , dans nos hopltaux, dans nos armees, et la liberty de son exportation , ne peuvent que nous offrir la perspective , I'assurance meme d'une nouvelle branche de commerce tres-lucratif, que nulle autre nation d'Europe ne sauroit nous enlever , et parconse- quent I'assurance que le Gouvernement saura trouver dans sa sagesse les moyens de le faire conlribuer ellicacement a, Ja prosp6rit6 de la nation. ADDITIONS Envoy ees par lauteur le 7 octobre i8o5. Muscat blanc de la ferme royale d'Aranguez^ cent parties : Ralie 3 Marc exprim^ frais .... 1 3 16 Sue non clarifi^ 84; clarifi^et sature, adonn6 trente pour cent. Muscat du village de Fuencarral, idem. ET d'histoire nattjrellb. 363 Alvilla ; raisin blanc le plus delicat de ceux qui viennent k Madrid : Raffe... 3i Marc 9 i i3 Sue 87 , a donn^ vingt-cinq pour cent. Ses acides sont si peu de chose qu'il ne faut que vingt-quatre grains de craie pour en saturer une livre. Haisin noir d'Alcovendas, vilbge : Raffe -A 3 Marc i3 16 Sue 7. . 84, a donn^ dix-huit pour cent. Gkos raisin blanc; fade , aqueux, nomin6 gerdal : Raffe 3 Marc 8 Sue 89, a donne vingt pour cent. Raisin a ecorce astringewte , norame men .• Raffe 5i Marc 7t 11 Sue . ..<..;..;. 89; a donn^ Yingt-trols pour cent. Raisin a ecorce noire ; jus blanc, du village de Naval- Carnero j a donn^ vingt-six pour cent. Pour saturer et clarifier, il suffit de jeter de la craie en poudre dans le jus, d'agiter, et de garder jusqu'au lendemain. La fecule et la terre se r^unissent; il n'y a plus qu'a passer aublanchet. On cuit, on ^cumej il est inutile d'user de blanc d'ceuf. Desirant de trouver le degr^ de cuite le plus favorable k la cristallisation , j'ai fait cinq experiences dans I'ordre suivant : 364 JOURNAl- I)E PHYSIQUE, DE CIIIMIE Sue olarifi^ et satur^, cuit au point de ne laisser que trente- ^eux centi^mes d'exlrait : idem, a trente-quatre, idem, a Irente- cinq , tV/em, a trente-six, idem, a quarante. Ce dernier a cris- tallise le premier , ensuite le trente-six , puis le trente-cinq. Le trente-quatre et le trente-deux n'ont point encore cristallise. II est evident , d'apres cela, que les sirops les moins cuits sont les premiers a donner leur sucre. Le bouillon de viande contient cinquante pour cent d'extrait savoureux analogue au produit que j'ai tir^ de la fermentation du fromage et de la glutine. Get extrait est le condiment , le parfum , la quintescence du bouillon; celui des os lui est-il comparable? S U R LES MINES DE COBALT, NICKEL ET AUTRES; Par le Professeur PROUST. Li mineralogie du cobalt est toujours envelopp^e d'une obscurite desesp^rante , comme cello de tant d'autres metaux, que la chimie n'a point encore eclairee de son flambeau. Qu'est-ce, par exemple , que le cobalt arsenical? qu'est-ce que le cobalt blanc ? qu'est-ce que le cobalt gris ? Faut-il entendre par arsenical le m^tal purement arseniqu^, et sans melange d'autres metaux? Y a-t-il du cobalt arsenical qui ne soit pas blanc ou gris ? et parrai les cobalts gris et blancs, y en a-t-il qui ne solent pas arseniques. Born parle d'un cobalt simpleinent sulfure : I'existence en est-elle bien con- firmee ? Ces questions- li , on le sent, ne seront pas faciles a aborder , tant qu'on n'aura pas analyst un plus grand nombre de mineraux qn'on ne la fait jusqu'ici. Cependant , si Ton peut suivre avec quelque confiance les lueurs que I'analyse a commence k r^pandre sur cet objet , on peut avancer deja que les mines arsenicales blanches , grises, ET d'histoijie nAturelle. 365 grJses, speculaires , celles , en un mot, dont les metaux sont a I'^tat metalliqiie, ne sont, pour la plupart , que la disso- lution de qnelques sulfures dans des masses d'arsenic plus ou moins considerables ; que ce m^tal est un excipient dans lequel la nature a dissout , envelopp^, parfondu des sulfures d'argent , de cuivre, de far, de cobalt, de nickel , etc. , dans des proportions extremement varices; et enfin, que I'arsenic est pour eux un dissolvant qui les a recus a toutes doses , mais un dissolvant qui ne partage pas pour cela leur ^tat de sulfuration. Appelons a notre secours les comparaisons. De nienie que i'eau peut prendre en dissolution des sels dilTerens et en proportions tres-variees , sans avoir n^anmoins rien a d^raeier avec leurs 616mens, I'arsenic de meme aussi peut se charger de plusieurs especes de sulfures, sans troubler I'arrangement de leurs principes ; et cette dissolution -la est d'autant plus admissible qu'il y a moins de metaux qui ne puissent au besoin.lui disputer le soufre. Ainsi , il y a eu dans le laboratoire de la nature des dissolutions de Sulfures et de dissolvans m^talliques, comme il y a dans les notres des dissolutions aqueuses , alcooliques, huileuses, etc. , dont les excipiens n'ont rien h. voir avec la constitution des corps qu'ils peuvent dissoudre. Mais il y a de ces dissolutions m^talliques, a celles que nous leur comparons, cette difterence , que si celles-ci n'al-iandon- nent point la liquidity , parceque la temperature ou elles se trouvent les y soutient , les premieres au contraire, ne pou- vant plus 6tre que concretes, ne doivent parconsequent plus exister pour nous , que comme des masses m^talliques infonnes ou cris(allis6es , b'anches ou grises , selon la quantity et la quality des sulfures qui s'y trouvent; des mineraux, en un mot, tels que la teire nous presente aujo'jrd'hui ceux de cobalt, de nickel et d'auires. Poursuivons encore notre objet , par la meme voie, puisque c'est I'analyse elle-meme qui nous I'a ouverte. Si, par un abaissement convenable de temperature, une dis- solution tres-aqueuse de trois a ..quatre sels venoit a se con- geler subitement, personne ne doute qu'elle ne fit naitre a i'instant un agrege dur ou fragile , opaque ou transparent » amorphe ou cristallis^, ilne pierre, un solide , en un mot , qui ne differeroit de ceux que nous avons sous les yeux, que par une plus grande disposition a la liquidity : tout ceci est par- faitement dans les principes. Et si, par un eflet de la meme Tome LXIII. NOVEMBRE an 1806. A a a B66 JOtTRKAL DE SHYSI^QTJE, BE CHIMIE cause , un certain nombre de ces dissolutions , difF^rentes seulement par la quantite des sels, venoit a se condenser sous les m^mes conditions , 11 en r^sulteroit encore une suite de pierres tr^s-analogues k la premiere , mais diffdrentes sans doute par la pesanteur , par le tissu , par la cassure, ou par quelque autre attribut de masse qu'il est facile d'imaginer. Et si enfin , pour terminer cette comparaison , les 6chan- tillons de cette lithologie venoient a lomber entre les mains de nos analystes, ceux-ci ne tarderoient surement point a d6- couvrir qu'il y a dans toutes im dissolvant qu'il faudroit soigneusement distinguer , un principe dominant dans lequel la nature avoit dissout des sels divers, et dans des proportions tr^s-variees. Telles aussi doivent etre a nos yeux les mines arsenicales, et beaucoup d'autres du memo ordre , dont I'excipient n'est pas Tarsenic , puisque I'analyse des unes et des autres nous conduit k des r^sultats qui ne laissent pas le moindre doute sur I'analogie que nous pr^sentons ici. Une des lois que la nature semble avoir suivie dans la formation de ces sortes de mineraux , est , qu'apr^s avoir donne I'existence aux m^taux ^ a leurs oxides, et a leurs sul- fures , ces deux grandes bases de toute la mineralisation connue, elle les a ni^lang^es ou dissoutes par deux, par trois, par quatre , etc. ; elle les a crois^es les unes par les autres dans toutes sortes de proportions , comme pour multiplier les individus par les individus , sans avoir a creer un plus grand nombre de combinaisons d^mentaires : ainsi nous decouvrons dans le regne mineral tantut un oxide pur, tantut le meme in61angd,ou servant de dissolvant a deux ou trois autres oxides, Ainsi nous trouvons dans les mines les sulfures, ou seuls , ou mixtionnes deux k deux, trois a trois, quatre i quatre, cinq a cinq. Nous y rencontrons les sulfures de plomb, d'antimoine, etc. , servant les uns ou les autres d'excipient a de petites quantites de sulfure d'une autre espece. Nous voyons enfin Tarserwc tenant en dissolution trois et quatre sulfures diff^rens , et toutes ces dissolutions -li sont d'autant plus varices dans le rapport de leurs composans, que la nature s'est raontree moins exigeante k j'egard des propor- tions suivant lesquelles ces sortes de composes doivent se former. II rt'sulte de ces principes , s'ils sont fondes, que tout, en ET d'hISTOIRE NATTJRELLE. 367 niin^ralogie n'est pas combinaison , ou quM y a un grand nombre de productions auxquelles il ne faiit pas appHquer indistinctement cette denomination, comme le font quelques auteurs , faute d'avoir m^dite suflisamment sur ce qu'en chimie on entend par ce mot ; faute de remarquer que la science s'est fait une loi d'etre n'servee sur son ernploi, ils I'appliquent indifferemment k des mixtes qu'elle se garde bien de qualifier ainsi. lis. confondent done les combinaisons avec certaines dissolutions concretes, certaines unions, certains syst^mes de composes auxq'uels elle attache des idees bien oppos^es. La nature, par exemple, nous pr^sente des combinaisons d'eld- mens , mais elle nous offre aussi des composes formes par une reunion plus ou moins nombreuse de ces memes com- binaisons ; et ces compos^s-L'i, on ne peut ni les comparer aux combinaisons , ni les placer sur la meme ligne dans nos inventaires d'histoire naturelle, parceque les uns ct les autres ont et^ formes suivant des lois extremement differentes. Les premiers , en efiet , sont binaires , ternaires au plus , et rare- ment quaternaires dans le regne mineral : et ce n'est guere que dans les corps organises qu'elle s'eleve a des combinaisons qui ont plus de trois ^l^mens. Mais dans la classe des com- poses dont nous parlons, nous en trouvons a tons pas qui sont formes par la mixtion de trois, quatr.e et cinq combinaisons difl'erentes. Cast k cette classe d'associations , de compoi«5s, de mixtes , si Ton veut , et non a celle des combinaisons dans le sens de la chimie, qu'il faut rapporter les mines ar- senicales dont il est question, ainsi que toutes nos mines com- pliqu^es de trois, quatre et cinq sulfures. Ces distinctions sont, comme onle verra, justifieespar des exeni pies pris dans la nature. Mais avant d'en venir aux preuves, ari^tons-nous un moment k satisfaire une objection que D'Aubuisson m'adresse certaine- ment, lorsque , dans un Mi'moire , oia il appr^cie si justement la futility de quelques definitions, il dit : « Les anal^'ses dii cuivre gris , que Klaproth vient de publier , sont un nouvel exemple des combinaisons en proportions variables ». Le cuivre gris, r(^pondrai-je , n'appartient nullement a ct't ordre de com- binaisons , que les chimistes examineiit en ce moment pour d^meler les principes de leur formation. Une combinaison selon nos principes, vous diroit Klaproth, c'est le sulfure d'argent, c'est celui d'antimoine , de mercure , de cuivre, c'est un in^ial Oxid6, c'est un combustible acidifi^ , etc.; c'est une jirodiic- tion privil^gi^e a laqnelle la nature assigne des proportions fixes; A a a 2 368 iovtiit^rl be pnYSTQtrT. , »e chimie c'est, en un mot , un etre qu'elle ne cr^e jamais, meme etifrs les mains de I'homme , que la balance a la main , pondere et mensurd. Sachez done , ajouteroit-il , que les caracteres dea vraies combinaisons sont invadables comme le rapport de leurs Clemens. D'un p61e a I'autre, on les retrouve les memes sous ces deux aspects , leur phjsionomie seulement peut yarier par le mode de leur agr^gation, mais jamais leurs propriety's. On n'a point encore observ6 de ditf^rences entre les oxides de fer du Midi et ceux du Word. Le cinabre du Japon suit les pro- portions de celui d'A.lmaden, L'argent n'est ni oxid^ ni mu- riate ditKremment dans le muriate du P^rou que dans celui de Sib^rie, Dans toutes les parties du monde connu , vous ne verrez pas deux muriates de soude , deux muriates d'am- moniaque , deux salpetres, deux sulfates de chaux , de potasse , de soude , de magn^sie , de barite , etc. , qui soient dltKrens ; c'est enfin avec une m^me mesure que toutes les autres com- binaisons du globe ont ^te fornixes, Mais il n'en est point ainsi , certainement , de ces assem- blages de combinaisons, qu'on appelle mineraux compliquis , de ces composes de trois, quatre et cinq sulfures que la na- ture a formes par fusion, par dissolution aqueuse , seche, par cristallisalion , comme il vous plaira. Suspendant vis-a-vis d'eux la loi des proportions , elles les a r^unis avec la plus grande indifldrence, sans ^gard aux quantit^s ; elle en a fractionne les ^l^mens selon tons les hasards possibles. II n'y a peut-etre pas deux mines blanches , grises , arsenicales , antimoniales, d'ar- gent, de cuivre , de cobalt, qui soient les memes d'une ex- ploitation a I'autre. Voila pourqupi tons les mineraux de ce genre, tires des deux mondes , rendront a I'analyse des quan- tites de sulfures aussi variables que celles que vous trouveriez dans toutes mixtions qu'on pourroit fairs au creuset, et selon tous les rapports qu'il vous plairoit de suivre. II y a done , comme on voit, une ligne de demarcation qu'il est impossible de meconnoitre entre les combinaisons form^es d'el^uiens et les assemblages ou les combinaisons de combinaisons , si Ton veut ; car , pourvu que nous nous entendions sur le fond , nous nous garderons d'arguer sur les mots, en attendant qu'on Irouve des denominations mieux assorties aux ehoses que nous voulons distinguer : telles sont les distinctions fondamentales auxquelles il faudra dor^navant avoir egard pour les progres de la min6ralogie, de celles des m^taux specialement. Elles n'avoient surement point echapp^ aux analystesj mais il deve- IT d"iI ISTOIRE NATTJRELLE, SGq noit urgent de les retracer, afin de les rappeler a I'altention des min^ralogistes. Confondre plus long-temps les combinai- sons primaires , celles que la nature a assujeties a des pro- portions invariablea avec des assemblages secondaiies de mine- ralisations r^unies et parfondues dans toutes sortes de rapports , c'est confondre les puissances avec les radicaux, I'^difice avec les tresors qu'il renferme. Mais quelle difl'^rence , dira-t-on , reconnoissez-vous dono entre vos combinaisons chimiques et ces reunions de combi- naisons que la nature n'assujetit , selon vous , a aucune pro- portion fixe? Est-ce que la puissance qui fait dissoudre un m^tal dans du soufre , est autre que celle qui fait dissoudre un sulfure metallique dans un autre!* Je ne m'empresserai pas de r^pondrei cette question, toute fondle quelle est , crainte de m'egarer dans une region que la science des fails n'^claire peut-iitre encore point suflisam- ment ; mais on n'en concevra pas nioins mes distinctions , j'espere, quand je dirai : — L'attraction qui fait dissoudre le Sucre dans I'eau , sera ou ne sera pas la m^me que celle qui fait dissoudre une quantity d^termin^e de cbarbon et d'hy- drog^ne dans une autre quantity d'oxigene, pour former du Sucre a nos plantes ; mais ce que nons voyons clairement. c'est que ces deux sortes d'attractions sont si diff^rentes dans leurs r^sultats, qu'il est impossible de les confondre. Ainsi la dissolution du nitre dans I'eau ne sera point pour nioi ce qu'est celle de I'azote dans I'oxigene qui produit I'acide nitrique, ou celle de I'acide nitrique dans la potasse qui donne le salpetre. La dissolution de rammoniaque dans I'eau ne sera point a mes yeux comme celle de I'hydrog^ne dans I'azote , laquelle fait naitre I'ammoniaque. La dissolution de I'argent sulfure dans le sulfure d'anti- moine, qui produit I'argent rouge, n'est point comme celle do I'argent dans le soufre qui produit le sulfure de ce m^tal. Et enfin , la dissolution du sulfure antimonial dans I'oxide mineur d'antinioine n'est point, a mon sens, comme celle de I'antimoine dans.le soufre, et la raison de ces distinctions me paroit ^vidente, car... la dissolution du sucre , du nitre, de I'ammoniaque dans I'eau , nous pouvons I'obtenir dans une latitude de proportions dent les extremes son t infiniment eloignes j mais la dissolution des Clemens de I'acide nitrique , du salpetre ou de i'ammoniaqire , les uns par les autres , ne nous a ^te SyO JOURNAI, DE PHYSIQUE, DE CHIMIE accordee que sous la condition rigoureuse d'une proportion de deux tout au plus. Ainsi nous pouvons , comme la nature, faire dissoudre trois'a quatre sullures metalliques les uns par les autres , et cela dans una infinite de proportions diff^rentes; mais a coup sur elle ne nous permet pas de combiner le soufre avec chacun des ra^taux dans des rapports ausSi arbitraires. Le sulfure d'antimoine pent se dissoudre dans 1' oxide mineur, dans una infinitt^ de rapports qui font naitre les foies , les verres, les crocus, et toutes les nuances interraediaires. Mais en est-il ainsi de I'antimoine par rapport au soufre? Connois- sons-nous deux dissolutions de I'un dans I'autre , ou deux suifurps d'antimoine V La nature s'est impos^e certaines lois de proportions par rapport k ces unions que Ton est convenu de nommer coinbinaisons. En s'y soumettant elle-m6me elle nous y assujetit aussi , et ne soulfre jamais que nous nous en ^cartioiis dans nos imitations ; aussi ne paroit il pas, depuis que les chimistes agitent cette mati^re, qu'aucun d'eux ait r^ussi, jusqu'a ce jour, k nous donner des ammoniaques , des salpetres , des sulfures d'argent, de mercure, de cuivre, d'antimoine, etc., composes dans des rapports nonveaux ou difl'^rens de ceux que nous connoissons aujourd'hui. Voila, je crois, des distinctions qui paroitront claires a tout le monde ; et si ['elude le tra- vail de les df^finir, je n'en sens pas moins combien il importe qu'on s'atlache a determiner s'il ya, ou s'il n'y a pas de li- inites entre ces deux classes d'unions dans lesquelles je clierche a ranger, comme sous deux Standards differens, des produc- tions aussi distincles dans I'art que dans la nature, et anx- quelles la science auroit dii peut etre donner plus tut des dt'no- minations qui ^vitassent de les coiifondre , mais que I.) chimie pourtarit ne confond plus depuis lung-temps. Je reviens a nos sulfures. J'ai dit au commencement, (jue la bise des distinc- tions que j'annonce , ^toit dans la nature; je vais rather d'en esquisser ce que mes travaux particuliers m'en ont oflert depuis quelques ann^es. Sulfures combines. Le sulfure de fer ou la pyrite, se trouve combine k plusieurs autres. Nous allons commencerpar les unions les plus simjiles : 1°. Avec le sulfure de cuivre : dans des pro|)ort)ons tr^s- variees, d'oii naissentles mines qu'on a[>}pe\\e pyriteuscs, jaunt's, dorces , et gorge de pigeon, quand le sulfure de ler conimence a s'oxider , ce qui met k decouvert le sulfure bleu de cuivre. ET d'histoiue nature LLB. 371 beaacoup moins oxidable que I'autre. Le sulfure de fer pr^- domine toujours sur le second. C'est le genre de mine qu'on b^neficie le plus generalement partout ; elles sont amorphes , ou cristallisables , riches ou pauvres en cuivre. II y en a qui contiennent plus de quarante centi^mes de sulfure de cuivre> Si on les fond avec de la potasse, Ja pyrite de fer est ra- menee a son minimum de soufre; elle donne de I'hydrogene sulfure avec I'acide sulfurique aqueux, et le sulfure bleu reste seql, comme etant insoluble. Avec un acide nitrique tr^s affoibli t'on met aussi le sulfure bleu a decouvert. 2°. La mine jaune ou ferro-cuivreuse peut entrer dans la classe des mines grises , en admettant diff^rens sulfures de plus, comme ceux d'antimoine , de plorab, d'argent et meme d'arsenic : il en r^sulte alors des sulfures ferro-cupro-antimo- ni^s, ferro-cupro-plomb^s , ferro-cupro-argentes , etc. La mine grisee par rantimoine seul, esttres-connue partout : nous Tavons au Collado de la Plata (Colline d'Argent), pres Terruel;dans la Sierra Vermeja (Chaine Vermeille), etc. Les mines grisees par le sulfure de plomb et par I'arsenic pur se trouvent a Rio Tinto (Riviere Teinte) , en Andalousie. Parmi les morceaux qui nous viennent d'Am^rique , nous en avons qui offrent a. I'analjse la pyrite cuiyreuse grisee par du sulfure d'argent simplement. 5°. Mais les trois sulfures de fer, de cuivre et d'argent se compliquent d'un quairieme qui est I'antimonial, et produisent par cette reunion une esp^ce de mine grise tres-commune parmi celles que Ton appelle argentiferes. Alors il arrive souvent que ce n'est plus le sulfure de fer , mais I'antimonial qui sertjfl'excipient aux trois autres. II y en a meme aussi dans lesquelles Tarsenic entre , selon Bergmann : reste a savoir si c'est comme m^tal ou comme sulfure. En general ces mines sont si varices dans la quantite de sulfure d'argent, si incons- tantes dans leurs caracteres , que tel mineral que Born a nomme argent arsenical , a ete qualifi^ par Rom^-cle-Lisle , de /nine blanche arsenicale. 4". Nous avons des echantillons de cette espece , ou c'est le sulfure de cuivre qui predomine sur les trois autres. La mine alors se presenle avec un aspect bien difl'erent des prt cedentes ; elle est plus serree, plus dillicile a rompre, d'une nuance bleudtre moins metallique. A cetle famiile antimoniale appartiennent la plupart des mines que Ton appelle Negrillo (IS oiratre), dans les exploitations d'Ame- 372 JOURNAL DE PHTSt/JUE, DH CHIMIE ^ rique. On y trouve constamment les quatre sulfures, malsdans des rapports extrememeut difl'trens; celui d'argent y est tou- jours au-dessous des autres. Je n'ai jamais rencontrfe I'arsenic dans ces sortes de mines. II y en a aussi dans lesquels le sulfure de cuivre est beaucoup au-dessous de ceux de far et d'antimoine par la quantity. • 5°. Enfin , ilya de ces mines noiratres , plombees, pesantes, informes, dans lesquelles on d^couvre un cinqui^nie sulfure, celui de plomb. Cetle esp6ce de Negrillo est fort riche, au moins dans les echantilloFis que j'ai examines. Pour les analyser on les traite par I'acide nitrique, qui oxide metaux et soufre. \ Si I'oxidation du soufre a fourni assez d'acide sulfurique , on ne trouve pas de plomb dans les dissolutions, parcequ'il se pr^cipite comme sulfate avec I'oxide d'antimoine. On applique le carbonate de potasse par trituration au pr6( ipit^ , ce qui ram^ne le plomb a I'^tat de carbonate; on I'enleve ensuite par un acide nitrique foible. 6". Les Negrillos ^prouvent' une combustion sponlan^e qui porte tous leurs metaux k I'etat d'oxide , moins celui d'argent qu'on y retrouve comme sulfure. Souvent ils sont melanges de sulfure de zinc, mais on le reconnoit a la vue; il ne fait pas partie de la mixtion. 7°. Une mine de quatre sulfures non moins int^ressante que les pr^cedentes, c'est celle de la Cren (la Croix), a une iieue de Valence. On y trouve ceux de fer, de cuivre, d'antimoine et de mercure parfaitement dissous les uns par les autres : ce sont des rognons de couleur metallique gris avec reflets rou- geatres. L'atide nitrique oxide trois des quatre suifuies, celui de mercure y resiste et se trouve confondu avec I'oxi^e d'an- timoine; on les separe par rappiication de I'acide muriatique. Beaucoup de ces rognons ont eprouv6 une combustion spon-- tan^e, qui les a traites a-peu-pres comme I'acide nitrique j il y en a meme qui conservent encore au centre le noyau me- tallique. L'oxidation les a renfles en diminuant leur solidite, et le cinabre deveuu vermilion , est reste seul pour teindre lea masses de sa nuance. On y trouve alors les oxides de fer et d'antimoine au maximum, et le cinabre de cuivre est devenu carbonate. Le cinabre est parmi les sulfures un de ceux qui se conservent le mieux dans les mines. Je ne crois pas qu'a Almaden on ait rencontr^ du mercure oxide. II s'y trouve cependant du mercure doux, decouvert par Angulo, directeur des mines, mais peu, en cristaux nacres , petits et comme souffles ET e'hISTOIRE KJLTURELtE. Zji souffles qa. et la sur des fragmens de gr^s. Nos quatre sulfures de la Cren sont epuis^s. II y en avoit fort peu. On les a exploit^s pour en avoir le mercure. La nature sembloit I'avoir laiss«^ tomber comme par hasard sur la surface d'une colline toute composee de fragmens angulaires , soudes par un nou- veau ciment calcaire. En examinant le local, on voit que ces fragmens ont du etre les debris de montagnes environnantes qui n'existent plus. Queique peu de mineral s'^tendit jusqu'4 Bechi , deux lieues plus bas , k I'entree de la plaine de Valence. S**. On trouve au centre de plusieurs morceaux du muriate de cuivre du Chili, des noyaux de mine grise, composee des trois sulfures, de fer, de cuivre et d'antimoine. II semble que des agens ext^rieurs auroient oxid6 et transform^ la superficie de ce fahlertz en muriate. 9". Le sujfure de plomb est encore un de ceux qui recelent celui d'argent, dans des rapports extremement varies, sans cesser d'etre predominant ; on le voit s'associer celui d'anti- moine : tel est la mine oil Klaproth trouva 40 de plomb , 20 d'argent, 8 d'antimoine, et Ic reste en soufre. lo*^. Le sulfure de cobalt va se perdre aussi dans les galenes argentiferes : la Catalogne en a fourni plusieurs echantillons. II suflit de les fondre avec de la potasse et des petils clous , pour trouver Ip r^gule de cobalt plac^ sur le plomb argent^. 11°. Nous avons des mines de plomb antimoniales simples, nous en avons aussi auxquelles le sulfure de cuivre s'est joint. Linares en Andalousie fournit des mines de plomb a grains d'acier , qui contiennent , outre un peu de sulfure d'argent, celui de cuivre. Ces mines ^prouvent una destruction qui les transforme en carbonates ; mais le sulfure de tuivre moins oxidable , ne partageant pas ces changemens , se retrouve a rentier dans le carbonate. II y a peu de galenes qui ne contiennent ou de I'oxide , ou du sulfate de plomb interpose : c'est a quoi 11 faut prendre garde pour ne pas conclure des essais qu'on en fait par la fonte , que le plomb y est sulfure en proportions variables. Le sulfure de plomb est encore un de ceux qui se trouvent unis au sulfure de tellure, d'urane , etc. 12°. Le sulfure d'antimoine contient des quantit^s tr^s- variables de sulfure d'argent et founiit une suite de min^raux argentiferes compris entre I'argent rouge et celles qui parols- sent noires en masse , quoique leur poudre soit encore rouge. Les derniers portent le nom de vitreux fragile, de glass-ertz, etc. Tome LXIII. NOVEMBRE 1806. Bbb 074 JOUnNAL DE PltYSrriUE, DE CHIMIE iS". L'arsenic tenant en dissolution du sulfure de fer satul"^» fait nnltre les pyrites arsenicales dans lesquelles ce ni^tal ne partage pas le soufre avec le fer. Je n'ai point encore verifid si le rapport de I'un a J'autre est variable; niais on n'en peut doiiter d'apr^s la diO'erence des nuances et les experiences de Vaiiqiielin. i4« II sert d'excipient aux sulfures de cobalt , de nickel , de cni\re et de fer en meme temps. On les trouve en ana- lysant les mines blanclies , grises el arsenicales de cobalt ou de nickel. II y en a qui contiennent tres-peu de sulfure de nickel relativemenl a celui de cobalt, el 'vice 'versa. Presque toutes les mines de ce genre contiennent du sulfure de cuivre. Celui de Tunaberg , analysed par Tassaert , n'en est pas exempt. H y a des mines de nickel Ires-arseniqu^es, con- tenant du suHure d'argent, et le rapport de ces sulfures est tr(is-varie tant entre eux que relativeinent a l'arsenic. i5°. Eu distillant ces mines on en trouve qui donnent 3o pour loo d'arsenic pur, d'autres moins. Le r^sidu est loujours un assemblage de sulfures retenant une portion d'arsenic non sulfnr^e. Si on les chaufi'e avec du soufre, cet arsenic se su- blime en quality de realgar , et abandonne alors les autres sulfures ; ce qui d^montre bien que meme les restes d'arsenic que les sulfures retiennent , n'y ^toient point sulfures. 16°. Uue mine de cobalt, de schlagt-virg en Styrie, grise , ■jnassive, uniforme dans sa nuance, donne du regule d'arsenic, s.ur la fin un peu de realgar; ce qui arrive, je pense , quand la pyrite lache lexers de son soufre pour reveiiir au minimum. Le r^sidu contient encore de l'arsenic et des m^taux sulfures, qui sent, fer, cuivre^ cobalt et nickel j celui-ci domine sur le cobalt. Un kupfer nickel rouge , mel^ de veines grises d'Andreasberg, donne regule d'arsenic, pas de realgar. Le r^sidu contient les mdiaux sulfures , plus, une portion d'arsenic: ce sont, cuivre (peu), fer, nickel et cobalt. Le nickel predomine. Les cristaux de cobalt de Tunaberg donnent arsenic et realgar; les autres metaux y sont sulfuris : fer en abondance, cuivre peu, cobalt, pas de niquel. Le kupfer nukel de Poplet en Catalogne, contient arsenic, fer, cuivre, nickel, soufr^s , pas de cobalt j il est rougeatre et dissemin^ dans une matiere siliceuse. Le kupfer-nickel de Sierra -Vermeja (Chalne Vermeilie) est un pur aliiage de nickel et d'arsenic, pas un atome de ET d'hiSTOIRE NATURELLE. S'jS soufre ; ses dissolutions ne trouLlent pas la barite. Si jamais le nickel devient utile , c'est le mineral qui sera le plus facile a traiter pour en avoir le metal. On le presenta au Ministere {)Our mine d'argent. Un barreau de ce m^tal accompagnoit a| remise. Angulo et Fernandez, analyserent, et n'y trouverent pas un soup9on d'argent , ici comme ailleurs , etc. Mine de cobalt grise de Tobschau dans la Haute-Hongrie ; elle est melee d'oxide verdatre que I'aeide sulfurique aqueux dissout. La dissolution contient de I'arsenite de nickel. La parlie ni^tallique dissoute en acide nitrique , indique soufre , Fer, nickel et arsenic, pas de cobalt. Celte m^me partie dis- tiU^e ne donne pas d'arsenic quoiqu'elle le contienne en abon- dance. Beaucoup d'aufres mines de nickel et de cobalt tr^s-arse- niqu^es ne donnent point d'arsenic par la distillation. U faut qu'il y ait, outre les m^taux sulfures, une portion de nickel ou de cobalt a I'^tat metallique, qui fasse alliage avec I'arsenic et qui I'empeche de se sublimer. J'ai oublie d'exaininer si le rirkel arsenique de Sierra -Vermeja donne le sien par la dis- tillation , mais je ne le pense pas. Une mine de cobalt grise, pesante , uniforrae, de Scbureberg a donn^ de 8 i 9 pour 100 d'arsenic pur, puis quelques soupf ons de realgar; son r^sidu chauffd avec soufre, en a donn6 tres- abondamraent. L'arsenic n'y 6toit done pas sulfure. Ce meme r^sidu non pass6 par le soufre, contenoit, outre l'arsenic, du fer, du cobalt et un peu de cuivre sulfures, pas de nickel. Une mine d'Aragon , grise, tres-massive , pure, tres-arse- niquee , n'a rien donn^ par la distillation. L'arsenic y est pour- tant en abondance; distiliee avec soufre, elle a donne beaucoup de realgar. Quel principe retient ainsi l'arsenic ? Je me^ pro- pose de le rechercher. Cette mine contient, cobalt , fer, cuivre, sulfures , pas de nickel. Un autre ^chantillon de Saxe, gris , grap^ , tres-pesant , a donne du regule, mais peu en coinparaison de ce qu'il en contient, une fleur de realgar ensuite. 11 donne cobalt, fer et cuivre sulfures , pas de nickel. II paroit, d'apres les details que Patrin en donne, que Ton ne peut gu6res Clever de doutes sur le sulfure de cobalt , d'autant plus qu'il existe dijk comme tel dans les min^raux gris , blancs,etc., mais je n'ai pas eu lieu d'en voir. Le nickel , le cobalt, le fer et le cuivre sont quatre metaux dont le reconnoissement n'offre aucune diflicult^ dans la dis- Bbb 2 576 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CIIIMrE aolution de tons ces min^raux. L'hydrogene sulfur^ pr^ci'pite le cuivre et I'arsenic; mais si Ton oxide suflisamment ce dernier {)our lelever^la quality d'acide, l'hydrogene sulfur^ pr^cipite e cuivre seul. II n'atteint I'acide arsenical que long-temps apres , ce qui donne un moyen sur de les s^parer. La disso- lution se fait cliaufl'er ensuite pour remonter le fer au maxi- mum; on precipite par la potasse , puis on ajoute Tammo- niaquequi laisse de cut^ le fer et prend le cobalt et le nickel. On expose ensiiite la dissolution animoniacale k une chaleur tr^s douce ; le nickel se precipite durant la concentration, et Ic cobalt reste seul. J'ai analyst difi^rens speiss , ces r^gules qui se rassemblent au fond des creusets de verre de cobalt. C'est un mineral re- gener^ , dans lequelon trouve de I'arsenic, du cobalt , du nickel , du bismuth , du fer, du cuivre et du soufre. La dissolution nitrique depose de I'arseniate de bismuth qui est pen soluble dans I'acide ; en concentrant le reste se separe. Les autres m^tauxse reconnoissent comme ci-dessus. J'aitou- jours trouvt5 plus de nickel que de cobalt dans les speiss. Je crois avoir lu qu'on les recalcine pour les repasser par la fonte vitreuse, afin de les ^puiser. Ce petit nombre d'exemples , que les savans pourroient augmenter des observations qu'ils possedent en ce genre, est deja sufiisant pour assurer les fondemens de la distinction que nous avons annonc^e en commen^ant ces remarques (i). La (i) Veut-on une demonstration frappante de cette v6rit6 ? Voyez le erenat dans le rapport de ses Siemens; iie change-t-il pas 6ton:ininient d'un ^cliantillon a I'autre ? Un compose dont la silica varie de 56 a 52 , I'alumine de 16 a ii , la chaux de 3 a 32 , le fer de 6 a 41 ( Vaucjuelin ), ne se placera jamais dans aucun systeme de lythologie analytique , a cote de ces combinaisons proportionnellfs que chaque terre peutpiodmre avec les acides counus , et il en faudra dire autant , sans doiUe, des feldspaths, des z^olithes, des prehnites , des steaclites , des asbesles , des iyanile«, des clhontes , des hornstein, des petrosilex , des v6suvi6nes , des inter- jninables schorls , des scliistes , et enfin de loutes ces pierres conipleNes, dans lesquelles nous ne trou^ons que des terres dissoutes par des lerres que la nature semble avoir pris plaisir A former en petrissant, dans toules les proportions imaginables, Ja silice avec I'argile, ia chaux , la magn6- sie , les dem oxides du fer et de la manganfese , avec la sonde , la po- tasse , Ja baryte , etc., et qui s'affranrhissent d'aulant pins des luis de proportions , que leurs facteurs sont plus nombreux. Mais il n'en est certainiment point ainsi des composes binaires de la lithologie , et parcoDs6quent des sulfates, des nitrates, des phosphates, des borates. ET d'hISTOIRE NATUHELLE. 67/ lllhologle elle-m^me si feconde en composes, dont les proportions valient dans une latitude encore plus ^tendue que ceux qui sont purement metalliques, me paroit aussi plus que jamais suscepti- ble d'etre etudi^e sous ces deux aspects. Mais peu capable de marcher seul dans un champ aussi vaste, je m'empresse de re- venir k mon objet pour le terminer, en disant : qu'il est bien k desirer que la chimie, de son c6t6, ne tarde pas plus long- temps a perfectionner sa maniere de rendre compte de ses ana- lyses , parcequ'elle est defectueuse ; dire que tel mineral a rendu argent, cuivre , antimoine , arsenic tant, soufre tant , n'est pas^nous donner de son organisation, de sa nature, etc., une idee plus instructive que celle qu'un architecte nous don- neroit du Louvre , si , apres I'avoir demoii, il venoit nous dire : il etoit forme de moellon , brique , ardoise tant , chaux et platre tant. Le naturaliste aura toujours le droit de demander si dans I'echantillon qu'il envoie k I'analyse, les quatre ou cinq Clemens qu'on y a trouvpsse saturoient respectivement ; si le soufre suf- fisoit a cette fonction ; si quelqu'un des metaux s'en ^toit affranchi ; si loxidation n'avoit pas commence a en degrader I'ensemble ; si , etc. , etc. Ces remarques, qui n'ont d'autre but que leperfectionnement de i'analyse, s'appliquent a loutes nos pierres analys(';es. Ce n'est {)artout qu'oxide de fer tant; les fers spathiques , les hornblendes, es serpentines , les ardoises , les trapps , les basaltes, etc. , con- liennent du fer enabondance, mais est-ce au minimum , est- ce au maximum,^ Ce n'est pourtant que sous Tune ou I'autre de ces conditions que tous ces composes sont rouges, jaunes, verds , bleuatres, opaques, transparens , etc. , etc. des fluales, des molibdates de chaux, de niagn6s!e , d'alumine , de ba- ryte , de strontiane , etc. , qui sont identiques |:ar toute la terra. Cute verite , que I'analyse a d6ja santtionnee puur le plus grand nonibre de ces sortes de rombinaisons , ne peut manquer de tomprendre benlot aussi celles auxquelles la chimie n'a point encore applique ses reronnoissemens diriges sous re point de vue ; mais n'oublions non plus , que pour apprecier les caractferes des combinaisons binaires de la nature, pour les voir dans les attributs de leur plus grande simplicite , il faut tou,our^ eiaguer par la pens^e , comme par I'aijalyip , ces melanges de corps qui sont Stran- gers a leur complexion, ce- Clemens non combines qui en conlinuent la purete , et couvre d'ua masque eirauger leur physionomie primitive. 378 JOURNAL DE PHTSIQVE, DB CHIMIE E S S A I Sur les Attractions et Repulsions electriques ; Par M. ***. Me 3 experiences sur le magn^tisme , qui domient cette propri^le a plusieurs aiguilles en sens contraire par un seul choc ^lectrique , m'ont fait douter de I'exislence de deux fluidea qui , d'apres la theorie de M. Coulomb , se repoussent dans chaque section d'un aimant : de ce doute en naquit un second. Je me suis demande , les repulsions Electriques sans attraction pr^alable cxistent-elles ? c'est-a-dire, y a-t-il deux fluides Electriques qui possEdent I'un pour I'autre la vertu repous- sante de Newton (Opt. quest. 3i , pag. 566, ou. Theorie de la Terre , tome 3 , parag. 6i4j par M. DelamEtherie). J'ai pris le traite le plus moderne sur TElectricite, et k I'art. dcs Repul- sions ef Attractions , je trouve six experiences que Ton donne pour prouver cette attraction et repulsion alternatives. Je crois qu'une double afllnite explique naturellement ce mouvement alternatif , et je me persuade que plus nous simplifions les theo- ries, pour nous rendre raison des phenomenes de la nature > plus nous approclions do la vErite. P": Experience de M. Libes , sur les Attractions et Repuhions , lome 1", p. 35i , de son nouveau Dictionnaire de Physique. cc On frotte avec la main un tube de verre au point de I'electriser sensiblement ; on laisse tomber sur ce tube une petite feuille metallique, un duvet, ou tout autre corps leger quelconque. Ce corps est attirE et subitement repoussE par le tube. Si dans ce dernier etat de repulsion on le poursuit avec le tube, il s'^chappe avec vitesse suivant une direction quel- coiique; mais s'il rencontre sur sa route un autre corps con- ET d'iIISTOIEE NATUriELLE. SyQ ducteiir non ^lectris^, il revient aussitut au tube et s'en ecarte ensuite subitement ; de niani^re que s'il ^toit librement sus- pendii a iin fil de soie entre le lube et le corps etranger dort nous venons de parler, il voltigeroit ahernativement de I'un a I'autre ». L'on sait que le m^ial a beaucoup d'affinite pour la niatiere ''-lectrique ; c'est cette aflinit^ qui I'entrainc vers le lube dont le frottement a non-seulement excite I'electricit^ latenie, niais en a attire encore prcbablement de mon corps sur ses parois : il s'y porte done pour s'emparer de toule la capacity de ce fluide excite. Si dans cet etat il se trouve un corps voisin qui ait aussi de I'afFinit^ pour le meme fluide, et que cette allinit^ soit assez puissante pour vaincre la pesanteur de la feuille nietaliique, il I'attirera vers lui , I'erilevera a son tour et le coinmuniquera au sol, tout aussi avide, si je puis m'ex- primer ainsi, de ce fluide. Si ensuite la tension de la feuille est encore assez grandepour se porlerde nouveau vers le tube, ce mouveinent aura lieu ahernativement jusqu'a ce que la pe- santeur surpasse enfin I'attraction. S'il n'y a pas de substance conductrice pour attirer la feuille , c'est rhumidit^ de I'air qui I'attire, comme elle attire le petit pendule de I'Experience XI de ma Lettre du 24 decembre. Journal de Fevrier dernier, page i5g. Las reflexions que je ferai sur la substance du verre, pour expliquer I'Experience IV" serviront pour rendre paison comment le duvet, qui est une substance idioelectrique, acquiert ici de rallinile pour le fluide. Je ne vois done ici aucune repulsion; car, de I'aveu nieme de Tauteur, la feuille m^tallique va se d^pouiller en faveur du corps conducteur. L'^lectrometre a balles de sureau, qui s'^cartent, et par leuuel on veut prouver souvent la repulsion electrique, n'ecarte ccs petites balles que parceque Its vapeurs aqueuses de I'air les attirent : c'est la raison de la tension du petit pendule de I'elec- trometre de Henlej , que je trouve un des meilleurs. Enfin I'ecarternent de tous les ^lectrometres se fait , ^ ce qu'il me parolt , soit par I'attraction des vapeurs aqueuses, soit par Tac- tion d'un corps conducteur qui aitire des feuilles ou de pelites boules saturees de fluide elecirique. IP Experience. « Suspendez librement au conducteur d'une macbine ^lec- trique une frange de lils , tourn^e sur elle-meme en forme de 58(> JOUlXNAt DE PMYSIQTJE, DE CHIMIE houppe ; du moment que vous <5lectrisez I'appareil, voiis voyee tous les fils r^unis s'ocarter Tun de I'autre a vine distance d'aiitant plus grande que I'^lectricite est plus forte 35. C'est ici que I'air, comma a I'egard des electrometres, attire et ctarle le plus loin possible , les fils de la liouppe. Je ne douie point que tous les physiciens conviennent que I'evaporation enorme d'eau qui se i'ait a la surface du globe , n'y rende I'air plus ou moins impr^gne de vapeurs aqueuses , meme dans ce que nous nommons temps sees, et qu'ils ne leur don- nent une grande aftinite ou attraction pour la matiere 61ec- trique. L'air ambiant k Tentour de I'appareil electrique , est done celui qui peut le plus facilement satisfaire son union avec le fluide ; celui qui en est plus 61oign6 , ayant la meme tension, doit parconsequent attirer vers lui le plus loin possi- ble tout corps qui en est satur^ : de la r^sulte que plus tliaque fil est imbibe de fluide, plus I'attraction aqueuse agira sur ce fil a une plus grande distance. Ill" Experience. « Placez sur une plaque de m^tal de 5 a 6 pouces de dla- metre des feuilles d'or couples en parcelles, de maniere qu'elles soient presentees k 2 pouces au-dessous dune plaque semblable suspendue au conducteur, et consequemment ^lectris^e par son interra^de; ces petites feuilles d'or sont aussit6t attir^es et en- suite subitement repouss^es contre celle de dessous, de maniere que ces attractions et repulsions se r^p^tent aussi long-temps que le conducteur reste ^lectris^. j> Pour rendre cette experience plus agr^able, continue I'au- teur,on substitue aces feuilles d'or de petites figures peintes. .. qui, alternativement attir^es et repoussees par la plaque supd- rieure, paroissent danser entre ces deux plaques ». En changeant la derni^re phrase de la maniere suivante, le ph^nomene estexplique par la double afjinite, comme les expe- riences pr^cedentes. Ces parcelles ou ces petites figures , alternativement attir^es vers la plaque sup^rieure pour satisfaire leur tension pour le fluide electrique , obeissent ensuite a celle de la plaque infe- rieure en cCJmmunication avec le sol , parconsequent a I'afiiniie reciproque , jusqu'a ce que le conducteur ne contienne plus assez de fluide pour qu'il vainque leur pesanteur. Que I'on prenne enfin une fine aiguille k deux pointes , qui puisse se niouvoir ET d'histoire naturellb. 38i inouvoir librement enire les deux plaques , elle se dressera et demeurera dans une situation perpepdiculaire jusqu au moment que I'electncit^ du conducteur soit epuisee. IV« Expl^RIENCE. « Attachez au conducteur une tige de m^tal terminee en pointe ; pr^sentez-y I'interieur d'un verre que vous tenez des deux mains; posez ensuite sur une table quelques balles de moelle de sureau , et couvrez-les avec le verre , elles com- menceront aussitut k sautiller centre ses parois int^rieures. Ce spectacle est d'assez longue duree. Cette experience n'a rien d'extraordinaire et s'explique encore parfaitement bien a la maniere des prec^dentes. La substance du verre a la propriete.de se mettre en mouvement et d'attirer alors la mati6re ^lectrique , tant par le frottement que par communication d'un autre substance satur^e de fluide ; mais j'ai observe que pour le rendre tel , il faut qu'il y ait un contact immediat sur Tune de ses parois d'une substance conductrice, telle que le m^tal , la main , etc. , qui doivent communiquer directement ayec le sol. Ici, le verre tenu ext^rieurement des deux mains , n'est qu'une bouteille de Leyde masquee ; les balles de sureau se portent par aflinit^ sur ses parois charg^es , et la table sur laqueile posent le verre et les balles les attire , a son tour : ainsi I'attraction est encore alternative par double affinity. De la le mouvementapparent d'attraction et de repulsion, qui se prolonge comme dans les experiences precedentes, tant que les parois inlerieures du verre peuvent fournir une sura- bondance de fluide. M. Delametherie a re^u de ma part un conducteur de 12 a i5 pouces de long, que je lui ai envoyai il y a environ six mois , pour lui donner en petit une id^e de mes grands conducteurs de verre. Depuis ce temps j'ai trouv6 que lorsqu'on saisissoit ces petits tujaux par la main a leur centre , et qu'on les tenoit en contact avec les pre- miers conducteurs pendant quelques secondes , lorsqu'on faisoit agir le disque, la substance entiere du verre s'imbiboit comme une eponge de fluide ^lectrique ; qu'on avoit assez de temps de porter la pointe un peu obtuse , qui avoit ^te en commu- nication avec i'appareil, vers le bouton d'une bouteille de Leyde que Ion tient dans I'autre main ; qu'une vingtaine d'attouche- mens sulllsent pour la charger aussi fortement que par autant d'etincelles , d'un chapeau dun bon declrophore (je n'ai pas Tome LXHI. NOVEMBRE 1806. C c c 382 TOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE encore examine de quelle nature est le fluide qu'il donne i cela merite d'occuper une place dans un M^moire sur la bouteille de Leyde, ou je me propose d'examiner si les phe- nomenes ne s'expliquent point plus naturellement par un seiil fluide que par deux); comme c'est d'une pointe que vient ici le fluide , il ne passe point par ^lincelle , mais par une esp6ce de courant extremement brillant. Toutes ces experiences ne doivent-elles pas faire soupfonner que si le verre se montre souvent comme n'ajant aucune afiinit^ pour la matiere ^lec- trique, c'est que sea bases, lors de leur union dans la fonte , neutralisent parfaitement la matifere ign^e (le calorique si Ion veut, tel que M. Libes le d^finit, article Calorique coinhiney, qui est si court et si interessant article ' que je ne puis me refuser de le copier entierement. Le voici : « Cest celui qui Se combine itroitement avec les molecules des corps et qui constit.ue une partie de leur substance , il perd ses propridtes physiques dans lacte de la combinaison , il nest plus sensible au thermornetre ■>->. ( N'est-ce pas le phlogistique de Sthaal sous un autre nom)? Que Ton fasse attention qu'une electrisation plus ou moins prolong^e le reduit en ^tat non-seulement d'ex-. cellent conducteur , comme tous ceux qui voudront soumettre des tuyaux h pointes de verre a une iorte Electrisation plus ou moins longue , en raison de la longueur et de I'Epaisseur du verre , s'en convaincront , mais qu'il est susceptible de se sursaiurer de fluide, lorsque d'un cote de ses surfaces il est entourE dune substance conductrice comme le m^tal, I'eau, la main, etc. : telle est la bouteille de Leyde, tels sont les con- ducteurs dont je parle ici , lorsqu'on les empoigne de la main ; tel est le verre de cette experience de M. Libes; telles sont les boules de verre de rExp^rience VL Tout tend done a conqiarer la non-attraction du verre dans I'^tat d'idio-electri- cite a la neutralisation des acides el des alkalis; elie est quel- quefois si parfaite, que deux melanges les plus comburans ne donnent plus aucun signe de causticity. Des experiences faites avec soin, par M. de Lugt , que je traduirai dans le M^mcire sur la bouteille de Leyde, prouvent que pour charger une bouteille il ne faut pas une communication avec le sol, qu'il suflit avec un appareil et une bouteille isol^e , d'etablir une espece de circulation ( Je ne crois pas que ses Memoires soient traduils du HoUandois). ET D'HlSTOinn NATUHELLE. 383 V'= E X F E R I E N C B. « Suspendez trois timbres sur la longueur d'une tige me- tallique , qui porte vers son milieu un crochet pour qu'on puisse I'attacher au conducteur de la machine ^lectrique. Deux de ces timbres doivent etre attaches de part et d'autre a une chaine de metal qui descend des extremit^s de la tige ; le timbre du milieu est suspendu a des fils de soie , ainsi que deux petits globes de m^tal situ^s entre le timbre du milieu et chaque timbre lateral. De I'interieur du timbre du milieu descend une chaine de m^tal qui doit trainer sur le plancher, ou qu'on pent tenir a la main pendant la duree de I'experience. Tout ^tant ainsi dispose, on Electrise I'appareil et sur-le-champ les deux petits globes de m^tal sont attires chacun parle timbre lateral correspoiidant. lis le choquent, et apres le cboc.ils sont subilement repousses vers le timbre du milieu. Ces mouvemens alternatifs se r^petent tant que le conducteur de la machine est electrise; les timbres sonnent pendant tout ce temps et font une espece de carillon ». G'est ce carillon electrique qui fait la plus forte preuve da mes deductions. Qu'on examine la marche des globes isol^s ; par leur affinity, ils se portent vers les timbres lat^raux sa- turds de fluide ; ceux-ci a leur tour sont attires par celui du miheu qui, prive d'electricit^ surabondante et communiquant avec le sol, attire vers lui le fluide enleve a I'appareil par I'intermede des globes. L'on peut comparer cette action a celle dun cerf volant qui, soutiraut d'un nuage surcharge de fluide dectrique, le porte vers le sol si un fil m^tallique lui sert de conducteur. Placez-y un appareil a deux timbres, entre le fil du cerf dlectrique , I'un communiquant par une tringle de metal au fil conducteur du cerf volant , i'autre isol6 , mais en communication avec la terre par son int^rieur , comme Test celui du milieu de cet appareil double. ( Voyez les plan- ches des machines 61ectriques du Trait6 de M. Haiiy, ou l'on irouve celui-ci ). Du moment que I'almosphere aura une sa- turation electrique , le cerf volant fera agir de meme I'appareil de M. Haiiy, que le double de IM. Libes , et peu-a-peu il soutirera le fluide du nuage par ce carillon, tout aussibien que par un conducteur de nos baiimens. Apr^s avoir donne ces cinq Experiences comme preuve de deux actions contradicloires , M. Libes finit en donnant ces reflexions sur la sixieme Experience de M. Grej. 384 JOURNAL DB PHYSIQTJE, DE CHIMIK « Ces phenomenes d'altractions et repulsions electriqueS iirent imaginer a Grey , d'imprimer k un corps , h I'aide de I'electricii^ , un mouvement elliptique et en meme temps un niouvement de rotation. Voici , dit-il, la description de I'appa- reil, emplojf^ pour cet objet, ainsi que le veritable objet que donne I'exp^rience. VI« Exi'ehienge. « Suspendez au conducteur de la machine ^lectrique ua anneau fait d'un gros /il de laiton , et d'environ un pied de diametre ; ^tablissez au dessous de cet anneau une plaque circulaire de metal posee sur un gu^ridon , de maniere que vous puissiez I'approciier de I'anneau autant qu'il sera n^ces- saire pour que les boules de verre, dont il sera question, ne puissent passer entre la plaque et I'anneau ; posez sur la plaque une boule de verie souj/lce et tres-rnince , cette boule ^tant en contact avec I'anneau dans un des points de sa cir- conference , si Ton Electrise I'appareil, on voit la boule anini^e en meme temps d'un mouvement de rotation et d'un mou- vement circulaire de translation ; et si I'experience se fait dans I'obscurite, la boule paroit lumineuse dans tous ses points ou elle touche successivement I'anneau. Cette experience appuie singuli^rement les deductions que je tire de mes Experiences, que I'^tat idio-^lectrique du verre ne vient que de la puissante aflinite de composition des mo- lecules constituantes du bon verre; que lorsqu'une puissante aflinite , ou le concours de plusieurs se pr^sentent a tette substance, alors le fluide ign^ latent se met en mouvement, qu'il devient ou conducteur ou corps sursatur^ de fluide eiec- trique. Quand il s'en presente dans cet etat , dans un corps qui a une forte affinity pour le fluide qui le sursature , il le cede; mais quand Taction est plus forte et brule , il se de- compose comme tous ces corps ; temoin Taction longue et continue sur les pointes de mes conducteurs, celle des rayons solaires sur les carreaux de nos habitations. L'on voit ici que I'auteur exige que la boule soufflee soit bien mince (mes con- ducteurs , lorsqu'ils sont d'un verre mince, deviennent excel- lens en moins de quelques centaines de tours de disque), c'est une condition necessaire pour donner Taction de translation et de rotation , parceque toute substance du verre, dans cet ixax, est ebranlee a la moindre action eiectrique; elle sallumej, tT ij'histoire natureli,eJ 385 pour ainsi dire , comme du cliarboii , a laclion dii clialumeau : et ebranMe dans un point , les points voisins tendent par aili- nite a se porter successivement au centre de Taction. Voila comme j'explique naturellement ces phenom^nes singuliers, d'apres ma maniere de voir ; peut-etre par les Idola specus de Bacon ... Si quid novisti melius istis , candide imperii. . . Je ne cherche que la verity, elle seule conduit ma plume, et tout en la cherchant j'ecris des commenta que le jour effa- cera peut-etre. L'on en a tant fait dans tons les pays, que I'ancienne Belgique n'en doit pas etre seule example. NOTE ADRESSEE A J.-C. DELAMETHERIE, SUR QUELQUES LAVES GRANITOIDES j Je viens de lire, avec beaucoup d'int^ret, dans le Cahier de Septembre, la Lettre de M. Cordier, ingenieur des mines, par laquelle ce min^ralogiste vous communique les principaux r^sultats de ses observations et de ses experiences sur les pro- duits volcaniques. Au troisieme resultat, confu ainsi qu'il suit : Les laves granitoides poreiises ou niassi^'es des volcans eteinls de t interieur de la France , sont composees de Jeldspath , de pyroxene (augite) , et de fer titane. Je puis ajouter : (juelques-unes de ces laves sont encore composees d'amphi- bole et dc Jeldspath. Je possede un ^chantillon de lave venant du Cantal , et qui est compost, 1°. d'amphibole, en cristaux alonges , bien noir, bien lamelleux , pr^sentant, de la maniere la plus distincte, les deux sens de lames, qui se coupent sous un angle d'en- viron 124°, ce qui, corame Ton salt, est le caractere distlnctif de I'amphibole ; 2°. de feldspatb en cristaux d'un- aspect vi- 385 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE treux, comme celui de presque tous les produits volcaniques; 5°. d'une matiere d'un gris noiratre et cribli^e de petits pores. Cette matiere domine dans la masse; cependant, en quelques endroits , I'amphibole prend le dessus. Cette lave est un vrai grunstein secondaire, c'est-^-dire , un de ceux qu'on trouve dans la formalion des traps secondaires , et qui sont princi- palement composes d'amphibole et de feldspath. Si les cristaux qui constituent la lave dont je viens de parler, diminuoient de grosseur , jusqu'ci n'etre plus discernables a I'oBil , et que leur ensemble finit par former uue masse homo- g^ne , et certainement cela arrive dans diverses parties du courant dont I'^chantillon que je possede a ^t^ detach^ , il en r^sulteroit une roche noire compacte, un vrai basalte, qui ne seroit compost que des ^16mens de ramphibole et du felds- path , qui ne seroit que ce meme grunstein , mais a I'etat compacte ; il seroit a son egard a-peu pr6s ce que la pierre calcaire compacte est a la pierre calcaire grenue. L'examen de divers grunsteins des montagnes basaltiques de I'Allemagne , du granitoide du Mont - Meisner entr'autres , m'avoit autrefois conduit a une pareille consequence; et je vois avec satisfaction , que celui de certains grunsteins du Cantal indique une semblable formation; ce qui au reste n'empeche pas qu'il n'y ait des basaltes qui ne soient composes des ele- mens du feldspath et de I'augite confus^ment r^unis, a-peu- pres comme nous voyons certains porphjres a base de p^- trosilex n'etre que des sienites compactes , c'est - a - dire formes de feldspath et d'amphibole ; tandis que d'autres sont des granites compactes, c'est-i-dire formds des el^inens du feldspath , du quartz et du mica. L'auteur de la Lettre trouve difficile de concevoir comment tous les auteurs , qui ont (5crit sur le Mont Meisner , ont pu se tromper sur sa composition. Je vais vous mettre a merae de le concevoir facilement. Autrefois on ne regardoit I'augite que comme une simple vari^t^ d'amphibole (hornblende) : Werner est le premier , au moins en AUemagne , qui ait dis- tingu^ ces deux substances , lesquelles ont d'ailleurs tant de rapports; il a fait cette separation depuis qu'il avoit ^crit sur le Mont-Meisner (i), et dit que le granitoide , qui est a la cime de cette montagne , est compost de feldspath et d'am- (i) Theoiie des Filons , 5 49- phibole. Depuis, on a repet^ cette assertion et continue d'appe- ler amphibole ce qui ^toit augite. J'ai d^ja releve (i) une erreur de ce genre, il y a quelques ann^es, et j'ai dernierement fait observer (a) qu'une partie de ceque quelques personnes (et moi entr'autres)avoient pris pour de I'amphiboleau Meisner, ^toiten partie du feldspath colore en verd, et en partie de I'augite; mais je me garderois bien de dire que cette roche ne contient pas du tout d'amphibole. J.-P. D'AUBUISSON. EXPERIENCES SUR LA DOUBLE VISION; Par le Docteur HALDAT, Secretaire de lAcademie de Nancy, L A superiority de la vision simple , c'est-i-dire aveo un seul o?il , sur la vision double, ou avec les deux yeux , est depuis long-temps le sujet de deux opinions oppos^es. Le vulgaire croit que la vision simple est plus distincte : les phy- siciens au contraire pr^tendent que Ton voit mieux de deux yeux que d'un seul. Cette derniere opinion etablie par le pere Cherubin , dans son livre de la Vision distincte, a ^t6 raise enfin hors de doute par le docteur Jurin , au mojen d'une experience qui consiste k placer directement devant soi une feuille de papier blanc , et a appliquer contre la tempe droite un carton, ou autre corps opaque, de maniere que la moiti6 de la feuille de papier se trouve cachee a I'oeil droit, tandis qu'elle est entlerement visible a IVjeil gauche; regardant en- suiie cette surface alternativement avec un seul ceil , et avec (i) Journal dcs Mines, N° 82, p. 00. (2) Idem , N° io5. 553 JOURNAL DE IIIYSIQUE, DE CHIMIE les deux yeux , on observe tres-distinctement que la partle visible aux deux yeux est beaucoup plus ^clatante que celle qui n'est visible qua I'reil gauche. En disposant le carton de niani(ire que la feuille de papier soit divisee en deux parties ^gales, celle qui est visible aux deux yeux parolt avec toute la blancheur qui lui est propre, tandis que la gauche semble couverte d'une ombre semblable a une gaze It^gere : ombre dont Jurin a meme estim6 I'inteusite par un precede photometrique fort ing^nieux. Si cette preuve experimentale de la superiority de la vision double sur la simple avoitbesoin d'etre appuyee, nous pourrions rapporter les experiences faites par le moyen des telescopes binocles, dont tous les observateurs ont reconnu la superiority , pour la neltete et meme le rapprochement, sur les instrumens simples de force ampliative et de nettete egales. De ce fait bien constate , que la vision double produit une sensation plus vive et plus distincte que la simple , il resulte que la sensation produite par I'impression de la lumiere sur I'un des deux yeux, se renforce, si Ton peut ainsi parler, de celle eprouvee par I'autre; et que, parconsequent, une sensa- tion complexe peut donner lieu a une perception simple. Mais cette faculte de recevoir ainsi des perceptions simples , lorsque les impressions sont complexes, a-t-elle egalement lieu dans tous les cas? a-t-elle lieu lorsque les impressions sont heterogenes, de meme que lorsqu'elles sont homogenes ? Telle est la question que je me suis propose de resoudre. J'avouerai cependant que je fus conduit aux experiences qui font le sujet de ce Memoire , par une observation fortuite : ce fut a I'oc- casion d'une eclipse de soleil dont je m'etois attache a suivre les periodes. L'instrument dont je me servis etant depourvu d'lielioscope , men oeil droit en fut lellement afl'ecte que la vision cessa d'etre distincte pendant quelques jours. Lors- qu'elle commenca a se retablir , tous les corps blancs me sembloient avoir change de couleur , et avoir pris une teinte rougeatre dont je variois a volonte les degres , selon que je les considerois avec un seul oeil, ou avec les deux jeux. Vus de I'oeil droit qui avoit fatigue , ils avoient un ton rouge; des deux yeux, un ton rose; et enfin, de I'ceil gauche, ils me paroissoient avoir leur couleur ordinaire. Ce fait, dont rex- plication est etrangere a mon sujet , me fit conclure non- seulement que la perception produite par Timpression d'une lumiere lumiere homogene sur un desdeux jeux, se renfor^oit de ceUe produite par une impression semblable sur I'autre ; mais encore que I'impression des rayons Wt^rog^nes sur chacun des deux yeux pouvoit donner lieu 4 une perception complexe qui, se se composant de I'une et de I'autre sensation , tient un milieu entre les deux. Desirant m'assurer si I'impression de toutes les couleurs pri- mitives , appliqu^es s^pardment et simultan^ment aux deux yeux , produiroit constamment une sensation complexe ana- logue a celle que je tiens de rapporter, je resolus de me pro- curer des milieux transparens et colores, qui, ne laissant passer que des rayons d'une seuleespece, puissent, en les appliquant s^ar^ment a chaque ceil, soumettre ce double organe a une impression complexe. La difficult^ de me procurer des verres colores de toutes les teintes , ou des couleurs assez transpa- rentes pour en peindre de semblables a ceux des lanternes magiqnes , me for^a a rejeter ces moyens , qui eussent ete cependant les plus commodes, pour m'arreter a des prismes de glace, creux et quadrilateres, et dans la cavite desquels j'in- troduisois des liqueurs de la couleur et du ton propre a toutes mes experiences. Le choix des substances tinctoriales, qui doivent servir a colorer I'eau dont on remplit les prismes de glace , demande quelques precautions dont il est bon d'etre prevenu , non- seuleraent parceque toutes les substances tinctoriales n'ayant pas la meme dissolubilite , n'ont pas la meme transparence , mais encore parceque toutes n'ont pas le ra6me ton de cou- leur k la lumiere rlfl^chie et a la luraiere r^fractee , comme I'avoit observe Spallanzani, relativement aux globules du sang qui paroissent rouges ou jaunes au microscope, selori la ma- niere dont ils transmettent la lumiere. On sait depuis long- temps , comme on peut le voir dans I'Optique de Newton, que la decoction de bois nephretique oQVe un ph^nomene de ce genre ; les teintures de violettes et de tournesol , qui offirent une teinte bleue assez pure a la lumiere refl^chie , en ont une violette tres-prononc^e a la lumiere refracl^e ; mais ce sont les jaunes dans lesquels il est surtout difficile de se pro- curer les teintes que Ton desire. I-es plus purs a la lumiere r^flechie, ont une couleur orang^ tres-prononce'e a la lumiere refractee. Ce n'est qu'en les filtrant un grand nombre de fois , et apres les avoir etendus dans beaucoup d'eau , qu'on les de- pouille du ton rouge qui les altere. Get efFet qui depend , a Tome LXIU. NOVEMBRE an i8o6. Ddd 3go yorRNAt de physique, de chimie ce qu'il paroit, de I'opacit^ des molecules colorantes, et de la force avec laquelle elles repoussent les plus rdllexibles , et n'adniettent que celles qui le sont le moins, me paroit propre a espliquer la plupart des faits de ce genre. C'est en efl'et le rcra'ge i couleiir la moins refrangible qui, a la lumi^re t6- flechie et a la lumi^re r^fractee ^ produit g^n^ralenient ces difl't^rences obserr^es dans des milieux colpres ; et Ton diminue ces difl'erences en alloiblissant les teintures et en les ^tendant d'eaui • . , Deux prisrties de glace remplis de liqueurs difKremment coIor^s , etant appliques a chacun des deux yeux , si Ton dirige a-Ia-fois Ces deux organes sur un m^me objet , alors on reroit une double impressfon a laquelle correspond une per- ception simple, qui est celle de la couleur qui resulte du me- lange m^canique des substances colorantes avec lesquelles on pent la comparer: ainsi un prisme jauhe et un prisme rouge, appliques I'un a I'ojil droit et I'autre a Twil gauche, doniient la sensation die lorang^ , comme le feroit un melange de cinabre et d'ocre jaune. Mais pour ne pas entrer dans des details fastidieux , je renfermerai dans un meme tableau les r^sultats nombreux des experiences f.iites sur ce sujet. Comme les r^sultats de ces experiences ne peuvent ^tre exacts , qu'autant que les couleurs sont distinctes et pures, on doit , pour refiechir la lumiere vers I'oeil , exclure deux sortes de corps , cenx qui sont trop edatans et troublent la vision par cet eclat, et ceux qui, refiechissant des couleurs qui leur sont propres , vicient les r^sultats : telles sont les bou- gies , les lampes, etc., qui repandent une lumiere trop abon- danle en rayons jaunes. Le mojen preferable est un carton blanc ayant ,.;> . KiT^rtd clair. , 1 > j p.- . . rduge dnr. ^ I verd sale* Verd Jaune i Violet /■ Bleu 1'^; '-"• .„ Verd j •'-•■'• aigue-manne. Bleu 1 Violet /■ violet fonce. Afin de faciliter I'ex^cution de ces experiences a ceux qui youdront les r^p^ter, et d'en rendre les r^sultats uniformes, je joindrai ici la note des substances colorantes qui ont et^ employees. Le rouge se prepare avec le brdsil dont on avive la decoction avec un acide. J'ai aussi employe le vin rouge, la decoction de cochenille ; le jaune ^toit pr^par^ avec le quercitron , dont la d(5coction doit etre foiole , bien filtr^e et avivee. L'orang^ avec la graine d'Avignon , le curcuma , le bleu avec I'eau celeste ; le verd avec la teinture de p^tales de mauves alt^ree par la potasse ; le violet avec le tournesol et les violeltes. Ces experiences sont faciles a executer , il suffit d'un peu d'exercice et d'habitude a distinguer les tons des diverses couleurs. Aprfes avoir ainsi prouve que les rayons colores de nature differente , obtenus par le moyen des milieux refringens , donnoient lieu par leur action separee sur les yeux , k la perception d'une couleur mixte , j'ai voulu m'assurer si ces eO'ets onl egalement lieu au moyen de la lumi^re reflechie par les corps, et refue iramediatement dans nos yeux, Mais comme il falloit , pour y parvenir , que ces organes fussent places dans une situation telle , que I'impression refue par chacun d'eux , fiit ^trang^re a I'autre, je separai les corps soumis a rexp^rience par un plan opaque et mince, iley6 Ddd a Sga Jornjt'Ai, de physique, de chimib perpendiculairemenl entre les deux yeux. Le petit apparell dont je me suis servi , consiste en un carr^ de- bois de vingf-cinq quarres de surface, sur le milieu diiquel s'^l^ve parallelement ^ un de ses cotes, une planchette verticale fort mince, dont le bord sup^rieur s'applique contre le front et la racine du nez, pour isoler les veux. Tout ce petit appareil , qui a trois a quatre decimetres de hauteur , doit etre paint en noir k la col/e. C'est sur la base de part et d'autre du plan vertical , que Ton place parallelement les surfaces color^es dont on veut recevoir la double impression. Ces surfaces colorees sont de petits cartons de 25 a 3o millimetres carr^s, peints en detrempe et representant les couleurs ^iementaires. II faut en avoir de plus petits et de plus etroits, et surtout en preparer de trois nuances au moins pour chaque couleur. L'appareil pour la double vision etant plac^ vis-a-vis d'une crois^e, et les cartons pos^s de part et d'auire sur la base, on appuie legerement le front sur le bord superieur du plan ver- tical ; puis Jixant simuUanement et avec heaucoup d! atten- tion leS deux obj'ets , on obtient I'effet de la double impression. Les phenomenes qui accompagnent ou pr^c^dent la sensation complexe qui en r^sulte , sont dignes de remarque. i". Lors- qu'avec une attention soutenue , pendant une demi-minute environ , plus long-temps meme si cela est necessaire , on les voit s'approcher sensiblemeut , et le plan qui les separe disparoissant pour I'observateur, ils anticipent progressivement I'un sur I'autre , jusqu'i se confondre entierement, si la dis- tance de laquelle on observe est en rapport avec I'^tendue des petits cartons; telle est celle de 5o a 40 centimetres. 2°. Dans cette marche apparente des deux objets I'un vers I'autre, ils s'approchent d'un mouvement assez regulier jusqu'a ce qu'ils se recouvrent en partie ; puis on les voit brusquement se confondre comme par un saut ; et c'est alors que la sensation complexe se transforrae en une perception simple, et que Ton ne distingue plus qu'un seal objet , dont la couleur est le re- sultat de la combinaison des couleurs de chacun des cartonr. Toutes les couleurs ^l^raentaires soumises a la meme^preuve, m'ont donn^ des r^sultats analogues , indiqu^s dans la table suivante , d quelques modifications pres dont je parlerai. ET DHISTOIRH NATURELiE. 593 Eonge 1 Jaune j orange. aurore vif. violet. ...... verdrose. violet rose. . . violet obscur. Jaune } orang^ clair. Bleu"^^} verdsale. Eouge I Orange J ' Rouge ) Bleu /• Rouge ) Verd /• Rouge 1 Violet /• Rouge 1 Indigo J roux. Orang^ , , Verd / ^^^"^ Yidef} violet cWr. ^""Sn violet dur.. Indigo i BhT }•- verd foible, vague. yZ } -"^^i-- vJeU -«i-'- aune 1 ^^^.^ obscur. Indigo j Bleu Verd Bleu Violet Bleu Indigo Verd Violet Verd Indigo verd fonc^ ou clair se- lon la teinte du bleu. )• violet fonc6. . . . . bleu fonc^. . . violet obscur. bleu tres-fonc^. Ces experiences, sans ^tre difficiles a ex^cuter, demandent un certain exercice et une attention soutenue sans laquelle elies ne peuvent r^ussir. La forte convergence que Ton est oblige de donner aux axes optiques , les rend fatigantes. J'ai trouv^ plusieurs personnes qui ne pouvant soutenir cette atten- tion , ni fixer simultan^ment les deux objets , n'eprouvoient pas la sensation complexe, ni la perception qui en resulte ; ce que n^anmoins I'exercice m'a rendu tres-familier, ainsi qu'a plusieurs personnes que j'ai employees a les r^peter. La perception de la couleur mixte r^sultapt, dans ces ex- periences , de I'impression faite par deux objets de couleurs difierentes, et recue simultanement par chaque organe de Fa vision , il semble que toutes les couleurs pouvant egalement produire cette impression , doivent donner lieu a ime sensa- tion egalement complete et distincte , et le faire avec une egale facility. Cependant cela n'a pas lieu ; plusieurs d'entre elles ne se combinent pas, ou ne le font qu'imparfaitement. La combinaison du blea et du jaune , par exemple , est non- 394 JOURNAr, DE PHYSIQUE DE CHtMIB seulemeiit p^nible, a cause de I'attentionsoutenue qu'elle exige, mais encore la couleur qui en r^sulte est vague , peu de- terminee , et d'une teinte d^sagreable. Cette anomalie sin- guliere , la plys remarquable de celles que m'aient offertes ces experiences , ne s'explique pas suilisamment par la diffe- rence extreme, et rh^terog^n^it^ du bleu et du jaune, puisque le bleu et le rouge , qui ne sont pas moins het^rogenes , se coinbinent completement et facilement, pour donner le violet. La propri(ite d'^clairer, que ces couleurs possedent k des de- gres dilferens, propriete constat^e par Newton, et depuis par Herschell, est la seule cause qui me semble propre a en don- ner une explication plausible ; car cette propri^t^ d'ticlairer depend de la force avec laquelle les couleurs agissent sur I'ceil. Lors done que deux couleurs qui jouissent de cette propriete a difl'^rens degres , agissent a la fois sur les deuxyeux, I'ira- pression trop forte de Tune rend I'impression de I'aHtre n^- cessairement peu sensible, et la couleur niixte produite par cette double impression, sera aussi peu distincte. Ceia me pa- rolt d'autaot mieux fonde que le verd est plus distinct, lorsque le jaune est plus foible, et que la teinte verdalre, que donne la combinaison du jaune et du bleu, paroJt contenir bien plus de la premiere couleur que de la seconde; et qu'enfin, en affoiblissant I'impression de la couleur jaune, par I'interposi- tion d'un corps demi- transparent, on rend le verd bien plus prononce. Le jaune et I'orang^ se combinent aussi fort dit- ficilement avec le bleu et le violet, tandis qu'ils se combinent tres-facilement ensemble, ainsi qu'avec le rouge. Les couleurs homogenes, mais de diff^rentes teintes, se com- binent avec la plus grande facilite. Ainsi un rouge vif et un rouge pale donnent un rouge moyen; et ce qui parolt ^ton- nant , c'est que le noir et le blanc se comportent I'un avec I'autre , comme les couleurs elles-memes. Le blanc qui est le r^sultat de la reunion de tous les rayons color^s ei^mentaires, ^claircit les couleurs comme le feroit le melange m^canique d^e quelque poudre blanche, aux substances colorantes qui nous repr^sentent les autres couleurs. Ainsi le noir et le blanc donnent un ton couleur de chair. Le noir qui n'est que I'absence ou la privation des couleurs , sembleroit ne devoir rien produire sur I'organe , produit copendant un effet sem- blable a celui que produiroit le melange mecanique de quelque poudre noire aux substances colorantes qui representent les autres couleurs. Ainsi le bleu et le verd clair avec le noir , KT d'hISTOIRE N ATUTvELLE. 3g5 donnent la perception du bleu el dii verd fonce. Les couleurs ^tiatantes, telles que le rouge et I'orang^, se pretent moins bien a cette association avec le noir ; mais le blanc et le noir repr^sentes par un carton noir pos6 sur un fond blanc , et un carton blanc pos6 sur un fond noir, donnent la perception du gris , comme le feroit un melange de craie et de noir d'ivoire. Je fatiguerois le lecteur si je rapportois toutes les differences que j'ai observees dans les couleurs, relativement a la plus ou raoins grande facilite qu'elles ont a se combiner, ou pour mieux dire , a s'associer dans leurs effets produits separ^ment sur les deux yeux. Mais je ne puis passer sous silence une autre classe de faits qui appartiennent a la meme th^orie , et qui peuvent servir a I'^ilairer. Ces faits sont relatifs a la double vision d'objets semblables par leur couleur, et difterens par leur forme , ou differens par leur forme et leur couleur en m^me temps. De petits parallelograrnmes de carton noirs, blancs ou de diverses couleurs homogenes , et de 3 centimetres de long , sur un centimetre de large , places de chaque c6t^ du plan vertical du petit appareil, et dans une situation perpen- diculaire a ce plan pour I'un , et parallele pour 1 'autre , offrent le ph^nom^ne d'une croix k branches egales. Deux dis- ques ^gaux , de deux centimetres de diam^tre, places de part et d'autre de ce meme plan vertical, se confondent tellement, qn'il est impossible de les distinguer. Cette experience confirme parcons^quent celle imagin^e parle docteur Jurin, pourprouver que les objeis n'eprouvent aucune augmentation dans leurs di- mensions apparentes, quoique vus des deux yeux, tandis que leur edat augmente en intensity par la double vision." Des paralielograraes semblables a ceux que nous venons d'indiquer, des quarr^s in^gaux , et de couleurs difl'^rentes , pr^sentent; dans leur double vision, des croix, des quarres concentrlques dont le point de jonctioii ou de superposition oflVe la couleur mixte. Je n'insisterai pas davantage sur cet article, lath^orie seule pouvant sulfire pour determiner lous les cas de I'alteration de la forme par la double vision; car il suffit de les conce- vojr superposes , comme le fait la double vi>ion. Je ne me suis pas contenie de conibmer entre elles deux h deux , les couleurs ^lenientaires seuleaient , j'ai ^tendu ces recherches k des associations plus nombreuses et plus com- pos^es, et dies m'ont conduit a des resultats remarquables , 596 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE et que I'analogie , ^tablie sur les associations simples , n'auroit pu seule faire connoltre. Le premier de ces r^sultats est qu'il est possible de recevoir a la fois deux sensations distinctes et comparables , par I'impression simultan^e de plusieurs objets sur nos yeux, De petits parall^logrammes rouge , bleu, jaune, verd, places parallelement et de part et d'autre du plan ver- tical de I'appareil , dans I'ordre que je viens d'indiquer, et soumis a la double vision, donnent la perception de I'orang^, produit de I'association du rouge et du jaune , et la per- ception de I'aigue- marine, produit de celle du verd et du bleu clair. Le second r^sultat remarquable, est que les couleurs, dans leurs associations ou combinaisons apparentes, semblent ob^ir a une espece d'affinit^ , en vertu de laquelie celles qui ont leplus d'analogie secombinentprefdrablemententreelles, quelle que soit la disposition des paralldogrammes. Ainsi le jaune se combine au rouge , et le bleu au verd , soit qu'on les dispose de Tune ou de I'autre des manieres suivantes : jaune , bleu , rouge, verd ou jaune, bleu, verd, rouge ou bleu, jaune, rouge , verd ; arrangemens dans lesquels les couleurs ont 6t6 forc^es de chevaucher les unes sur les autres , si Ion peut s'exprimer ainsi, pour se rechercher et se combiner. Cette tendance de certaines couleurs k se combiner entre elles , pr^- fdrablement a d'autres , me parolt etre la cause principale qui s'oppose a la recomposition de la lumiere, en pla^ant de part et d'autre du plan vertical, toutes les couleurs eleraentaires, comme je I'avois d'abord esp^re, Les experiences sur la vision double , au moyen de la lu- miere r^fl^chie etr^fract^e, en supposentune troisi^me classe, qui se compose de la combinaison des moyens propres aux deux autres ; niais comme les resultats n'en difr(irent pas esr sentiellfiment, je passerai a I'explication de ces diff^rens phe-^ nomenes. Les faits ^tablis par nos experiences , et dont nous avons a donner la preuve , peuvent se r^duire aux suivans : 1°. La vision double simultan^e , et s^par^e d'objets difl^- rens en couleur , produit une sensation mixte ou complexe , qui donne lieu a une perception simple , semblable a celle que produiroit le melange mecanique des substances colo- rantes , qui repr^sentent les couleurs combinees. 2'", Les objets de forme differente, et de couleur semblable. se ET d'hISTOIRE NATUUELLE, 397 se comblnent dans leur forme, comme les objets diff^rens le font dans leur couleur. 3°. Les couleurs dans leur association , ou combinaison apparente par la double vision , seniblent ob^ii' a une espece d'afiinite qui la rend plus facile entre les uns qu'entre les autres. L'explication du premier fait se deduit des lois communes de nos sensations. La perception etant g4i,^ralement propor- tionnelle k la sensation , celle-ci a I'impression sur nos organes, une impression plus forte doit donner lieu a une sensation plus vive, et parcons^quent a une perception proportionn^e. L'impression double , re9ue par les deux yeux , doit ainsi aviver la perception, si Ton peut s'exprimer ainsi. Celts per- ception cependant ne doit pas etre doublee , parceque nous distinguons difficilement les impressions semblables , et que, dans les memes circonstances, et par les m^mes agens, nous ne sommes impressionnables qu'a un certain degrd. Les fails relatifs k rassociation ou combinaison apparente des objets de couleur h^terogene , par la double vision arti- ficielle, oflVent dans leur ^tiologie plusieurs questions a apla- nir : la premiere et la principale , a laquelle se rattacbent toutes les autres, est de savoir pourquoi, dans ces experiences, une double impression h^t^rogene ne donne pas lieu a une double perception , comme cela arrive lorsque nous voyons deux objets des deux yeux k la fois. Et pourquoi au contraire il n'y a qu'une perception , comme lorsque nous voyons ua m6me objet des deux yeux ? Les physiologistes ont imaging, pour expliquer ce pli^no- mene commun de la vision , diverses hypotheses que j'ai inu- tilement essay^ d'appliquer a l'explication de mes experiences. Les uns ont pr^tendu que la perception etoit simple, a cause de I'union des nerfs optiques , qui , ^tant d^pendans I'un de I'autre dans leurs fonctions , ne pouvoient donner lieu qu'a une seule perception ; d'autres , que des impressions sembla- bles ne pouvant se distinguer , nous n'avons qu'une perceptioa quoiqu'il y ait deux impressions. Mais on voit facilement com- bien ces hypotheses satisfont mal k nos phenom^nes ; car il est evident que, selon les uns , nous ne pourrions , dans au- cun cas , distinguer des objets semblables , et que , selon lea Tome LXIII. NOVEMBRE 1806. Eee 5q8 journal r>E piiY^TrirE, Dr ciiimik autrcs , il nous seroit impossible d'eprouver les perceptions complexes ^tablies par nos experiences. L'explication des physiologistes , qui nous disent que la per- ception ^tant refue dans un sujet simple , ne peut etre que simple, n't^claire nullement la question. Quelque opinion que Ton ait sur la cause des sensations, il est certain qu'il y a en nous une puissance qui tend a individualiser, k identifier h notre etre , les sensations difft^rentes que nous ^prouvons a la fois : c'est ainsi que, dans une sjmphonie, nous ne dis- tinguons en particulier le son d'aucun des instrumens, ni I'eflet d'aucune des parties qui la composent ; nous recevons seule- nient la perception simple qui resulte de ces impressions mul- tiples et simultandes. C'est ainsi que ces mats , dans lesquels le rafinement du luxe a r^uni les substances les plus hetero- genes par leur nature, ne nous font eprouver qu'une saveur mixte, sans que nous distinguions aucune de celles qui la com- posent. Mais voulant connoitre plus exactement cette faculty d'idenlifier, de combiner les sensations het^rogenes et simul- tan^es , j'ai essaye de faire sur I'odorat et sur le goiit , des experiences analogues k celles ex^cutees sur la vue , et cela par le moyen de saveurs et d'odeurs h^t^rogenes , de volatility et de solubility 6gales. Mais n'ayant pu suftisarament isoler les actions des agens ht^t^rogenes sur ces sens , pour obtenir des resultats satisfaisans , j'en ai tent^ d'analogues sur I'ouie, qui, compose comma la vue, d'un double organe, se pretoit beau- coup mieux a mes experiences. Deux cornets de plomb , re- converts ext^rieurenient de linges mouilles , et dont le sommet garni de filasse etoit introduit dans le canal auditif, ont ^te employes a isoler les sons de deux petits monocordes , que j'introduisois dans leur capacity , de mani^re que les sons ex- cites dans I'un des organes , fussent absolument Strangers k I'autre. Faisant vibrer en nieme temps les cordes des petits instrumens , je me suis convaincu que les impressions diO'^- rentes , produites par des sons diflerens, se combinoient de ia nieme maniere que lorsqu'on les re^oit siniultanement par Ja nieme oreille. Les monocordes months a la tierce , a la quarte, a la quinte, I'un de I'autre, ont produit les perceptions qui correspondent a ces accords. Je ne sais si c'est prevention , inais ces cbnsonnances m'ont paru meme mieux combinees, plus harmonieuses , que lorsqu'on les revolt dans la m^nie oreille. ET d'hISTOIRE NATUKELI.E. 3gg Ces faits , et un grand nombre d'autres semblables , ne laissent aucun doute que nous ne jouissions de la faculty d'identifier, de combiner les sensations het^rogenes, commc je I'ai dit plus haul. Cependant , comma nous pouvons aussi ^prouver la per- ception distincte d'impressions simultanees et heterogenes , il est Evident que cette faculty n'est pas tellement inherente a notre organisation , qu'elle ne d^pende encore de certaines circonstances, sans lesquelles on ne peut produire les efl'ets qui la caract^risent, G'est ainsi que nous cessons d'^prouver Ja perception qui resulte de la combinaison apparente des cou- leurs heterogenes, lorsque les objets sont trop eloignes du plan vertical qui les s^pare , ou lorsqu'ils sont trop ^tendus. Ces circonstances bien appr^ci^es m'ont servi k ramener ces faits sous les lois communes de la vision , selon la th^orie dc Bullon et de Condillac, qui est celle du plus grand nom- bre des physiologistes. Les objets, selon ces philosophes, nous paroissent simples, quoiqu'il y ait de chacun une double re- presentation au fond de nos yeux, parceque le tact qui rec- titie le jugement determine par la vision , nous apprend que le m^me objet que nous voyons double, est cependant simple. L'exp^rience et I'habitude nous ont fait de cette maniere de voir une telle n^cessit^ , que, sans troubler I'ordre ^tabli entre la vue et le tact , il nous est impossible d'en changer. Mais comme tout objet qui produit sur la ratine une double im- pression , se trouve necessairenient dans le point de concours des axes opiiques , et se peint parcons^quent sur des points correspondans de la retine, et que c'est relalivenient a cetfe correspondance des images sur les deux ratines , que I'habi- tude de juger simples les objets vus doubles a 6t6 etablie, uti meme objet paroitra double toutes les fois que cette corres- pondance n'aura pas lieu. Cela arrive lorsqu'en pressant d'une certaine maniere I'un des deux yeux , on determine I'impres- sion de I'image d'un meme objet, sur -des parties de la retine qui ne sont pas ordinairement affecl^es simultanement. C'est ce qui arriva, au rapport de Scheselden , a un homme deTenu louche a la suite d'un coup , et qui vit les objets doubles , jusqu'a ce que I'habitude et I'experience eussent fait pour les nouveaux points de correspondance de la retine , ce qu'elles avoient fait pour ceux qui se correspondoient avant I'accident. Les objets doubles paroltront simples, au contraire, lorsque leur impression se faisant separement et simultanement sur les Ee e 2 '400 JOURNAL DE P H YSTQTJ E, tl E CHIMIE points correspondans de la retine , nous «5prouvons les mcraes impressions qui excitent en nous I'id^e d'un seul objet. C'est ce qui a lieu dans nos exi)^rience6 ; car les deuxyeux, a cause du plan vertical qui les separe , recevant s^parement des im- pressions diflerentes et simultanees sur des points de la retine qui sont les meities, ou a-peu-pres les memes que ceux auxquels correspondent habituellement les doubles images d'un meme objet . doivent exciter en nous 1 'idee de la presence d'un seul objet. Ce qui me prouve que I'association ou combinaison de la double image depend de sa ptinlure sur les points corres- pondans dts deux re'tines, c'est que lorsqu'on ^change cette correspondance , en ^loignant trop les objets I'un de I'autre, ou en leur donnant trop d'^tendue, cette association n'a pas lieu, et que nous avons alors la perception distincte des images des deux objets. Cela doit elre en eflet, car les rayons qui se xendent d'un meme objet aux deux yeux, observent n6ces- aairement des rapports de correspondance qui ne peuvent ex- c^der certaines limites. La superposition , le mouvement apparent des deux objets I'un vers I'Mutre est encore une illusion produife par la force de I'habitude , qui, nous ayant appris constamment que les objets dent la double im.'ge est peinte au fond de nos ypux, sans exciter une double perception, sont places dans le f>oint de concours des rayons visuels , les transporte dans le point ou nous les voyons habituellement. Cette illusion est d'autant plus inevitable, qu'a une double impge correspond toujours une - perception unique , que tout corps vu des deux yeux produit n^cessairement une double image, et que dans nos expf'uences, a cauje de I'interposirion du plan , nous recevons seulement une impression de cliaque corps, tandis que, Sfi le meme son , (juoiqu'il ait deux yeux et deax oreilles. Lorsqu'il voit >> un objet, il le voit coirespondant a tel autre : chaque ceil parconsequent 11 Ic rapporte an meme endroit. II ne sauroit done paroitre double : mais » la yue en sera plus distincte que si on le regardoit d'un seul ceil. M. Jiirin » croit que c'est d'un treizieme ». Si on regarde un objet avec un verre taille a plusieurs facettes, cet objet sera repete autant de fois que le verre a de facettes , parcequ'alors on le voit correspondre k autant de points differens. JSote de J.-C. Delametherie, OBSERVATIONS METEOROLOGIQUES FAITES Par BOUVARD,astronom8, T H E R M O iM E T R E. M A X I M U M . Minimum, a Midi B A R O M E T R E. M AXI MU M. Mini Mu m. U Midi 2 I s. a 3 ^ s. i3js. a miJi aS ^s. ^'r iiiidi , 4S.. a midi 3 s. i midi a 4 s. I s. a 2 s. i 2 s. 'l 2 S. 345. a 3 i S. ii is. i luidt 'i midi a midi i miili 1 midi i2is. a 2 J s. ^ midi a 2 s. 4 6|s. a imdi k3s. + 10,5 + i3,3 +14.5 +13,9 +M.7 +i5,i +14,3 H-i3,o + [3,8 +iS,4 + i3,i + 12,3 + 14.0 + 16,3 +12.7 + i3,o + 8,2 +II;7 + 9.° + S,7 +11,0 +10,5 + 9.5 + 8,2 + 8,0 +11,5 +11,3 + i3,i + 7.7 + 9.6 + i3,o i io| s. a 6 f in . ii 7 m. a 6 ra. a 6 i 111. i 6 [ m. i 6 !• m. 4 6 -J- ni. i 7 in. a 6 i- m. i6 ■ 111. i6m. a 7 in. 4 61 m. a 9 t S. h6 \ 111. a 7 111. a ()\s. a 6 -J 111 , a6is. a 6 I in A 1073. h 10 s. 'i 6 -J m. i 6 i m, a 7 111. i'l 6 1 p. h 10 s. a 6 i m. a 7 m. 7.1 4.7 9.8 S,6 8,4 6,1 +10,6 + 9>6 + 6,5 + 5,7 + 6,0 + 5,5 + 5,6 + 10,5 + 5,6 + 8,2 3,2 + + + 5,4 5,7 I.I + 4,8 + + + + + + + 7)3 2)0 1,3 1,3 1,2 2,8 3,5 6.3 + 3,5 + 2,8 + 9.2 + 12,5 +14.1 +i3,9 +14.4 +14,6 +14.3 +12,7 +l3.2 +12,8 + i3 +11,5 + 12.4 +l5,2 +12,4 + 12: + 7.^ +10,5 + 8,7 + 8,' +14,0 + 10,5 + 9,S + 8,^ + 7,0 +10,5 +11,3 + 12,9 + 9,6 +11,3 . 10 {-s 28. midi 28. 7t ra 27. 7is 28. 10 i s 28. io|s 28. 8i-s 28. midi 28. 8 i m....28. midi... io| s. . 6 J ni.. midi. . . 10 ;-s.. midi. . . 7 4111.. midi.. ■ 8 ■ m. . 9 JS... midi . . 6 i m. 6 i- ra . . 10 X s... 10 s.. . . midi.. . midi. . . 7 m . . . 10 s . . . 8 m.... 2is... 3 J m. .28, .28. .28. .27 •17 •27 .27, .27 .27. .27, •27 .27, .27. .28, .28. .28. .28 .28. .28 .28 .28. .27. i,o3i 1,25 11,45 0,10 2.79 3,62 4,20 3,02 2,56 T,l6 3,i5 0,20 11,55 10,26 10,40 9,00 9,00 7,o5 8,02 8,88 7,20 4,80 1,00 4,82 5,31 3,29 2,00 2,10 3,77 2,60 11,80 .28. ..28. .27. .27. .28. .28. .28. ..28. 2 i m, 9{s. 4is.. 7 m.. 6 m. . 6^ra. 9^3., 8 s..., 3\ s 28 II is 28 6 ^ in 27, 5 J m 27 , 8 in 27 . 7 m 27 . 9rs 27 5sS 27 9vs 27 3is 27 7^111 27 6\s 27 6is 27 midi 07. 6 -J m 27 7 m 28 ir s 28. 6|m 28 6^3 28 6 ^ra 27 I im 28 10 s 28 6-; S 27, O.7S 0,60 9,40 10,28 1,08 2,75 3,68 2,84 1,68 c,o3 11,68 11,75 io,o5 9,5o 9,93 8,32 8,o5 6,00 6,00 8,19 3,27 I, II 7,oS 1,27 3,87 2,92 o,3o 11,84 2,54 o,3o 10,75 28. 28. 27. 27. 28. 28. 28. 28. 28. 28. 27. 28. 27- 27. 27. 27- 27. 27. 27. 27- 27. 27. 27. 28. 28. 28. 28. 28. 28. 27. 1,00 1,25 ■ 10,40 1 1,63 2,18 3,28 4,00 i'; 3,02 ,i 2,24 I 1,16 I 11,96 o,o3 11,55 J; 9,68 ' 10,40 1 8,75 9,00 6,5o 6,5o 8,88 6,45 , I, II 10,16 2,o5 / 5,3 1 i 3,29 j 1,89 i 0,42 2,00 11,45 RECAPITULATION. Plus grande elevation du mercure. ..28.5,3i , le 25 h midi. Moinilre Elevation du mercure 27.1,11 , le 21 i midi. Elevation moycnne 27.9,21 Plus grand degre do chaleur +i6°,5 le 14 "i 2 h. «. Moindre degrti de chaleur — i, 3 Ic zS i 6 h. \ m. Chaleur moycnne + 7,6 Nombrc de jours beaux 18 Eau de pluie tombde dans le cours de ce mois, Oj'oaSSa = 1 pouce 6 dixlemes. 2 lignel A L'OBSIJRVATOIRE IMPl^RIAL DE PARIS, OCTOBRE j8o6. VfiNTS. POINTS LUN AIRES. VARIATIONS DE L' ATMOSPHERE. I 90,0 2 89,0 6 100,3 4 88,0 S 95,0 6 94,0 7 97.0 i\ 85,0 9 91,0 10 87,5 1 1 85,o 12 81,0 IJ 97.0 14 100,0 l.T 98,0 i6 98,0 17 71,0 i8 92,0 19 93,0 20 81,0 21 100,0 22 100,0 -J 7g>o 24 73,0 :'.o 7.1,0 2f) 73,0 27 78,5 28 73,0 29 3o 92,0 3i 89,0 o. so. S. S-0. s. S-O. fort. S. S-O. O. N-E. Idem. E. N-E. E. E. E. N-E. E. S. S-E. O. E. fort. E. fort. E. N. N. S. S-O. s. so. f. o. O. NO. N. N-E. S. S-E. S. S-E. s. O.N-O. E. S. S-E. D. Q.kSh.8' m. L. Perigee. K. I. J 11'' 59' s. Eqnin. dcsc. r.(j.liio''5i'iii Ecjnin. *sc. r.l.»u*54'ni' Cicl iiuac;eux et pliiie par intcrv. Brouill. ; ciel nuageux; beau ciel par inlerv. Ciel tres-couv. ; foi tps averscs par intervalles. Beaucoup tlx-daircis tout Ic jour. Brouill. ; cicl couvcrt par int. ; beau ciel le soir. Brouill. considerable ; ciel couv. tout le jour. Brouill. ; ciel couv. ; assez beau ciel par interv. Brouill. ; trfes-beau ciel tout le jour. Idem. Idem. Idem. Idem. Idem. Idem. Idem. Idem. Idem. Ciel couv.; beau ciel h midi ; e'cl. tr.-brill. an midi ; I'hor. ch. de nnag Brouill. epais; ciel nuag. ; eel. ; pluie fine et de peu de dur. Brouill. epais ; ciel nuageux ; eclairs. Cii'l tr^s-uuageux; pkue avant le jour; cicl couvcrt. Leger brouill. ; ciel fort beau tout le jour, Brouill. ; ciel nuageux ; beaucoup d'eclaircis. Brouill. ; eiel nuag. ; beau ciel le soir. Brouill. ; cicl nuageux par intervalles. Ciel tr&s-couvcrt ; petite pluie par interv. Pluie forte et abond. par intervalles. Cicl trfej-nuageux tout le jour. Brouill. tres-epais ; ciel convert par intcrv. Brouill. ; forte gelee blancbe ; assez beau ciel. Leger brouill. ; IrSs-beau ciel. Brouill. ; tort beau ciel. i;iel legereiiicnt couverf ; nuages clairs et eleves. Brouill. trJs-epais ; assez beau cicl. Biouill. id : ciel nuageux par interv. Brouill.; ciel nuageuxj les nuages clairs et eleves. aECAPITULATI Jours donl le vent a souffle du QN. de cou verts i3 de pluie 5 do vent 3i de gelee i dc tonnerre o de brouillard 22 de neige o N N-E E S-E S S-O O N-O 3 4 9 3 II 6 5 2 PHYSIQUE MECANIQUE »E E.-G. FISCHER, Professeur de Physique, de Mathematiques et de Chimie a Berlin, Membre de I'Academie de cette ville ; tra- duite de I'allemand, avec des notes de M. Biot , Professeur a Paris ; Membre de I'lnsdtut national de France. 1 vol. in-8°, avec 8 planches. Che% Bernard, Libraire de I'Ecole imperiale Polytechnique , editeur des Annales de Chimie, et Libraire de I'Ecole im- periale des Ponts-et-Chaussees , quai des Augustins , n^ a5. — Prix pour Paris , 6 francs. Extra IT par le Professeur DUMERIL. M. Fischer, membre de I'Academie des Sciences de Berlin, et professeur de physique dans plusieurs ^tablissemens publics de la m6me ville , dSja connu par un grand nombre d'ou- vrages et de Memoires tr^s-estim^s sur les math^maliques, I'astronomie, la physique, la chimie et la philosophie, s'est propose , dans I'ouvrage que nous annon9ons , d'exposer les ph^nomenes que presentent a I'ext^rieur tous les corps non organises de la nature , consideres soit dans le repos , soit dans le mouvement. Voila pourquoi il lui a donn^ le titre de Physique mecanique , en faisant abstraction de toutes les circonstances qui paroissent dependre des proprietes chimiques de la mati^re qui entre dans la composition de ces corps. La science ne consistant ainsi que dans I'observalion des fairs ou en Y^rit^s sensibles , devient presque enti^rement du ressort des mathematiques. Mais comme leur application eut pr6sent6 trop de diilicult^s pour de premieres Etudes, I'auteur a pref^re d'employer FT d'iiistoire nature L I, E. /(o5 d'employer le second des experiences qui en ofFrfiht histoii- quenient les rt^sultats. M. Biot , niembre de I'lnstitut national, ayant , ainsi qii'il rannonce clans sa Preface, pri^ une personne qui lui est tres- ch^re, de traduire queiques morceaux de louvrage origin^, fut frapp^ de la clart^ et de Texcellente m^thode de I'auteur; il se determina, d'apres I'avis de M Bertliullet , ci en publier una traduction complete avec les notes et les additions que le progres des connoissances avoit rendues n^cessaires. Dans une courte introduction, dont nous ailons presenter ici I'analyse parcequ'elle devient importante pour faire con- noitre la inaniere de proceder de I'auteup, et parcequ'elle in- dique la marche de I'ouvrage , on voit que la science de la nature ou la physique , est ou historique , ce qui coiuprend riiistoire naturelle et toutes ses-divisioiis , ou dogmatique , c'est-a-dire fondt^e sur la raison et I'exp^rience. La physique dogmatique qui ne s'occupe que de la iheorie et non de I'applicaiion, i". traite des forces naturelles qui agissent sur les corps organises : celles-c:i sont I'objet de I'anatomie et de la physiologie ; 2°. des forces qui agissent sur les corps non organises, tantot mt^caniquement, en considerant les change- mens exterieurs, tant6t chimiquement en ^tudiant leurs pro-, prit^tf's materielles et internes. L'objet de i'ouvrage est de trailer dela Physique m^canique, c'est-a-dire d'exaniiner les phenomenes du repos et du mou- vement qui s'observent dans les corps inorganis^s. Les mou- veniens de ces corps sont ou perceptibles par eux-memcs, ou prqduits par certaines modifications que nous appercevons dans les corps , sans avoir une id^e nette de la cause motrice , comma la chaleur , la lumi^re fixe, dont on attribue les ph^- noni6nes a certaines matieres non perceptibles comme le ca- lorique, I'electrique , etc. 11 y a done des corps perceptibles et des substances non perceptibles : telles sont les premieres divisions de I'auteur qui iournissent chacune quatre sections , des corps en general , des solides, des liquides , des corps ^lastiques ou a^riformes; de la chaleur , de I'^lectricit^ , de la force magn^tique , de la" lumiere. Cliacune des sections est divis^e en paragraplies numerotes s^parement, de mani^re k renvoyer facilement aux definitions de certains termes dont I'aeception doit etre d^termin^e pour tout le reste de I'ouvrage , et cette expression est toujours Tome LXIII. NOVEMBRE 1806. Fff 4o6 -''' JOURNAL DE I'HTfSlQUE, BE CBIMIE en italiqiie , lorsqu'elle est employee et d^finie pour la pre- miee fois. D ns la premiere section , qui traite des corps en general, I'auteur , dans un i" chapitre, definit le corps une chose palpable. II examine ensuite les propri^tes g^n^rales des corps, 1°. r^tendue et ce qui en depend, comma la forme, le volume; 2°. la divisibility geom^trique et physique ; 3". I'imp^n^tra- bilite , etc. Le second chapitre traite de I'agregation des corps , qui sup- pose deux forces, une attractive entre les molecules qui produit la solidiie; I'autre repulsive, qui depend du calorique , lequel se combine avec les particules, Les varidti^s infinies des propri^t6s materielles des corps font I'objet des chapitres suivans. Pour donner une id^e du mou- veuient, I'auteur s'exprime ainsi : « Si Ton aneantit, par la pr.ns(^e tous les corps, il reste une etendue appelee espace ; le lieu qu'un corps occupe dans un espace s'appelle sa place ; le. /nouwement est le changement de place ; le repos est la fixite a une place ». " '■[] \ En traitant des lois physiques d"u mouvement , M. Fischer rapporte aux divisions suivantes loytes les forces niotrices iia- turelles : i". la force de volont^ des animaux au mojen des muscles ; z°. la mobilite des corps, jointe a leur imp^n^tra- bilite ; 3". I'^lasticit^ des corps solides, la dila.tabilit(^ des corps a^riformes; 4°- Ifs causes que nous ne connoissons qu'inipar- failement, comma la pesanteur , la chaleur, I'^lectricite , le magnetisme. L'^tude de la m^canique et de la statique des corps solides est I'objet de la deuxidme Section : on y traite d'abord,de leurs proprietes generates corame de leur force de cohesion et de ses modifications diverses ; ensuite , de leur construction interieure; et c'est la que sont expos^es, d'une maniere tres- succincte , les travaux et les recherches de M. Haiiy , sur la structure des cristaux La statique comprend I'equilibre des corps libres , ou mobiles autour d'un axe , leur centre de gravity, la chute libre des corps pesans sur des plans inclines et curvilignes; et c'est la qu'en traitant des mouvemens cen- traux, les lois de Keppler , sur le cours admirable des Astres, sont expliqu^es tout naturellement. Il en est de meme des os- cillations du pendule et de ses utiles applications ; de m^me encore, apres avoir trait^ de la communication du mouvement par le choc, on parvient aux premiers principes d'acoustique; ET D'niSTOinE NATTTRE L LE. 407 car tout ce que nous iivons sur la production da son nous a et^ appris par. I'obserVation des corps solides sonores. La troisienie section est destin«5e a I'etude de la chaleur , parcequ'il est impossible de faire conmitre les fluides liquides et a^riformes , sans exposer les lois suivant lesquelles la cha- leur agit. Cette partie du travail de M. Fischer, avec les notes igt les additions dont M. Biot I'a enrichie soit par ses pro- pres experiences , soit par celles de MM. Daltron , Gny- Lussac , etc', devient d'un tres-grand int^rdt. L'auteur traile d'abord de la chaleur en g^n<^ral , de sa force de dilatation , du therniometre et du pyrometre , des cbangemens d'agre- gation , de la propagation de la chaleur, de sa production, etc. Parmi le grand noinbre de notes que nous pourrions citer comme donnant iine idee du soin que I'editeur a mis de lenir le lecteur parfaitement au courant des nouvelles experiences , nous transcrirons la suivante, elle se trouve a Tarticle Pyro- metre. « J'ai moi-m^me donne un moyen tres-exact pour mesurer les plus havUes temperatures ; il est fond6 sur cette propri^te que j'ai demontr(5e par experience : c'est lorsqu'une barre de metal, expos^e dans un air tranquille, est plongee par una de ses extr^mites , dans une source de temperature Constante, !es elevations de temperature de chaque point decroissent en progression geomefrique , quand les distances au foyer sont fen progression arithmetique. De cette maniere, lorsqu'on con- noit par experience la propagation de la chaleur dans une barre, il suilit d'observer la temperature d'un de ses points et la distance de ce point a la source constante de chaleur , pour connoitre la temperature de cette derniere. J'ai fait I'application de cette methode a la determination de la tem- perature de retain et du plomb fondant : c'est ainsi que j'ai trouve cette derniere egale a 2o8°,6. Le decroisseraent de la chaleur avec la distance est si rapide qu'il n'y auroit aucun moyen physique de faire monter d'un degre la temperature & I'extrt mite d'une barre de fer de deux metres de longueur, en la chauffant par rautre'extiemite ; car la chaleur qu'il fau- droit y appjiquer seroit beaucoup plus forte que celle qu'il faudroit pour la faire fondre ». ' La quatrieme section de la Physique mecanique est con- safcree 4 retiid^ des corps liquides, et ftn particulier de Teau, dli mercufe , de lalcohol , de I'ether et de I'huile. M. Fischer con^d^re d'?|-/Oid ces corps d'llne maniere gen^rale ; il traite Fff a ^oS JOURNAL D£ PHYSKiOfi, DE OHIMIE ensuite de leur pesanteur spdcifique. M. Bict, a cette occasion J donne encore une note tr^s-claire et int^ressante sur la methode des doubles passes de Borda. II y a aussi dans le texte de I'ou- vrage des methodes ingenieuses d'^valuation de poids , de volume, comme celle de connoitre tres-parfaitement la ca- pacity cubique dun vase ou d'un autre corps. L'hydrostatique iorme un chapitre particulier ou se trouvent les diverses appli- cations de ce principe, qu'un corps plong6 dans un liquide perd justement autant de son poids que pesoit I'eau qu'il d^place ; de la la theorie des balances hydrostatiques, des ar^ometres , etc. A la suite d'un chapitre qui a pour titre : Influence de I'ad- hesion et de la cohesion sur les phenomenes hydrostatiques p r^diteur a fait I'addition importante dune analyse exacte des savantes recherches de M. Delaplace , sur la veritable cause des ph^nom^nes capillaires. L'hjdrostatique est I'objet du dernier chapitre, ou I'auteur n'a expose que les premieres notions, les limites d'un ouvrage el^mentaire ne lui permettant pas d'entrer dans tons les de- tails que ce sujet comporte. Au reste, il renvoie partout dans des notes, aux ouvrages les plus importans sur chaque matiere;- il donne ici en particulier une liste fort detaill^e des nieilleurs ouvrages d'hjdrauiique. Un point important, et que nous serions tr^s-fachf's de passer sous silence, c'est une sorte d'obligation tres-louable que Tauteur paroit s'^tre imposee de citer toujours r^poque precise d'une premiere observation , et lo nom de I'inventeur d'un instrument ou d'une machine utile, comme on pent le voir aux articles Barometre , Machine pneumO" tique , Microscope , etc. JNous ne suivrons pas M. Fischer, avec les menies details , dans la suite de cet interessant ouvrage ; nous avons voulu en faire connoitre la marche. Toutes les autres parties sont traitees de la meme maniere et avec le meme esprit, et partout M. Biot a fait des additions importantes et donne des ren- seignemens pr^cieux sur les nouvelies decouvertes et sur les corrections faites en France soit au mojen du caloul , soit par I'adresse des artistes. Les principales sont a I'article H/- grometrie , d'apr^s les beaux resultats de Dalton ; a I'article Barometre , sur la construction de cet instrument et sur le trac^ graphique, pour les observations; k I'article Electricite , la balance electrique de feu M. Coulomb; au galvanisme, un extrait des belles experiences de Vilta ; au Masnetisnie , une note de cette propriety dans le nickel et le cobalt , etc. , etc. ET d'histoire kattjrei, lb. ^OQ Le style convient a la chose, il est clair , simple et facile, et nous devons rendre grace a I'editeur d'avoir fait passer dans notre langue un livre qui nous manquoit entidreuient. CONSIDERATIONS SUR LES ETRES ORGANISES. SECONDE PARTIE , TOME TROISIEME. I>e la Perfectibilite et de la Degenerescence (i) de$ ^ . . . Etres organises. Par J.-C. DELAMETHERIE. Les etres organises sont suscpptibles de se perfectionner et de se degrader a un point qui les rend souvent meconnoissables. Un vol. in-S". A Paris, chez Courcier , Iraprimeur-Libraire,' quai des Augustins , n° 57. — Ann^e 1806. E X T R A I T. Daws les deux premiers volumes de men ouvrage intitule Considerations sur leS Etres organises , j'ai envisage ces etres sous ie rapport de leur structure et de leurs diverses fonctions. Dans ce troisieme volume je les consid^re sous le rapport du perfectionnement et la degradation dont ils sont susceptibles. Les v^g^taux cultives par la main de I'lionime, tels que le froment , le riz, le seigle , le mais , la vigne , le pommier. (i) Degenerabilite eul ele le vrai terme , mais il est dur k roreillc 4lO JOURNAL DE PHYSIQUE, IlE CHI M IE Je poiricr... out subi les plus grands changemens. II en "est ineme plasieurs dont on ne connolt plus les types primitifs. Les memes ph^nomtees s'observent relativement a nos ani- maux domestiques ; leur perfectionnement n'est pas moins sensible. 11 en est plusieuis, tels que le cheval, le chien , le chameau. . . dont on ne connoit pas les types primitifs. Ces v^g^taux at ces aniraaux d^g6n6rent ^galement k un point inconcevable. Quelle difference du pommier nain appele pommier de paradis, au bel arbre de I'etat da nature qui est le pommier sauvage ! Nos petits chiens bichons sont ^galement ^loignes des grandes et belles races de cet animal , le chien turc , le boul-dogue , le grand danois : . . . quelques esp^ces de taureaux ont perdu Jes cornes , la ddffense naturelle de cet animal ; des chevaux , dans les Indes ne sont pas plus gros que des l^vriers... Ces perfeclionnemens et ces dtigradations dependent du climat, de la temperature, de la nourriture; ... car un ve- getal et un animal qui changent de climats, de temperatures. . .1 ew.dprouvent constaimrient les plus grandes alterations. J-'ai prouv6 par un grand nombre de faits que chaque vegetal et chaque animal habitoit dans son etat primitif une contr^o peu elendue. Le cedre ne se trouve qu'au Liban, le th6 a la Chine , la vanille au Mexique , la dion^e muscipule a la Caroline, dans un espace de deux lieues quarrees, suivant Bosc... Le grand tigre rayd ne se trouve qu'aux Indes , la panth6re , la girafe en Afrique, le couguar en Am^rique, les kanguroa a la Nouvelle-Hollande. . . Une des variet^s de I'orang, le simia troglodytes de Linn6 ne se trouve qu'en Afrique ; I'autre vari^te de I'ourang , le simia satyrus ne se trouve qu'en Asie, k Borneo , k Sumatra. . ,j J'en ai conclu que I'homrae primitivement ne devoit ^gale- mentsetrouver que dans des contr^es particulieres tr^s-limitees. 11 m'a paru que I'homme formoit deux varietes principaies : (•' L'horame noir ou negre. L'homme blanc. L'homme noir ou negre habitoit primitivement I'Afriqtle; je I'appelle race africaine. L'homme blanc habitoit primitivement les Moluques et I'lnde} je rappelle race asiatique. Mais la race blanche forme deux sous-divisions principaies. 1". La belle race blanche a visage ovale, qui a formd les races hindouses , persanes , assyriennes , caucasieftnes , ET D'HISTOinZ NATURELLE. Ii4 arabes , et toutes les races europ^ennes. Je Tappelle race HiNnousE , parceqn'elle habitoit primitivement I'Archipel et le continent de Tlnde. 2". La race tartare it visage arrondi , qui a fourni toutes les races de la Scyihie ou Tartaric, les Chinois , les Japonois , les peu pies bor^aux , tels que les Lapons , les Ostiaques , les Samoi^des, les Groen-landois. . . et enfin les races am^ricainee, Ces notions m'ont ramene a la doctrine des anciens Egyptiens, qui faisoient d^^river toutes les races de I'esp^ce humaine , de trois souches principales ( Gewe^e , oh. 10). 1°. Sbm , souche des races tartares qui habitoient les mon- tagnes orientales , niontem orieiitcm. z°. Japhet, souche de la race hindouse , qui habitoit I'Ar- chipel iudien , les presqu'lles de I'Asie m^ridionale, et les iles et presqu'lles de I'Europe , ab illis divisce sunt insulce, . 3°. Cham , souche de la race negre. DECOUVERTE D'UNE COMETE; Par PONS. Le 10 novembre, M. Pons a d^couvert a Marseille une petite comete; c'est la 97™' que nous aurons connue, en sui- vant le catalogue qui est dans mon Astronomie, et les suppl^- mens qu^; j'ai donnas dans la connoissance des temps. M. Thulis , direcleur de I'Observatoire de Marseille, a de- tertniue le q, a 17'' 24™ temps mojen, rascenslon droite 18 1'' Sg', et la d^clinaison a"* 07 bor^ale. Le lendemain elle ^toit de 7' plus occid«ntale et de 17' plus m^ridionale. Cette co- mete n'est point visible a la vue simple: elle est int'orme, sans noyau sensible ; c'est la sixi^me que Pons a d^couvert depuis le II juillet iSoi , mais cette fois il est le seul que je saclie; sans son courage et le beau ciel de la Provence, cette comete nous eut totalement ^chapp^. De la Lande. ERRATV M au Cahier de Septembre. Eclipse de la Lune , lisez du Soleil. 4ia JOWRNAt BE PHYSIQUE, DE CUIMIE ■—■——■—■— —^—^"^——— ^—^—^^——— —^W NOTE Sur le Platine trouve dans une mine de Guadalcanal ; Par VAUQUELIN. \ - VAUQUEtiw vient de constater I'existence du platine dans le minerai provenant de la mine d'argent de Guadalcanal en Espagne (i). C'est principalement dans la substance connue des mine- ralogistes , sous le nom d'argent gris , que se trouye engagd le platine regards jusqu'^ ce jour comme appartenant exclu- sivement au nouveaii Monde. Le mineral accompagne presque toujours d'argent rouge, a pour gangue un carbonate calcaire. La proportion du platine paroit s'^lever dans quelques ^chantillons, jusqu'a un dixieme. Les travaux de la mine de Guadalcanal avoient ^t^ aban- donpi^s. C'est dans un riche filon attaqu^ jiouvellement, qu'on a trouv6 les ^chantillons observes par le chimiste auquel nouS devons cette int^ressante decouverte. NOTE SUR LE CHROME Trouve dans plusieurs mines de fer; '.''. Par Vauquelin. Vauquelin a trouv^ le chrome dans un grand nontbre de mines de fer limoneuses , et dans plusieurs fontes. Nous donnerons des details plus circonstancids de ces tra- vaux int^ressans. (i) Guadalcanal est silue pres Almadeu dans la Sierra Morena. EXTRAIT ET d'hISTOIRE HATTJRELLEJ 4l5 E X T R A I T DUN MEMOIRE Lu dans la Seance de la premiere Classe de I'Institut, du 24 novembre 1806 j Par M. LAPLACE. De T Adhesion des Corps a la surface des Fliddes^ On a fait un grand nombre d'exp^riences surl'adh^sion des corps i la surface des fluides; mais sans se douter que cette adhesion ^toitun eftetde Taction capillaire. M. Thomas Young ^ ; meparoltetrelepremierqui en ait faitring^nieuseremarque(*). (') Tram»ci,ons ph.h En appliquant mon analyse aces experiences , j ai trouve qu elle "^ les repr^sente aussi bien qu'on doit I'attendre d'experiences tr^s- d^licates , et qui ne s'accordent pas toujours entre elles. Les ph6- nom^nes dus a Taction capillaire, dtant aujourd'hui ramends a une theorie math^matique; il ne manque plus a cette branche in- t^ressante de la physique, qu'une suite d'experiences exactes dans lesquelles on isole avec soin , tout ce qui peut alt^rer les eflets de cette action. Le besoin d'experiences tres-pr^cises se fait sentir a mesure que les sciences se perfectionnent. C'est au concours des grandes d^couvertes en ni6canique et en analyse , avec celles du telescope et du pendule , que i'astronomie doit ses immenses progres. On ne peut done trop inviter les physiciens a donner la plus grande precision a leurs r^sultats ; comme on ne peut assez encourager Thabile artiste qui se voue a la per- fection des instrumens des sciences. Une experience mal faite a et6 souvent U cause de beaucoup d'erreurs ; au lieu qu'une experience bien faite subsiste toujours, et deyient quelquefois Tome LXIir. NOVEMBRE an 1806. Ggg 4^4 JOURNAr, DE PHYSIQUE, UE CHIMIE une source de decouvertes : on s'appuie sur elle avec confiance; mais le physicien cJrconspect se croit obliged de verifier les re- sultats des observateurs qui n'ont point acquis une juste repu- tation d'exactitude. Lorsqu'on applique un disque de verre sur la surface de I'eau stagnante dans un vase d'une grande ^teiidue, on ^prouve pour I'en detacher, une resistance d'autant plus considerable, que la surface du disque est plus grande. En elevant le disque, on soul6ve en meme temps , au-dessus du niveau du fluide renferni^ dans le vase, une colonne de ce fluide, dont la figure ressenible k celle d'une gorge de poulie. Sa base in- f^rieure s'^tend ind^finiment sur la surface de niveau : k me- sure que la colonne s^61eve, elle se r^tr^cit jusqu'aux sept dixi^raes environ de sa hauteur ; ensujte , elle s'elargit et couvre la surface du disque par sa base sup(irieure. Pour de- terminer son volume , concevons dans le plan de sa plus petite largeur, un canal int^rieur, d'abord horizontal, se re- courbant ensuite verticalement jusqu'a la surface de niveau du fluide , et reprenant a ce point , sa direction horizontale. II est facile de voir que dans le cas de la colonne en ^quilibre, la force due a la capillarity de sa surface , doit balancer le poids du fluide renferme dans la branche verticale du canal. En ^levant le disque davantage , ce poids I'emporte sur la force capillaire, et la colonne se d^tache du disque. Le poids de la colonne d'eau soulev^e dans cet ^tat d'equilibre , est done la mesure de la resistance que Ton ^prouve k detacher le disque Si la largeur du disque est considerable, on trouve par I'analjse, que ce poids est ^gal a celui dun cylindre d'eau , dont la base seroit celle du disque , et dont la hauteur seroit le produit d'un millinielre , par la racine carr^e du nombre de millimetres contenus dans la hautfur a laquelle i'eau sel6ve dans un tube de verre d'un millimetre de diametre. La surface de I'eau est tangente a celle du disque; mais si ces deux sur- faces se coupoient, il faudroit alors multiplier le resiiltat pre- cedent , par lecosinus de la moilie de Tangle aigu qu'elles forment entre elles , et le diviser par la racine carree du cosinus &e Tangle entier. Lorsqiie le fluide, au lieu de s'eiever , s'abaisse dans un tube capillaire de la matiere du disque, comme le mercure dans un tube de verre; la coloni.e soulevee par le disque, r'est plus celle d'une gorge de poulie ' sa base interieure s'etend indeiiniinent sur la surface du di»que ; mais la co- ET d'iiistoire naturelle, 4^5 lonne se rdtr^cit conthmellement depuis cette base jusqn'aux points de son contact avec le disque. Le poids de cette co- lonne, dans l^tat d'^quilibre , est egal a celui d'lin cylindre fluide, dont la base seroit celle du disque, et dont la hauteur seroit le produit d'un millimetre, par le nombre de millimetres dont le fluide s'abaisse dans un tube de la matiere du ultat pr^cd- dent. On a fait quelques experiences sur la resistance qu'oppose un disque de verre applique a la surface du mercure. Mais pour les comparer a la theorie , il faudroit connoitre Tangle que forme la surface de ce fluide, en contact avec le verre. One experience de ce genre , faite avec precision , est tres- propre a determiner cet angle qui parolt s'elever a trente ou quarante degres. Si Ton place horizontalement Tun sur Tautre, deux disques de verre, en laissant entre eux, une couche d'enu tres-mince; ces deux disques adherent avec une force considerable. Pour la determiner, on observera que le fluide interpose prend alors la forme d'une poulie , et que le plus petit rayon de cour- bure de sa surface , est a-lres-peu-pres egal a la raoiiie de Tepaisseur de la couche. En negligeant done ici , comme on peut le faire, lorsque les disques sont fort larges, le plus grand rayon de courbure ; on trouve la resistance que les d ux dis- ques opposent a leur separation, egale au poids d'un cjlindre d'eau qui auroit pour base la surface du disque , et pour hau- G gg 3 4l6 JOTTRNAI, DE PHYSKJCB, BE CHIMIE teur , I'el^vation de I'eau entre deux plans de verre , paralleles et distans Tun de I'autre , de I'intervalle qui separe les disques. M. Guytoii de Morveau a fait une semblable experience avec deux disques de verre dont le diametre ^toit de 8i™''j2i, et jl a trouve la resistance k leur separation , ^gale a s.5o%'»'"-,6. Suivant le theoreme precedent, cette resistance n'est que de j553iani.^yg_ La diflerence d'environ un tiers, entre ces deux resultats , tient sans doute , soit a revaluation de I'intervalle qui separe les disques, evaluation tres-delicate , lorsqu'il s'agit d'aussi petits intervalles, soit aux inegalites des surFaces des disques , qu'il est difficile de rendre exactement planes. La suspension des petits corps a la surface des fluides, depend de ce principe general : « La diminution du poids d'un » corps plongeant dans un fluide qui s'abaisse pres de lui par J> Taction capillaire, est egale au poids d'un volume de fluide, 3> pareil a celui de la partie du corps , situee au dessous du » niveau, plus au poids du volume de iluide que le corps » ^carte par ['action capillaire. Si cette action el^ve le fluide » au-dessus du niveau , la diminution du poids du corps est 3> alors egale au poids d'un volume de fluide, pareil a la partie 33 du corps, situee au dessous du niveau, moins le poids du » fluide souieve par Taction capillaire ». Ce principe embrasse le principe connu d'hydrostatique sur la diminution du poids d'un corps plongeant dans un fluide ; il sullit d'en supprimer ce qui est relatif a Taction capillaire qui disparoit totalement , lorsque le corps est enti^rement plonge dans le fluide, au-dessous du niveau. Pour demontrer le principe que nous venons d'enoncer , considerons un canal vertical assez large pour enibrasser le corps et tout le volume sensible de fluide qu'il souieve , on de Tespace qu'il laisse vide par Taction capillaire. Concevons que ce canal, apres avoir penetre dans le fluide, se recourbe horizontalement, et qu'ensuite il se relive verticalement , en conservant dans toute son etendue, la meme largeur. II esc clair que dans le cas de I'equilibre, les poids contenus dans les deux branches verticales de ce canal doivent dtre ^gaux. II faut done que le corps par son poids , compense le vide qu'il produit par Taction capillaire ; ou s'il souieve par cette action le fluide, il faut que par sa legeret^ specifique, il com- pense le poids du fluide eleve. Dans le premier cas , cette action souieve le corps qui peut etre par la maintenu a la surface , quoique plus pesant sp^cifiquement que le fluide i ET d'hISTOIRE NATBREILE, '41.7 dans le second cas , elle tend a faire plonger le corps dans le fluide. C'est ainsi qu'un cjlindre d'acier, tres-d^lie, dont le contact avec I'eau est emp^ch^ soit par un vernis , soil par une petite couehe d'air qui I'enveloppe, est soutenu k la surface ae ce fluide. Si Ton place ainsi deux cjlindres egaux et pa- rall^les , qui se touchent de mani6re qu'ils se d^passent mu- tuellement; on observe qu'i I'instant, ilsglissent I'un surl'autre, pour se mettre de niveau par leurs extr^mit^s. La raison de ce ph^nom^ne est visible. Le fluide est plus d^primd par Taction capillaire des deux cylindres , a I'extremite de chacun deux , qui est en contact avec I'autre cylindre , qu'a I'extr^- inite oppos^e. La base de cette derniere extr^mite est done plus pressee que I'autre base,puisque le fluide y est plus 6leve. Chaque cylindre tend en consequence a se reunir de plus en plus avec I'autre ; et comme les forces accel^ralrices portent toujours un systeme de corps , derange de I'^tat d'^quilibre , au-dela de cette situation ; Jes deux cylindres doivent se d^- passer alternativement en faisant des oscillations qui , dimi- nuant sans cesse par les resistances qu'elles eprouvent, finissent par etre aneanties. Ces cylindres, alors parvenus a I'etat de repos , sont de niveau par leurs extremit^s. On pourroit d6- terrainer ces oscillations par I'analyse , et comparer sur ce point , la tlieorie de Faction capillaire avec I'experience. Ces comparaisons sont la vraie pierre de touche des theories qui ne laissent plus rien k desirer, lorsque Ton peut a leur moyen , non-seulement prevoir tous les efl'ets qui doivent r^- sulier de circonstances donnees , niais encore en determiner exactement les quantites. Si Ton consid6re I'ensemble des pb^nomenes capillaires et leur d^pendance du seul principe d'une attraction entre les molecules des corps , decroissante avec une extreme rapidity • il est impossible de revoquer ce principe en doute. Cette attrac- tion est la; cause des aOinites chimiques : elle ne s'arrete point a la surface des corps ; mais penetrant dans leur int^rieur a des profondeurs qui , quoique imperceptibles a nos sens ' sont tres-sensibles dans le jeu des aflinites, elle produit cette influence des masses, dont M. Berthollet a developpe les efJets d'une raaniere si neuve et si heureuse. Combinee avec la figure des espaces capillaires , elle donne naissance a une vari^t^ presque infinie de phenomenes qui rentrent maintenant comme les phenom^nes celestes , dans le domaine de I'analyse. Leur theorie est le point de contact le plus intime de Ja pbv- 4l8 JOURNAI, BE PHYSIQUE, D E CHIMtB sique avec la chimie, deux sciences qui se touclient aujour- d'hui par tant de cAt^s, que Ton ne peut cuUiver I'une avec un grand succes , sans avoir approfondi i'autre. La ressem- blance de la figure des fluides sieves , d^primf^s ou arrondis par Taction capillaire , avec les surfaces engendr^es par les courbes connues sous les noma de chainetLe , de linteaire et d'elastique , dont les g^om^tres s'occuperent a I'origine du calcul infinitesimal , donna lieu de penser a quelques pliysi- ciens, que les surfaces des fluides ^toient uniformernent ten- dues , comine les surfaces ^lastiques. Segner qui parolt avoir mei.desMcmoiics eu le premier cette idee (^jjsentit bien quelle nepouvoit etre >cietcrojaicdeGot-qu"une fiction propre a representer les effets d'une attraction entre les molecules , decroissanie tr6s-rapidement. Get habile g^ometre essaya de ddmontrer que cette attraction devoit avoir les memes r^sultats ; mais , en suivant son raisonnement , il est facile d'en reconnoitre I'inexactitude , et Ton peut juger par la note qui termine ses recherches , qu'il semble n'en avoir pas ^t6 satisfait lui-m6me. D'autres physicians , en re- prenant I'idee d'une tension uniforme des surfaces fluides, Tont appliqu^e a divers ph^nom^nes capillaires. Mais ils n'ont pas ^te plus heureux que Segner, dans I'explication de cette force; et les plus sages se sont content^s de I'envisager comme un moyen de representer les ph^nomenes. En se livrant a toutes les conjectures que leur premiere vue fait naitre, on peut ren- contrer quelques Veritas ; mais elles sont presque toujours melees avec beaucoup d'erreurs ; et leur decouverte n'appar- tient qui celui qui, les sf^parant de ce melange, parvient k les etablir solidement par I'observation ou par le calcul. NOUVELLES LITTERAIRES. Histoire des Plantes d'Europe et etrangeres , les plus communes, les plus utiles et les plus curieuses, ou Eleinens de Botanique pratique; par M. J.-E. Gilibert, ancien Pro- fesseur d'histoire naturelle k TUniversil^ de Vilna , et a I'EcoIe centrale du d^partement du Rh6ne ; Professeur actuel au Jardin de S. M. l'Imperatrice , a Lyon; et Membre de plu- sieurs Academies et Soci^tt^s savantes. 3 vol. in-S" de 5 a 600 pages , avec 800 figures gravies en bois , et 5o planches en taille- 2T b'histoire NATURELLE. ^ig Bouce. A Lyon , chez Amable Leroy. A Paris , chez Amable Costes , Libraire, quai des Augustins , n" 29. M. Gilibert, qui a et6 pendant un grand nombre d'annees professeur de botanique , soit a Lyon, soit a Grodno et a Vilna en Lithuania, oii il avoit ^t^ appel6 par le dernier roi de Pologne, est avantageusement connu par divers ouvrages, et notamment par ses Demonstrations de Botanique , dont les editions multipli^es ont prouv^ le succes et I'utilitd Les' Elemens qu'il publie aujourd'hui ne peuvent qu'ajouter en- core a. sa reputation. G'est un des ouvrages les plus savans, et en meme temps les plus propres a former d'habiles eleves. L'auteur considerant que le norabre des plantes actuellement connues s'tJl^ve a pres de 20 miile , dont la nomenclature seule seroit effrayante, a cru devoir restreindre I'^tude des plantes a environ trois mille tout au plus, c'est-a-dire , a celles qui sont interessantes k connoltre , soit parcequ'elles se presentent le plus frdquemment dans la nature ou dans les jarditis, soit parcequ'elles sont un objet d'agr^ment ou d'utilite. La description de chaque plante est claire, precise et donne une id^e nette de tous ses caract^res ; elle tient un juste milieu entre le laconismeet la secheresse des phrases linn^ennes et la sterile prolixite des anciens. Elle est accompagnee de la sy- nonimie des principaux botanistes , avec Tindication des meil- leures figures. L'auteur a soin de designer aussi le lieu natal et le temps de la fleuraison. Mais ce qui est d'un prix infini, c'est qu'il s'est principale- ment attache a faire connoltre I'usage et les propriet^s des plantes , soit comme aliment pour Ihomnie et les animaux , soit comme medicament , soit comme objet d'utilit^ dans les arts et le commerce, soit enfin comme objets d'agr^mens ou de curiosity. Les descriptions de ces plantes sont accompagndes de 800 figures en bois et de 5o planches en taille-douce. Quant ci la m^thode que M. Gilibert a suivie , c'est celle de Linnaeus, comme la plus repandue, et surtoiir parcetju'^tant rigoureuse et ne laissant rien a I'arbitraire , elie tonvient beau- coup mieux aux commenjans, que les methodes qu'on nomme naturelles. 420 JOCRKAL DH PItYSIQWE,* DE C H 1 M I E } ftc! MSmoire ecoplicatif du Zodiaque cJirojiologique et mytho- logique ; ouvrage contenant le Tableau comparatif des Maisons de la Lune chez les difKrens Peuples de I'Orient , et celui des plus anciennes observations qui s'ylient, d'apr^s les Egyp- tiens , les Chinois , les Perses , les Arabes , les Gliald<^ens et les Calendriers grecs ; par M. Dupuis. Prix , 8 fr. A Paris, chez Courcier, Imprimeur-Libraire, quai des Augustins , n° 67. Nou» donnerons dans le cahier prochain, I'analjse de cet Ouvrage. TABLE DES MATIERES CONTENUES DANS CE CAHIER. Suite du MAtnoire de M. Proust , sur le sucre de raisin. Pag, 34i Sur les mines de cobalt, nickel et autres , et les sulfures metalliques ; par le Professeur Proust. 564 'Essai sur les attractions et Repulsions electriques ; par M. **'^ 373 Note adressde a J.-C. Delametherie , sur quelques laves granitdides ; par D'Aubuisson. 385 Experiences sur la double vision; par le docteur Haldat. 387 Observations jneteorologlques ; par Bouvard. 4o2 Considirations sur les Etres organises ; par J.-C. Delametherie. Extrait i(og Dccouverte d'une Comete; par Pons. 4,11 Note sur le platine trouve da?is une mine de Gua- dalcanal et sur le chrome trouve dans les mines de fer ; par J^auquelin. ^I2 Extrait d'un Menioire sur V Adhesion des corps a, la surface des fluides ; par M. Laplace, 4^5 Nouvelles Licteraires. 4 18 Memoire explicatif du Zodiaque chronologique et mytho- logique. 430 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE ET D'HISTOIRE NATURELLE. DECEMBRE an 1806. F A I T S POUR L'HISTOIRE DU COBALT; Par le Professeur PROUST. Les acides sulfurique et muriatique ne I'attaquent paJ autrernent que le fer et le zinc. II y a formation d'hydro- gene , et si le metal est sulfur^, I'hydrog^ne se sulfure aussi. L'acide nitrique , malgr^ la vehemence de son action , ne I'oxide pas non plus differemment , puisque les oxides, les hydrates , les carbonates , etc. , qu'on obtient par I'un ou I'autre de ces acides , ne diflerent point entre eux. Le sulfate et le nitrate de cobalt laissent sur le papier des traits roses que la chaleur ne fait pas changer. II n'en est pas de meme du muriate : les siens passent au bleu par la dessication , mais il tirent au verd celadon pour peu qu il re- tienne du nickel , parceque le muriate de ce dernier peint en jaune. Tome LXIJI. DECEMBRE an 1806. Hhh ?2fl JOURNAL DE PHYSIQTJE, DE CHIMIB Sulfates. II y en a deux , I'un simple , et I'autre compliqu^ par quelque sel neiitre k base de potasse ou d'ammoniaque. Le sulfate simple a une saveur l(^gerement piquante, un peu ainere, a laquelle se joint quelque chose de nidtallique , mais eile n'est pas d^sagrt5able comme celle du cuivre , de I'argent , du mercme , etc. , et en general les metaux qui out le plus d'adh^rence a Toxigene sent aussi ceux dent la dissolution sent les moins d^sagr^ables au gout. Ses cristaux , toujours peu volumineux, sont des sections cntass6es d'octaedres peu reguliers; ils sont d'un rouge net de groseille , transparens et inalt^rables k I'air ; leur dissolu- tion se iixe difficilement au fond des evaporatoires ; ils tendent beaucoup plus a grimper et a donner des encroutemens nei- geux qu'a cristalliser. Le sulfate simple perd dans la distillation 42 centi^mes d'eau ; il devient par ceite perte rose et opaque : c'est alors le sulfate anhj'dre j il peut dans cet elat supporter une cha- leur rouge assez long -temps continu^e sans se fondre ni se decomposer, except^ dans les points 06 il touclie la retorte : alors le verre attire de I'oxide , se tum^fie et se teint d'un bleu vif. De ces points-1^ seulement s'^chappe un peu d'acide sulfurlque , mais hors de li le sulfate n'^prouve aucun deran- gement. Sa dissolution exige une assez forte evaporation , et ses cris- taux , comme je I'ai dit , se prononcent difficilement ; mais on n y a pas plus tdt m^l^ du sulfate de potasse qu'ils prennent une forme mieux caract^riseeet plus volumineuse : ce sont des prismes rhomboidaux parmi lesquels on trouve , quoique rare- ment , des portions plus cu moins alongees de I'octaedre rectangulaire. Le sulfate de cobalt n'est pas I'unique qui se complique et se modifie par le sulfate de potasse : autant en arrive a ceux de nickel , de zinc et de beaucoup d'autres sans doute. Le sulfate de cobalt double par celui de potasse est bien moins soluble que le simple , cristallise plus promptement, et contient moins d'eau de cristallisation : il n'en perd que 26 cen- tiemes. Je ne sais si ces deux sels s'unissent selon une pro- portion d^terminee. ET D'HISTOrUE NATURELLE. 4^5 Carbonnte. Le sulfate simple, decompose par le carbonate de potasse, donne de 40 a 42 centiemes en carbonate de cobalt d'une belle couleur rose. Un cxces de potasse en dissout beaucoup. II en r^sulte une dissolution violette girofl^e , que la simple Ebullition ou une grande addition d'eau froide suflisent pour decomposer. Oxide au minimum. 100 parties de carbonate laissent apres la separation de I'eau et de I'acide carbonique^ de 60 a 62 d'oxide pulverulent d'un gris clair i^g^rement verdatre. Get oxide, quels que soient les acides qui I'aient fourni, a toujours les inemes propri^t^s. Les acides sulfurique, niuriatique et nitrique n'oxident done pas le cobalt d'une maniere variable ? Ce meme carbonate , chauffd dans un creuset couvert a feu doux, s'embrase aussitut qu'on le d^couvre et passe dans un instant du gris au noir. L'oxide acquiert par la une augmen- tation de poids tr6s-sensible et des proprielEs qu'on ne trouve point dans celui qui sort de la retorte. Le carbonate de co- talt imite en cela celui du manganese qui passe aussi du gris au noir dans la nieme circonstance. II faut, si Ion veut obtenir l'oxide gris dans sa plus grande purete , remplir les cornues autant qu'il est possible, et chaulTer graduellement , afin d'expulser d'abord I'air atmosph^rique par la vapenr de I'eau. Du carbonate chauffE dans une cornue spacieuse, ne donne qu'un oxide in^gal et mcl6 de parties noiratres. L'acide muuatique dissout l'oxide gris avec cbaleur et sans le moindre soupjon de gaz oxig^ne , mume en chaufl'ant le vaisseau. Celui qui a pass6 par la combustion du gris au noir en donne en abondance, et meme aussi celui qu'on a prepare dans une retorte spacieuse, bien qu'eii moindre quantite. Ces resultats nous font assez voir que la preparation de cet oxide est delicate; elle suit de pres celle de l'oxide de manganese au minimum , qui ne donne pas non plus d'acide marin oxi-_ g^n6, mais qui ne tarde pas a le produire, si on neglige de prendre avec lui les precautions que nous recommandons pour loxide de cobalt. L'oxide gris se dissout avec chaleur dans l'acide nitrique et sans gaz nitreux. Cela doit ^tre si l'acide trouve le cobalt Hhh 2 4^4 JOCBKAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIB oxid^ au degr^ qui lui convient pour le transformer en nltrateJ Mdme r^sultat qu'avec I'oxide mineur de manganese. On d^couvre facilement un oxide dont quelques parties se sont <51ev^es au minimum par I'application d'un acide foible. Celui-ci dissout I'oxide mineur et ne louche point a I'autre. Thenard s'en est apper^u : en traitant de pareils oxides avec rammoniaque , il a trouv^ que la portion qui^toit au maxi- mum refusoit de s'y dissoudre. Oxide par precipitation. 1°. On laisse tomber par gouttes du nitrate de cobalt dana de I'eau bouillante , aiguis^e de potasse , il se forme dans I'instant un pr^cipit6 d'un assez beau bleu. Mais si i'^bullition continue , il ne tarde pas a changer , sa couleur s'^claircit , il s'acheraine au violet et passe de la au rose. L'oxide dans cet ^tat n'est plus floconneux comme au commencement , il est devenu pulverulent et occupe moins de volume que le prd- cipit6 bleu. Si on Texamine , on trouve que c'est un pur hydrate de cobalt. 2<*. On laisse tomber par gouttes du nitrate dans de I'eau froide aiguis^e de potasse, le pr^cipit^ bleu se forme comme auparavant, mais au lieu de se fture hydrate, il passe au verd sans que de nouvelles affusions d'eau ou le contact de I'air {)uissent en obscurcir la nuance; il la conserve ^galement sur e filtre, se desseche sans la perdre, et prend durant sa des- sication cette demi- transparence qu'ollre souvent d'autres oxides. 5°. On fait bouillir ce precipit^ verd tandis qu'il est frais, dans de I'eau aiguis^e de potasse ; la chaleur ne le ramene point au bleu , mais elle le pa it peu-a-peu , j^fface le verd et Famine k un gris clair ros6 ou rougeAtre qui ne change plus. Si I'on fait attention aux circonstances de ces trois opera- tions, on reconnoit que dans la premiere la chaleur de I'^bul- lition n'est pas toujours un obstacle a la formation des hydrates m^talliques ; que dans la seconde et la troisieme, ce ne sont plus ni oxide, ni hydrate, mais des composes nouveaux qui les remplacent. Les ,essais suivans vont nous 6clairer sur la nature de ces produits. Si, tandis que le precipit^ est bleu, on le rassemble pour le couvrir de vinaigre ou de tout autre acide tres-anoibli, il s'y dissout a I'instant et sans reste ; mais les m^mes acides ET d'hISTOIRE KATURELLE^ 4^5 appliques au precipite verd de la seconde experience, n'en dissolvent qu'une partie, et ce qui s'en s^pare est de I'oxide noir, ou au maximum. Le troisi^me ne se dissout ^galement qu'en partie et laisse encore de I'oxide noir. Enfin I'oxide bleu ne donne point d'acide muriatique oxig^ne , tandis que le verd en donne , comme Th^nard I'avolt d^ja reconnu. II resulte de ceci , que I'oxide bleu attire a lui I'oxygene atniospherii]ue que les liqueurs froides ont coutume de retenir par compression , et qu'il agit sur elles comme I'oxide de fer au minunum dans I'experience que Scheele imagina pour d^montrer cet air dans I'eau froide; Que I'oxide vert est un melange d'oxide bleu et d'oxide noir : il J a neanmoins ici quelque chose de plus qu'un simple melange ; car les couleurs bleu et noir ne sont pas propres k donner cette nuance constante de verd-pr^ qui le distingue de tout autre oxide. II est done possible qu'il y ait ici dis- solution d'oxide noir dans I'oxide bleu , ou combinaison r^elle, et cette combinaison-la ne sera certainement pas plus bora des principes que celles que nous connoissons dej^ entre les oxides, arsenical, tunstique, etc. et ceux de plusieurs autres mefaux. II semble niSnie qu'elle s'assujetit a une vraie sa- turation J car , qnand sa nuance s'est fixee au verd , elle ne passe plus en avant ; ni de nouvelles additions d'eau froide , ni le contact de I'air ne peuvent plus I'obtenir. Or il n'y a r^elle- ment qu'une saturation respective , une vraie combinaison qui puisse separer d une couleur eirangere ci celle de ses fac- teurs, et susjiendre ainsi I'activitd de lair au point de lem- pecher de porter au maxim iim la portion d'oxide bleu qui fait {)artie du precipite verd. Si Ton veut voir ce precipite atteindre e complement de sa suroxidation , il faut , comme le fait connoitre Thenard , le dessecher h I'aide de la chaleur; alors il devient presque sur-le-champ puce et noir , mais c'est un aspect different et sous lequel il I'a suivi lui-meme avec suctes. Enfin le precipite grisrougeatre de la troisieme experience est un melange d'hydrate et d'oxide noir : I'application des acides dissout Tun et s^pare I'autre. Tant que I oxide de co- balt est bleu , il est dans cet ^tat oil il peut se combiner facilemi nt et former des lors des hydrates, des carbonates, des muriates, etc. Mais aussitut qu'une partie est devenue noire ou satur^e d'oxigene , elle n'en est plus susceptible, aussi reste-t-elle hors de combinaison , et c'est elle qui 426 JOURWAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE obscurcit la nuance de I'hydrate dans le precipite dont nous parlon*. Etilin le precipit6 verd ne s'obtient jamais d'aucune dis- solution ; il ne peut egalement devenir la base d'aucune com- binaison , tout comme Ion ne voit jamais les oxides majeur et mineur du fer , du manganese , du mercure, etc. , se con- fondre et s'unir au point de former des combinaisons uniformes avec no9 acides. Je dois avertir que les expt^riences ci-dessus se font commodenient dans les matras au dessus dune lampe; on ^vite par-la I'introduction de I'acide carbonique qui pour- roit en faire varier les resultats. Si dans une dissolution fort delayee on laisse tomber de I'ammoniaque , on obtient encore le precipit6 bleu dont la couleur se soutient assez long-temps malgr^ rebullition; elle Se conserve meme encore quelques heures sur le filtre; mais bientAt apres elle verdit , elle se degrade et cesse de promettre quelque chose d'utile a la peinture. S'il etoit possible de fixer cet oxide k sa nuance bleue , on pourroit s'en promettre une assez bonne couleur. Je presume qu'on pourroit y r^ussir , en I'attachant a une combinaison qui , comme celle du verre de cobalt , I'assuj^tit et rerapechat de ceder a I'impression de I'air : c'est k quoi j'ai appris que Thenard avoit reussi en ob- tenant un r^sultat aussi briliant que I'outre mer. yimmoniagiie et Oxides de Cobalt. On peut obtenir differentes dissolutions du cobalt dans I'ammoniaque. Nous allons faire connoitre les unes et les autres. On jette un peu d'oxide gris dans un ilacon , on le remplit d'ammoniaque, et on le bouche imni^diatement ; la liqueur ne tarde pas a prendre une l^gei 6 nuance de rose , mais elle ne passe point au-dela , quelque temps meme que Ton garde le flacon. On decouvre done que c'est un oxide qui ne se dissout que dilFicilement ou en tres-petite quantity dans I'aramoniaque. Mais si le flacon reste debouch^, rammoniaque se colore tres- vite : la liqueur prend d'abord la nuance de I'acajou etfinit par oflVir une dissolution charg^e et d'un beau rouge. L'expe- rience suivante va nous I'aire dt^couviir ce qui se passe ici. Si on place le flacon au fond d'un grand bocal dans lequel on entretienne un jet d'acide carbonique , on voit la dissolu- tion et la couleur se completer en moins de trois k quatre ET d'iiistoire katuhelle; 427 heures. En regardant au travers du flacon , on y apper^oit aussi distincteinent un filet color^ qui part de la surface de ratnnioniaque , le traverse sans s'y meler , et va s'accumuler sur le fond : c'est le carbonate d'ammoniacjne qui descend par son exces de pesanteur, et dont la colonne devieiU sensible par la couleur que lui donne I'oxide de cobalt. Exaininona les produits. Dans cette maniere de le dissoudre , 11 est evident que c'est rammoniaque qui se carbonate le premier, parceque les affinites en ordonnent ainsi : alors la dissolution nest autre chose que celle de I'oxide dans le carbonate d'am- moniaque; mais si I'acide, carbonique ne vient pas a man- quer , 1 oxide se carbonate a son tour, et la dissolution devJent a la fin celle d'un carbonate m(5tallique dans du carbonate d'ammoniaque. Et en ef fet , si on la garde dans un flacon plein et bouche , elle depose une quantite de grains cristallins qui ne sont apr^s le lavage que du car- bonate de cobalt. Vers^e dans I'eau , elle en abandonne encore une partie comme toutes les dissolutions oxido- ammoniacales ; mais si on y mele quelques- gouttes d'am- moniaque afin qu'il y ait exces , elle ne se trouble plus avec I'eau , elle la teint seulement d'une riche couleur de groseille. Telle est la nature des dissolutions ammoniacales de cobalt que nous tenons dans nos laboratoires , quand on ne les a pas pr^parees dans des vues particulieres. L'ammoniaque pent dissoudre I'oxide, comme nous le ver- rons plus loin, mais il le dissout infiniment plus vlte s'il est a I'etat de carbonate, ou meme si on lui pr^sente cet oxide tout carbonate. Ainsi, si Ton jette du carbonate de cobalt dans de la liqueur de carbonate d'ammoniaque, on en obtient assez promptement une dissolution satur^e , riche en couleur, et pourvue de toutes les qualit^s de la pr^c^dente. Mais les choses se passent bien differemment $i Ton verse de I'ammoniaqvie pure sur du carbonate de cobalt. Celui-ci se divise en deux : une partie cede , conform^* ment aux affinites, son acide a l'ammoniaque , qui devient par la carbonate. Priv6e de son acide , cette m6me partie tombe au fond du flacon en quality d hydrate ; et pour I'autre , ou celle qui n'a rien perdu de son acide , elle se dissout dans le nouveau carbonate d'ammoniaque. Ainsi le r^sultat de tout ceci , est qu au lieu d'ammoniaque et de 428 JOURNAL DE PHYSIQUE," DE CTIIMIE carbonate de cobalt, on trouve a leur place une dissolution de carbonate de cobalt dans le carbonate d'amraoniaque , plus , de I'hydrate de cobalt. Confirmons maintenant ces resultats en leur appliquant I'analyse. 1°. La dissolution composee dans I'origine avec de I'am- moniaquq. pure , fait actuellement beaucoup d'effervescence avec les acides : elle a done pris le caractere de carbonate. 2°. Le pr^cipite qu'on trouve au fond du flacon n'est plus comme au commencement du carbonate ; il n'en a plus la nuance , il a au contraire celle de I'hydrate qui est fort diff^rente, et il en a aussi les propri^t^s; car on trouve apr(^s I'avoir lav^, qu'il se dissout dans les acides sans la plus l^g^re effervescence. II faut , pour r(5ussir dans cette experience , avoir soin de mettre dans le flacon plus de carbonate de cobalt que celui d'ammoniaque n'en peut dissoudre, afin qu'il j ait un reste qu'on puisse soumettre a I'examen. Telles sont en general les dissolutions qu'on n'a pas ga- ranties de I'acide carbonique : ou le carbonate d'ammoniaque dissout de I'oxide pur et simple, ou c'est I'oxide carbonatd dont il se charge. Dans I'un et I'autre cas , ces dissolu- tions teignent I'eau en rouge et ne pr^cipitent point avec elle pour peu qu'elles aient un exces d'ammoniaque. Quant a celle de I'oxide pur dans le carbonate, sur laquelle nous n'avons fait que passer leg^rement, il suffira de dire que de I'oxide frais , de Ihydrate , converts de liqueur de car- bonate d'ammoniaque , donnent k I'instant cette premiere esp^ce de dissolution. Je passe a la troisieme. L'hydrate de cobalt, par exemple , qui se trouve au fond du flacon d'une des experiences prec«5dentes , peut nous condiiire k la connoissance de cetie troisieme dissolution appergue par Tassert, mais en g^n^ral la nioins remarquee jusqu'ici. Lors done que cet hydrate a ^t^ s^par^ et lavd k I'eau chaude, on le couvre d'ammoniaque et Ton bouclie le flacon plein. L'ammoniaque le dissout , et dans I'espace de 24 Iieures il sen trouve sufiisamment charg^. Cette nouvelle dissolution , qui commence toujours par la nuance d'aca- jou , finit par rester dun beau rouge , comme les pr^c^- dentes , mais elle a, comme on va le voir \ des propridt^s bien diff^rentes. On en verse un filet dans de I'eau bouil- lante , et Ton voit paroltre aussitot le pr6cipit6 bleu ou I'oxide I'oxide pur. On en verse un filet dans I'eau froide , e* I'oxide verd ou I'oxide compost s'annonce. On obtient encore la raeme dissolution en versant dans un flacon d'ammoniaque du nitrate ou dii muriate de co- balt, avec I'attention de le tenir en-de^a de la saturation , et on lui trouve les memes propriet^s qua la pr^c^dente. Tant que les dissolutions sont garanties de lair, elles pre- cipitent comme nous venons de le dire en bleu et en verd ; mais si elles y restent expos^es , I'acide carbonique finit par les mettre au niveau des pr6c6dentes. Telles sont les trois esp^ces de dissolutions que pent offrir I'oxide mineur de cobalt. Si nous voyons I'hydrate se dissoudre dans Tam- Jnoniaque plus rapidement que I'oxide gris , c'est que la soustraction d'acide carbonique qu'il a 6prouv^e en passant par I'ammoniaque lui a communique un volume, une t6- nuit6 qui le rend beaucoup plus accessible au pouvoir des dissolutions. Nous en dirons autant de loxide bleu frais. L'ammoniaque le dissout aisement , et sa dissolution qui est rouge , se pr^cipite encore en bleu ou en vert, selon les circonstances que nous avons expliquees plus haut. Distillation des Dissolutions annnoniacales. Les dissolutions de cobalt carbonat^es docnent du car- bonate d'ammoniaque, et se troublent quand la distillation est avanc^e. L'oxide qui se s^pare prend une nuance de verd sale; elle s'obscurcit de plus en plus, et finit par de- venir noire : c'est un melange d'oxide gris et d'oxide noir; aussi les acides en dissolvent-ils unepartie etlaissent lautre. II suit de la qu'une portion de loxide mineur change d'etat et s"61eve au maximum. J'ai r^pete cette distillation diff^- rentes fois , et toujours avec le meme r^sultat. Mais comment se fait cette suroxidation? est-ce aux dd- pens de I'eau , est-ce aux d^pens de I'air de la retorte t Je rapporte les faits et m'abstiens de les expliquer, quand les donn^es manquent. Hydrate de Cobalt. Des cristaux de sulfate ou de nitrate" jet^s dans un flacon plein de potasse liquide , et bouch^ sur-le-champ , s'y d^- composent et prennent une belle couleur bleue ; mais il passent si promptement de cette couleur au violet , et du Tome LXlll, DECEMBRE an 1806. I i i 430 JOURNAL DE PHYSTQTJE, DE CHIMIE violet au rose, que Ton peut pour ainsi dire Voir I'oxide et riiydrate se produire dans iin instant. Si on laisse tomber des gouttes de dissolution dans la potasse bouillante , I'oxide bleu parolt encore, mais il s'ache- mine si rapidemeni a T^tat dehydrate , qu'on a peine h. saisir le changeraent. L'ebullition continuant , la potasse dissout de I'oxide et se teint dune belle couleur bleue. Cette dissolution n'est permanente qu'autant qu'on la tient dans un flacon plein; mais si on I'etend d'eau , elle depose I'oxide et n'en conserve pas. A I'air elle se derange aussi , mais c'est parceque i'oxide noircit, gagne le maximum et abandonne la potasse. On laisse tomber quelques gouttes de dissolution ammo- niacale , carbonat^e dans un petit flacon de potasse assez forte , I'oxide bleu paroit encore , et la potasse se teint aussi de bleu , c'est la meme dissolution qu'auparavant : quant a raramoniaque et a I'acide carbonique , ils ne tien- nent plus au cobalt. On fait chauffer du carbonate de cobalt dans de la po- tasse liquide; I'oxide bleu paroit tres-volumineux d'abord, mais le violet , puis le ros<^ de I'hydrate lui succede et ne change plus. Ici , comme auparavant la potasse se teint en bleu. tres- ne d'autres affinit^s. L'hydrate frais se dissout a froid dans le carbonate de potasse et le teint d un beau rouge : c'est comme hydrate et non comme oxide qu'il s'y soutient ; car ce dernier ne m'a pas paru susceptible de s'y dissoudre : il faut pour cela qu'il se fasse d'abord ou hydrate ou carbonate. Dans le carbonate de potasse je ne pense pas que Ihydrate puisse enlever de I'acide a un alcali aussi exclusif en affinit^s. L'hydrate de cobalt est d'un ros^ feuille morte : il est loin de I'^clat du carbonate. Les acides le dissolvent avec chaleur et sans effervescence, tandis qu'avec le carbonate au contraire il y a effervescence et froideur. L'hydrate ne se decompose pas par Ebullition , ni dans I'eau pure, ni dans I'eau alcalisee, il a plus de stability que celui du cuivre, parcequ'il appartient a un metal dont les atfinit^s sont bien plus 6nergiques. Il perd de 20 k 21 ST D'ltlSTOrRE NATtrREiLE. 4ji d'eau par la chaleur et se r^duit a de I'oxide gris. S'il contenoit des testes d'acides sulfurique , muriatique , ou autres , ils y laisseroient des indices de leur presence , qua I'on peut consulter avec les articles Nitrate, Sulfate, etc., de ce Memoire. II se conserve mal sons I'eau, si le flacon n'est pas plein. Toutes les parcelles qui peuvent atteindre I'air se rembi-u- nissent , deviennent puce et se d^posent en oxide noir sur s%% parois. L'hydrate sec se conserve mieux, mais il attire I'acide carbonique et devient carbonate. Des cristaux de sulfate jet^s dans un flacon plein d'am- moniaque , et ferm6 sur-Ie-cliamp , s'y changent en pr^ci- pit6 dun bleu fonc§, mais on n'appergoit pas ce dernier passer comme dans la potasse du bleu au violet , puis au rose de l'hydrate. Je prt^sume n^anmoins que l'hydrate se forme, mais qu'il se dissent a mesure dans I'ammoniaque, de sorte que la dissolution ammoniacale pourroit bien tirer, comme celles qui sont acides , sa couleur rouge de I'oxide hydrat^ plutot que de' I'oxide simple. Si la dissolution ammoniacale etoit celle de I'oxide simple, pourquoi ne seroit-elle pas bleue comme celle de la potasse? Le cuivre nous offre quelque analogie , qu'il faut rapprocher de notre objet. L'oxide du cuivre est noir et son hydrate est bleu : ce dernier seulement me paroit , comme je I'ai dit ailleurs, se dissoudre dans I'ammoniaque : de la , la cou- leur bleue qu'il lui communique. L'hydrate de cobalt est rose : si la dissolution ammoniacale I'estaussi, c'est peut- ^tre par une cause semblable. Tout ceci, au reste, n'est que conjecture , rapprochons-nous des fails , les seuls guides que Ion doive prendre pour avancer en chimie. Evaluation de V Oxigene dans I Oxide mineur. J'ai fait chauffer dans un creuset ferm^ , loo parties d'oxide grisimbib^es d'huile , et recouvertes dun doigt de bl6 r6duit en charbon, Apres demi-heure de forge , j'ai retire une masse de grains m^talliques de 83 ~. Un second essai fait avec le meme soin m'a donne, i une legere fraction pr^s, le meme produit. Cela suppose que le quintal de cobalt prend 19 a 19 ^ d'oxig^.ne pour s'oxider et parcons^quent pour devenir la base de toutes les dissolutions que nous conuoissons. Le cobalt ^tant tres-attirable , on se sert d'un barreau I i i 2 43a JounwAL nE tnYsiQUE, de cuimie aimante pour r^tinir les parcelles qui peuvent se m^Ier am charbon. Si on fait dissoudre le cobalt r^duit de cette maniere , le peu de charbon qui s'en s6pare n'equivaut pas a un quart de grain; de sorte qu'en prenant 19 pour le ferme d'oxidation mineure de ce m^tal , je ne pense pas que 1 on soit lort ^loignd du vrai point. Oxide maj'eur. La dissolution nitrique du cobalt n'^prouve aucun de- rangement par I'dbullition ; mais si on la concentre , des encroiitemens noirs se d^posent sur les parois ; lorsqu'elle commence a perdre de I'acide , le gaz nitreux s'annonce , le r^sidu ach^ve de se dess^cher , et la suroxidation se termine en peu d'instans : ce residu est parfaitement noir. Deux experiences soign^es ont rendu de 125 k 126; d'oii I'on peut conclure que le maximum de I'oxidation de co- talt se trouve entre 25 et 26 sur 100. Get oxide broy^ s'^claircit un peu et ressemble k de la terra d'ombre. Les acides nitrique et sulfurique ne se dis- solvent qu'avec effervescence; la portion d'oxigene qui cons- tituoit son maximum se s^pare , et la dissolution n'est plus alors que celle de I'oxide au minimum. Avec le muriatique il donne abondamment le gaz oxi- g^ne et produit du muriate ordinaire. Gard6 sous I'acide muriatique oxig^ne il n'en diminue pas I'odeur et refuse de s'y dissoudre, ce qui prouve bien que lacide nitrique a reellement eiev6 I'oxide noir a son 7}iaxim,ut?i. La potasse liquide chauff^e surcet oxide n'en dissout rlen, I'ammoniaque pas plus ; mais un fragment d ^tain amene sa dissolution et sa couleur rouge. Chauffe dans le bout dun tube de verre avec un peu de borax , il le teint en bleu aussi rapidement que le feroit I'oxide grjs. Enfin I'oxide noir redevient oxide gris , si on lui donne Tine chaude de demi-heure au fond dun creuset couvert. II ne donne plus de gaz avec I'acide muriatique. Ainsi I'oxide gris favoris^ d'une l^g^re augmentation de tempera- ture , attaint facilement son m.aximum et avec les pheno- m^nes d'une veritable combustion; mais k. une temperature encore plus eiev^e, il perd de nouveau ce meme oxig^ne qui constituoit son maximum* BT d'iIISTOIRE KATUBELLB. 433 Le carbonate ou I'oxide gris mele au verre de borax , puis chauff6 sur un tesson de porcelaine , passe au innxi- TTium et le barbouille de noir. C'est cet oxide que le peintre mele a celui de manganese pour imiter sur 6mail I'encre de la Chine et ses teintes. Pour que I'oxide noir puisse teindre en bleu , 11 faut qu'il ait d'abord 6t6 dissout dans un fondant vitreux par une haute temperature. II ^prouve alors une dissolution qui le rabaisse au minimum et qui le dispose a teindre en bleu , la vraie couleur de I'oxide au minimum , comme la bien juge Thenard. J'ai dit ailleurs que Ton devoit s'attendre a d^couvrir I'oxide noir dans les mines de cobalt. Des moreeaux que j'ai eu occasion d'examiner depuis ce moment m'ont oflert cet oxide; ils se comportent avec I'acide muriatique comme le manganese : ce sont ceux qui portent le nom de mine 'vitreuse , ou mine noire. Guillaume Talaker , collecteur de notre cabinet de Madrid, et moi , avons trouv6 I'oxide noir k Pavias , a une journ^e de Valence. II est assez pur, c'est dommage qu'il n'y ^toit pas en plus grande quantity. L'acide muriatique oxig6n6 vers^ sur le carbonate, sur I'hydrate, sur I'oxide gris , les el6ve promptement au maxi- mum. Si on ajoute de l'acide sulfurique ou nitrique sur i'oxide r^cemment noirci par ce moyen , ils ne le dissolvent pas, mais les acides nitreux et sulfureux le font disparoltre k I'instant. Ces r^sultats sont parfaitement d'accord pour la tbeorie avec ceux que Bertnollet nous a fait connoitre de I'oxide mineur de manganese place dans les memes ci?- constances. II resulte de ces faits que I'Dxide mineur est seul disso- luble dans les acides, et vraisemblablement dans les fonres vitreuses , et que I'oxide noir ne parvient a s'y dissoudre qu'autant qu'une cause quelconque le rabaisse au mini- mum ; Qu'il n'y a de sulfate , de nitrate , de muriate , etc. , de cobalt, qu'avec I'oxide mineur. Les ph^nomenes qui accora- pagnent la distillation du nitrate de manganese reprdsen- tent fid^lement ceux du nitrate de cobalt, les encroutemens , le gaz nitreux, et pour reste I'oxide noir complet. Muriate de Cobalt. L'oxide gris jet^ dans un acide de i5°, s'y dissout avec une vive chaleur ; pas un soup^on d'acide oxigcn^. La /54. JOURNAL DErillfSIQUEjBECniMTB dissolution cliaude ou froide est d'un bleu fonc^ ; elle cristallise facilement , et les cristaux qui en proviennent sent ^galement bleus : c'est le muriate de cobalt anhydre. Mais s'il attire Ihumidite , les cristaux passent au rouge sans se d^former, et deviennent par la hydro-muriate. Si les cristaux bleus tombent dans I'acide sulfurique con- centre il y a bouillonnement ; le muriatique s'^chappe en vapeurs et il se depose du sulfate rose en poudre. I/acide muriatique de meme force vers^ sur I'oxide noir le dissout vivement : grande effervescence et beaucoup de gaz oxig^n^. Cette dissolution est d'un beau verd , tant qu'elle est odorante; elle devient bleue h mesure que le gaz se dissipe, mais une pinc^e d'oxide noir la ram^ne au verd parcequ'il y r^tablit la pr^seiice de ce gaz. Cette dissolution revenue au bleu cristallise d'elle-m^me , et ses cristaux sout encore de la meme couleur; mais si on y ajoute de I'eau , loxide qui en fait la base devient hy- drate et le muriate passe au rouge. Enfin les traits de ce sel , dess^ches sur le papier, ne sont autre chose que du muriate sans eau. II y a. done pour ce sel, comme pour beaucoup d'autres , deux mani^res d'etre : I'une hydree et 1 autre anhydre. Sa Distillation. Pouss^ a un feu rouge dans une retorte lut^e, il ne se decompose que dans les points qui touchent le verre; alors les produits qui s'annoncent y correspondent, de I'acide marin en vapeur , m616 d'acide oxig^ne est bien reconnoissable a I'odeur , et le verre teint en bleu. Le muriate qui se trouve hors du contact vitreux, entre en fonte et il se su- blime a mesure en une neige gris de lin , si volumineuse qu'elle finit par occuper toute la capacity de la retorte. Mais ces lleurs ont quelque chose d'extraordinaire , elles ont ^prouve une sorte de condensation qui les rend inso- lubles dans I'eau pendant au moins douze heures. A la fin elles se rendent a son action , s'y dissolvent et redeviennent muriate rouge ordinaire. Ainsi le muriate de cobalt fond par une chaleur rouge et se sublime sans se decomposer. Le muriate de manganese est de la meme resistance. II fond en rougissant , donne quelque peu de vapeur muria- tique , reste Iranquille et n^prouve d'ailleurs aucune de- composition , mais il ne se sublime pas. ET D'HISTOinB NATURELLE. 4^5 Tire de la retorte , c'est une masse feuilletee d'un rose un peu sale; saveur salde qui n'a rien de d^sagreable. Arsenite et Arseniate de Cobalt. Ce soiit deux mineralisations que la nature nous pr^sente et que I'art imite facilement ; elles ont si bien la meme nuance de rose , le meme aspect, qu'il sera , je crois, dif- ficile aux min^ralogistes de leur trouver des caracteres hers des epreuves chiraiques. Si , dans une dissolution d'arsenite de potasse tresetendue d'eau, I'on verse un acide, on ne voit aucun pr^cipit^ , par- ceque I'oxide reste en dissolution, si meme il ne se combine au sel neutre. Mais si au lieu d'un acide on y verse une dissolution de cobalt bien d^lay^e, on en tire un pr^cipitdcomposd des deux oxides. S'il n'y avoit r^ellement aucune attraction entre ces deux oxides , i'arsenical resteroit sans doute dans Ics liqueurs , et celui de cobalt se prdcipiteroit en bleu comme a Tor-- dinaire : niais au lieu de bleu, c'est une couleur nouvelle, c'est un rose fixe qu'aucun lavage ne pent ramener au bleu, II faut done en conclure qu'il y a ici une combinaison qui suspend la solubiIit6 de I'un et masque I'autre dune uuanca nouvelle. L'arsenite de cobalt conserve sa couleur apres sa dessi-<. cation, mais quelques parties prennent une sorte de trans- parence corn^e que I'arseniate de cobalt affecte aussi. Caracteres de t Arsenite. 1°. Si on en chauffe au chalumeau quelques grains dans un tube ferm^ par un bout, il y a gonflement, sublima- tion d'oxide blanc , et I'oxide attir^ par le verre le teint d'un bleu fonc6. 2°. Lacide nitrique le dissout et il y a du gaz nitreux. S**. Dissout dans lacide muriatique, 1 hydrog^ne sulfur^ pr^cipite k I'instant tout I'arsenic en orpin, et la dissolu- tion ne retient plus que le cobalt, 4°. La potasse pure ciiauffee sur l'arsenite lui enleve I'ar- senic et met a d^couvert I'oxide bleu , dont une parfie sa dissout dans I'alcali et le teint e\\ bleu La liqueur ^tendue d'eau depose cet oxide et ne retient plus que de 1 arsenite de potasse. 4^^ JOUUXAI-DEPHYSIiQUE,nECHIMIE Arseniate de Cobalt. On I'obtient en usant d'arseniafe de potasse au lieu d'ar- senite , ou bien en ajoutant de I'acide arsenical k une dis- solution de cobalt, que Ion precipite ensuite avec la po- tasse, mais en la m^nageant. L'arseniate dess^cht^ ne differe point ext^rieurement de I'arsenite. Voici les caracteres chimiques. Caracthres. I*. ChaufK dans le tube, il supporte une longue chaleur rouge sans perdre autre chose que de I'eau, ni donner le moindre signe de fusion. 11 passe seulement du rose au violet , mais il ne s'attache point au verre. . 2°. L'acide nitrique le dissout sans gaz nitreux , meme avec le secours de la chaleur. 3°. L'eau hydro-sulfur^e ne trouble sa dissolution dans l'acide muriatique, que plus de deux heures apr^s le me- lange. Cela vient de ce que l'acide arsenical ne cede que t6s-lentement k Taction d^soxidante de ce r^actif. 4°. Avec la potasse pure nu^mes pht^nomenes qu'avec I'ar- senite, except^ que la lessive contient de l'arseniate de potasse. C'est en appliquant ces moyens aux efflorescences roses des morceaux que j'ai pu avoir a ma disposition , que j'ai reconnu qu'elles ^toient effectivement des arseniates. Je n'ai trouT^ les arsenites que dans I'interieur de quelques- uns qvie I'oxidation spontan^e avoit p^n^tr6 profond^ment j mais je n'oserois pas assurer que ces morceaux que je trai- tois avec l'acide muriatique foible, ne contlnssent pourtant quelques restes d'arsenic a l^tat de m^tal , qui pourroient m'avoir induit en erreur. II se pr6sente ici une question dont la solution ne pent etre qu'interessante pour I'histoire de I'arsenic. Est-ce cQinme oxide simplement , ou comme acide arsenieux , que I'arsenic blanc s'unit aux autres oxides V II faudra sans doute examiner d'abord si son union avec les alcalis donne des combinaisons r^guli^res cristallisables, proportionnelles, etc. , ou si ce ne sera, comme tant d'autres, que la simple solution d'un oxide dans un alcali. Si cette union est r^ellementune combinaison , aux termes que nousentendons par ce mot, la denomination d'acide arsenieux, que Fourcroy avoit donn^e a larsenic blanc, devient des lors plus fondle que jamais. (Quelques BT d'HISTOIR* NA.TURELLE. 4^7 Quel(/nes faits sur d'autres arscnites et arseniates. Nous connoissons d^jk I'arsenite et I'arseniate de cuivre. Le premier est celui dont Scheele a donn6 una recette et qu'il a propose pour la peinture , a cause de sa belle cou- leur de Terd-pomme; le second est dun verd bleuatre tr^s- clair. L'arsenite chauFf^ dans le tube donne de I'eau, de I'cxide blanc , et son oxide noir teint le verre d'une couleur rouge de sang. L'arseniate perd I'eau, se ramollit par une clialeur rouge, ne fond pas , devient verd-olive et n'attaque pas le verre. L'arsenite chauff^ dans une cuiller de platine , en diri- geant la flamme par dessous , perd promptement I'arsenic et laisse Toxide de cuivre a nu. L'arseniate chauff^ en dirigeant dessus la flamme bleue avec management, pent se ramollir, rougir, et fondre com- pletementen globule verdatre sans ^prouver d'alt^ration. En soumettant a ces ^preuves les diverses especes d'oliven-ertz que Ion connolt aujourd'hui; il sera d^sormais facile da distinguer les arsenites des arseniates. yirsenite et ArseniaCe de fer. L'arsenite obtenu par le nitrate de fer, celui dont la bass est rouge , est une poudre jaune assez semblable a de I'oere. Chauff6 dans le tube il se d^truit par une chaleur l^gere. L'eau , I'arsenic sen s^parent en le tum^fiant, et iI ne reste qu'une scorie noire, spongieuse , dont la poudre est rouge quand elle est broy^e. L'arseniate, celui dont la base est un maximum , chauff6 dans le tube ne perd que de l'eau. Pouss6 au rouge , il devient verd-olive et reste inalterable. L'arseniate natif est dun blanc verdatre , inalterable dans le tube par une chaleur rouge : tels sont ceux de la Manche , de Viana en Galice , et autres apport^s du Chyli , qui me paroissent provenir de i'oxidation spontande des pyrites arsenicales. L'arseniate artificiel , dont la base est au Tnaximiun en blanc un peu jaune ; celui dont elle est au minimum en verd-olive. II me reste k analyser ceux de la nature, pour voir k laquelle des deux especes ils r^pondent. Tome LXIII. DECEMBRE an i8o6. Kkk 438 JOURNAL DE PHTSIQUE DE fcHIMlK Oxide hydro-sulfure. — Sulfure de Cobalt, Le carbonate , I'hydrate , loxide gris , enl^veni h I'eau I'hydrog^ne sulfure , et deviennent par ce moyen oxide bydro-sulfur6. lis d^composent ^galement les hydrosulfurei alcalins. L'ammoniaque ne peut dissoudre 1 oxide hydro- sulfur6 , la chaleur lui fait produire beaucoup d'eau et d'acide sulfureux , ce qui engage a croire que le m^tal conserve toujours son oxig^ne. Le reste est du sulfure de cobalt. Les oxides chauffes avec du soufre deviennent sulfures de cobalt. Le cobalt chauffe avec du soufre enprend 40 par quintal. C'est le r^sultat de trois experiences. N^anmoms il me reste encore quelques doutes sur ce rapport. J'ai essaye cette sulfuration dans une retorte , en laissant tomber du soufre par fragmens sur le metal rougi obscur^ment. Leur union ne s'ex^cute pas sans donner lieu a ce phdnomene d'in- candescence, que les anciens avoient observe dans la sul- furation des m^taux , et qui a occup^ depuis I'attentlon des modernes. Cette chaleur est assez intense pour fondre et r^duire en grenailles une partie du sulfure. Jen ai refondu une partie k la forge avec du borax, un peu de charbon et du pl^tre pour en niaintenir la sulfu- ration. II en est revenu un r^gule gris, lamelleux, fragile, qui ne pr^sente rien de remarquable, et que les acides dis- solvent facilement en donnant de Ihydrog^ne sulfur^. RESUME. Si les falls que je rassemble ici sout vrais, comme j'ai lieu de le penser , puisqu'ils ont ^t^ recueillis tels que rexp^rience les a offerts et sans ^gard a aucun syst^me, on conviendra , j'espere, qu'ils ne nous pr^sentent encore que deux combinaisons oxid^es du cobalt et du nickel , mais deux combinaisons aussi distinctes par les caracteres et les froportions , que constantes dans leurs propri^t^s et dans accord qu'elles gardent avec celles du meme ordre que ces m^taux ^prouvent souvent dans le sein des mines. Cette maniere de consid^rer le cobalt et le nickel dont j'ai fait usage , a I'^^gard do quelques autres metaux, n'a KT d'hISTOIRE KATURELLE. /{Slj jamais eu pour objet de limiter la quantity, si Ton veut , le nombre d'oxidations dont ils peuvent efre susceptibles. Qui oseroit en effet assurer que le progres de la chimie ne nous en fera pas bientot trouver d'autres, que la nature ne tient pas d^ja meme en reserve dans quelque produc- tion prete a les d^couvrir? Mais s'il est incontestable qu'il ne faille, comme la si sagement prescrit Lavoisier, rien admettre au-dela des faits , on ne doit pas interpreter a I'avance ce qui n'est point encore venu frapper nos sens. J'ai cru faire quelque chose d'utile a la science que da rappeler vers ce point de reunion I'attention des chimistes, en excluant s^v^rement des oxidations intermediaires qui , toutes possibles qu'elles puissent ^tre , n'ont point encore 6t6 ni constatees ni meme bien remarqu^es. Ce sera done dans les niemes vues que j'ajouterai, que tant que les quatre oxides annonc^s par Thenard n'auront , pour autoriser leur admission , qu'une simple nuance k alleguer , tant qu'on n'aura point d^termin^ nettement quelles sont les qualit^s qui les distinguent , a quelle proportion I'oxigene s'est assuj^ti dans chacun deux, de quelles combinaisons enfin ils sont capables les uns on les autres , on ne devra pas s'empresser de les placer suf la liste des oxides r^els. Que d'oxides ne pourroit-on pas trouver a ce compte dans cette serie de nuances que nous offrent les precipites du fer , du manganese, etc. , quand on les jette sur le liltre; que de combinaisons ne nous promettoient pas toutes ces nuances , avant qu'on eut pris le parti d'examiner si leurs dissolutions contenoient autant d'oxides difKrens? II en faut dire autant , je crois , du plus grand nombre des autres metaux. Toutes les recherches qu'on a entre- prises jusqu'i ce jour pour asseoir I'hypothese des oxida- tions variables, meme dans la classe des combustibles non m^talliques , n'ont pu neanmoins en decouvrir au-dela. d'une ou de deux pour chacun , et chacun de ces 6tTes une fois oxigdn^s est pareiliement un produit dont les caract^res sont invariables, dont les propri^t^s se maintiennent avec fermetd dans toutes les circonstances d'union et de dt^sunion qui sont propres a les faire ressortir : telle est aujourd'hui la hauteur a laquelle nous sommes arrivi^s dans cette partie de la science de la nature. Si de nouveaux oxides se d^- couvrent , ne serons-nous pas k temps pour les admettre? Mais en attendant n'en pr^jugeons point I'existence sur le Kkk 2 U'y JOURNAL DE PHYStQUS,' CE CtlTMlE simple appui dune nuance, je veux dire sur des apparences aussi freles que celles qui guidoient nos ancetres dans cette mati^re. X C'est ainsi que nous pouvons d6']k citer ii ou 12 m^tau qui n'ont encore 6te af'fect^s jusqu'^ ce jour que de deux oxidations , tels sont : — L'argent. — Le mercure. — Le cuivre. — L'arsenic. — Le chrome. — L'antimoine. — Le fer. — Le manganese. Le cobalt. — Le nickel — L'^tain. Fixer plus rigoureusement qu'on ne la pu jusqu'ici la veritable quantity d'oxigene qu'ils condensent dans ces deux ^tats, telle est la tache que nous devons nous imposer. Si nous jetons un coup-d'oeii sur ceux qui ont 6t6 les moins ^tudi^s, nous d^couvrons encore entre les oxidations .qu'ils nous laissent entrevoir , de nouveaux moyens d'ac- croitre les premiers. Le cerium donne , par exemple , deux oxides dt^ja bien reconnus par Vauquelin. On voit dans les travaux de Klaproth que I'urane en compte deux : le majeur est un oxide jaune et le mineur est verd. Le molybd^ne a pour maximutn un acide ,; et pour minimum un oxide bleu. Celui de titane est blanc, si pourtant ce n'est pas la cou- leur de son hydrate; son oxide mineur doit 6tre violet, a en juger par cette eouleur que les metaux d^soxidant im- priment au premier; mais il retourne si rapidement au blanc qu'on ne sait encore k quoi s'eii tenir sur son compte. Mais nous n'appercevons au zinc, au bismuth et k For, qu'une seule oxidation. Celle du bismuth est 12 sur 100. Je n'ai pu determiner celle de Tor. Le platine donne avec retain une eouleur rouge fonc^e qui fait pr^sager son oxidation mineure , que cependant nous ne connoissons point. Je ne puis ^galement rien dire des autres metaux qu'on a trouv6 dans la mine de platine et dont I'existence ne parolt pas douteuse. Par ce que j'ai trouv6 dans lor niusif , il y a tout lieu de penser qu'il a pour base un oxide inf^rieur au minimum^ ce qui donneroit pour I'^tain un troisieme terme, s'il ^toit possible de I'obtenir k part , et si enfin il n'y a point d'er- reur dans ce que j'ai observe. Plusieurs faits portent a croire qu'il y aura 3 oxides pour Je plomb , qui sont : 1° le puce , 2°. I'oxide jaune k 9 sur 100. Celui qui est la base habituelle de toutes ses com- ET d'histoiRk naturelle, '^/ii binaisons salines , et en troisieme lieu nn oxide verdatra que I'on tire par la potasse du nitrate jaune feuillet^ de plomb. C'est un sel qu'on obtient en traitant ensemble des lames de plomb et vine solution de nitrate octaedre. Je desire beaucoup que quelqu'un qui aura plus de loisir que moi , puisse sen occuper. D'autres metaux trait^s de la sorte pourroient conduire a des resultats curieux , a des oxides nouveaux. Jen ai obtenu avec l*argent ; mais je ne connois pas bien les caracteres de son oxide mineur, et moins bien encore le singulier oxide d'or mercuriel qui fulmine avec le soufre. Au total, voila toujours de 14 a i5 metaux qui marchent sur la ligne des autres combustibles , en s'assuj^tissant comme eux k deux termes d'oxidation. Exceptons-en pour- tant I'azote qui en admet trois bien determines. J'ai ^galement insinu^, bien que sur d'assez legers fon- demens , que les oxides d'un mime m^tal , mais de diff^- rens degres , pouvoient s'entredissoudre, ou produire plus que de simples melanges , je veux dire des combinaisona r^elles. Je me suis appuyi^ sur ce que, s'il n'y avoit r^el- lement que melange entre I'oxide bleu et I'oxide noir qua I'oxigene atmosph^rique y ajoute , le produit ne devroit pas rrendre] une couleur qui ne pent jamais d^river de 1 un et autre de ces mdmes oxides. On le verroit au contraire passer du bleu au bleu obscur ou rabattu , puis au noir complet, parceque c'est Ik la couleur a laquelle les ache- mineroit i'oxigene $i son action n'^toit pas suspendue. Mais line couleur verte qui se soutient au ton qu'elle a pris d^s le premier instant , conduit ♦aturellement a juger que loxide bleu satur^ d'oxide noir, devient une combinaison qui arr^te tout-a-coup les efforts de I'oxigene, au point qu'il ne pent plus atteindre la portion d'oxide bleu qui lui resteroit a porter au noir. II existe peut-etre d^ja des combinaisons de cet ordre, mais qu'aucune circonstance n'a encore port6 sous les re- gards des chimistes. Si par exemple on prend I'arsenic blanc pour un oxide , il n'y a aucun doute que son union avec d'autres oxidej ne produise des combinaisons r^elles ; que si on le tient pour un acide , 1 arsenic ne sera qu'un combustible qui fournit , comme le dit Fourcroy, un acide de plus a la liste des phosphpreux , des sulfureux ^ de8 carboneux , etc. 443 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHI M IE L'oxide puce qui me parolt tout forme dans le minium , opinion que Vauquelin ne partage pas , pourroit ^tre ime dissolution, une combinaison, de l'oxide puce avec loxide mineur, ou k 9 sur 100. Cette combinaison seroit-elle de nature k limiter le pouvoir de I'oxig^ne sur le minium , a I'empecher de passer totalement au puce, si I'on vouloit prolonger le travail de sa calcination ? Un fabricant de mi- nium pourroit donner des ^claircissemens sur ce point. Toutes les mines de fer aimantees , les sables attirables , sent ou des melanges ou des combinaisons de cet ordre. Toujours y rencontre-t-on habituellement ces deux oxides r^unis , et leur intimit^ est m6me telle quelle semble pro- t^ger ce genre de mines du dernier terme d'oxidation auquel arrivent souvent les autres especes. L'oxide du canon qui a servi k dtJcomposer I'eau est dans le meme cas. On le renferme dans I'acide marin , il s y dissout et Ion trouve dans la dissolution les deux oxides. Si chacun jette un coup-d'ceil sur ce nouveau point de doctrine, il pourra trouver dans ses observations particu- lieres quelques fails de plus a lui ajouter. FAITS POUR L'HISTOIRE DU NICKEL, Nitrate. 100 parties de m^tal dissoutes dans I'acide nitrique , et distill^es jusqu'a parfaite decomposition , laissent de laS k 126 d'un oxide gris-verda^e. Cette proportion d'oxig^ne qui , comme nous I'avons vu , constitue le maximum, du cobalt , nest pour le nickel que celle de son minimum .- aussi la decomposition de son nitrate n'est-elle accompagn^e d'aucun des phenom(ines que Ion remarque durant celle du cobalt et du manganese-, ouen d'autres termes , le nickel n'attire pas assez Toxig^ne pour s'elever comme ces derniers k son maximum, aux d^pens de I'acide nitrique. Cet oxide dissout dans de nouvel acide et distille, n'aug- mente pas de poids. L'acide nitrique n'a done qu'une ma- ni^re d'oxider le nickel, tandis qa'en variant la temperature il pevit ;imprimer au cobalt ses deux oxidations. Pour reconnoitre si l'oxide de nickel ne retient pas de •cobalt, il faut le dissoudre dans I'acide mnriatique et faire chauffer. S il est pur il ne donne aucun indice d'acide ET d'hiSTOIRE iJATUnELLE. ^4$ marln oxigene ; mais il en donne au contraire pour peu qu'il en contienne. En voici la raison : Le cobalt distilld avec I'acide nitrique s'^l^ve toujours k son viaximum et parcons(5quent a cet ^tat ou il peut donner de I'acide ma- rin oxig^n^; de plus, I'oxide de nickel s'obscurcit dans sa nuance a proportion de celui de cobalt qu'il retient, puisqu© ce dernier est parfaitement noir. L'oxide gris ou I'oxide au minimum se dissout dans tous les acides et donne des dissolutions qui ne different point de celles que le m^tal pourroit donner avec les mSmes acides. Nitrate au minimum d'acide. J'ai fait connoltre, en parlant du nitrate de cuivre , que sa distillation arret^e k un certain point , produisoit des encroutemens cristallins dun beau verd , sur lesquels I'eau n'avoit aucune action. Le nitrate de nickel distills A un degr^ a peu pres semblable , donne aussi un produit de ce genre. C'est une poudre saline verte que I'eau ne peut dis- soudre, mais que I'application de la chaleur ou de I'acide sulfurique decompose en s^parant le nitrique. loo parties de nickel ont donn^ par ce moyen 142 de ce nitrate; mais 100 parties de m6tal ne donnent que i25 d'oxide. II y a done 17 parties environ d'acide ilx^es sur cet oxide. Ces faits nous conduisent a une remarque qui int^ressa par rapport a I'extraction du nickel. Si par exemple on Economise la potasse dans la precipitation de ses dissolu- lutions, du sulfate , par exemple, il est a craindre que le pr^cipit^ ne vienne i contenir une portion de fer au inini- 7?uim. Alors , si on calcine ce pr^cipite dans les vues de le reduire ensuite avec le charbon , il peut se produire durant la fonte, du soufre qui m^lera du sulfure au m^tal , et en diminuera la puret6 , ce qui m est arrive une fois. II faut done s'assurer d'abord de la purete des pr^cipit^s en la faisant bouillir dans de I'eau aiguisi^e de potasse. 100 parties de nitrate de nickel , aussi sec qu'il est pos- sible, ont rendu par la distillation 20 parties et aS d oxide gris, done 55 d'acide; mais tout cela nest pas rigoureux, pareeque les premieres vapeurs de I'acide commencent a se meler avec les dernieres portions de I'eau de cristallir sation. 444 JOURNAL DE »HTSIQTTE, DB CHIMIK Muriate de Nickel. C'est une cristallisation d'un beau verd - pomme assez fonc6 ; elle est toujours grenue et groupie comme le chou- fleur : elle attire fortement l'huinidit6. L'^buUition et la concentration n'en alt^rent pas la nuance, comme cela arrive au muriate de cobalt Ses traita dess6ch6s sur le papier sont jaunes : c'est cette couleur qui fait verdir ceux du muriate de cobalt. Ce muriate perd dans la distillation 55 centi^mes d'eau. Le r^sidu ou le muriate anhydre est une masse jaune du ton de I'ocre de fer; mais si elle reste expos6e ^ I'air , elle reprend avec 1 humidit^ sa couleur verte et redevient hydro- m.uriate. Le muriate jaune ou anhydre pouss6a une chaleur rouge, donne des r^sultats qui imitent de pr6s ceux du muriate de cobalt. Vapeurs acides simples melees d'oxig^ne partant des ffoints ou le verre attire I'oxide. Ce sel ne fond pas , mais a retorte se remplit de fleurs nacr^et tres-i6g6res, dont la nuance un peu dor^e se rapproche de celle dun hyacinthe clair. Ces fleurs tardent au moins deux jours a reprendre ^ rhumidit6 et a revenir au verd, si bien merae, que je cru9 d'abord avoir a faire a un oxide de nickel. L'acide mu- riatique les dissout difficilement , meme aid6 de la chaleur. Elles le surnagent assez long-temps comme une huile , et iinissent par s'y dissoudre. Le muriate de nickel resiste done aussi puissamment a sa decomposition que ceux de cobalt, de manganese , de fer, etc. loo parties de muriate de nickel ont rendu par le car- bonate de potasse, de 6i a 62 de carbonate m^taliique , ce qui suppose de 53 a 34 d'oxide , comme nous le verrons tout-^-1 heure. Sulfate de Nickel. II y en a deux, I'un simple, et I'autre potass«5. Le pre- mier cristallise en prismes hexaedres a faces inegales, termi- n^es par une pyramide irr^guli^re ; le second en rhom- boides du meme volume que ceux du sulfate de cobalt. Le sulfate simple perd 46 centi^mes d'eau ; son r^sidu 54 est d'un jaune clair, qui revient au verd a vue d'ceil, si on dirige dessus I'haleine , ou qu'on le place sur un papier humide. ET D'hisTOIRE NA'TURELLE. 4^5 humide. ChaulF^ clans uiie retoite liit^e , une Iieure de feu rouge ne parvient pas a le fondre : il donne cependant de I'acide sulfurique ; c'est qu'une portion du sulfate le constitue sulfate au miniminn d'acide ; car en lavant le residu de I'op^- ration , une partie du sulfate se dissout , et I'autre reste en poudre verte. 100 parties de ce sulfate ont donn^ 64 de carbonate ve- lout6 d'un verd clair. Le sulfate potass^ perd 24 centiemes d'eau. Le residu est au3si une poudre jaune que Ihumidite ramene au verd. Ainsi il y a pour le nickel, comnie pour beaucoup d'autres metaux , des sels hydrates et des sels anhydres. Ce sulfate moins riche en base , puisqu'il est uni a une portion de sulfate, ne donne que 27 k a8 de carbonate pour 100. L'un et I'autre n'effleurissent pas et n'atlirent pas rhurrlidit^; lis sont transparens et brillans du plus beau verd d'^meraude. S'ils contiennent encore du cobalt, leur couleur est moins belle a cause du rouge qui en rabat I'^clat. Je ne sais point encore si une proportion fixe preside a I'union des deux sul- fates ; mais je le presume en me fondant, sur ce que je n'ai f Joint vu de sulfates potasses qui differassent d'intensit^ dans eur nunnce, ce qui devroit pourtant arriver si ces deux sels s'attiroient indistinctement en toutes sortes de proportions. Le sulfate potasse de cobalt etant plus soluble, moins prompt a cristalliser que celui de nickel, leur separation se trouve fondle sur ces differences. On y r^ussit done a I'aide de cristallisations r^pet^es. Ce moyen est long peut-etre , mais il est sur , il est facile , et conduit plus qu'aucun autre a des recoltes abondantes. Le fer, Tarsenic , le cuivre , le bismutli , sont les quatre metaux qui contaroinent le plus habituellement les mines de nickel et de cobalt. Leur separation doit done etre I'objet du travail ; mais elie n'est point aussi laborieuse qu'on I'a cru jusqu'ici. Soit , par exemple, une ample dissolution de l'un ou I'autre de ces mineraux calcines d'abord, et vitriolises par des residus d'ether. Commenfons par le for. D'abord, il est rare qu'a la fin des extractions son oxide ne se trouve pas au maximum, d'autant mieux que la calcination a dii I'y conduire ; et dans cetetat,on salt qu'il est bien moins attire par les acides que tout autre oxide. On ajoute en consequence de la potasse par parties, cela pr^cipite le fer en blanc jaunatre, ou en arseniate Tome LXllI. DEGEMBRE an 1806. L 11 44^ JOURNAL DK- PHYSIQUE, D E CHIMIE que Ion s^pareen filtranl. On I'djjete, s'il s'en presente encore i el Ton talonne a la fin I'etat de dissolutions par I'ammoniaque on par un prussiate, qui indiquent promptenient si elles re- liennent encore du fer. Le fer ^limine il n'y a plus qu'a se debarrasser du cuivre qui ne s'y trouve ordinairenient qu'en petite quantity , et de farsenic qui y abonde tant en oxide qu'en acide. Le bismuth , s'il y est , s'en ira tomber avec eux. Tout cela est I'affaire d'une meme operation. II ne s'ngit done que de passer dans la dissolution un courant d'hydrogene sulfure plus ou moins long-temps , selon la quantity des liqueurs, selon ['indication qu'en donne I'^preuve qui suit : On en fihre une cuilleree que Ton jette dans un verre d'eau bydro-sulfure. Ce melange, s'il ne retient plus d'arsenic , ne jaunit plus. On acli^ve de filtrer; on laisse dissiper I'hydro- gene sulfur^ , et I'on precede aux cristallisations. Les deux sulfates devenus potasses par 1^ marche du travail, cristalli- sent en eflet avec la plus grande facilite. On les reitere , comme je I'ai dit , et I'on voit enfin celui de nickel s'embellir a chaque r^colte. Quant aux derni^res , celles qu'on tire des eaux-sneres, et parcons^quent les plus charg^es de cobalt, on les jette dans une mediocre quantite d'eau froide, qui les de- gorge de sulfate de cobalt sans dissoudre sensiblement de celui de nickel et sans incommoder beaucoup, Toutes ces cristallisations exigent une bassine d'argent fin, si Ton veut travaiiler ronderaent et sans raalencontre. Telle est la m^thode dont j'ai fait usage. Un travail sem- blable sur quelques onces de mine pourroit n'etre pas aussi heureux peut-^tre ; mais sur quelques livres il est sur, et il ne faut pas moins que cela si I'on veut avoir un peu de nickel et de cobalt ; autrement ce ne sera pas avec de I'ammoniaque et des hydro-sulfures que Ton pourra compter sur quelques onces de nit^tal. Quel laboratoire auroit assez d'amnioniaque pour y sullire ? Dans les travaux de I'analyse , comme en toute autre chose , on ne doit pas perdre de vue I'economie , ia seule qui puisse donner au chimiste les moyens de mul- tiplier d'utiles recherches. Tout ceci n'est, comme on voit, qu'un resume des menies moyens que j'ai donnes dans le Journal de Physique, tome 67 , page 169. Si le pr6cipit«5 du sulfate dis- sout dans I'ammoniaque abandonne ce dissolvant sans qu'un y irouve a la fin du cobalt ^ on peut etre sur de la puret^ : Ef d'iiistoire NATUIVELLE. 447 tel est celui qui a servi de base aux faits que je reunls au- jourd'hui. Carbonate de Nickel. loo parties cliauflees dans iine retorte donnent de 5,4 a 55 d'oxide gris verdatre que I'acide muriatique dissout avec cha- leur, mais sans donner de gaz oxigene. Si on en fait la cal- cination dans un creuset ferm6 , I'oxide passe au noir et donne alors du gaz oxig«5n6 avec I'acide marin. Ainsi le nickel qui ne peut se suroxider aux d^pens de I'acide nitrique , y parvient en agissant sur I'atmosphere qui n'y met pas autant d'obstacle. L'oxide mineur de nickel verdit a I'air et se change peu a peu en carbonate. Hydrate de Nickel, Tous les sels de nickel , le carbonate meme , jetes dans la potasse bouillante , s'y changent en un hydrate verd plus fonc^ , plus vif que le carbonate. L'^buUition n'en altere ni la teinte ni la nature. La potasse qui, aidee do la chaleur, dissout de l'oxide de cobalt , ne prend ni oxide ni hydrate de nickel, fl se dissout sans la plus leg^re effervescence, et n'annonce dans ses dissolutions aucun reste des acides qui I'avoient occup6 auparavant. L'oxide de nickel n'existe dans les combinaisons salines qn'k I'etat d'hydrate; mais il ne perd point cet ^tat en les abandonnant, comme cela arrive, a celui de cobalt, qui per- met qu'on I'appercoive au moins un moment dans son etat d'oxide avant de passer a celui d'hydrate. On se rappellera que les sels du cobalt trait^s avec la potasse h chaud , don- nent un oxide bleu qui passe ensuite au rose de I'hydrate. L'hjdrate chau(l'6 perd de I'eau , et se ri^duit a de l'oxide gris. Oxide de Nickel au maximum. L'acide muriatique oxigene n'^leve pas aussi facilement au maximum l'oxide gris du nickel que celui du cobalt, mais il parvient plus t6t, si on lui pr^sente du carbonate ou de I'hy- drate. , L'oxide majeur du nickel est d'un puce fonce tirant au violet tant qu il est suspendu dans I'eau ; mais vu en masse seche il est fort noir et sa cassure vitreuse. II ne paroit pas Lll 2 4|8 JOtlBNAI. DE PIlYStQTTE, BE CHIMIK que cet oxide se soit ofiert jusqu'ici dans les mines connues de ce metal. J 'ignore a combien se monte sa seconde oxida- tion, et ne sais pas non plus s'il perd cet exces a une tem- ptfrature im pen forte. Je le presume , attendu la facility avec Jaquelle il revient au Tnifiimuni quand on le tient sous I'ani- moniaque, ce qui n'arrive pas a celui de cobalt. Cet oxide gard^ dans ranimoniaque donne des bulles, rede- Tient oxide gris , et se dissout dans Tammoniaque qui ne parolt pas d'ailleurs en prendre autant que d'oxide de cobalt. Jete dans I'acide muriatique a 15" (p6se-liqueur Baum^), sy dissout avec une vive eil'ervescence et donne du gaz assez abondamnient. La dissolution est dun jaune verdatre ; elle cristallise a mesure qu'elle refroidit ; mais d'ailleurs aucun changement de couleur comma avec le cobalt. Les acides nitrique et sulfurique , autant que je me le rappelle, se comportent avec lui comme avec I'oxide noir de cobalt. Les oxides de nickel se traitent comme celui de cobalt ; et Ton retire une masse spongieuse m^tallique extremement attirable. Sa fonte s'obtient assez facilement, bien different en cela du cobalt, que je n'ai encore obtenu qu'en grosse grenaille. Le nickel, que j'ai r^duit et en assez grande quantity , s'aplatit un peu , s'emiette et se divise. Je me propose de le refondre aux fourneaux de porceiaine. Ce m^tal a pris une surcharge de soufre de 4^ a 4? sur lOo; mais il me reste encore des doutes sur ce point. Beaucoup d'ardeur lumineuse dans le moment de la sulfuration. Arsenite et ylrseniate. ' S'obtiennent par les memes moyens que ceux de cobalt, lis ont une belle couleur verd-pomme demi-transparente , sans la plus l(5gere difference. L'arsenite chauff^ dans le tube perd avec Tean sa couleur, II devient noiralre, iache de I'oxide blanc et revient au verd- oiive. Une cbaleur rouge ne suffit pas pour lui enlever tout I'arsenic, il faut pour cela auhever de le chauffer sur un charbon. Chauffe par dessous dans la cuiller de plaiine , I'arsenic se dissipe promptement. II reste un oxide verdaire-clair duquel la flamme fumeuse ne d^gage plus rien : c'est I'oxide au mi- nimum. L'arseniate chaufl'^ dans le tube perd aussi sa belle couleur avec I'eau. 11 devient un moment hjacinlhe et transparent j 'tr D'HtSTOIRE HATURELLB,' '^Q mals pap une clialeur rouge il passe an jaune clair et reste inalterable. Ainsi les arsenites et les arseniates peuvent aussi etre hydres et anhydres. Dans la cuiller I'arseniate blanchit , rougit sans se fondre, ni lacher la moindre fum^e arsenicale. Il faut la flamme obscure pour la decomposer. On pourra done reconnoitre au chalumeau I'arseniaie de I'arsenite. FAITS SUR LE MAIS; Pah le Professcur PROUST. Cent parlies soumises k la distillation laissent 2'i de cbarbon. J'ai tir^ le cbarbon de Saoo grains en poids d'un mai's bien sec. Lave a I'eau distilMe, la liqueur donnoit des indices d'acide phosphorique ; elle troubloit I'eau de chaux, et prccipitoit le nitrate de plonib. Ce charbon s'incin^ra tr^s-difficilement. Sa cendre que Je n'ai pu obtenir qu'apr^s une combustion reprise a cinq fois difle- rentes , ne pesoit que 60 grains ; elle etoit charbonneuse , frittee et sans saveur marquee ; elle ne perdit que 2 grains dans I'eau. 10 gros de charbon de mai's calcines pendant deux heures, se reduisirent a 7. II n'y avoit aucune cendre apparente. Ces 7 gros calcines deux heures et demie, se reduisirent a un peu moins de 5 gros; point de cendre apparente. Ces 5 gros, calcines trois heures, se reduisirent a 2 gros 5o grains. Ce reste ^toit toujours fort noir j il s'empatoit et s'attachoit a la baguette de fer. Lave, il se r^duisit a 2 gros 8 grains. Ces 2 gros 8 grains furent encore calcines une heure , ce qui les reduisit a environ Co grains :=: 8 i. Les lessives reunies ont rendu 18 grains d'extrait salfn dont la saveur n'dtoit pas sensiblement alcaline. Ces 18 grains redissouts et dess^ch^s ont refuse de cristalliser, et sesonl r^duits a 14 : soupconnant bien que le phosphate de potasse etoit satur^, je I'ai fait di.ssoudre dans du vinaigre dis- tills, et traitS ensuite par I'alcohol, Cette operation I'a reduite 45o JOUHNAL r>E PftTSIQtJE, BE ClIIMIE A 1 1 grains de ce phosphate acidule , qui cristallise en pristnes tetraedres terminus par des pyramides semblables. Je ne me rappelle pas si les faces de ces derni^res repondent ,aux faces ou aux aretes du prisme. Si 10 gros de cbarbon r^sultans de 4i de mais , ont donn^ i4 grains de phosphate, lOO gros n'en auroient rendu que 54 a 35 grains, ce qui est fort 61oign6 de 4o centiemes, corame I'annon^a le Journal deDelametherie. Un aussi grand ^cart ne pouvant ^tre dchappe a un homme du m^rite de Saussure , il faut qu'il y ait quelqu'erreur d'impression ou de manuscrit. La resistance du charbon de mais k se bruler 6tonne. Un charbon animal ne couteroit pas davantage. Une m^me plante fournit des charbons extremement diffe- rens. Le charbon de canne de mais tritur^ avec 5 sixiemes de salpetre , se consume dans I'espace de 28 secondes dans un calibre donn6. Ce melange fait avec du charbon de grains de mais ne se consume dans le meme tube, qu'en cmquante- deux secondes. CONSIDERATIONS SvR Vetat dans lequel doit se trouverune couche d'un corps non-conducteur de I'electricite , lorsqu'elle est interposee entre deux surfaces douees d'electricites de differ ente espece (i)y Par a. AVOGADRO, Correspondant de I'Academie des Sciences de Turin. L Les savans physiciens, qui se sont occupes derni^rement avec tant de succes du ra^canisme des forces que des ^lectri- un (i) Les Teflexions contenues dans ce M^nioire forment partie d'l ouvrage manuscrit que nous avons pr^sent6 a I'Academie de Turin , mon frere et moi , sur la Theorie de I'Electricile, et dont il est fait mention dans le dernier volume des Memoires de cette Acad6mie , imprime en i3o5. Hist. pag. 79. )5T c'histoire katuhelle. 45i cit^s de meme, ou de diflerente espece, exercent entre elles , soit dans les corps conducteurs, soit k travers les corps iso- lateurs (i) , n'ont pas donn6 une ^gale attention aux faits qui peuvent nous conduire a quelques connoissances sur I'^tat ou se trouve la couche isolatrice , a travers laquelle ces forces peuvent s'exercer , et surtout celle qui est interposee entre deux ^lectricit^s d'espece difl'^rente , qui se soutiennent niu- tuelleraent par leur attraction. Cependant s'il esistoit de tels faits, ils pourroient conduire a des consequences tres-inipor- tantes pour la theorie electrique. En efl'et , la circonstance dont on vient de parler , I